L'histoire de la natation de compétition est jalonnée de moments où l'innovation technologique a bousculé les codes établis, remettant en question l'équilibre entre la performance athlétique pure et l'avantage matériel. Au cœur de ces transformations se trouve la combinaison de natation, un accessoire qui a connu une évolution fulgurante avant de faire l'objet d'interdictions strictes en 2010, marquant une période de records sans précédent et de vives controverses. Une combinaison de natation est un vêtement souple composé de matériaux synthétiques couvrant d’un seul tenant le haut et/ou le bas du corps d’un nageur, et son développement a profondément influencé le sport.
L'Aube des Combinaisons : Innovation et Premières Résistances (Avant 2008)
Bien avant le tumulte des années 2000, les équipementiers sportifs cherchaient déjà à optimiser la performance des nageurs. Avant les Jeux olympiques d’Atlanta de 1996, la marque TYR proposait déjà une combinaison en plusieurs pièces, avec des manchettes non fixées au reste, afin d’augmenter le confort du nageur au niveau des épaules. Cependant, ce modèle avait été refusé par la FINA (Fédération Internationale de Natation), car le règlement stipulait que la combinaison devait être en une seule pièce. Cette première tentative illustre la tension constante entre l'innovation des fabricants et la nécessité d'une réglementation claire pour préserver l'équité sportive.
La fin du millénaire marque une accélération significative dans cette course à l'innovation. En 1999, la marque allemande Adidas défraya la chronique en mettant sur le marché une combinaison intégrale du cou aux poignets et chevilles. Pour tester et promouvoir cette tenue dont la technologie était validée par la FINA, Adidas s'appuya sur la star montante du moment : l’Australien Ian Thorpe. Cette collaboration entre un athlète de renommée mondiale et une technologie de pointe mit en lumière le potentiel de ces nouveaux équipements. L’Australien Speedo lança à son tour sa propre combinaison, la Fastskin, ce qui accrût la polémique sur l’utilisation de cette nouvelle technologie. La compétition entre marques devint féroce, chacune cherchant à offrir un avantage compétitif à ses athlètes.
Dès l’année suivante, plusieurs marques annoncèrent la confection de combinaisons novatrices. Arena proposa sa tenue Powerskin, Diana sa Mach 100 % silicone, ou encore Asics, et ce quelques mois avant les Jeux olympiques d’été de 2000 à Sydney. L’approche du principal rendez-vous de l’année intensifia les critiques, notamment en Australie, le pays organisateur de ces Jeux, un pays où la natation est reine et où les enjeux de performance étaient particulièrement élevés.
Ces critiques culminèrent lors des sélections olympiques australiennes, où tous les principaux nageurs disposaient finalement de combinaisons Speedo. Cela souleva des questions d'équité et d'accès à la technologie. À l’inverse, en raison d’un nombre insuffisant de tenues disponibles sur le marché, l’utilisation de la combinaison Speedo fut interdite lors des sélections canadiennes, créant une disparité notable entre les nations et les opportunités pour les athlètes. C’est ainsi qu’à partir des JO de Sydney en 2000 et tout au long d’une décennie, les combinaisons deviendront de coutume dans la natation de très haut niveau, transformant radicalement le paysage des compétitions.
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Malgré cette adoption généralisée, de rares nageurs, tel qu’Alexander Popov, firent de la résistance, prétextant qu’il ne supportait pas les combinaisons qui compriment le corps. Cependant, cette résistance se fera ressentir sur ses résultats, étant donné qu’il ne glanera aucune médaille lors de ces éditions, soulignant l'importance croissante de cet équipement dans la performance de l'élite mondiale. Pour ces combinaisons, la seule règle à respecter était qu’il ne fallait pas combiner deux combinaisons afin de ne pas trop favoriser la flottaison des nageurs. Cette règle simple cherchait à limiter un avantage déraisonnable et à maintenir un certain degré de contrôle sur l'impact technologique. Des questions d'intimité se posaient également, notamment pour les femmes, car pour les femmes, seule un bas de bikini était généralement porté en dessous de leur combi, ce qui mena plusieurs nageuses à se montrer en compétition avec leur combinaison somme toute transparente, laissant entrevoir leur poitrine. Ces incidents contribuèrent à la complexité des débats autour de la réglementation des tenues.
