Alexis Besançon est reconnu mondialement comme l'un des entraîneurs d'aviron les plus influents et titrés de son époque. Son nom résonne avec excellence et succès dans le monde de l'aviron, une carrière jalonnée de victoires olympiques et mondiales qui ont marqué l'histoire de ce sport, d'abord en France, et désormais sur la scène internationale. Son parcours, depuis ses débuts modestes en Franche-Comté jusqu'à sa position actuelle d'entraîneur en chef de la sélection suisse, témoigne d'une passion inébranlable pour l'enseignement et le développement du potentiel humain.
De la Franche-Comté aux Bords de l'Eau : Une Vocation Sportive Née de la Persévérance
L'itinéraire d'Alexis Besançon est celui d'une vocation qui s'est affirmée bien loin des bassins de l'aviron dans ses premières années. Franc-comtois, et plus spécifiquement Jurassien, il est, comme il le souligne, « fier de l’être ». Ce lien profond avec sa région natale a forgé une partie de sa personnalité et de ses aspirations initiales. Il aurait pu embrasser une carrière dans l'enseignement académique, nourrissant jusqu'en classe de seconde l'objectif de devenir professeur d'histoire-géographie. Cette voie, bien que différente de celle qu'il a finalement choisie, révèle déjà un attrait pour la transmission du savoir et l'accompagnement.
Cependant, un changement d'orientation décisif l'a mené vers l'enseignement du sport. Le sport, pour Alexis Besançon, a toujours été une passion pratiquée sous diverses formes. Il a d'abord exploré le judo, puis le rugby, et également le vélo - ce dernier étant « pas le choix pour aller d’un endroit à un autre », comme il l'explique, dans le Haut-Jura qu'il affectionne particulièrement. Ces expériences sportives diversifiées, notamment le rugby avec son « rapport à la douleur particulier », ont sans doute préparé le terrain pour sa rencontre avec l'aviron.
C'est au lycée à Lons-le-Saunier, en fin de classe de seconde, qu'il découvre l'aviron à Dole. Cette rencontre fut une « révélation » pour lui. Il y a trouvé un sport qui correspondait à ses attentes profondes : « un sport d’endurance, de glisse, avec des notions de persévérance ». Il ajoute que cela a « matché tout de suite » avec son expérience du rugby, notamment en ce qui concerne l'aspect de l'effort et de la résilience. L'aviron l'a littéralement « absorbé ». Cette nouvelle passion le pousse à préparer le concours d’entrée en UFR Staps (Unités de Formation et de Recherche en Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives) et à faire sa terminale à Dole, une décision stratégique pour rester à proximité du club d'aviron.
Son parcours universitaire se poursuit à la fac de Dijon, où il obtient sa licence, puis sa maîtrise avec la mention « éducation et motricité ». Il est important de noter que, malgré son immersion dans le monde de l'aviron, sa « vocation avant tout était l’enseignement », ce qui n'était « pas le mieux pour réussir en tant que rameur ». Ce choix précoce de se concentrer sur l'enseignement plutôt que sur la performance en tant qu'athlète a été un facteur déterminant dans la construction de sa carrière d'entraîneur. Il n'a d'ailleurs jamais été médaillé en tant que rameur, un fait qui contraste fortement avec son palmarès impressionnant en tant que coach, et qui souligne sa spécificité.
Lire aussi: Exploration de la voile par Alexis Thomas
L'Ascension d'un Technicien : Des Premiers Pas à la Reconnaissance Fédérale
La trajectoire d'Alexis Besançon en tant qu'entraîneur professionnel prend un tournant décisif lorsque Claude Jacquier, responsable de sa promotion d’entraîneurs, le repère. Ce fut le début d'une transition progressive mais déterminée vers le coaching de haut niveau. Avant de s'engager pleinement dans le monde de l'aviron d'élite, il a enseigné pendant deux ans en tant que professeur d’EPS à Argenteuil. Pendant ce temps, le Directeur Technique National (DTN) de l'époque faisait « de pieds et de mains pour le récupérer », signe de son potentiel déjà identifié.
Il intègre ensuite la structure fédérale de l'aviron français, devenant conseiller technique régional en Bourgogne pendant quatre ans. Cette période fut cruciale pour développer ses compétences et sa compréhension des rouages de la formation sportive. Les quatre années suivantes, il se concentre sur la formation, tout en commençant à entraîner les équipes engagées en Coupe de la Jeunesse, en collaboration avec Claude Jacquier. Ces expériences à la base du système sont fondamentales pour forger un entraîneur : « J’ai fait mes armes au plus petit niveau », confie-t-il, soulignant l'importance de cette approche progressive.
Son engagement ne s'arrête pas là ; il a ensuite animé l’équipe territoriale et est devenu responsable de la Coupe de France. Plutôt que de s'adonner à la pratique de l'aviron en compétition, Alexis Besançon a fait le choix délibéré et immédiat d’entraîner. Ce choix a orienté l'intégralité de sa carrière vers l'accompagnement et la guidance des athlètes. Cette période de formation et d'expérience à différents échelons du sport français lui a permis de bâtir une expertise solide, faisant de lui un « technicien incontesté et incontestable de l’aviron français ».
