La pratique des sports de glisse, qu'il s'agisse de kitesurf ou de surf, attire chaque année des milliers d'adeptes en quête de sensations fortes. Cependant, derrière l'esthétique du sport et la quête de la vague parfaite ou du saut idéal, se cache une réalité parfois brutale. Cet article propose de décrypter les mécanismes des accidents, de dresser un état des lieux statistique et de formuler des axes de prévention pour une pratique plus responsable.
L'accidentologie en kitesurf : entre erreur humaine et aléas techniques
Dans cet article, nous te présenterons les risques liés à la pratique du kitesurf et notamment les accidents qui sont fréquents dans ce sport. Notre idée est de faire de la pédagogie en donnant des chiffres clés sur ces accidents de kite et d’assurer un rôle de prévention sur les risques et comment les minimiser. Cela ne remplace pas l’apprentissage du kitesurf via un moniteur BPJEPS et/ou un club de kitesurf.
Les facteurs déterminants des accidents
Qu’on soit débutant ou expert en kitesurf, on est tous confronté à ces risques plus ou moins prévisibles. Les faibles marges de sécurité sont un facteur déterminant et présent pour la grande majorité des accidents. L’accidentologie en kitesurf est surtout liée à des erreurs humaines : personnes négligeant les règles de sécurité, cela peut aussi être lié à l’aérologie mais aussi des avaries de matériel dans de moindres mesures.
Selon la FFVL, il y a plus de 7 414 pratiquants de kitesurf licenciés en 2020. Ce sport et sa pratique comportent des risques : 20 accidents officiellement déclarés à la Fédération française de vol libre. Ce chiffre semble minoré, mais la réalité en est tout autre, car les nombreuses actualités reportant des accidents de kitesurf sont beaucoup plus nombreuses. La prise de risque excessive entraîne le plus grand nombre d’accidents. Dans un sport où le « show-off » est très présent, une remise en question de ses capacités est de mise.
Typologie des traumatismes en kitesurf
Les accidents de kitesurf peuvent générer tout type de traumatologie, de l’entorse bénigne au polytraumatisme :
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- Impacts à haute vitesse : Liés à la rencontre d’un obstacle, ils sont toujours graves d’autant que les protections actuelles ne sont pas adaptées à ce genre de choc.
- Chocs avec l'eau ou la planche : Ils peuvent survenir avec une gravité variable en fonction du point d’impact, en rajoutant des plaies potentiellement graves de la face.
- Fractures costales : La fracture des côtes, dans la grande majorité des cas, est due à des chutes à grandes vitesses et/ou de réceptions de sauts. En fonction de la violence du choc, il n’est pas rare de trouver plusieurs fractures, soit sur la même côte, ou alors des fractures étagées sur plusieurs côtes.
- Traumatismes articulaires et musculaires : Subluxation et luxation d’épaule, plus rarement la clavicule. Des ruptures tendineuses de biceps ne sont pas rares.
- Rachis et membres : En général, l’accidenté du rachis entre dans le cadre d’un polytraumatisme par haute vitesse sur un obstacle. Ces traumatismes sont toujours sévères et exposent à des risques vitaux et neurologiques fréquents (paraplégie, tétraplégie). Les fractures du fémur sont rares et toujours liées à des polytraumatismes. Les lésions les plus fréquentes de la cuisse sont les coupures d’aileron comme en surf ou en funboard. Les fractures tibia/péroné sont classiques et sans particularité.
- Cheville : Les fractures de cheville, malléolaires externes le plus souvent ou bi-malléolaires, sont dues soit à un traumatisme suite à la rencontre d’un obstacle, soit le plus souvent par la rotation de la planche lors d’un saut, associé au déchaussage d’un seul des pieds.
On rajoutera également que mis à part ces cas de fractures ou autres traumatismes des os, il peut aussi y avoir des déchirements musculaires et ou coupures sur les membres à cause des lignes de kite. Un crash en kitesurf peut donc être très dangereux comme totalement bénin ; il faut donc rester prudent lorsqu’on navigue. À son arrivée sur le spot, demander aux locaux des infos sur les dangers éventuels et la réglementation locale s’il y en a.
Le surf de grosses vagues : le prix de l'extrême
La vague de Nazaré, au Portugal, a fait sa première victime le 5 janvier 2023. La légende des vagues géantes, Márcio Freire, est morte sur le mythique spot de Praia do Norte. Depuis 2011, les surfeurs du monde entier viennent se confronter à ces monstres d’eau en quête de sensation et de records, avec une très bonne préparation physique et mentale. C’est ce qui était redouté depuis douze ans.
