Les araignées sont des animaux fascinants, capables de susciter à la fois la fascination et le dégoût. Leurs capacités étonnantes ne cessent de nous surprendre. Parmi ces capacités, on trouve l’étonnant pouvoir de certaines espèces de marcher sur l’eau et même de plonger. Cet article vise à explorer en détail le comportement de nage des araignées, en abordant les différentes espèces concernées, les mécanismes qui leur permettent de se déplacer sur l’eau et sous l’eau, ainsi que leur rôle dans l’écosystème.
Araignées qui marchent sur l’eau : les Dolomèdes
Si vous avez déjà eu l’occasion de vous promener près de marécages entre mai et août, vous avez peut-être observé une araignée à la surface de l’eau, en mouvement ou statique. Il s’agit probablement de la Dolomède des marais (Dolomedes fimbriatus), une espèce d’araignée semi-aquatique que l’on appelle aussi araignée radeau ou araignée patineuse.
Description de la Dolomède des marais
La Dolomède des marais mesure de 1 à 2 cm, les femelles étant généralement plus grandes que les mâles (jusqu’à 1,5 cm). Elle est de couleur brune, avec une bande claire de chaque côté de son abdomen velu et de son céphalothorax, la partie qui relie la tête au thorax. Ses huit longues pattes fines sont recouvertes de poils hydrofuges qui lui permettent de se déplacer facilement à la surface de l’eau. Elle utilise trois paires de filières situées à l’arrière de son abdomen pour sécréter la soie qui lui sert à tisser sa toile.
Habitat et alimentation
La Dolomède des marais vit exclusivement à proximité des zones humides à eau stagnante, comme les marais, les mares et les étangs. On la trouve également dans les cours d’eau à faible débit ou les rivières calmes pendant la période de reproduction. Elle se nourrit principalement d’insectes aquatiques, d’alevins et de petits batraciens. Bien que sa morsure soit toxique pour les animaux, elle est considérée comme peu dangereuse pour l’humain.
Menaces sur la population de Dolomèdes
Bien que la Dolomède soit une espèce d’araignée relativement commune en France et en Europe, sa population est en déclin en raison de la raréfaction de son biotope, liée à l’activité humaine, et de la mauvaise qualité de l’eau. Les femelles peuvent pondre plus d’un millier d’œufs répartis dans plusieurs cocons verdâtres, mais cela ne suffit pas à compenser les pertes dues à la dégradation de leur environnement.
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Comment les Dolomèdes marchent sur l’eau
La capacité de la Dolomède des étangs à marcher sur l’eau n’est pas un miracle, mais l’application d’un principe physique simple : la force de cohésion de l’eau. L’araignée utilise la tension superficielle de l’eau, générée par les liaisons hydrogène entre les molécules d’eau. Cette tension est supérieure à la force appliquée par l’araignée sur la surface de l’eau. Ainsi, son poids, réparti sur huit pattes, lui permet de se déplacer gracieusement sur l’eau.
Cette flottaison permet à la Dolomède de courir sur l’eau, mais ne l’empêche pas de plonger pour capturer ses proies ou fuir ses prédateurs.
L’Argyronète : une araignée qui vit sous l’eau
L’Argyronète (Argyroneta aquatica) est une autre espèce d’araignée fascinante, la seule au monde à vivre quasi intégralement sous l’eau. Cette araignée brunâtre aux huit yeux est présente en Europe, y compris en France. Les femelles peuvent atteindre 12 mm, tandis que les mâles peuvent mesurer jusqu’à 20 mm.
Adaptation à la vie aquatique
L’Argyronète a besoin d’air terrestre pour respirer. Pour ne pas se noyer, elle a développé une technique ingénieuse : elle utilise ses toiles et les plantes aquatiques pour former une bulle d’air sous l’eau.
L’araignée possède de nombreux poils hydrofuges sur son corps qui emprisonnent l’air de la surface de l’eau. Elle tisse ensuite une structure en soie où elle forme une bulle d’air, qu’elle utilise comme une cloche de plongée. Elle fait plusieurs allers-retours à la surface pour remplir progressivement cette cloche d’air, qui lui sert d’appartement sous-marin. Elle y dévore ses proies (larves d’insectes, cloportes, petits invertébrés) et y mue.
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Menaces sur la population d’Argyronètes
Comme de nombreuses araignées européennes, l’Argyronète est menacée en raison de la pollution et du déclin des zones humides où elle vit.
Araignées piscivores : des prédatrices surprenantes
Contrairement à une idée reçue, certaines araignées sont capables de capturer et de manger de petits poissons, parfois même des proies cinq fois plus grosses qu’elles. Sur les 109 familles d’arachnides recensées dans le monde, 8 présentent ce comportement piscivore.
