Le nouveau Bénéteau Figaro 3 constitue une petite révolution sur le marché des voiliers de course. Il se positionne comme le premier modèle de série à être équipé de foils, marquant ainsi une étape significative dans l'évolution de la conception des monotypes dédiés à la compétition. Ce voilier d'exception ne se contente pas d'intégrer des technologies de pointe pour optimiser ses performances ; il incarne également l'aboutissement d'un travail d'équipe considérable et soulève des questions essentielles sur la surveillance et la sécurité des embarcations de haute valeur dans un environnement de course exigeant.
Le Figaro Beneteau 3 : Génèse et Caractéristiques d'un Monotype Révolutionnaire
Élancé, racé, profilé, le Figaro Beneteau 3 séduit autant par son allure que par ses qualités de compétiteur. Ce nouveau voilier monotype est l’aboutissement d’un long travail d’équipe. Il est entièrement dédié au championnat de France de course au large, un circuit prestigieux qui exige des performances et une fiabilité hors pair. Pensé initialement par les membres de la Classe Figaro Beneteau, le projet de ce nouveau bateau a pris vie sous les crayons du cabinet français d’architecture VPLP, réputé pour son expertise en matière de design de voiliers de course. La construction de ces unités a ensuite été confiée à la Racing Division du Groupe Beneteau, spécifiquement sur son site de Nantes.
L’activité a battu son plein dès le début de l’année sur le site de la Groupe Beneteau Racing Division. Après avoir entièrement rénové et redémarré le site historique de Jeanneau Techniques Avancées, qui était déserté depuis 10 ans, les équipes de production y ont œuvré avec une précision méticuleuse. Leur objectif était de produire les 50 bateaux initialement destinés aux coureurs de la Classe Figaro Beneteau. La rigueur était de mise : chaque pièce est pesée avant d’être assemblée afin de garantir un écart de poids inférieur à 2% entre les différentes unités. Cette uniformité stricte est essentielle pour maintenir le principe de monotypie, assurant ainsi une compétition équitable où seule l'habileté des marins fait la différence. Les visites sur le chantier des skippers et de leurs partenaires ont été nombreuses, témoignant de l'engouement autour de ce nouveau modèle. Au total, 43 bateaux avaient été commandés à un moment clé de la production. Ces monotypes, rigoureusement identiques dans leur fabrication, ont été attribués aux marins par tirage au sort lors du Nautic de Paris en décembre 2018, une méthode qui garantit l'équité pour tous les compétiteurs.
Le Figaro Beneteau 3 a d'ailleurs déjà à son actif un fait d’arme notable : le prototype, bien que non habilité à concourir sur le circuit français, a remporté au temps et avec un équipage double américain la Pacific Cup 2018, une course mythique ralliant San Francisco à Hawaï. Ce succès précoce a souligné le potentiel et l'efficacité de sa conception innovante, avant même son lancement officiel sur le circuit Figaro.
La conception du Figaro Beneteau de troisième génération, fruit d'un appel d'offres remporté par VPLP, visait à dessiner « une porte d’entrée dans la course au large ». Les architectes ont ainsi choisi de dessiner une carène puissante, caractérisée par des bouchains et une étrave volumineuse. Cette approche novatrice compense l’absence de ballasts, un dispositif qui équipait les Figaro 1 et 2 pour ajuster la gîte. En cela, il s’agissait déjà d’une petite révolution dans la philosophie de conception. Pour un monocoque de 9m75 pour 2900 kg, cette configuration représente un beau rapport entre puissance et légèreté. Le Figaro Beneteau 3 est un bateau très puissant qui demande beaucoup d’énergie, d’attention, et d’implication, comme le commente Loïc Peyron, qui, à près de soixante ans, s’est lancé dans cette nouvelle aventure régatière. Cette intensité de conduite rend le pilotage du FB3 sûrement plus amusant, mais aussi plus physique et plus intense que ne l’était celui du FB2. Les skippers sont plus que jamais de véritables hommes-orchestre, puisque l’ensemble des nouveautés qui équipent ce bateau en font une vraie bombe de performance.