La "Méthode Besançon" : Une Philosophie au Service du Potentiel Humain
Lorsque l'on tente de percer les secrets de la « méthode Besançon », la réponse ne tarde pas à venir et se révèle d'une simplicité profonde, empreinte d'humilité. Il déclare : « j’ai eu à entraîner des athlètes exceptionnels, qu’il fallait accompagner, c’est tout ». Cette affirmation, loin de minimiser son rôle, met en lumière sa philosophie centrale : l'entraîneur est un facilitateur, un guide qui aide l'athlète à exploiter pleinement son propre potentiel.
Sa vision du coaching est ancrée dans des valeurs humaines fortes. Ce qui l’anime dans son rôle d’entraîneur, c’est « de permettre à un élève ou un athlète d’atteindre la pleine mesure de son potentiel, de progresser », une aspiration qu'il lie directement à son souhait initial d'être professeur d’EPS. Sa démarche est fondée sur « l’écoute, la co-construction, d’aller chercher tous les boutons sur lesquels on peut appuyer pour que la personne en face de soi s’épanouisse complètement ». Pour lui, cette approche est la « priorité » et un « bon moteur » pour être un bon entraîneur.
Lire aussi: Plongez dans l'univers d'Alexis Jandard
Les athlètes qu'il a entraînés retiennent d’Alexis Besançon non seulement ses compétences techniques, mais aussi des aspects plus personnels de sa pédagogie. Il est notamment connu pour les « petites phrases, les dictions » qu'il donnait à chaque compétition. Ce n'était pas anodin : « Je le fais moins, il y avait ce rituel du carnet, de la petite phrase, un fil rouge qui incarnait l’attitude qu’il fallait avoir sur la compétition pour laquelle tout le monde avait travaillé, mais aussi quelque chose qui était construit de longue date, qui s’inscrivait dans leur histoire ». Il insiste sur le fait que, pour lui, « cela donne du sens, c’est aussi là une clé ». Cette capacité à donner du sens à l'effort, à contextualiser la performance dans une histoire individuelle et collective, est une marque distinctive de son approche.
Au-delà de la technique et de la stratégie, Alexis Besançon souligne l'importance de l'état d'esprit. Il aime à rappeler que « dans le mot entraîneur, il y a le mot entrain ». L’entraîneur doit donc apporter « de l’entrain, de la motivation mais aussi un climat de travail, de la bienveillance, du sourire ». Ces éléments sont cruciaux pour créer un environnement propice à l'épanouissement et à la performance. Un souvenir marquant illustre cette facette de son coaching : l'embarquement de Jérémie Azou et Stany Delayre en finale à Londres 2012, face aux Anglais sur leur propre territoire. Dans ce moment de tension, il se souvient d’une petite phrase qu’il a lancée à ses athlètes : « Dieu ne peut pas sauver la reine tous les jours ». Cette anecdote révèle sa capacité à injecter une dose d'humour et de défi psychologique au moment opportun.
Matthieu Androdias, champion olympique de Tokyo en 2021 en deux de couple, qui évolue sous ses ordres depuis 2017, est particulièrement élogieux à son égard. Il déclare qu'« Alexis est hors-norme à plusieurs égards ». Selon Androdias, il est « extrêmement pointu, très explorateur, ne cesse de se demander comment il peut être meilleur et emmener ses gars à leur plein potentiel ». Mais ce qui le rend véritablement unique, c'est qu'« en même temps, il a une grande sensibilité, une intelligence humaine. C’est assez rare de tout cumuler ». Hugo Boucheron, son coéquipier, ajoute avec conviction : « Sans lui, on ne serait pas là ». Ces témoignages convergent pour décrire un entraîneur qui excelle tant sur le plan technique et stratégique que sur le plan humain, une combinaison rare et précieuse.
Un Palmarès Hors Norme : L'Entraîneur Français le Plus Titré de l'Histoire
Le palmarès d'Alexis Besançon est éloquent et le positionne comme l'entraîneur français le plus titré de l'Histoire dans le domaine de l'aviron. Avec deux titres olympiques et quatre mondiaux à son actif, il a conduit ses athlètes vers les plus hautes distinctions internationales. Ces succès ne sont pas le fruit du hasard, mais l'aboutissement d'un travail acharné, d'une expertise technique pointue et d'une capacité unique à accompagner les sportifs vers l'excellence.
Son premier titre olympique est arrivé en 2016, lors des Jeux de Rio, avec le deux de couple poids léger composé de Jérémie Azou et Pierre Houin. Cette victoire a marqué un tournant, confirmant sa capacité à mener des athlètes au sommet de leur discipline. Cette médaille était le fruit d'une revanche et d'une persévérance remarquable, notamment après des expériences passées.
