Histoire et Réglementation des Joutes Nautiques : Un Patrimoine Flottant

Les joutes nautiques, bien plus qu'un simple sport traditionnel, représentent un véritable patrimoine vivant qui ancre profondément certaines régions dans leur identité culturelle. Au-delà des compétitions estivales, elles incarnent l'âme des villes qui les pratiquent, tissant un lien indissoluble entre le passé glorieux et le présent vibrant. Cette tradition rythme la vie des communautés riveraines et constitue un socle identitaire fort, un héritage transmis avec fierté qui soude la communauté.

L'Origine Millénaire des Joutes Nautiques : Des Rives du Nil aux Arènes Romaines

L'histoire des joutes nautiques est singulièrement ancienne et se perd dans la nuit des temps. Si les historiens semblent en désaccord sur le pays d'origine et les dates des premières manifestations nautiques représentant deux adversaires montés sur des bateaux munis de lances, nous disposons de représentations de jeux nautiques depuis l'Antiquité. Ces témoignages évoquent soit un jeu, soit une activité guerrière de gens d'eau, ou encore des rixes dont l'affrontement se déroulait sans protection avec des gaffes munies de ferrures à leurs extrémités.

Il est impératif d'écarter l'idée que les joutes nautiques seraient issues des tournois de joute à cheval du Moyen Âge. En effet, les joutes nautiques sont bien plus anciennes, puisque les plus anciennes représentations connues se trouvent sur des bas-reliefs de l'Ancien Empire Égyptien, soit vers 2700 avant J.-C. Ces gravures, telles que les fresques de la tombe de PtaH-Otep à Saqqara, attestent de pratiques analogues aux joutes bien avant l'ère médiévale.

Après le témoignage égyptien, on retrouve des traces de joute en Grèce antique. Les Grecs auraient ensuite introduit les joutes dans l'Empire Romain, où l'on découvre de nombreux documents décrivant les naumachies. Ces joutes étaient pratiquées dans des arènes spécialement conçues pour être inondées, offrant des spectacles grandioses et souvent sanglants. Selon toute vraisemblance, les Romains ont diffusé les joutes dans tout leur Empire. Certains historiens plaident même en faveur d'une introduction des joutes dès la fondation de Massilia, l'actuelle Marseille, soulignant la précocité de cette pratique sur le sol gaulois. On note aussi une description de fêtes à Strasbourg en 303 en l'honneur de l'Empereur Dioclétien, illustrant la présence ancienne de ces spectacles fluviaux même loin du bassin méditerranéen.

La Renaissance des Joutes : Du XIIe au XVIIIe Siècle

Après l'Antiquité, si la pratique a survécu le long des communautés proches de l'eau, il faut attendre le XIIe siècle pour revoir des festivités autour des joutes nautiques documentées de manière plus explicite. Le plus ancien document de cette époque fait état d'un tournoi de joutes à Lyon le 2 juin 1177 pour la commémoration du millénaire des martyrs chrétiens de Lyon et de Vienne. Cette pratique des commémorations, souvent accompagnée de joutes, a sans doute forgé la culture des sociétés de joute au fil des siècles.

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Un autre document rapporte qu'en 1270, à Aigues-Mortes, les soldats des croisades et les marins, attendant l'embarquement pour la Terre Sainte avec le roi Louis IX (Saint Louis), s'affrontaient en combats singuliers sur des embarcations légères. Ces affrontements, bien que non strictement "joutes" au sens moderne, témoignent d'une tradition persistante de duels nautiques au sein des populations liées à l'eau.

Dès le Moyen Âge, certaines régions ont développé leurs propres méthodes. Ainsi, pour la méthode alsacienne, c'est depuis cette période, avec les transactions de marchandises par l'Ill et le Rhin, que Strasbourg a connu un essor important. Grâce à deux corporations marchandes, les bateliers et les pêcheurs, les joutes nautiques s'y sont développées. Les premières joutes à Strasbourg sont documentées le 20 juillet 1377, et on joutera même devant le Palais Rohan à l'occasion de la visite de Louis XV le 7 et 8 octobre 1744.