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Les Foils du Figaro Beneteau 3 : Une Approche Novatrice de la Performance Maritime
L'innovation majeure et la caractéristique la plus distinctive du Figaro Beneteau 3 résident sans aucun doute dans ses foils. Généralement, les foils permettent à un bateau, qu'il s'agisse d'un voilier ou d'un bateau à moteur, de se soulever pour voler "au-dessus de l'eau". Ce principe fondamental a pour but de réduire la traînée à sa plus simple expression, afin de gagner en vitesse, en particulier sur les multicoques. Les AC 45 de la dernière America's Cup en sont d'ailleurs les meilleurs exemples les plus emblématiques de cette technologie où les bateaux volent avec des foils en L, atteignant des vitesses de plus de 40 nœuds.
Cependant, il est important de noter que de cela, il n'est pas question de "vol" au sens strict sur le Bénéteau Figaro 3. En effet, les foils de ce monotype présentent un profil radicalement différent de celui auquel on était jusqu'à présent habitué, car ils sont inversés ! Leur forme en « chistera », une référence à la raquette de pelote basque, est particulièrement distinctive. Ces foils sont construits chez Multiplast et pèsent chacun 38 kilos pour une longueur développée de 3,30 mètres. Leur rôle principal est de contribuer à l’effet anti-dérive du monotype au près. Ils agissent en synergie avec la quille, dont la largeur de voile est restreinte, pour améliorer la stabilité latérale. Le résultat de cette conception ingénieuse est une augmentation des vitesses moyennes et un bateau plus stable, allégé d’environ 30% par rapport au Figaro Beneteau 2, son prédécesseur direct. À une vitesse de 14 nœuds, chaque foil peut générer une poussée impressionnante de 500 kg, ce qui permet de gagner environ 15% en performance globale. L’objectif principal est de réduire les frottements de la coque sur l’eau et, par conséquent, d'accroître la vitesse du bateau. Sur le papier, cette idée semble simple, mais l’intégration de ces deux virgules de carbone qui sortent à l‘horizontale des flancs de la carène, telle une moustache de viking et se recourbent vers le bas, modifie considérablement la donne de navigation par rapport aux voiliers classiques.
Les premières tentatives d’installation de foils sur des bateaux de course au large remontent aux années 1970, avec notamment le trimaran Paul-Ricard d’Éric Tabarly, qui fut un pionnier en la matière. Le concept a ensuite été développé sur les Formule 40, lesquels étaient équipés de foils droits inclinés à 45 degrés. Un tournant majeur a été marqué par la mise à l’eau en 1994 de l’Hydroptère, qui volait sur trois appuis - ses foils à 45 degrés et son safran en T. L’essai fut définitivement transformé lors de la Coupe de l’America en 2010 avec USA 17, doté de foils en J, puis en 2013, où les AC72 volaient en course à plus de 40 nœuds avec des foils en L. BENETEAU innove en étant le premier chantier à installer des foils sur un bateau de course de série, spécifiquement destiné à la navigation au large, rendant cette technologie accessible à un plus grand nombre de compétiteurs. Le fait que le FB3 ne soit pas équipé de ballasts (ces caissons qu'un mécanisme vide d'un côté et remplit de l'autre d'eau de mer à chaque virement de bord pour contrer la gîte du bateau) comme l'était son prédécesseur, simplifie grandement la vie des marins. Cette manipulation était vraiment épuisante, et son absence, compensée par les foils et une quille plus longue et plus fine de 2m50, change la donne pour les skippers.
L'Héritage et l'Évolution Prestigieuse de la Classe Figaro Beneteau
Au fil de ses cinquante ans d’existence, la classe Figaro est devenue un passage obligé de la course au large pour les marins, un peu comme la Formule 3 pour les pilotes de F1. Cette classe a toujours été un véritable laboratoire de talents et une plateforme de développement pour les plus grands noms de la voile.