Lire aussi: Alexis Sanchez : Une leçon de résilience et de détermination
Quelques années plus tard, il a réitéré cet exploit aux Jeux de Tokyo en 2021, cette fois-ci avec Matthieu Androdias et Hugo Boucheron dans l'épreuve du deux de couple. Cette seconde consécration olympique témoigne de sa constance et de sa capacité à s'adapter aux nouveaux défis et aux nouvelles générations d'athlètes. Le chemin vers cette médaille n'a pas été linéaire. Matthieu Androdias se souvient du parcours avec Alexis Besançon : « Les garçons étaient finalistes à Rio, médaillés aux Europe, ils étaient capables d’être performants ». Cependant, en 2017, alors qu'ils remportent leur demi-finale brillamment, ils ne parviennent pas à monter sur le podium en finale. Cette expérience a été un moteur pour Alexis Besançon : « Forcément, on se dit qu’il y a la matière pour, et cela nous donne quelques idées pour aller creuser là où on peut gagner en régularité ». L’idée de les voir médaillés olympiques n’est pas venue tout de suite, mais s'est construite avec le temps, « comme on gravit une montagne, on y va par étape ». Cette approche progressive et méticuleuse a finalement porté ses fruits à Tokyo.
En plus de ces deux médailles d'or olympiques, Alexis Besançon a également récolté quatre titres mondiaux dans les catégories olympiques. Ces victoires ont été obtenues avec les mêmes rameurs qui ont brillé aux Jeux, ainsi qu'avec Stany Delayre, démontrant la profondeur et la constance de son travail avec l'élite de l'aviron français. Ces titres mondiaux, cumulés aux couronnes olympiques, confirment sans équivoque son statut de coach d'exception.
Un Nouveau Chapitre : Le Défi Suisse et ses Implications pour l'Aviron Mondial
Un nouveau chapitre s'ouvre dans la carrière d'Alexis Besançon, marquant un tournant significatif pour l'aviron français et suisse. Il va quitter l'équipe de France pour devenir l’entraîneur en chef de la sélection suisse d’aviron. Cette décision, bien que comprise, représente une « lourde perte pour les Bleus », comme l'a souligné l'Équipe. Alexis Besançon est « tout simplement l’entraîneur le plus titré de l’histoire de l’aviron français », et son départ laisse un vide considérable.
Ce changement intervient après qu'Alexis Besançon a lui-même candidaté pour occuper le poste d'entraîneur en chef pour l’équipe de France. Cependant, la fédération lui a préféré l’Italien Antonio Maurogiovanni. Si le DTN Sébastien Vieilledent a exprimé, dans un courrier aux différentes instances de la fédération française, sa fierté de « voir un entraîneur français valorisé à l’international pour son expertise et son parcours », il n'en reste pas moins que cela représente un « coup dur pour l’aviron français ». Ce transfert de compétences et d'expérience vers une nation concurrente souligne l'attractivité internationale du talent de Besançon. Il n'est d'ailleurs pas le seul coach tricolore à œuvrer actuellement à l'étranger ; le champion olympique 2000 Xavier Dorfman, après avoir travaillé au Japon, s'occupe désormais de l'équipe d’Australie, illustrant une tendance où l'expertise française en aviron est recherchée au-delà des frontières nationales.
Alexis Besançon lui-même a partagé des éclairages sur ses nouvelles missions avec la Suisse et les différences notables par rapport à ses responsabilités antérieures avec l’équipe de France. Il offre un ordre d’idée concernant la structure des équipes : alors que l’équipe de France présente à Shanghai (aux championnats du monde) comptait « six bateaux, six entraîneurs, un chef d’équipe », l'organisation suisse est différente. Pour la Suisse, il indique : « Nous, nous avions sept bateaux et deux entraîneurs, dont le chef d’équipe ». Cette structure plus resserrée permet d'obtenir « quelque chose de plus agile », où le management est « plus direct ».
Ces différences organisationnelles entraînent des avantages spécifiques : « Il y a davantage d’échanges, plus de réactivité et ça apporte cette capacité à adapter le programme d’entraînement ». Pour les athlètes, cela se traduit par un travail qui se fait « d’une manière plus fine, plus directe ». Ces observations suggèrent qu'Alexis Besançon voit dans ce nouveau rôle une opportunité d'implémenter des approches d'entraînement et de gestion qui peuvent être plus personnalisées et réactives, capitalisant sur l'agilité d'une structure différente. Ses aspirations incluent « des choses que, moi, je voulais… » mettre en place, ce qui laisse entendre un désir d'innover et d'appliquer pleinement sa vision du coaching.
Son départ de la France pour la Suisse représente donc non seulement un nouveau défi personnel, mais aussi un transfert de savoir-faire et d'une « méthode » éprouvée vers une autre nation ambitieuse en aviron, potentiellement susceptible d'influencer la dynamique des compétitions internationales. Sa présence à la tête de l'équipe suisse est un témoignage de sa reconnaissance en tant qu'« entraîneur d’aviron le plus reconnu sur la scène mondiale ».