À partir du XVe siècle, les documents écrits ou illustrés se multiplient, faisant état de joutes en Sologne, à Toulon et sur tout le pourtour méditerranéen. Sur la côte du Languedoc, les joutes se pratiquent régulièrement depuis le XIIe siècle, et leur popularité est attestée lors d'événements majeurs comme la visite du Cardinal de Richelieu en 1629, ou l'inauguration du Port de Sète en 1666.

La région Rhône-Alpes fut également un foyer de joutes. Les pêcheurs de Saint-Vincent-Lyonnais joutaient pour distraire la Reine Anne de Bretagne le 13 avril 1507. En 1536, les mariniers de Saint-Just-Saint-Rambert joutaient sur la Loire en l'honneur de François Ier. On joutait aussi sur la Saône en 1548 pour la venue de Henri II et Catherine de Médicis. Au XVIIe siècle, les témoignages suivent toujours les déplacements des notables, et, de la Méditerranée au Rhin, il n'est pas de grandes fêtes sans spectacle de joutes. Des exemples notables incluent Agde le 31 mai 1601, Frontignan en juillet 1629 (avec ordre de costumes spécifiques), et Strasbourg en 1665. Toutefois, la date historique qui marquera un tournant reste celle du 29 juillet 1666 à Cette (l'ancien nom de Sète) pour l'inauguration du port, où les joutes allaient devenir une institution dans le pays sétois, jusqu'à nos jours.

Au XVIIIe siècle, la joute se propage partout : Marseille, Lille, Paris, Le Havre, Lyon, Toulon, Agde, Sète, etc. Avec parfois une méthode consistant à placer le jouteur sur une plateforme à l'avant du bateau, en raison du courant des fleuves, alors mal maîtrisés. Les archives nous montrent des joutes en l'honneur des grands du royaume, des mariages de la noblesse, de la venue d'invités de marque (ambassadeurs, rois et reines). Mais les joutes étaient aussi des réjouissances populaires dans les villes et les villages chaque année. Louis XV assista ainsi à un tournoi de joute à Sète le jour de la Saint-Louis, en 1745. Depuis lors, la ville de Sète honore ce Saint par un tournoi magnifique. Il est à remarquer que ce tournoi de la Saint-Louis serait né d'une jalousie royale face aux festivités de joutes données en Provence à Marseille le 18 mai 1720 en l'honneur de Monsieur le Régent du Royaume et de sa fille.

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L'Ère des Méthodes Régionales et des Sociétés de Joutes (XIXe Siècle)

Le transport et les échanges de marchandises qui transitaient d'une région à l'autre ont apporté avec eux les fêtes nautiques et les joutes. Celles-ci sont devenues incontournables lors de grands événements, comme la venue de nobles, la célébration de mariages ou de commémorations. À partir de 1850, chaque région a adapté petit à petit ses bateaux et sa manière de jouter, donnant naissance aux différentes méthodes : dans l'Oise, en Picardie, en Bourgogne, où l'on retrouve les fameux transports de bois et de pierre vers Paris et des flotteurs de bois sur La Cure ; dans tout le littoral méditerranéen avec les pêcheurs ; en Rhône-Alpes avec les décizes de Lyon à Beaucaire.

Les joutes dites modernes, c'est-à-dire améliorées au XIXe siècle, sont soit issues de la batellerie marchande sur les fleuves, soit des pêcheurs sur la mer. On comprend mieux les différences régionales des méthodes qui se sont adaptées à l'environnement, avec des vocabulaires très particuliers et un langage régional choisi. En effet, les déplacements inter-régionaux étaient plutôt rares, et les joutes représentaient pour toutes les populations riveraines de la mer ou des fleuves des festivités pour honorer Dieu et la Vierge, ou les Saints Patrons, la Patrie, ou la fierté des villes ou villages, ou encore le commerce, quand les bateaux chargés de marchandises accostaient dans les villes.

