L’essor des Humanités Numériques Spatialisées et des Graphes de Connaissances Géohistoriques

Le domaine des humanités numériques connaît une transformation profonde sous l’impulsion des méthodes de spatialisation et de l’intelligence artificielle. Au cœur de cette évolution, les chercheurs explorent des approches novatrices pour traiter des sources anciennes numérisées, structurer des graphes de connaissances et assurer la qualité des données historiques. La session thématique "Humanités Numériques spatialisées" de la conférence Humanisticia 2026, co-organisée avec Bertrand Duménieu, a réuni trois présentations qui témoignent de la vitalité de cette recherche interdisciplinaire. Ces travaux s'inscrivent dans une dynamique où la précision technique des sciences de l'information géographique rencontre les besoins complexes de l'analyse historique.

La modélisation et la reconstruction automatique des données historiques

La question de la fiabilité et de la structuration des données est centrale. Solenn Tual défend sa thèse de doctorat intitulée "Automatic reconstruction of the genealogy of plots and buildings from historical sources". Ce travail, co-encadré avec Joseph Chazalon (LRDE - EPITA), Bertrand Duménieu (Centre de Recherches Historiques - EHESS) et Julien Perret (ENSG/STRUDEL-LASTIG, IGN), illustre l'effort de passage d'archives textuelles ou graphiques à des représentations numériques rigoureuses. Parallèlement, Charly Bernard défend sa thèse de doctorat intitulée "From heterogeneous and fragmented data from multiple sources to a geohistorical address reference dataset". Cette recherche, également co-encadrée avec Bertrand Duménieu et Julien Perret, aborde la problématique cruciale de l'agrégation de sources multiples pour constituer des référentiels de données cohérents.

Ces deux doctorants, Solenn Tual et Charly Bernard, présentent leurs travaux de thèse respectifs lors de l'atelier organisé par le groupe de travail RECAST sur le thème "Raisonnement avec des données incertaines & Qualité des données". Cette initiative souligne l'importance majeure accordée à la gestion de l'incertitude inhérente aux archives historiques, où la lacune et la contradiction sont des données à part entière.

Vers une expertise structurée en graphes de connaissances géohistoriques

Le développement de graphes de connaissances géohistoriques professionnels constitue un axe de recherche majeur. Je suis invitée à donner une présentation sur le travail de création de graphes de connaissances géohistoriques professionnels réalisé dans le cadre du projet SODUCO lors du séminaire "Reconnaissance automatique de caractères et extraction d’information spatiale à partir de sources anciennes numérisées" organisé par le projet OCEANLINKS. Ce type de projet mobilise des techniques avancées pour extraire des entités nommées et des relations spatiales à partir de documents numérisés.

La reconnaissance de l'excellence de ces travaux est validée par le succès des projets collaboratifs. Ainsi, le projet EPHEMER a été accepté par le DIM PAMIR. De plus, Bertrand Duménieu et moi sommes invités au séminaire "Incertitude et qualité des données historiques" de l'université de Toulouse Jean Jaurès pour présenter nos travaux sur l'évaluation de la qualité de données historiques spatialisées. Ces invitations témoignent d'une volonté de diffuser une méthodologie rigoureuse pour l'évaluation de la qualité des données spatialisées, un défi constant lorsque l'on manipule des bases de données topographiques anciennes.

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Cadres institutionnels et gouvernance de la recherche

L'animation scientifique joue un rôle moteur dans la structuration de la discipline. Je suis co-porteuse de l'action du GDR CNRS MADICS sur l'extraction, la représentation, et l'analyse de données et de connaissances historiques en humanités numériques depuis janvier 2024. Par ailleurs, je suis co-animatrice du groupe de travail NER4HistoricalDocs depuis septembre, et co-porteuse de l'action de recherche du GDR CNRS MAGIS sur les graphes de connaissances géohistoriques depuis novembre. Ces instances permettent de créer un pont permanent entre les chercheurs en informatique et ceux en sciences humaines, favorisant une montée en compétence collective sur les enjeux de l'extraction de données et de leur représentation sémantique.

Les événements majeurs comme la plateforme PFIA 2025 servent de catalyseurs à ces échanges. Avec Nathalie Hernandez, Bertrand Duménieu et Sébastien Poublanc, je co-organise une journée thématique sur les Humanités Numériques et l'Intelligence Artificielle (HNIA 2025) qui se tiendra à Dijon le 4 juillet dans le cadre de la plateforme PFIA 2025. De même, avec Ghislain Atemezing, je co-préside le comité de programme de la conférence nationale sur les Applications Pratiques de l'Intelligence Artificielle (APIA 2025) qui se tiendra à Dijon les 30 juin et 1er juillet. Ces engagements reflètent une volonté d'intégrer les technologies de pointe dans le traitement des spécifications géographiques.

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