Le mythe de Nazaré
Depuis 2011, le petit village de pêcheurs situé au nord de Lisbonne est devenu la Mecque du surf de grosses vagues. Chaque hiver, quand la houle est au plus fort, les surfeurs de vagues XXL accourent sur le spot de Praia do Norte pour se confronter à des monstres d’eau de plusieurs dizaines de mètres. Si le protocole de sécurité a été renforcé au fil des années, notamment avec l’arrivée des compétitions de la World Surf League sur le spot, rien ne peut prévoir le sort réservé par l’océan.
Le 5 janvier 2023, le Brésilien Márcio Freire est décédé en dévalant un de ces murs d’eau. Dans un communiqué, l’Autorité maritime nationale a indiqué que le surfeur était décédé « dans l’après-midi après avoir fait une chute ». Les sauveteurs ont constaté que la victime était en arrêt cardio-respiratoire, commençant immédiatement les manœuvres de réanimation sur le sable. Un canyon sous-marin est à l’origine de la vague de Nazaré. D’après des sources locales, les conditions n’étaient pas particulièrement dangereuses en mer lors de l’accident. C’est un drame que tout le monde redoutait depuis la prise d’assaut du spot par les surfeurs pratiquant le tow-in, une pratique consistant à se faire tracter par un jet-ski pour pouvoir prendre des vagues plus grosses, impossible à prendre en ramant à la main.
Géologie et records : pourquoi ces vagues sont-elles si dangereuses ?
La ville de Nazaré est considérée comme l’un des meilleurs spots de tow-in dans le monde grâce à la présence d’un canyon sous-marin au large des côtes. Longue de 170 kilomètres et pouvant atteindre à certains endroits jusqu’à 5 kilomètres de profondeur, cette gigantesque faille est due à un phénomène géologique de modification de la croûte terrestre. Des anomalies se sont formées sous la mer, comme celles que l’on peut trouver sur la terre avec les montagnes et les vallées.
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À chaque grosse houle, les falaises de Praia do Norte se transforment en tribunes. C’est ce canyon qui joue un rôle majeur dans la création des vagues, comme l’explique Fabrice Ardhuin, chercheur au laboratoire d’océanographie physique et spatiale : « Les vagues sont des ondes qui se propagent dans la mer. Il y a la même continuité d’énergie partout, mais quand les ondes passent dans ce point très fort qu’est le canyon, cette énergie est décuplée et crée des vagues beaucoup plus grosses à la sortie. »
Sebastian Steudtner a récemment battu le record de la plus haute vague surfée à Nazaré. Depuis 2020, il est détenu par l’Allemand avec une vague mesurée à 26,2 mètres. Certifié par le Livre Guinness des records, l’exploit du surfeur de 37 ans a effacé celui du Brésilien Rodrigo Koxa, qui avait surfé un mur de 24,4 mètres en 2017. La Française Justine Dupont fait partie de ces riders de l’extrême. Très souvent favorite, elle est régulièrement au coude à coude avec Maya Gabeira, la Brésilienne qui détient le record féminin avec une vague de 22,4 mètres.
Les spots de surf dangereux : une cartographie du risque
Kazaden vous propose de découvrir les spots de surf les plus dangereux au monde. Débutants s'abstenir, ces spots s'adressent uniquement à quelques poignées de surfeurs top niveau.
- Jaws (Hawaï) : Le berceau du gros surf. Situé sur l'île hawaïenne de Maui, les surfeurs sont tractés par un jet ski pour se jeter sur le monstre. Quand la vague referme ses « mâchoires », le surfeur passe en général un très mauvais moment.
- Mavericks (Californie) : Spot de surf de gros le plus connu de la côte californienne, il est uniquement surfé à la rame (les surfeurs tractés par un jet ski sont ici interdits). Il est tristement célèbre pour avoir causé la mort de plusieurs grands noms du surf.
- The Box (Australie) : Un « slab », c'est-à-dire une vague qui casse sur une dalle rocheuse qui affleure. Ce spot est situé sur la côte ouest australienne.
- Shipstern Bluff (Tasmanie) : Cet endroit au nom bizarre se trouve au fin fond de la Tasmanie. Une des plus belles et dangereuses vagues du monde, sans contestation.