La plus ancienne société de joute répertoriée est celle des Jouteurs d'Arras, créée en 1812 par les nombreux mariniers sur le canal de l'Escaut et sur la Scarpe. Cette société, qui pratiquait la méthode arrageoise avec des bateaux tirés par de grosses cordes, s'est affiliée aux méthodes alsacienne et parisienne, et est l'une des sociétés les plus ferventes du Nord de la Loire et de la Picardie. Toute occasion de jouter qui se présentait devenait une pratique habituelle, avec petit à petit la présentation d'équipes pour jouter et se glorifier d'une victoire prestigieuse. Que ce soient des jouteurs commerçants contre ceux de la ville accostée, des confréries de pêcheurs contre des villageois, des porteurs de Saints Patrons contre des équipes de quartiers, ou des équipages pour les fêtes commémoratives de l'histoire, l'aspect compétitif et festif était central. On pense ici à la commémoration de la Saint-Pierre, patron des pêcheurs, toujours fêtée annuellement sur le pourtour méditerranéen, ou aux fêtes et défilés du 14 juillet.

Chaque fête, tournoi de joute ou commémoration était accompagnée de fanfares et de musiques diverses, propres à la région. Ces ensembles jouaient des airs populaires identifiant un village ou une région, que l'on retrouve inchangés aujourd'hui : les penas et les fanfares interprètent des airs plus que centenaires, comme le Coupo Santo, le vieux Givors ou l'air immuable de la Barquette sur des rythmes parfois endiablés, mais qui toujours résonnent avec ferveur comme un hymne national à la joute.

Joutes et Sauvetage Nautique : Une Histoire Partagée

À la même époque, des sociétés de sauvetage se sont constituées, illustrant une autre facette de l'interaction humaine avec l'environnement aquatique. Les cours d'eau peu aménagés sortaient très souvent de leur lit, et les eaux envahissaient les bas quartiers des villes et villages peu protégés. Il était alors nécessaire de porter secours aux habitants, à leur cheptel, et à leurs biens, quelquefois pendant de longues périodes. C'est alors qu'intervenaient les sociétés de sauvetage dont les membres étaient de véritables sauveteurs, sachant parfaitement manier un bateau et aussi nager.

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En dehors des périodes de crues, le rôle des sauveteurs demeurait important. Un très grand nombre d'hommes, de femmes et d'enfants travaillaient sur l'eau, dans les bateaux, les chantiers de réparation, les moulins à eau, les lavoirs, etc. Souvent des accidents se produisaient et les sauveteurs devaient intervenir avec leurs barques ou tout simplement en nageant. Les sociétés de sauvetage étaient nombreuses et d'une grande utilité.

C'est en 1864 que la compagnie des bateliers de Lyon mobilisa 150 hommes et barques pour sauver la population inondée par les crues. Dès lors, chaque village et ville riveraine créa sa société de sauvetage pour aider les populations inondées, transporter personnes, matériel et bétail en sécurité. Ces sociétés de sauvetage étaient toutes dépendantes de la batellerie de commerce ou des pêcheurs, et étaient souvent associées aux joutes. Certaines furent créées dès 1848 à Clamecy, 1865 à Valence, 1880 à Saint-Laurent-sur-Saône, 1886 à Givors, Strasbourg, Roanne et Vernaison en 1887. Entre 1880 et 1920, la plupart des sociétés se développèrent, y compris celles du bord de mer, comme le Pavois d'Or Sétois en 1902 ou la Lance Sportive Sétoise en 1921, ou encore L'Estaque en 1880, La Ciotat et Saint-Mandrier en 1921. C'est pourquoi la fédération nationale des joutes porte aujourd'hui le nom de Fédération Française de Joute et Sauvetage Nautique.

