Le monde du cinéma et du spectacle a toujours entretenu une relation privilégiée avec la mer, qu'il s'agisse de l'inspiration pour des scénarios dramatiques ou du cadre idyllique pour des échappées lointaines. Pour de nombreux acteurs et actrices, l'appel du large résonne comme une véritable seconde vocation, un refuge loin des projecteurs ou, paradoxalement, une nouvelle scène où la vie prend des allures de roman. Entre la passion de la voile, l'acquisition de yachts somptueux et les apparitions médiatisées sur les flots, les personnalités célèbres ont tissé des liens indéfectibles avec l'univers maritime, chacune y trouvant une expression unique de leur personnalité ou de leur statut.
La Mer, une Vocation Inattendue : Des Carrières d'Acteurs aux Horizons Marins
Pour certains, la découverte du monde maritime est un événement fondateur, capable de redéfinir une existence. C'est le cas d'un acteur dont la carrière se jouait principalement sur les planches de Broadway et dans des séries télévisées où il tenait des rôles de second plan. Pourtant, en 1966, à l'âge de 29 ans, un véritable déclic s'opère. Quelques jours de vacances passés dans le Vermont se transforment en une découverte extasiée de la voile, naviguant sur un Lightning 28’, une sorte de 505 local. Cette immersion initiale dans l'art de la navigation s'est avérée être le prélude à une aventure plus profonde.
Une anecdote illustre particulièrement l'intensité de cette nouvelle passion. Une traversée marquante, où, que ce soit une dépression ou une tempête tropicale, peu importe, des vents atteignant 50 nœuds couchent le petit voilier. À l'intérieur de l'embarcation, la famille est terrorisée, et le skipper doit prendre une décision cruciale face à ces éléments déchaînés. L’acteur décrira par la suite cette traversée comme un véritable événement fondateur de son caractère, forgeant une résilience et une compréhension de soi face à la puissance de la nature. Cet homme, dont le nom n'est pas précisé mais dont le parcours évoque une quête de sens, finit par posséder un cotre de 12 mètres, qu'il baptise "Résident temporaire". Ce nom résonne bien avec le caractère de l'acteur, suggérant une âme en perpétuel mouvement, cherchant des ancrages temporaires. Ce navire est une unité exceptionnelle, construite par le chantier Shannon, réputé pour concevoir et réaliser de belles unités très marines, produites en petite série et entièrement faites à la main aux États-Unis.
D'autres acteurs ont également fait de la navigation une partie intégrante de leur vie, parfois avec une dimension plus publique et luxueuse. Christian Clavier, par exemple, était l'armateur du catamaran Rose Of Jericho. Ce luxueux navire était loué pour la somme considérable de 35 000 euros pour une semaine de navigation, incluant l'équipage. Cette propriété illustre un certain train de vie et une affinité pour le confort en mer. Les nombreuses apparitions publiques de Christian Clavier, que ce soit lors de la cérémonie de remise des insignes de commandeur de l'Ordre national du Mérite à Mireille Darc au palais de l'Élysée en 2010, ou à la première du film 'Monsieur Claude 2' à Berlin en 2019, ainsi qu'à la première parisienne de 'Qu'est-ce qu'on a encore fait au bon Dieu ?' au Grand Rex en 2019, et encore au Festival de Cannes en 2014 pour la projection du film Jimmy's Hall, ou lors de l'enregistrement de l'émission Vivement Dimanche à Paris en 2009, ou encore à la première de 'Harry Potter et l'Ordre du Phénix' à Paris en 2007, et même à la première du film "L'Enquête corse" en Corse en 2004, sans oublier sa présence à l'hôtel Intercontinental Carlton lors du 68ème festival international du film de Cannes en 2015, n'ont jamais éclipsé cet aspect de sa vie. Le fait qu'il ait été l'armateur du catamaran Rose Of Jericho est un détail qui l'a suivi au fil de ces événements médiatisés.