- Teahupoo (Tahiti) : Rendue encore plus magnifique par sa couleur bleue lagon, cette vague voit s'affronter les meilleurs surfeurs mondiaux chaque année. Surfable également par petite taille, elle prend toute sa splendeur dès que les grosses houles du sud pacifique viennent se fracasser sur sa barrière de corail.
- Waimea (Hawaï) : La mythique baie du North Shore hawaïen pour une compétition lancée uniquement si les vagues dépassent les 5 mètres. C'est également un des rares spots au monde où il est accepté que plusieurs surfeurs prennent la même vague.
- The Wedge (Californie) : Situé à Newport Beach, ce spot ravi les spectateurs qui affluent sur la plage lorsque le Pacifique Nord se déchaîne. La forme de cette vague la rend quasiment impossible à surfer ; ne pas tomber relèverait presque du miracle.
- Dungeons (Afrique du Sud) : Réserve de belles surprises pendant l'hiver austral.
- Belharra (France) : Au large de Saint-Jean-de-Luz se trouve le haut fond de Belharra. Bien que fonctionnant assez rarement, elle a fait la une de nombreux magazines et a dévoilé aux yeux du monde le potentiel de « gros surf » du vieux continent.
La surpopulation des spots : un risque sociétal et sécuritaire
Sauf que, dans l’eau, l’heure n’est plus à la réjouissance. La surpopulation croissante de surfeurs dans la « Californie de l’Europe » engendre accidents, tensions entre locaux et étrangers, et interroge : les spots de surf arrivent-ils à saturation ?
Le surf : sport égoïste ou pratique sociale ?
Le surf est un sport d’égoïste. Discipline exigeante, requérant patience et répétitivité pour une joie de quelques secondes : glisser sur l’eau. Mais avec les caprices de l’océan, le nombre de vagues domptées peut vite chuter, ce qui rationne le plaisir de chacun. « Le surf, ça a toujours été un sport individuel, pas vraiment de partage, comme on pourrait le dire. Ça emmène énormément de tensions, car tu dois attendre ta vague », reconnaît Louis Poupinel, ancien surfeur de haut niveau. D’autant plus qu’un seul « waterman » à la fois peut dévaler ces murs d’eau : le plus proche du point de déferlement ou le premier debout est prioritaire.
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Et pourtant, le surf ne cesse de séduire, le nombre de pratiquants dans l’Hexagone s’élevant à environ 1 million. Dans ce contexte d’hyperfréquentation et d’« entassement » qui aggravent les tensions pour surfer une vague, les accidents se multiplient : fractures de doigts, traumatismes crâniens… Quelque 367 cas recensés sur les plages landaises et basques en 2023.
Le dilemme des écoles de surf et des débutants
« On donne envie en faisant tout un business autour du surf car, nous, on vit de ça. On le rend attirant, plus accessible, donc on ne peut pas râler que les gens viennent », nuance David Berthet, surfeur depuis trente ans et créateur de Ripitup. Le maire d’Hossegor, Christophe Vignaud, parle d’un « folklore du surf ». La Mecque de la glisse voit sa population exploser chaque été, passant de 4 000 à plus de 50 000 habitants, avec la venue de plus de 100 000 surfeurs sur l’année.
Cette surpopulation a créé une cassure. Les « kooks » sont haïs par les plus expérimentés. Ces débutants à la perception exacerbée de leur niveau se rendent sur des spots aux vagues trop techniques. « Assez fréquemment, des mecs s’emballent après s’être mis debout et pensent qu’ils peuvent aller sur tous les spots. » En réponse à cette vague d’amateurisme, les surfeurs perdent patience. Le localisme est aussi vieux que la discipline elle-même : « Des gens du coin qui veulent défendre leur territoire, qui vont montrer que ce sont eux qui sont là toute l’année et qu’ils ont une priorité sur les vagues. »
Cette attitude peut tourner au vinaigre et décourager les nouveaux. « Il faut réglementer. Le problème de fond ce n’est pas le monde, c’est la manière dont on le gère. Les spots sont complètement saturés, avec un vrai problème de sécurité, et derrière rien n’est fait », estime Oliver, gérant de The Farm. Il y a vingt ans, on en dénombrait moins d’une dizaine sur la zone autour de Hossegor. Aujourd’hui, elles sont près de 90, sans compter les indépendants non autorisés par les mairies. « Combien y a d’écoles au kilomètre carré ? Ça devient n’importe quoi. On en veut aux écoles qui font venir des touristes quitte à les foutre dans des conditions horribles pour faire des thunes. »