Naviguer vers Madère : Une Odyssée en Voilier et la Découverte d'un Paradis Atlantique

Madère, souvent surnommée « l'île du printemps éternel », est un archipel portugais situé au cœur de l'océan Atlantique. Géographiquement, elle se trouve plus proche de l'Afrique que de l'Europe, à environ 1 000 km de Lisbonne et seulement 500 km du Maroc. Cette situation géographique privilégiée lui confère un climat subtropical, chaud et verdoyant, caractérisé par des paysages volcaniques accidentés et des côtes abruptes. Pour beaucoup, la simple évocation de Madère est une invitation à l'aventure et à la découverte, un appel irrésistible au voyage.

Si l'idée de venir à Madère vous séduit, de nombreuses options s'offrent aux voyageurs. Bien que l'avion soit le moyen le plus rapide et le plus agréable pour la plupart, permettant d'embarquer et d'arriver en trois heures trente depuis certains aéroports (un peu plus selon les aéroports de départ), l'arrivée par la mer offre une dimension d'exploration et de liberté incomparable, en particulier pour les navigateurs.

L'Appel du Large : La Préparation d'une Traversée Atlantique vers Madère

L'expérience de la navigation vers Madère est une aventure en soi, marquant une transition progressive vers cet éden atlantique. Une traversée typique depuis Lisbonne vers l'archipel de Madère peut s'étendre sur plusieurs jours. Par exemple, une traversée de 4 jours est une durée souvent rencontrée pour rallier l'archipel depuis la capitale portugaise. Durant ces journées en mer, le lien avec l'immensité de l'océan est constant.

Les navigateurs modernes bénéficient d'outils comme le système AIS (Automatic Identification System), qui permet de repérer les bateaux naviguant à proximité. Pendant la traversée, il est ainsi possible de voir les autres navires, et grâce aux améliorations technologiques, les autres bateaux peuvent également vous voir, augmentant la sécurité en mer. Malgré la présence de ces systèmes, l'océan peut parfois sembler désert. Il n'est pas rare de se retrouver seul, sans un bateau à l'horizon, une solitude qui rappelle la vaste étendue de l'Atlantique.

La vie à bord lors d'une telle traversée est rythmée par la mer. Le vent, la houle, les quarts de nuit et les imprévus techniques sont le quotidien du marin. L'Atlantique n'est pas la Méditerranée ; la mer peut se montrer bien plus formée. « T'as vu les vagues ! Franchement c'est génial ! » est une exclamation qui témoigne de l'excitation face à la puissance de l'océan, même si parfois, le mal de mer peut affecter l'équipage, même les plus aguerris, nécessitant quelques jours pour « s'amariner de nouveau ».

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Les nuits en mer sont des moments particuliers. Il faut en profiter pour mettre les voiles, et il n'est pas rare de démarrer la journée à 4 heures du matin, toutes voiles dehors, avec des vitesses de 8,8 nœuds. La houle est souvent régulière, et le bateau avance à 6/7 nœuds. Cependant, la mer peut être imprévisible. Une nuit, à 3 heures du matin, le bateau peut quitter son cap brusquement et se mettre à bouger dans tous les sens si le pilote automatique vient à lâcher. Cet appareil, essentiel pour maintenir le voilier sur sa direction sans nécessiter de barrer constamment (barrer étant l'équivalent de conduire, en tournant la barre), est un confort inestimable. Une panne en pleine nuit, avec le bateau qui tangue fortement, nécessite une réparation de fortune, parfois avec « un bout de ficelle bien serré ». Bien que compliquée dans l'obscurité et les mouvements du bateau, la chance peut sourire et la réparation tenir.

Le vent lui-même peut jouer des tours. Après des journées de bonne progression, le vent peut faiblir, réduisant la vitesse à seulement 2 ou 3 nœuds. En outre, le navire peut subir les effets de deux houles simultanément, une de travers et une de l'arrière, faisant perdre l'avance accumulée. Le pilote automatique, même fonctionnel, peut être mis à rude épreuve et parfois nécessiter des heures de barre manuelle. C'est une épreuve de force et de concentration pour le navigateur.

