L’archéologie subaquatique est un domaine de l’archéologie caractérisé par la recherche et l’étude des vestiges anciens ou récents se trouvant sous l’eau avec des méthodes particulières, en vue de connaître les activités humaines ennoyées du passé. Elle se pratique dans les eaux intérieures, par opposition à l’archéologie sous-marine pratiquée en mer. L'histoire de l'archéologie sous-marine est liée aux progrès de l’homme en matière de résistance sous l’eau. À la Renaissance, on observe les premières recherches mais c’est au XIXe siècle, avec l’invention des premiers scaphandres, que la sécurité des plongeurs commence à être assurée. Les premiers scaphandriers étaient souvent des pêcheurs d’éponges. C’est le commandant Cousteau qui lança le premier chantier de fouilles dans les années 50, mais ses recherches ne furent pas reconnues.
L'expertise nationale : le rôle du DRASSM
Placé sous l’autorité du ministère de la Culture et de la communication, le DRASSM (Département des Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous-Marines) est un service à compétence nationale. Il assure la mise en œuvre, la législation relative aux biens culturels maritimes, une mission de conseil, de contrôle scientifique et technique, la formation des plongeurs et exécute des recherches archéologiques en milieu immergé. Le siège du DRASSM est à Marseille, berceau mondial de l'archéologie sous-marine. Créé en 1966 par André Malraux, alors ministre de la Culture, il compte 39 agents, chercheurs et administratifs, en 2024. Le patrimoine culturel subaquatique est par ailleurs protégé par la Convention sur la protection du patrimoine culturel subaquatique de l’UNESCO.
Les missions du DRASSM sont multiples : il explore, étudie, valorise et protège le patrimoine archéologique littoral et maritime de l'ensemble des eaux marines sous juridiction française. Depuis sa création, le département a recensé plus de 6 000 épaves sur le littoral français. Il instruit, contrôle et conseille les opérations d'archéologie sous-marine. Il a réalisé l'expertise, dirigé l'étude et contrôlé la fouille de plus de 1 600 sites archéologiques subaquatiques et sous-marins en France métropolitaine, en outre-mer et à l’étranger. Ses compétences lui confèrent également un rôle de conseiller auprès de l’UNESCO et il apporte régulièrement son expertise lors de missions internationales. De nombreux pays ont fait appel à lui, notamment Brunei, l’Égypte, le Gabon, la Libye, Malte, le Pakistan, les Philippines, les Îles Salomon ou encore les États-Unis.
Méthodologie et outils de l'archéologue subaquatique
L’archéologue sous-marin intervient spécifiquement dans le milieu sous-marin et fouille, le plus souvent, des épaves de navires. Il peut également, parfois, avoir le même domaine d’étude que ses collègues terrestres, comme pour les habitats submergés. Il touche plus particulièrement à l’histoire économique par l’étude des cargaisons, à l’histoire des techniques par l’étude de l’architecture navale, et étudie la vie à bord par le biais des témoignages matériels embarqués. Son milieu d’intervention, humide et anaérobie (vase), lui permet de découvrir des objets qui ne se sont généralement pas conservés sur les sites archéologiques terrestres, tels que le bois, le cuir, la vannerie, le tissu ou les végétaux.
Aussi soudains que l’éruption du Vésuve en 79 av. J.-C., les naufrages font de chaque épave un véritable Pompéi sous-marin. Pour mener à bien ses travaux, l’archéologue sous-marin doit utiliser un équipement de plongée spécialisé : une combinaison de néoprène pour se protéger du froid, un masque pour voir, des palmes pour se déplacer, une ceinture de plomb et un gilet pour l’équilibre, une bouteille d’air comprimé et un détendeur pour respirer. Il a également recours à un aspirateur ou une suceuse pour dégager le sable, au lieu de la truelle de son compère terrestre, tandis que la brouette est remplacée par un panier lesté et par un ballon rempli d’air pour remonter les objets découverts. Carnets de notes et calques plastiques, fils à plomb et décamètres permettent les relevés et dessins sur le site, comme lors de l'opération sur l'épave Sanguinaires C, navire de commerce du XVIe siècle échoué aux îles Sanguinaires, au large d'Ajaccio, codirigée par le DRASSM et l'Association pour les recherches archéologiques sous-marines (Arasm).
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Gestion des données et conservation du patrimoine
Le DRASSM gère les collections des biens culturels maritimes, qui regroupent les objets archéologiques issus du domaine public maritime. Avec la création de la cellule de conservation préventive du DRASSM en 2010, aujourd’hui dénommé pôle DSA (données scientifiques de l'archéologie), 63 234 biens culturels maritimes ont été inventoriés parmi ceux qui ont été déclarés. Ils sont conservés dans les 20 dépôts archéologiques gérés par le DRASSM, répartis sur tout le territoire, ainsi que dans 240 autres dépôts administrés par des institutions partenaires. La collection "Vitrines du DRASSM" présente quelques-uns des 65 000 biens culturels maritimes découverts en mer ou sur l’estran inventoriés à ce jour.
Le centre de ressources du DRASSM est articulé autour de plusieurs pôles essentiels :
La bibliothèque Bernard Liou est la référence en France pour l’archéologie sous-marine et subaquatique. Elle réunit le fonds du DRASSM, spécialisé dans le domaine de l'archéologie subaquatique et sous-marine, et celui de l'ancien CNRAS d'Annecy, plus particulièrement dédié à l'archéologie des eaux douces. Elle s'est enrichie en 2009 de la bibliothèque personnelle de Bernard Liou, ancien directeur du DRASSM disparu en 2006. Elle compte 9 533 ouvrages, 458 cartes et plans, 422 travaux universitaires et 260 revues et collections. Le fonds actuel couvre l'essentiel des domaines de compétence du département : archéologie sous-marine, fluviale et lacustre, histoire maritime, histoire de l'architecture et de la construction navale, naufrages et épaves, sites immergés, histoire de la plongée, études et inventaires des mobiliers et de différents matériaux, épigraphie, numismatique, conservation préventive, restauration, mer et plongée.
La photothèque-vidéothèque constitue un fonds unique au monde, réunissant plus de 120 000 documents numérisés et restaurés. Ce fonds retrace les grandes étapes de l'histoire de la discipline grâce à 90 000 phototypes, 250 bandes vidéo de tous types et des centaines de dossiers scientifiques. Toutes les photos et vidéos sont accessibles en ligne, dans la base Mémoire du ministère de la Culture.
Enfin, les archives scientifiques du DRASSM regroupent l'ensemble des documents relatifs aux biens culturels maritimes des eaux sous juridiction française ainsi que ceux traitant des épaves perdues sous pavillon français en eaux étrangères ou internationales. Chaque dossier d'épave comprend au moins la déclaration de bien culturel maritime ou la référence des archives collectées. En fonction des études réalisées, on y trouve également des rapports d'expertise, des rapports d'opération et des rapports d'analyse ainsi que des publications. Cette documentation permet d'alimenter la base de données nationale Patriarche. Le DRASSM édite annuellement un Bilan scientifique, qui permet de présenter les premiers résultats archéologiques des opérations de l’année, ainsi que l’évolution des activités du département.
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