La Structuration Fédérale : De la Natation au Sport de Joute Reconnu

La reconnaissance et la structuration des joutes nautiques en tant que sport organisé ont été un processus long et semé d'embûches. Par décision de son assemblée générale du 27 décembre 1905, se créait la FÉDÉRATION NATIONALE DES SOCIÉTÉS DE NATATION ET DE SAUVETAGE. Les statuts étaient signés, pour le conseil d'administration, par le président A. Messimy, député de la Seine ; les vice-présidents Ch. Deloncle, député de la Seine, Bellan, syndic du Conseil Municipal de Paris, A. Pitet, professeur d'éducation physique et fondateur de la Fédération ; et Poulaillon, fondé de pouvoir du bureau de bienfaisance de Lyon. Subventionnée par l'État, le Conseil Municipal de Paris et le Conseil Général de la Seine, cette fédération avait pour but de "poursuivre avec les différentes sociétés, la vulgarisation de l'enseignement de la natation, des sports nautiques, des exercices de sauvetage et de secours public." Cette association était appelée couramment par les clubs adhérents : la Fédération Pitet, du nom de son fondateur qui, assisté de son épouse, la dirigeait avec beaucoup d'autorité.

La plupart des sociétés de sauvetage et de natation eurent ainsi, soit directement, soit par comité régional interposé, la possibilité de se fédérer. Dans la région lyonnaise, fut déclarée le 21 novembre 1908 la Fédération des sociétés de Sauvetage natation joute et Sport Nautique du Sud-est, appelée communément Fédération du Sud-est et affiliée à la Fédération Pitet. Elle avait pour but "de grouper toutes les sociétés sportives… afin de poursuivre avec plus de succès l'œuvre commune de vulgarisation de la natation…". Ce souci de développer la natation est encore présent, mais on remarque que le terme "joute" a été introduit dans le titre de cette Fédération, marquant une position nette en faveur de la pratique de ce sport fort prisé dans la région. Elle comptait 30 clubs affiliés en 1920.

De très grandes fêtes étaient organisées à cette époque par les sociétés locales sous l'égide des deux fédérations. Durant trois journées, samedi, dimanche et lundi, avaient lieu des concours de natation, de navigation, d'ambulanciers, de sauvetage, de cliques, des matchs de water-polo, et des joutes, le tout agrémenté de fêtes vénitiennes, de retraites aux flambeaux, de feux d'artifice et de bals.

Cependant, la fédération Pitet semblait peu concernée par le sport de joute. Des reproches fréquents lui étaient formulés à ce sujet, tant par les clubs du Comité Nord (région parisienne et Oise) que par ceux du Comité Sud (du Lyonnais). Chacun de ces comités organisait son propre championnat de France entre les jouteurs de la région concernée, mais un championnat de France commun eut lieu à Tournon en 1953, signe d'une volonté d'unification. Il fallut attendre le 13 mars 1960 pour apprendre que le gouvernement reconnaissait la joute comme un sport.

Des appréhensions demeurèrent cependant, et Monsieur Gallat, président de la fédération du Sud-Est, estima devant la commission nationale le 5 février 1961 que la fédération nationale de sauvetage n'accordait pas à la joute toute l'importance qu'elle méritait. À partir de ce moment, les événements s'accélérèrent sous la pression du mécontentement grandissant des responsables de la joute qui aspiraient à leur autonomie. Messieurs Vernet, Bertholat et Varlot de la Fédération du Lyonnais, et Messieurs Tetart, Ledanois et Andry de la Fédération de Paris, furent des figures clés de ce mouvement.