Le rythme est soutenu, exigeant une veille constante, de jour comme de nuit, ce qui implique de récupérer beaucoup de sommeil à l'arrivée. La notion du temps en mer se perd, et les efforts physiques, même pour des tâches simples comme enfiler un pantalon, peuvent être difficiles lorsque le bateau bouge beaucoup.

Premiers Pas à Madère : De Porto Santo aux Mouillages de l'Archipel

L'arrivée à l'archipel de Madère, au matin du 5ème jour, est un soulagement et une récompense. Le phare de Porto Santo est le premier signe tangible de terre, souvent en pleine nuit, les lumières de la ville éclairant la baie malgré l'absence de lune. Le voilier entre alors dans le petit port de Porto Santo, cherchant une place au ponton et s'amarrant au quai. L'île de Porto Santo, petite avec ses 11 km de long, est la deuxième île habitée de l'archipel de Madère. Elle est bordée sur presque toute sa longueur par une magnifique plage de sable blond et possède une histoire fascinante, puisque les navigateurs portugais Joao Zarco et Tristao Teixeira y débarquèrent pour la première fois en 1418. Après l'effort de la traversée, s'y mettre à l'ancre et aller se coucher est une priorité absolue.

Après cette première escale, la découverte de l'île principale de Madère se poursuit. Sur la côte sud à l'extrême est de l'île, l'Enseada da Abra a été repérée sur la carte et recommandée. C'est un mouillage où il est agréable de passer quelques nuits, souvent en compagnie d'un ou deux autres voiliers. Cet endroit, qui semble désert, est idéal pour des baignades à volonté.

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Les mouillages et les ports de Madère offrent des expériences variées. Le mardi 9 août 2023, après deux nuits paisibles à l'Enseada da Abra, le cap est mis sur Machico, situé à quelques milles de là.

Les Escales de Charme : Entre Ports Accueillants et Mouillages Sauvages

Machico, une petite ville très agréable aujourd'hui, est un lieu mythique pour les navigateurs. Le port n'offre pas toujours de place pour les visiteurs, sauf exceptionnellement en s'amarrant sur la digue. Cependant, une belle zone de mouillage existe juste à côté du port, ce qui est une excellente alternative. La ville elle-même est facile d'accès depuis le port, avec des commerces à portée de marche. On peut déambuler dans ses rues et places ombragées, admirer les maisons traditionnelles construites en imbrications de petits volumes adaptés au terrain en pente, colorées et charmantes, ou même partir à l'assaut des montagnes par de petits sentiers en escaliers. La plage près du port est un lieu de vie où l'on peut voir des kayaks, des paddles, et des équipes de nageurs s'entraîner régulièrement en mer.

Cependant, la nature peut parfois rendre le séjour plus mouvementé. Par un après-midi où le vent de Nord-Est et une forte houle se sont levés, un bateau comme Mataiva peut peiner à tenir son mouillage. Dans de telles circonstances, avec l'autorisation du maître de port, il est possible de s'abriter à l'intérieur du port, le long de la digue. Malgré cet abri, le port peut encore beaucoup bouger, rendant nécessaire l'installation de tous les pare-battages côté digue pour éviter d'endommager la coque. C'est une fois le bateau sécurisé que la visite de Machico peut se poursuivre en toute quiétude.

Les rencontres sont aussi un aspect précieux de l'escale. Le samedi 12 août 2023, la rencontre avec Jean-Philippe, un ami des navigateurs installé à Madère, s'est avérée enrichissante. Amoureux de son île, il aime la faire découvrir et partage volontiers ses coups de cœur pour les restaurants, ses bons plans pour les déplacements et les lieux à découvrir.

La durée des escales est parfois contrainte. Le mardi 22 août 2023, l'équipage a dû envisager de quitter le port de Machico car la place occupée était destinée à des chalutiers devant rentrer d'une campagne de pêche le week-end suivant. Cette situation a incité à visiter Funchal et à vérifier la disponibilité au port de plaisance.

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Funchal, la capitale de Madère, présente un défi particulier pour les navigateurs. Le port, en travaux, n'accepte que très peu de visiteurs, rendant la recherche d'une place incertaine. Une visite à la capitainerie est alors indispensable, mais il n'est pas rare d'apprendre que le port est complet. On conseille souvent d'appeler à l'arrivée, au cas où une place se libérerait, mais la météo, avec du vent annoncé, rend la situation incertaine.