La fascination pour les yachts n'est pas nouvelle, et plusieurs personnalités du grand écran ont cédé à l'attrait de ces habitations flottantes. L’actrice oscarisée Nicole Kidman, par exemple, a possédé un petit mais très chic yacht appelé « Hokulani ». Ce nom était un hommage à son second prénom, que ses parents lui avaient donné en référence à son lieu de naissance : Honolulu. Ce yacht à moteur de 22,55 mètres avait coûté 4,5 millions de dollars, une somme significative pour une embarcation de cette taille. Sur trois niveaux, il comprenait une chambre et cinq suites, une cabine de capitaine et des logements pour 8 membres d’équipage, ainsi qu’une salle de divertissement et plusieurs jouets aquatiques, offrant un cadre de vie luxueux et complet en mer.
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Johnny Depp est une autre figure hollywoodienne dont la vie maritime a été médiatisée. Son yacht, baptisé Vajoliroja, a connu un destin symbolique. Après son divorce avec Vanessa Paradis, il a été rebaptisé Amphritie, à la demande de sa nouvelle femme, et aujourd'hui ex-femme, Amber Heard. Ce changement de nom illustre comment ces biens peuvent être intimement liés aux événements personnels de leurs propriétaires. L'acteur Nicolas Cage, pour sa part, a possédé un superyacht nommé « Sandales femme », témoignant également de son goût pour les grandes embarcations.
Le cinéma lui-même a souvent utilisé le cadre maritime pour intensifier le drame. C'est précisément pour cela que le cinéaste René Clément a choisi un voilier superbe, luxueux et inaccessible pour tourner son film, dont le scénario est adapté du roman Monsieur Ripley de Patricia Highsmith. Le tournage s'est déroulé dans le golfe de Naples et les environs d'Ischia entre août et octobre 1959. Au cœur de ce film, il y avait Alain Delon, un des deux bellâtres qui se disputaient Marie Laforêt, dont les yeux translucides et les moues évasives étaient la cause de la convoitise. Le drame rôdait, car tout semblait trop beau pour être vrai dans ce huis clos marin. Le voilier a ainsi transformé l'océan en un lieu d'intrigue et de tension. S'il représente une forme de catharsis aux frustrations du personnage principal, le bateau devient peu à peu un labyrinthe pour le jeune homme peu formé aux tourments de la mer et aux rigueurs de la navigation. Alain Delon souffrira d'ailleurs beaucoup du mal de mer pendant le tournage, ce qui ajoute une couche d'authenticité à l'expérience. L'embarcation, dans ce contexte, devient une allégorie de la vie elle-même, de ses pièges et de ses profondeurs insondables.
Plus récemment, même des figures engagées comme Marion Cotillard, connue pour son militantisme écologiste, ont été associées à la vie en yacht. Des photos la montrant depuis son yacht apportant son soutien indéfectible au mouvement Les Soulèvements de la Terre ont fait surface, illustrant la complexité de l'image publique des célébrités et leur rapport à des modes de vie souvent perçus comme fastueux.
Les Yachts des Stars : Refuges Flottants et Symboles de Statut
L'été est souvent considéré comme la saison de tous les excès, et cela est particulièrement vrai lorsqu'il s'agit du monde des yachts. Assurément, les moyens de chacun déterminent la nature de ces excès. Tandis que certains se contentent de baver devant les plus beaux bateaux du port, admirant de loin ces géants des mers, d'autres leur passent devant sur leur yacht dernier cri. À deux, trois, quatre étages, recouverts de peinture en or ou de panneaux solaires sur leurs voiles, défiant toutes les lois de la nature par leur dimension, les yachts de luxe n’en finiront pas de nous surprendre par leur démesure et leur ingéniosité. Ces navires sont devenus des symboles ultimes de richesse et de statut, offrant à leurs propriétaires un luxe inégalé et une intimité précieuse loin des regards indiscrets de la terre ferme.
Tiger Woods, la légende du golf, a par exemple acquis son yacht de luxe, le « Privacy », en 2004, pour un coût d'environ 20 millions de dollars. Ce navire, construit la même année par le chantier naval américain Christensen, mesure 47 mètres de long et offre une surface habitable d'environ 600 mètres carrés. Il est conçu pour accueillir jusqu'à 10 personnes réparties dans 5 cabines luxueuses, en plus de disposer de 4 cabines pour les membres d'équipage, garantissant un service impeccable et un confort absolu.