Lancé pour la Solitaire du Figaro 1990 par BENETEAU, en association avec le Groupe Finot, l’innovant Figaro Bénéteau 1 a porté toute une génération de navigateurs. Des noms illustres tels qu'Yves Parlier, Michel Desjoyeaux, Jean Le Cam, Philippe Poupon, Franck Cammas et Kito de Pavant ont fait leurs preuves et s'y sont affirmés. Ce premier bateau avec ballasts de série a été pensé dès le départ pour le sport et la régate. Ses performances ont marqué les esprits quelles que soient les conditions de mer. Avec sa coque en polyester, sa quille fixe et ses 9m14 de longueur, il a régalé les amoureux de la course et a répondu avec panache à tous les défis des 1500 à 2000 milles du parcours exigeant de la Solitaire.
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Dessiné par l’équipe du cabinet Marc Lombard, le Figaro Bénéteau 2 a fait son apparition en 2003. Avec ses 10 mètres de long, ses bi-safrans, son mât en fibre de carbone de série et sa carène plus large, il a cumulé les performances pour offrir aux skippers une nouvelle expérience de course à la fois plus rapide et plus agile. Depuis 15 ans, le Figaro Beneteau 2 a entraîné une histoire prestigieuse de performance et de fiabilité dans son sillage. Il a vu s’affirmer des marins aux talents aujourd’hui reconnus, tels que Michel Desjoyeaux, Yann Eliès, Charles Caudrelier ou Franck Cammas, pour ne citer qu’eux. L’alliance entre les skippers et leur bateau est telle que chacun a toujours su ramener l’autre à bon port, aucun n’ayant jamais fait naufrage, témoignant de la robustesse et de la fiabilité de ces machines de course.
En 2019, la classe Figaro Bénéteau s’est dotée d’un nouveau voilier de course révolutionnaire, le Figaro Bénéteau 3. Imaginé par Bénéteau Racing Division et VPLP, c’est le premier monotype à foils de série jamais conçu. En prévision de la 50e édition de la Solitaire du Figaro en 2019, BENETEAU a livré simultanément 90 Figaro 3 à autant de skippers impatients afin que chaque concurrent reçoive son bateau en même temps et qu’aucun ne soit désavantagé par rapport aux autres. Ces véritables bêtes de course s’affrontent à l’occasion de régates hautement sportives.
La Solitaire du Figaro est la plus célèbre de ces épreuves : quelques dizaines des plus grands skippers se donnent rendez-vous chaque été pour en découdre au large des côtes françaises, avec un parcours pouvant atteindre jusqu’à 2000 milles nautiques, les menant parfois jusqu’en Espagne ou en Irlande. L’autre grand rendez-vous attendu est la Transat Paprec. Cette épreuve, anciennement connue sous le nom de Transat AG2R, se court en équipage tous les deux ans entre Concarneau et Saint-Barthélemy dans les Antilles. Ses 3890 milles nautiques se parcourent généralement en un peu moins de 3 semaines de course, offrant un défi transatlantique de taille. D’autres épreuves ouvertes aux Figaro Bénéteau figurent également dans le Championnat de France de Course au large, telles que la Solo Maitre CoQ, la Sardinha Cup, le Tour de Bretagne à la voile ou la Solo Guy Cotten, consolidant ainsi la position centrale de cette classe dans le paysage de la course océanique.
Ces jours-ci, au large de l’île d’Yeu et des côtes vendéennes, un joli spectacle a pu être observé : une belle brise, une mer formée, un ciel chargé et 34 voiliers révolutionnaires, tous identiques, qui se "tirent la bourre". Cette première régate en flotte sur ces jolis bolides high-tech tout carbone a vu les organisateurs opter pour une régate en double, alors que l’ADN du Figaro Bénéteau est historiquement la course en solitaire. Les skippers ont ainsi pu apprécier d’être deux pour tenter de maîtriser leur nouvel équipage, qu’ils n’avaient pris en main qu’en février dernier, date de la livraison des 50 premières unités. Ainsi, les virements de bouées par Force 4 ou 5 ont pu être un peu "chauds" ! Mais aucun des skippers de renom ne voulait manquer cela, y compris ceux qui ont un peu de bouteille comme Alain Gautier, Michel Desjoyeaux, Loïc Peyron ou Charles Caudrelier. Ils ont tous commandé leur FB3, dont le prix est affiché à 155 000 € HT et hors équipement, sur les pontons de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, siège du constructeur.