Le jeudi 24 août 2023, le moment est venu de larguer les amarres de Machico pour Funchal. En l'absence de place dans le port, un mouillage serait l'alternative. Des passagers peuvent être embarqués pour cette courte traversée, comme Hervé sur Mataiva, et Lionel et Jean-Philippe sur un autre voilier comme Vadrouille. Ces rencontres fortuites font partie du charme de la navigation. Des liens peuvent se créer, menant à des invitations et des partages d'expériences.

Arrivé à Funchal, il est possible de se faire refouler du port. Dans ce cas, il faut jeter l'ancre à côté du port. Cependant, le mouillage à Funchal n'est pas toujours idéal, pouvant beaucoup bouger et présenter un risque d'accrocher l'ancre sur des rochers au fond. Le vendredi 25 août 2023, alors qu'une partie de l'équipage débarque pour des courses et pour s'informer à la capitainerie, il peut être préférable pour une personne de rester à bord pour surveiller le mouillage, surtout si la mer est agitée. Si par chance, une seule place se libère, il faut alors faire un choix rapide.

Les frais de port et de mouillage sont un élément à prendre en compte. Hormis la Marina de Funchal, il faut compter environ 30€ par nuit pour les ports. Le gasoil n'est généralement pas inclus.

Immersion Terrestre : Découvrir Madère au-delà des Flots

Une fois à quai ou au mouillage, les trésors de Madère s'offrent aux navigateurs. La capitale, Funchal, est une ville portuaire animée, incontournable pour ses marchés colorés et ses jardins botaniques. Le marché couvert de Funchal, le Mercado dos Lavradores, est un lieu vibrant qui se déploie sur trois étages : le rez-de-chaussée est dédié aux étals de poissons frais comme les espadons et les thons ; le second étage regorge de légumes et de fruits tropicaux ; et le troisième propose souvenirs, textiles et autres articles artisanaux. La vieille ville de Funchal, ou Zona Velha, invite à la flânerie avec ses rues pavées, ses portes peintes et ses églises historiques.

Au-delà de Funchal, l'île regorge de merveilles. Les maisons traditionnelles, adaptées au terrain en pente, sont colorées et charmantes, et de nouvelles constructions « fleurissent » partout. Les activités de plein air abondent : les promenades en lévada, ces étroits canaux d'irrigation bordés de sentiers de randonnée, sont emblématiques de Madère. Que ce soit la Levada do Caldeirão Verde, un circuit de 13 kilomètres traversant tunnels, forêts et cascades, ou la Levada das 25 Fontes menant à un bassin scintillant alimenté par de multiples cascades, elles immergent le randonneur dans une végétation luxuriante.

Pour les amateurs de panoramas, assister au lever du soleil au Pico do Arieiro, le troisième plus haut sommet de l'île (1 818 mètres), est une expérience extraordinaire, avec des nuages dérivant sous les crêtes déchiquetées. De là, on peut même rejoindre le Pico Ruivo (1 862 mètres), le point culminant, via un sentier offrant des vues spectaculaires. Un autre point de vue saisissant est le Cabo Girão, l'une des plus hautes falaises maritimes d'Europe (598 mètres), dotée d'une plateforme en verre pour regarder directement la mer en contrebas.

Les excursions en voiture, souvent rendues possibles grâce à l'aide de contacts locaux comme Jean-Philippe qui peut prêter une voiture, permettent de découvrir des endroits comme Porto Moniz et ses piscines naturelles, ou Seixal et sa plage de sable noir. Ces escapades sont l'occasion de découvrir les facettes contrastées de l'île. Madère est également une île de fêtes. Par exemple, le samedi 26 août 2023, la ville de Machico s'animait pour une fête grandiose, les collines environnantes étant illuminées par des flambeaux formant des figurines représentant des bateaux ou autres.

La gastronomie madérienne est un plaisir pour les sens. Un voyage sur l'île ne serait pas complet sans goûter à l'espetada, des brochettes de bœuf grillées sur du bois de laurier. Le bolo do caco, un pain levé traditionnel cuit dans un moule rond, à base de farine de blé et de patate douce, est moelleux et légèrement sucré. Il est délicieux, surtout servi avec du beurre à l'ail, et constitue la base de nombreux sandwiches garnis de viande en sauce, de poivron et d'oignons. À Porto Santo, on peut même le trouver avec du chorizo intégré à la pâte. Les lapas, des berniques, sont une autre spécialité à savourer. Et bien sûr, l'île est célèbre pour son vin de Madère, apprécié dans le monde entier.