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Bono, le chanteur du groupe mythique U2, a également cédé à l'appel du large en 2008 en s'offrant un yacht, le « Cyan », de 48 mètres de long. Sa taille moyenne et son allure se veulent sobres par rapport à d’autres mastodontes des mers, souvent jugés assez ostentatoires. Le prix de ce bateau n’a jamais été dévoilé au grand public, mais certaines estimations le situeraient autour de 20 millions de dollars, un investissement conséquent pour un objet de discrétion relative.
Rafael Nadal, le célèbre joueur de tennis, s’est offert en 2019, pour la coquette somme de 5 millions d’euros, un Sunreef 80 Power de 24 mètres de long. Ce choix est d'autant plus pertinent que le champion est l’ambassadeur de cette marque, associant ainsi son image à celle de l'excellence et de la performance, même en mer.
Le boxeur irlandais Conor McGregor a opté pour une embarcation tout aussi singulière : le Lamborghini Yacht. C'est le plus petit yacht de cette liste, avec à peine 20 mètres de long, mais non le moins étonnant. Acheté pour 3 millions d’euros, il a été conçu pour être un véritable bolide des mers. Le gros du travail a été réalisé au niveau du moteur, de quoi le faire rugir sur les eaux à plus de 112 km/h. La comparaison avec la voiture italienne va jusque dans les moindres détails à l’intérieur, entièrement façonné comme une voiture de course, offrant une expérience de vitesse et de luxe sur l'eau.
Le pilote de F1 Max Verstappen, lui aussi, a rejoint le cercle des propriétaires de yachts. C'est à bord de son nouveau yacht qu'il est arrivé sur le Rocher, à l’occasion du Grand Prix de Monaco, une image qui a fait le tour du monde. L'embarcation est un Mangusta GranSport 33, commandé il y a deux ans, dont la valeur est estimée à plus de 12 millions d’euros, selon La Gazzetta dello Sport. Max Verstappen a baptisé son nouveau joujou, le « Unleash the lion » (« libérez le lion », d'après le surnom dont le pilote est affublé sur le circuit), soulignant sa personnalité compétitive. Ce yacht, qui mesure 33 mètres de long, dispose de cinq cabines et peut accueillir une douzaine de personnes à son bord, en plus des membres d'équipage, offrant un mélange de luxe et de fonctionnalité.
La cadette de la famille Kardashian, Kylie Jenner, a également fait sensation en jetant son dévolu sur le yacht « Tranquility » pour célébrer son 22ème anniversaire en 2019. Mesurant 91 mètres de long, et doté de toutes les folies imaginables que l’on peut y mettre, ce navire a convaincu la jeune influenceuse milliardaire de débourser 1 million de dollars la semaine de location, illustrant la démesure des budgets associés à ces plaisirs nautiques.
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Le réalisateur Steven Spielberg possède quant à lui le « Seven Seas », d’une valeur de 140 millions d'euros. Ce yacht peut être loué pour 900 000 euros la semaine, ce qui le rend accessible à une clientèle très exclusive. Il est capable d'accueillir jusqu’à 12 personnes et 23 membres d’équipage, avec une chambre du propriétaire qui bénéficie d’un jacuzzi privé et d’un bureau, offrant un cadre de travail et de détente incomparable.
Les superlatifs continuent avec des yachts de dimensions et de coûts encore plus impressionnants. Après le décès en 2018 de Paul Allen, cofondateur de Microsoft aux côtés de Bill Gates, son méga yacht de 126 mètres de long a été vendu à un acheteur anonyme pour 250 millions de dollars. À ce prix, l’acheteur est reparti avec non seulement le yacht, mais aussi deux hélicoptères, treize cabines et même un mini sous-marin, transformant l'acquisition en un véritable complexe maritime privé.
