« Ne t’inquiète pas, tu verras, tu n’auras pas froid dans l’eau. » Avant de plonger, j’avais du mal à y croire mais cela s’est révélé (presque) vrai. Cette sensation paradoxale, propre aux expéditions polaires, est le quotidien hivernal des passionnés qui se retrouvent au cœur du Haut-Bugey. La pratique de la plongée sous glace ne se résume pas à une simple activité physique ; c’est une immersion totale dans un écosystème où la lumière joue avec les cristaux de glace et où le silence prend une dimension mystique. Pour comprendre cette discipline, il faut plonger au cœur des traditions locales et de l’engagement des clubs qui, saison après saison, défient le froid pour explorer les profondeurs cristallines du lac Genin.
La tradition hivernale du lac Genin
Depuis des décennies, le rendez-vous est immanquable. Dimanche 29 janvier, les membres du club de plongée de Drancy (Seine-Saint-Denis) se sont déplacés dans le haut Bugey, au lac Genin. Comme tous les ans, depuis 1986 ! Et Le Progrès d’Oyonnax s’est lancé le défi de les suivre. « C’est notre sortie hivernale, on adore ce lieu, le lac et l’auberge. On en est tombé amoureux et on revient plonger chaque année, raconte Pascal Labelle. Cette fois-ci, nous sommes une vingtaine (sur 95… ». Cette fidélité au site témoigne de l’attrait unique que exerce ce lac sur les plongeurs, qui voient en cet environnement une opportunité rare d’allier technique et contemplation. Le cadre, souvent comparé aux paysages canadiens, offre un décor propice à des expériences inoubliables où le calme de la montagne rencontre l’exigence de la discipline subaquatique.
Le Club subaquatique d’Oyonnax : Pilier de l’exploration locale
Au cœur de cette dynamique se trouve le CSO, le Club subaquatique d’Oyonnax, véritable pilier de la plongée dans la région. Le CSO aujourd’hui sous la présidence dynamique de Yannick Orlandini regroupe 40 membres dont 5 moniteurs fédéraux 1re échelon. Les possibilités de s’y faire plaisir y sont nombreuses. Ainsi, les lacs de Nantua, du Bourget, d’Annecy ou de Vouglans n’ont plus aucun secret pour ces plongeurs avisés. L’organisation rigoureuse du club permet de transformer ces sites naturels, parfois complexes, en espaces de formation et de loisirs accessibles à tous les passionnés, qu'ils soient aguerris ou en quête de découvertes. L'expertise accumulée par les moniteurs du CSO garantit une sécurité optimale lors de chaque sortie, une condition sine qua non pour aborder les eaux glacées en toute sérénité.
Le parcours d’apprentissage : Du baptême à l’autonomie
Pour ceux qui souhaitent franchir le pas, le club propose un cursus structuré qui permet une progression fluide. Mais rassurez-vous, si vous êtes débutant, vous ne serez pas jeté immédiatement dans les eaux profondes. Vous pourrez auparavant effectuer gratuitement votre baptême de plongée (à partir de 16 ans) avec le club à la piscine municipale d’Oyonnax. Vous serez bien sûr accompagné d’un moniteur et le matériel vous sera fourni. Si cette expérience vous a plu, vous pouvez penser à vous inscrire pour l’année (165€ la licence). La progression est balisée : quatre niveaux existent en fonction de vos aptitudes : le niveau 1 (destiné au débutant) et le niveau 2 sont encadrés par des moniteurs. À partir du niveau 3, vous serez considéré comme autonome. Enfin, au niveau 4, vous pourrez devenir guide de palanquée et encadrer les débutants. Cette architecture pédagogique permet à chacun de trouver sa place, quel que soit son projet sportif, que ce soit pour le pur plaisir de l'apnée ou pour viser des qualifications plus techniques.
La logistique de l’entraînement et la vie du club
La rigueur est la marque de fabrique du CSO, et cela se traduit par une présence hebdomadaire constante. Les entraînements avec palme, masque et tuba ainsi que d’autres activités comme l’apnée ont lieux à la piscine le lundi de 20h à 21h et le vendredi de 20h à 21h30. Les plongées dans les lacs sont habituellement le dimanche matin pour les lève-tôt ! Cette régularité permet aux plongeurs de maintenir une condition physique adéquate tout au long de l'année, indispensable pour affronter les conditions de plongée sous glace, où l'équipement est lourd et la gestion du froid nécessite une préparation mentale particulière. L'esprit de camaraderie qui règne lors de ces séances renforce la cohésion du groupe, essentielle lorsqu'il s'agit de préparer des sorties en milieu naturel, parfois dans des conditions climatiques extrêmes.
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L’expérience sensorielle de la plongée sous glace
La plongée sous glace offre un spectacle visuel saisissant que peu de plongeurs oublient. Dimanche 6 février fut la dernière plongée hivernale sous la glace du lac Genin, maîtrisée par le CSO « Club subaquatique d’Oyonnax ». Un temps magnifique a salué cette dernière. Le lac gelé et scintillant sous le soleil, nous rappelait que nous étions toujours en hiver alors que l’environnement était dépourvu de toute neige. Le CSO avait préparé les trous et tendu le fil d’Ariane la veille. Cette préparation en amont est cruciale : le fil d'Ariane n'est pas seulement une ligne de vie, c'est le lien physique qui permet aux plongeurs de retrouver leur point d'entrée, un élément de sécurité vital lorsque le plafond est constitué d'une épaisse couche de glace opaque.
Et une mise en route avec un baptême s’agissant de Florian Poncet, il est du niveau deux, mais n’avait jamais plongé sous glace. Étudiant en médecine, il a 20 ans. Guidé par Bernard Assumel le président du CSO, il a pu « disséquer » la glace vue de dessous. Cette image, celle d'un étudiant en médecine observant la glace comme un tissu biologique, souligne la curiosité scientifique et esthétique que provoque cette activité. Voir la glace par-dessous, avec ses nuances de bleu, ses bulles d'air piégées et sa texture changeante, est une expérience qui transforme radicalement la perception de l'hiver.
Sécurité et gestion des aléas en milieu glacé
Le succès d'une telle opération dépend de la logistique et de la maîtrise des imprévus. Le lendemain où cinq clubs étaient présents, c’est donc une cinquantaine de plongeurs qui se sont glissés sous la glace dont l’épaisseur était de l’ordre de 15 à 20 centimètres. Au début, ce ne fut pas facile, le fil d’Ariane avait gelé… Cet incident, rapidement résolu, démontre la nécessité d'une vigilance de chaque instant. La gestion du froid ne s'arrête pas à la plongée elle-même ; l'après-plongée est tout aussi importante pour la santé et le confort des participants. Tous ont apprécié la toile de tente chauffée, prêtée par la ville d’Oyonnax. Ce refuge thermique est un élément indispensable pour permettre aux plongeurs de se réchauffer rapidement et de partager leurs impressions sur les sensations ressenties sous la surface.
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