Madère, l'Île du Printemps Éternel : Attraits Généraux et Conseils Pratiques

Madère vaut incontestablement la peine d'être visitée, que ce soit pour ses paysages spectaculaires où les montagnes s'élèvent brusquement de la mer, ses vallées couvertes d'une verdure luxuriante ou ses falaises plongeant dans des eaux turquoise. L'île combine une diversité de paysages impressionnante dans un espace compact. Sa culture, mêlant un riche héritage portugais à des traditions insulaires uniques, ses festivals animés et son artisanat préservé, est également un atout majeur. L'aventure est partout, du canyoning dans les gorges volcaniques à l'observation des baleines, en passant par le parapente ou les randonnées. Le climat doux de Madère tout au long de l'année, où la température descend rarement en dessous de 16°C même en hiver, en fait une destination agréable quelle que soit la saison. Le printemps, de mars à mai, est idéal pour les promenades en lévada avec la floraison des fleurs ; l'été, de juin à août, est parfait pour la baignade et les festivals ; l'automne, de septembre à novembre, offre moins de foule et des conditions de randonnée idéales ; et l'hiver, de décembre à février, est propice aux fêtes de Noël et à l'observation des baleines.

Pour ceux qui n'arrivent pas en voilier, d'autres moyens de transport permettent de découvrir Madère. L'aéroport international Cristiano Ronaldo (FNC), près de Funchal, est la principale porte d'entrée par avion, avec des vols depuis Lisbonne (1h45), Porto (2h+), et de nombreuses villes européennes (3 à 4 heures). L'atterrissage est réputé spectaculaire.

Pour une approche plus lente par la mer, il existe toujours la possibilité du bateau-cargo. Ce service, assuré par GS LINES, relie Lisbonne au port de Caniçal sur l'île de Madère, offrant une liaison hebdomadaire. Le navire part le samedi de Lisbonne pour arriver le lundi matin à Madère. Cette option, bien que moins glamour et d'une durée de 36 heures, est appréciée par ceux qui craignent l'avion, voyagent avec des animaux non acceptés en soute, ou cherchent simplement une expérience de « slow travel ». Les cabines sont modestes mais confortables, les repas sont inclus, et le coût avoisine les 180€ à 200€ par personne avec un bagage de vingt kilos. La réservation doit être faite directement auprès de la compagnie ou de ses agents, nécessitant une pièce d'identité et une preuve d'assurance. C'est également pratique pour transporter une voiture, une moto ou des animaux.

Une autre possibilité, bien que limitée, est l'escale via une croisière. De nombreux navires de croisière s'arrêtent à Madère, mais l'escale ne dure que quelques heures ou au plus une journée, offrant un aperçu rapide de l'île.

Pour se déplacer sur l'île de Madère, la voiture est fortement recommandée afin de jouir d'une liberté totale pour explorer les montagnes spectaculaires, les vallées profondes et les routes sinueuses. La location d'une voiture permet de découvrir les vues imprenables, les villages cachés, les piscines naturelles et les points de vue panoramiques. Il est conseillé de réserver à l'avance, et les petits véhicules sont plus adaptés aux rues étroites.

Enfin, aucun voyage à Madère ne serait complet sans une visite à Porto Santo. Cette île paisible, à 60 kilomètres au nord-est, est célèbre pour sa plage dorée de neuf kilomètres de long. L'accès se fait facilement par avion (15 minutes de vol) ou par ferry, le Lobo Marinho, qui dure environ deux heures et demie. Le ferry, opéré par Porto Santo Line, propose environ 7 traversées par semaine depuis Porto Santo vers Funchal, avec une durée de 2h30 et un prix moyen de 175€, et permet également de transporter des véhicules. Le paysage plat et ensoleillé de Porto Santo contraste avec les montagnes de Madère, offrant une ambiance relaxante. Ses sables sont même réputés pour leurs propriétés thérapeutiques.

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