Après plusieurs mois de dialogue difficile, le 22 novembre 1964, le Comité Nord et le Comité du Lyonnais se rassemblèrent à la Brasserie Provençale, 4 rue de Lyon à Paris. Messieurs Gallat, Nicollin Marcel, Chabroud et Vernet pour le Sud, Pothier, Poitoux, Tétard, Turbeaux, Jassert, Pierre, Ledanois et Caron pour le Nord débattirent longuement et décidèrent la création d'une Fédération dénommée : FEDERATION FRANCAISE DE JOUTE ET SAUVETAGE NAUTIQUE. Une consultation des sociétés dans la région lyonnaise avait donné 2 voix contre sur 43 réponses, la majorité étant écrasante en faveur de cette initiative. La FFJSN serait composée de deux ligues, celle du Lyonnais comprenant 5 districts et celle de Paris comprenant 3 districts. Un comité directeur provisoire fut mis en place avec M. Gallat Président, M. Nicollin Marcel Vice-Président, M. Caron Vice-Président, MM. Chabroud et Poitoux Secrétaires, et M. Pothier Trésorier. Enfin, en date du 21 avril 1971, le secrétariat chargé de la Jeunesse et des Sports donna, sous le Numéro 69.S.64, son agrément à la FFJSN, dont le siège est situé place Frédéric Mistral à Condrieu dans le Rhône, avant d'être transféré 33 rue Bossuet à Lyon. Monsieur Marcel Nicollin, président de la FFJSN à sa création, est devenu un emblème de la Fédération.

Les Joutes Languedociennes : Un Art de Vivre à Sète

Les joutes nautiques à Sète sont bien plus qu’un simple sport traditionnel ; elles représentent le cœur battant de l’identité sétoise et un véritable patrimoine vivant. Elles incarnent l'âme de la ville et constituent le socle de l'identité sétoise, un héritage transmis avec fierté qui soude la communauté. Cette passion se vit souvent en famille, et il n’est pas rare de voir de véritables dynasties de jouteurs, où le savoir-faire et l’amour du sport se transmettent de génération en génération. Reconnues pour leur importance culturelle, les joutes ont été inscrites à l’inventaire du patrimoine culturel immatériel de la France.

Pour comprendre l’âme des joutes sétoises, il faut voyager dans le temps, précisément en 1666. C’est à cette date que tout commence, avec la volonté du roi Louis XIV de créer un port pour exporter les produits du Languedoc. Les festivités qui ont marqué la création du port en 1666 ont été grandioses. Au cœur de ces célébrations, un tournoi de joutes a été organisé sur le canal, réunissant des jouteurs venus des villages voisins pour honorer l’événement. Depuis ce jour inaugural, le Canal Royal est devenu le théâtre de ces affrontements spectaculaires.

Contrairement à d’autres formes de joutes en France, celles de Sète suivent la méthode languedocienne, réputée pour sa difficulté et son élégance. Ici, la force brute ne suffit pas ; la technique, l’équilibre et l’agilité sont les clés de la victoire. Les joutes languedociennes sont pratiquées dans plusieurs villes de l’Hérault et du Gard, notamment à Sète, où le tournoi de la Saint-Louis est un événement majeur.

Le Déroulement d'une Passe et l'Équipement du Jouteur

Imagine deux barques, une rouge et une bleue, propulsées par des rameurs tandis que deux jouteurs, armés d’une lance et protégés par un pavois, tentent de se faire tomber à l’eau. Les barques sont d’origine et de construction diverses, souvent des bateaux de pêche réaménagés, et sont menées par un barreur et huit ou dix rameurs, la seule contrainte étant qu’elles forment une paire homogène.

Chaque jouteur est équipé de trois éléments essentiels. D’abord, la lance, une pièce de bois de près de trois mètres de long (environ 2,80 m) avec une pointe en acier. Ensuite, le pavois, un bouclier en bois de 70 cm de haut et 40 cm de largeur, qui sert à se protéger tout en étant la cible de l’adversaire. Le jouteur se tient sur une plateforme à l’arrière de la barque, appelée la tintaine, qui se situe à environ trois mètres au-dessus de l’eau. Pour qu’une passe soit valable, le jouteur doit frapper le pavois de son adversaire sans tomber. Un jouteur en position est en fente-avant, et il n'y a pas de position de grand écart en joutes languedociennes.

Un tournoi typique commence par une première passe d’honneur, où les jouteurs présentent leurs lances et se serrent la main. Les deux barques se font face et se propulsent l'une vers l'autre, jusqu'à l'impact final. Au moment de l'assaut, les bateaux se frôlent par la droite pour permettre aux jouteurs de réaliser "la passe". Une tenue intégralement blanche est obligatoire, incluant les chaussettes.