La Conception des Voiles du Figaro Beneteau 3 : Un Défi Technique et Stratégique
Si l’enjeu est de taille pour Beneteau avec le lancement du Figaro Beneteau 3, il l’est bien évidemment également pour les coureurs, mais aussi et surtout pour les voiliers, qui doivent concevoir les jeux de voiles adaptés à cette nouvelle machine. "Concevoir des voiles pour un nouveau bateau de série monotype, c’est toujours à la fois passionnant et complexe," explique un expert. "Mais ça l’est encore plus sur ce dossier pour plusieurs raisons."
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En premier lieu, la complexité est accrue parce qu’il s’agit d’un foiler, avec tout ce que cela implique en termes de développement. Les foils modifient considérablement la dynamique du bateau, exigeant des profils de voiles spécifiques pour exploiter au mieux la portance hydrodynamique et la réduction de la traînée. D’autre part, si le bateau est monotype, les voiles, elles, ne le sont pas, contrairement à ce qui se passe pour les VOR (Volvo Ocean Race par exemple). Cela signifie que chaque voilier doit innover et proposer ses propres designs, créant une véritable compétition technologique en amont des courses. Enfin et surtout, un défi majeur réside dans le fait que les équipes sont parties un peu dans l’inconnu : les voileries n’ont eu que très peu de temps pour tester leurs voiles, et les bateaux n'ont été livrés qu’à partir de début janvier pour une première course prévue fin mars. Très concrètement, cela a signifié que le premier jeu de voiles a quasiment été exclusivement conçu en mode "simulation" sur les seuls éléments techniques fournis par les architectes.
Pour relever ce défi, des stratégies de développement rapides et efficaces ont été mises en place. "Premièrement, nous avons mis en place une équipe," raconte un acteur de l'industrie. "Gaëtan Aunette, en charge du One Design chez North Sails France, est à la manœuvre en relation avec les clients avec une casquette de technico-commercial." Pour le développement technique des voiles, l'équipe s'appuie sur le savoir-faire exceptionnel de Yann Andrillon, un ingénieur aéro expert, pour décrypter et exploiter au mieux les données récupérées. Ces trois profils différents mais complémentaires permettent d’avancer vite et bien, en combinant l'approche commerciale, technique et aérodynamique.
Ensuite, l'optimisation du temps de développement a été primordiale. Dans un premier temps, la philosophie générale du jeu de voiles a été pensée, avec une réflexion toute particulière sur le Gennaker. Cette voile est déterminante puisque c’est la seule qui n’existait pas sur le Figaro 2, ce qui nécessitait une conception entièrement nouvelle sans précédent direct dans la classe. Puis, le 13 novembre, lors de la seule journée accordée pour les tests en mer, les équipes ont tenté de valider au maximum leurs choix initiaux. L'objectif était de finaliser ensuite la V1 de leur jeu de voiles, qui serait utilisé dès janvier sur les premiers bateaux des clients. Cela impliquait de passer un temps considérable sur l’eau pendant l'hiver, avec l’objectif de valider une V2 définitive début mars, juste avant le début de la première épreuve de la saison. L'architecte n’a pas lésiné sur la voilure du Figaro Beneteau 3. Non seulement il y a deux spinnakers, au lieu d’un sur le FB2, mais aussi un génois de 30,5 m² et une grand-voile de 39,5 m² avec une forme dite "à corne". Contrairement à une grand-voile triangulaire classique qui descend du haut du mât, celle-ci part à l’horizontale avant de chuter, optimisant ainsi la surface et la puissance. "On peut dire qu’il y a de la bâche," lance Loïc Peyron, soulignant l'importance de la surface de voile. Affaler le spi, c’est désormais une vraie chorégraphie, nécessitant précision et coordination.
Le Figaro Beneteau 3 est un bateau très vivant, très léger, et très amusant à manœuvrer. Cependant, comme il est très vif, on ne pourra pas beaucoup se reposer sur le pilote automatique. Le "Rikki programme feels like a blueprint for re-energising the sport of sailing," suggérant que cette nouvelle génération de bateaux et les défis qu'elle apporte sont une source de revitalisation pour la voile de compétition.