Vincent Bolloré a fait un choix différent en 2003 en achetant pour 3,5 millions d’euros le « Paloma », un bateau construit bien des années plus tôt, en 1965. Il a ensuite investi 5 millions d’euros supplémentaires afin de refaire à neuf ce bateau très simple et élégant, montrant un engagement pour la restauration et la préservation. Le Paloma comprend 7 cabines, dont 3 doubles, et peut accueillir 12 invités, en plus des 17 hommes d'équipage. Son pont supérieur possède un jacuzzi, et le grand salon est équipé d'écrans plasma géants ainsi que d'un équipement de karaoké, combinant classicisme et modernité. C’est sur ce bateau à l’allure sobre que Nicolas Sarkozy a fêté son élection en 2007, soulignant l'importance de ces navires pour des événements privés de grande envergure.
La famille royale de Monaco a également ses habitudes en mer. Depuis plus de trente ans, l’aînée de la famille royale de Monaco, la Princesse Caroline, passe ses vacances sur le « Pacha », qu’elle a acquis en 1990, faisant de ce yacht un lieu de tradition familiale et de sérénité.
Steve Jobs, le visionnaire d'Apple, avait lui aussi commandé un superyacht avant sa disparition. Long de 79 mètres, le « Venus » a été conçu par le studio du designer français Philippe Starck et a coûté plus de 100 millions d’euros. Malheureusement, Steve Jobs n’a jamais pu en profiter, le bateau ayant été livré un an après son décès. Aujourd'hui propriété de sa veuve, le bateau possède une suite de maître, six cabines invités et 14 cabines pour l'équipage, perpétuant l'héritage de son créateur.
Bernard Arnault, le président-directeur général du groupe de luxe LVMH, voyage à bord du « Symphony ». Il s'agit d'un superyacht de 101,5 mètres de long et de 14,10 mètres de large, construit par le chantier néerlandais Feadship. Lancé en 2015, il est le premier yacht du constructeur à dépasser la barre des 100 mètres, mais aussi le plus grand yacht jamais construit aux Pays-Bas. Pour se l'offrir, Bernard Arnault a déboursé la somme de 130 millions d’euros, consolidant sa position parmi les plus grands collectionneurs de navires de luxe.
Le plus célèbre joueur de l'histoire du basketball, Michael Jordan, est depuis décembre 2022 l’heureux propriétaire du « M’Brace », ajoutant son nom à la longue liste des célébrités qui trouvent leur bonheur sur les flots.
Enfin, le « Koru », un immense yacht trois mâts qui mesure 127 mètres de long, a coûté près de 500 millions de dollars et a été construit sur-mesure pour Jeff Bezos, fondateur d'Amazon. Il est repérable entre mille avec ses voiles s’élevant à 70 mètres de haut, une prouesse architecturale. Tellement grand que le constructeur du bateau avait demandé à la municipalité de Rotterdam de démanteler un pont historique pour permettre le passage du navire du milliardaire, une requête qui avait provoqué une indignation de la part de la population et le rejet de cette demande. Autre spécificité de ce géant des mers : il ne peut se déplacer sans un yacht de secours, soulignant la complexité logistique et l'empreinte environnementale de ces vaisseaux hors normes.
Héritage et Pureté : L'Âme des Voiliers Historiques
L'univers des voiliers ne se limite pas aux yachts ultra-modernes et luxueux des milliardaires contemporains. Il existe aussi une histoire riche de navires dont l'élégance et la conception marquent encore les esprits. Une histoire comme celle de Marge devrait forcément commencer par la formule rituelle “Il était une fois…”. Le casting de son récit rassemble tous les rôles nécessaires à la narration des contes de fées : hier, un roi amoureux du vent, une femme aux yeux translucides, des acteurs célèbres. Aujourd'hui, un amateur avisé est bien décidé à redonner vie à ce bateau hors du commun, dans la plénitude de ses moyens.
