L'expression "mon copain sait aussi surfer" soulève des questions intéressantes sur l'identité et l'appartenance à une communauté. Au-delà de la simple pratique du surf, qu'est-ce qui définit véritablement un surfeur ? Cet article explore les différentes facettes de cette question, en s'appuyant sur des observations et des entretiens menés auprès de surfeurs expérimentés.
L'identité du surfeur : Au-delà de la pratique
Être surfeur, c'est bien plus que simplement surfer. Ce n'est pas une question de posséder une planche, de fréquenter la plage de la Barre à Anglet, ou d'avoir une licence de la Fédération Française de Surf. L'appartenance à cette catégorie est complexe et se construit à travers l'expérience, l'attitude et la reconnaissance par les pairs. On peut se demander si le simple fait de surfer suffit à définir un surfeur, ou si l'adoption d'une "mythologie" surfique, véhiculée par la société, est nécessaire pour s'identifier comme tel. Faut-il incarner le surfeur héros ou le surfeur érotique, figures populaires dans l'imaginaire collectif, pour "en être" ?
En fin de compte, être surfeur, c'est être lié à une "communauté d'expérience" éphémère. Les surfeurs partagent une passion commune et se reconnaissent à travers leurs pratiques et leurs valeurs. L'étude menée auprès de surfeurs pratiquant régulièrement depuis plus de cinq ans, en dehors des compétitions et des affiliations à la Fédération Française de Surf, met en lumière cette dimension communautaire. Ces surfeurs, âgés de 20 à plus de 50 ans et issus de divers horizons professionnels, partagent une expérience commune qui les unit.
Rituels et observations sur la plage
Un dimanche matin de novembre, sur la plage de la Barre à Anglet, offre un aperçu des rituels et des codes qui régissent la communauté des surfeurs. Les conditions océaniques sont difficiles, avec des vagues hautes et puissantes. Avant de se lancer à l'eau, les surfeurs effectuent une phase d'observation, évaluant les vagues et anticipant les lieux de passage. Cette "lecture de vague" est comparable à celle d'un grimpeur face à un rocher.
Après cette évaluation, le surfeur se prépare en enfilant sa combinaison et en attachant son leash. L'approche de l'océan est marquée par une accélération du rythme, une course qui peut être interprétée comme la recréation d'un espace propre, un élan physique et psychique nécessaire pour affronter les vagues.
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L'épreuve de la barre et l'évaluation par les pairs
L'entrée dans l'eau est une épreuve en soi. Le surfeur doit ramer et maîtriser la technique du "canard" pour éviter d'être emporté par les vagues. S'il échoue, il est renvoyé en arrière et doit recommencer. Au-delà de la difficulté physique, le surfeur est également soumis au regard des autres surfeurs déjà présents sur le spot.
Les surfeurs au pic évaluent le nouveau venu en observant sa façon de ramer, sa technique dans les canards et son positionnement. Cette évaluation vise à déterminer le niveau du pratiquant et la concurrence qu'il peut représenter pour l'accès aux vagues. Le nouveau venu doit savoir soutenir les regards intimidants de ses pairs, éviter le conflit en baissant le regard et en saluant les autres.
Stratégies de positionnement et chasse aux vagues
Une fois intégré au groupe, le surfeur doit faire preuve d'attention et de stratégie pour se positionner au mieux par rapport aux autres. Il se place en retrait au début, puis se positionne stratégiquement pour être à l'intérieur de la vague, sans pour autant en sortir. Cette action pousse les autres surfeurs en dehors de la vague.
La chasse aux vagues est comparée à une meute de loups guettant une proie. Le surfeur le plus attentif perçoit le changement du pic et rame vers le nouveau lieu, suivi par les autres. Une fois sur place, il doit trouver deux points de repère à terre pour anticiper toute dérive éventuelle.
Le take off et la communion avec la vague
Face à l'horizon, le surfeur choisit la vague qui lui convient. Il s'allonge sur sa planche et amorce la rame au moment où la crête de la vague frise. Quelques coups de bras puissants et rapides lui permettent d'être entraîné par la vague.
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Le surfeur se relève, c'est le take off, le passage de la position allongée à la position verticale. Une bonne posture initiale est primordiale pour trouver l'équilibre et exécuter des manœuvres. La concentration est à son apogée, car le surfeur doit être conscient de son environnement et de l'évolution de la vague. Progressivement, il se fond au corps de la vague.
Manœuvres et expression
Sur sa planche en mouvement, le surfeur peut accomplir un grand nombre de manœuvres, considérées comme un mode d'expression. Parmi celles-ci, on trouve le "bottom turn", qui permet de reprendre de la vitesse au bas de la vague, le "roller", un virage serré au sommet de la vague, et le "tube", l'idéal et le rêve de tout surfeur, où il se laisse enfermer par la vague.
L'image du surfeur : Entre héros et érotisation
L'univers iconographique du surf véhicule une image idéalisée du surfeur, souvent présenté comme un héros se jouant avec facilité de l'océan. Jeunesse, liberté, esthétique et érotisation sont les quatre piliers de la médiatisation du surf, prenant source en France au début des années 1980.
Cette érotisation du surfeur est également présente sur les parkings au bord de l'océan, où l'on peut apercevoir des corps dénudés en train d'enfiler ou d'ôter leur combinaison. Les festivals de surf mettent en scène des surfeurs polynésiens, valorisant les aspects "exotiques" de cette pratique.
Le surf : Un sport sans règle ?
Le surf est-il un sport ? La définition radicale de Colin Miège, qui associe le sport à la règle, pose problème. Quelle pourrait être la règle du jeu dans le surf ? Est-il possible d'enfreindre quoi que ce soit dans cette activité sans la rendre impossible à pratiquer ? La vague pourrait être considérée comme la règle du surf, mais cette interprétation reste discutable.
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