Répartition géographique et espèces concernées
Ces araignées sont très répandues sur la planète, présentes sur tous les continents à l’exception de l’Antarctique. Elles affectionnent particulièrement les eaux chaudes et pauvres en oxygène, comme les zones humides de Floride, où les poissons viennent chercher de l’eau riche en oxygène près de la surface.
Au moins 18 espèces d’araignées piscivores ont été observées en pleine action, notamment Dolomedes triton aux États-Unis, Pardosa peudoannulata en Inde et Dolomedes plantarius au Royaume-Uni.
Techniques de chasse
Les araignées piscivores s’établissent dans les milieux d’eau douce, comme les étangs ou les zones humides, où elles chassent sans utiliser de toile. Certaines peuvent nager, plonger ou marcher sur la surface de l’eau. Elles ancrent leurs pattes arrière sur une pierre ou une plante, laissant leurs pattes avant flotter sur l’eau, et attendent leur proie. Au moindre mouvement, elles attaquent.
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Armes redoutables
Les araignées piscivores sont des prédatrices généralistes, c’est-à-dire qu’elles se nourrissent de tout ce qui bouge. La plupart du temps, leur repas se compose d’insectes tombés dans l’eau, mais elles peuvent aussi s’en prendre délibérément à des animaux plus imposants, comme les poissons.
Pour cela, elles utilisent leurs mâchoires capables de transpercer la peau et d’injecter un venin létal chargé de puissantes neurotoxines. Une fois le poisson mort, les araignées le traînent sur la terre ferme et lui administrent un cocktail chimique pour liquéfier ses tissus corporels et faciliter la consommation de la proie.
Autres animaux utilisant des bulles pour survivre
Les araignées ne sont pas les seules créatures à utiliser des bulles comme outil de survie. Voici quelques exemples :
- Les baleines à bosses : ces géants marins utilisent des filets de bulles pour rassembler le krill et les harengs, facilitant ainsi leur chasse coopérative.
- Les condylures étoilés : ces mammifères insectivores utilisent des bulles pour sentir les odeurs de leurs proies sous l’eau.
- Les larves de cercopes : ces larves sécrètent une substance mousseuse qui se mélange à l’air et crée un camouflage de bulles, les protégeant des prédateurs.
- Les janthines : ces mollusques sécrètent du mucus qui se durcit pour former une masse flottante de bulles, leur servant de radeau, de zone de stockage pour leurs œufs et de plateforme pour les plus jeunes.
Les punaises d’eau : des insectes souvent confondus avec les araignées d’eau
Il est important de noter que les araignées d’eau les plus connues ne sont pas de véritables araignées, mais des punaises d’eau, des insectes piqueurs de l’ordre des Hémiptères. Les Gerris sont des insectes communs que l’on rencontre dans les ruisseaux, les lacs et les rivières d’Europe.
Caractéristiques des Gerris
Les Gerris ont 2 yeux (et non 8 comme les araignées) et sont capables de courir sur l’eau par saccades, atteignant une vitesse de 1,5 m/s (environ 5 km/h). Ils utilisent la tension superficielle de l’eau pour se déplacer, grâce à des poils hydrofuges situés sur leurs tarses. Ces poils sont graissés par une glande située près de l’orifice buccal, ce qui leur permet de repousser les molécules d’eau.
Les 3 paires de pattes des Gerris sont optimisées pour tenir un rôle différent : les 2 pattes de devant servent de "mains" pour saisir les proies, celles du milieu sont leurs rames pour se déplacer, et les 2 pattes arrière servent de gouvernail.
Reproduction et habitat
La stratégie de reproduction des Gerris est assez violente : les mâles harcèlent les femelles en essayant de les féconder sans discontinuer durant la reproduction. L’accouplement dure plusieurs jours, et les mâles meurent peu de temps après. Les femelles Gerris peuvent donner naissance à une progéniture qui n’a pas le même père (polyandrie).
Les œufs des Gerris sont pondus sur les pierres ou posés sur des végétaux flottants, juste en dessous de la surface de l’eau. Les larves sont vues comme des mini-adultes, puisqu’elles mènent la même vie en étant à la surface. On retrouve des Gerris sur les lacs en haute montagne, jusqu’à 2 150 mètres d’altitude. Ils sont observés à travers l’Europe, l’Asie et l’Amérique du Nord.
Les Hétéroptères : un sous-ordre diversifié
Les Gerris font partie du sous-ordre des Hétéroptères, les punaises, qui ont la particularité d’avoir des ailes sur le haut de leur corps. Une partie des 86 espèces répertoriées en France sont strictement aquatiques, tandis que les autres sont semi-aquatiques, se déplaçant à la surface de l’eau ou sur les berges, comme les Gerris. Leur rostre acéré et puissant permet de piquer et d’absorber les sucs vitaux de leurs proies.