Le Rôle Fondamental de la Musique

La musique joue un rôle essentiel dans les joutes languedociennes. Une pena est présente pour ponctuer les exploits des jouteurs, créant une atmosphère électrique. Les rameurs ont droit à deux musiciens embarqués : un hautbois traditionnel du Languedoc et un tambour (tambornet), qui donnent le rythme et contribuent à l'ambiance festive.

La Fête de la Saint-Louis : L'Apogée Sètoise

Chaque année, autour du 25 août, la ville de Sète s’embrase pour la fête de la Saint-Louis. C’est le point culminant de la saison, et son apogée est sans conteste le Grand Prix de la Saint-Louis, le plus prestigieux tournoi de joutes de l’année. L’histoire des joutes languedociennes est scandée par cet événement majeur annuel qui constitue depuis près de trois siècles le tournoi de la Saint-Louis, disputé fin août sur le canal royal de Sète. Le lundi est le jour du tournoi des poids lourds, celui des hommes forts.

L’événement se déroule dans un lieu mythique : le Cadre Royal. Les tribunes, bondées de milliers de spectateurs passionnés, créent une atmosphère électrique et participent à l'effervescence de la fête. Le vainqueur, celui qui reste invaincu après une journée de duels acharnés, devient une véritable légende locale. Il est porté en triomphe, célébré par toute la ville comme le roi incontesté des chevaliers de la tintaine jusqu’à l’année suivante. L'histoire a retenu quelques noms illustres, tels Aubenque « Le Terrible » vainqueur en 1740, et qui, dit-on, stoppa sa barque lancée à l’assaut d’un pont, arc-bouté sur sa lance ; Audibert, vainqueur à 8 reprises au milieu du XIXe siècle ; Joseph Martin, vainqueur 9 fois entre 1858 et 1877 ; et le plus célèbre d’entre eux, Louis Vaillé, « Le Mouton » , qui détient le record de 10 victoires entre 1904 et 1923. À partir de là s’imposent souvent les « Italiens » parmi lesquels Vincent Cianni dans les années 30-40, ou de nos jours Aurélien Evangelisti « Le Patron », 7 fois vainqueur au XXIe siècle.

Devenir Jouteur : Une Vocation Transgénérationnelle

On ne devient pas jouteur par hasard ; c’est une vocation qui naît souvent au bord du canal, en regardant ses aînés. Dès leur plus jeune âge, les futurs jouteurs rejoignent une école au sein des sociétés de joutes de la ville. L’apprentissage est long et exigeant. Il faut des années pour maîtriser l’équilibre, la force et la technique précise du coup de lance. Les entraînements se déroulent sur les célèbres barques rouges et bleues, où les jeunes apprennent à ne faire qu’un avec leur barque et leurs coéquipiers rameurs. Plus qu’un simple sport, devenir jouteur est une manière de s’inscrire dans une lignée et de porter haut les couleurs de son quartier ou de sa famille. C’est une fierté et un engagement qui se vit toute l’année, bien au-delà des tournois d’été.

Les entretiens avec les jouteurs mettent en évidence les qualités nécessaires pour se maintenir sur la tintaine et faire plonger son adversaire. Si la force et la résistance à l’impact de la lance adverse sont d’évidence des atouts majeurs, d’autres qualités telles que l’adresse et le « coup d’œil », le sens de l’équilibre, sont indispensables au champion.

Depuis 1966, la « sportivisation » des joutes s’est poursuivie dans plusieurs directions. On note la précision croissante des règlements, tant dans l’organisation des compétitions que dans la protection des jouteurs contre les accidents. Il faut aussi mettre en évidence la création des écoles de joutes à Sète, Agde ou Palavas, qui permettent aux enfants de s’initier sur des chariots montés sur rails, assurant ainsi la pérennité de cette tradition.

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