Ce sloop bermudien, un voilier à un seul mât gréé d'une grand-voile triangulaire, a été imaginé pour défier le vent, pour croiser le soleil, pour battre le chronomètre. C'est dans ce but que le roi Christian X de Danemark passa commande, en 1936, d'un voilier de sport pour croiser dans les fjords. Pour cela, il se tourna vers l'un des grands spécialistes de l'époque : l'architecte naval Johan Anker. Descendant d'une riche famille d'industriels norvégiens, le concepteur était un marin expérimenté, réputé comme un habile timonier. Il dessinera près de deux cents coques au cours de sa carrière prolifique. La plus célèbre de ses créations est sans doute celle du Dragon, conçu en 1929. Fort de son succès, ce petit sloop de 8,90 mètres est même devenu une classe olympique en 1948, témoignant de sa perfection en matière de design et de performance. Il y a quelques années encore, il n'était pas rare d'apercevoir dans la baie de Cannes le prince consort du Danemark, Henrik, à la barre du sien, perpétuant ainsi la tradition royale liée à cette conception. À bien y regarder, à plus d'un titre, Marge préfigure le Dragon, partageant avec lui une grande pureté qui lui confère une belle allure sur l'eau. Un tel voilier, c'est certain, ne peut avoir été conçu que pour la vitesse, la compétition, le rêve et l'évasion, des qualités intemporelles qui continuent de fasciner.
C'est en 1937, au chantier naval Stubbekobing, au Danemark, que Marge a été mis à l'eau, sous le nom de Lasse of Copenhagen. Ses dimensions sont éloquentes : 18,31 mètres de long pour seulement 3,36 mètres de large et 2,5 mètres de tirant d'eau, soit la jauge de la première génération des 12M de la fameuse classe J, considérés comme les seigneurs des régates de l'époque. Il en a tous les atouts, arborant une silhouette fine et élancée, et une coque effilée conçue pour mieux glisser à fleur d'eau, optimisée pour la performance et l'esthétique.
Les structures du voilier, entièrement mises à nu lors de sa restauration, permettent de comprendre qu'il s'agit de l'une des premières créations de Johan Anker, probablement autour de 1907. En effet, le bâti principal de Marge est en acajou, un bois noble, renforcé de membrures en chêne, une technique de construction robuste. Typique des années 1900, la construction est entièrement en bois et ne comportait pas encore de membrures en acier, marquant une époque où les matériaux naturels dominaient la construction navale. Rien d'étonnant à cela si l'on considère que, comme les voitures de Formule 1 de leur temps, les voiliers de course, véritables bolides des mers durant les années folles, n'avaient pas vocation à durer éternellement mais étaient régulièrement démontés ou transformés pour rester à la pointe de la compétition. Les connaisseurs regardent donc Marge avec un intérêt supplémentaire, car il est désormais l'un des rares témoignages de ce que furent ces bateaux d'exception, à l'aube de la Belle Époque, représentant une ère révolue de la voile.
En s'installant aujourd'hui dans le carré central, dénué de décorations superflues pour alléger au maximum l'ensemble, il est facile de voir et de toucher cette ossature de bois. Pas d'acajou aux vernis luisants et pesants, mais du pin brut, souple et léger, privilégiant la fonctionnalité et la performance. Un aménagement sportif hors du commun, devenu peu fréquent aujourd'hui dans l'univers du yachting, où le confort prime souvent sur la pureté sportive. Les amateurs de régates remarqueront aussi la voilure, soutenue par le grand mât en bois d'épicéa, un matériau traditionnel et performant. De grandes toiles ivoire, confectionnées par North Sails, l'équipementier de référence en matière de voilerie technique, captent le vent pour en faire une force motrice puissante. Bien entendu, l'ensemble du gréement est dans sa configuration la plus authentique et ne bénéficie d'aucune assistance électrique. Drisses, écoutes, haubans doivent être finement réglés par un équipage expert pour tirer le meilleur de cette formidable machine de course qui a retrouvé en Méditerranée son terrain de jeu favori. En effet, après de nombreuses années d'une présence discrète sur la côte atlantique, où il s'était fait oublier, Marge est à nouveau en plein soleil et a mis cap au sud, renouant avec une histoire glorieuse.
Il est intéressant de noter que la barre à roue, à laquelle s'accroche Alain Delon dans le film de René Clément, n'est plus opérationnelle sur Marge aujourd'hui. Cette barre était apocryphe, elle avait été installée au moment de la transformation du bateau en navire de croisière à la fin des années 40, modifiant son allure et sa fonctionnalité originelle. Retrouvant sa pureté originelle, Marge dispose à nouveau de la barre franche, permettant au skipper de tenir le cap au plus près avec finesse et précision, une méthode plus authentique et plus en phase avec sa conception initiale de voilier de course.