Voiliers iconiques et évolution des 40 pieds : Un panorama de la plaisance

L’univers de la voile, et particulièrement celui des unités d’occasion, est un monde de passionnés où les modèles traversent les décennies sans prendre une ride. Depuis un bon moment, Voile Magazine publie des essais de bateau d’occasion (presque) tous les mois. Nous nous sommes penchés sur nos archives pour en extraire une vingtaine de bateaux intemporels : nos chouchous ! Cette quête de l’équilibre parfait, entre performance pure et confort de vie, révèle des choix architecturaux qui ont marqué l'histoire, des premières audaces en contreplaqué aux prouesses de l'aluminium et des composites modernes.

Les pionniers et les légendes : L'héritage du contreplaqué et du bois moulé

Le mouton a cinq pattes, la quadrature du cercle, l’Alpha et l’Oméga, appelez-le comme vous voulez : ce bateau est un miracle. Iconoclaste en 1963 - sa silhouette fait scandale -, il se fait remarquer par son comportement très sain et ses performances étonnantes. Construit par le chantier Aubin de 1963 à 1981, toujours en contreplaqué, le Muscadet participera aux premières Mini-Transat, avec à la barre des marins comme Jean-Luc Van Den Heede ou Roland Jourdain, dix-neuf ans en 1983, dont le Muscadet coule au large du cap Finisterre. Dans les années 1990 et 2000, de plus en plus de passionnés restaurent des Muscadet en mettant à profit les progrès de la construction contreplaqué et la nouvelle résine miracle, l’époxy. Avec ses 6,40 m de long, il reste une référence de frugalité et d'efficacité.

Dans une lignée tout aussi marquée par l'histoire, le Challenger, plan Mauric lancé en 1966, a marqué son époque et reste un super bateau, élégant sur l’eau et très bon marcheur. Construit en bois moulé dans les années 1960 et 70 par des chantiers comme Craff, Quéré ou Yachting Service, c’est une base motivante pour un projet de refit. Sur une unité en bois, il y aura probablement du boulot sur le pont, souvent gorgé d’humidité, dans les fonds et autour de la quille. Le Super Challenger a aussi été construit en polyester sous les noms de Super Challenger Mk III et Super Arlequin.

L'Arpège, quant à lui, est un voilier qui se tient loin du musée et près des plans d’eau grâce à une belle association de propriétaires. C’est un Dufour qui n’en porte pas encore le nom. Véritable best-seller entré dans les annales de l’histoire de la plaisance, il se caractérise par ses sections arrière en V et des formes pleines au-dessus de la flottaison. De fait, l’Arpège est un voilier assez performant au près, adapté à un équipage réduit, bien qu'il soit un voilier bas sur l’eau où l’équipage est assez mal protégé dans la mer formée.

La révolution du polyester et l'émergence des course-croisière

Le Surprise, construit depuis plus de quarante ans, est un phénomène. Mais c’est surtout un bateau jubilatoire, rapide, marin et très fin à la barre. Notons à ce sujet la réussite du biquille, souvent méconnu, parfaitement adapté à la croisière côtière et à peine moins performant que le quillard. Le Surprise est désormais construit par le chantier malouin BG Race où un nouveau patron, Jean-Charles Thomas, entend bien s’appuyer sur les Suisses pour relancer le mythique plan Joubert.

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Le Figaro de première génération incarne le premier monotype de la Solitaire du Figaro. En 1990, l’organisateur de la course décide d’imposer une unité pour cette épreuve déjà mythique et choisit un plan du groupe Finot construit par Bénéteau. Technologiquement, il s’agit d’une construction en monolithique qui vieillit bien malgré toutes ses années de régate. Reste qu’un Figaro de première génération, comme le titrait Bernard Rubinstein dans Neptune en 1990, est une unité affûtée et exigeante qui nécessite une très bonne maîtrise, notamment si l’on navigue en solitaire où il faudra nécessairement remplir les ballasts s’ils sont toujours en place.

Le First 31.7, bien que dérivé de la carène du Figaro premier du nom sorti en 1989, a beaucoup gagné en IRC. Diffusé à 1 400 exemplaires, un record pour un course-croisière, c’est ce qu’on appelle une valeur sûre. Dans la même veine, le Sun Fast 32 a marqué les esprits lors de sa sortie en 1994. Au Spi Ouest de la même année, il rafle la mise : sa réputation de course-croisière affûté est née.

Le Sun Fizz, construit à 651 exemplaires aux Herbiers de 1980 à 1986, doit son succès au talent. À l’époque, notre confrère Patrice Carpentier en a mené un en course sur La Baule-Dakar, et aujourd’hui encore on en voit qui trustent les podiums en Osiris. Son skipper, Thierry Fortin, avait remporté plusieurs fois le Tour des Ports de la Manche avec un équipage mixte valides/handicapés mentaux.

L'ère du confort moderne et de la performance accessible

Le Feeling 1040 est un bateau à tout faire, et il fait tout bien. Régate, croisière, et même grande croisière : on a vu des Feeling 1040 en année sabbatique autour de l’Atlantique. On a souvent dit que la structure des Feeling de cette époque n’était pas d’une raideur à toute épreuve ; rien ne prouve néanmoins que la construction Kirié de l’époque est moins sérieuse que d’autres.

La formule du biquille en contreplaqué-époxy coiffé d’un pont panoramique a été popularisée par le RM 1050, Voilier de l’année 1999. Il a permis à Fora Marine de populariser ce type de bateau très large, spacieux et lumineux, et néanmoins capable de performances honorables. Le RM 1050 est plus accessible que jamais, mais il n’est pas si courant sur le marché de l’occasion, ce qui tend à tirer cette cote vers le haut.

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Le J/109, lancé en 2001, aime la régate, mais il sait aussi offrir suffisamment de confort autour de son carré cossu et généreusement boisé pour de belles croisières familiales. Depuis, pas moins de 400 J/109 ont été construits par les équipes de Didier Le Moal en Vendée. Bien entretenus, on pourrait presque dire qu’ils ne vieillissent pas.

Le Pogo 8.50, lancé en 2001, est le premier Pogo de croisière. Dessiné par Pierre Rolland, il employait le même type de construction en sandwich-feutre, qui s’apparente plutôt à un monolithique. Qui n’a pas rêvé de naviguer en Pogo ? De profiter d’une carène surpuissante pour garder de la toile dans la brise sans se mettre dans le rouge et s’offrir de longs surfs dans la houle ?

L'aluminium et la grande croisière : La sécurité avant tout

Impossible de refermer l’album de nos occasions préférées sans évoquer les Ovni. Des bateaux qui nous ont fait rêver et qu’on peut aujourd’hui s’offrir d’occasion. L’Ovni 435 a prolongé de sept ans la carrière de l’Ovni 43. La philosophie reste fidèle au principe du grand baroudeur confortable, capable d’affronter toutes les mers ou presque, et de gagner dérive haute les mouillages les plus inaccessibles. Des qualités qu’on appréciera aussi en croisière familiale en Bretagne, la facilité d’échouage en plus. À noter d’ailleurs que ces bateaux sont très appréciés des loueurs, qui n’ont aucun mal à trouver des amateurs.

Dans un registre plus récent, l'OVNI 400, dessiné par Alain Mortain, marque une rupture avec la gamme précédente en proposant un bordé droit assez déroutant au premier abord. Cela offre un volume incomparable dans le carré et les cabines, mais ne facilite pas la légèreté de la ligne extérieure. Un rouf largement vitré donne une belle visibilité vers l’extérieure.

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