L'Ère de la LZR Racer : Une Révolution Technologique et une Vague de Records (2008)
Le paysage de la natation fut bouleversé de manière spectaculaire en 2008 avec l'introduction d'une nouvelle génération de combinaisons. Le 12 février 2008, Speedo lança sa nouvelle combinaison, la LZR Racer, élaborée en association avec la NASA et l’Australian Institute of Sport. Des figures emblématiques comme Michael Phelps et Natalie Coughlin servirent en quelque sorte de cobayes pour cette tenue révolutionnaire. La marque décrivit sa tenue comme la « première entièrement assemblée et soudée par ultrasons », une avancée technique majeure promettant une surface plus lisse et une meilleure hydrodynamique. Speedo affirma également que la LZR Racer diminuait de 10 % la traînée par rapport à la Fastskin FS de 2004, des chiffres qui laissaient entrevoir un potentiel de performance colossal.
L'impact de la LZR Racer fut presque immédiat et spectaculaire, déclenchant une véritable cascade de records. Presque immédiatement après la commercialisation de la combinaison, de premiers records du monde furent battus, et non des moindres ! Quelques jours seulement après son lancement, le 16 février, la Zimbabwéenne Kirsty Coventry battit le deuxième plus ancien record du monde, celui du 200 m dos en grand bassin de la Hongroise Krisztina Egerszegi, un record qui tenait depuis des années. L'année 2008 fut marquée par une effervescence sans précédent dans les bassins : 105 records du monde furent battus, chose inédite dans l’Histoire de la Natation. Cette explosion des performances ne laissa personne indifférent et souleva des questions fondamentales sur la nature même de la compétition.
Après les Championnats d’Europe en petit bassin en décembre 2008, où dix-sept records du monde tombèrent, les voix s’élevèrent en faveur d’une réglementation plus stricte de l’usage des combinaisons. De nombreux observateurs et athlètes mirent en évidence ce qu'ils qualifièrent de « dopage technologique », arguant que l'avantage conféré par ces tenues était si grand qu'il faussait la compétition et rendait les performances difficiles à comparer avec celles des générations précédentes. La performance de la natation avait atteint un très haut niveau et il devenait de plus en plus difficile pour les nageurs de battre des records sans ces aides technologiques.
L'Avènement du Polyuréthane et la Crise Réglementaire (2009)
Face à l'ampleur de la polémique et à la multiplication des records, la FINA se retrouva sous une pression intense pour agir. La FINA tenta de fixer quelques règles en 2009 afin d’éviter certaines dérives, mais ces tentatives furent au final annulées, signe de l'incertitude et de la difficulté à appréhender pleinement les implications de cette nouvelle technologie. La situation fut rendue encore plus complexe par des incidents concrets. Peu de temps après ces tentatives de réglementation, la Suédoise Therese Alshammar fut disqualifiée d’une course à Sydney, dont elle avait battu le record du monde, pour port de deux combinaisons. La nageuse se défendit en mettant en avant des raisons d’intimité, mais la fédération australienne n’autorisait à cet escient qu’un slip de bikini sous la combinaison. Cet événement souligna la nécessité d'une clarté réglementaire et d'une uniformisation des pratiques.
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Pourtant, à peine ces dispositions mises en place, le débat se cristallisa autour d’une nouvelle combinaison : la Jaked 01 de l’Italien Jaked. Bien que validée par les autorités internationales, cette tenue supplanta la LZR Racer vis-à-vis des critiques, car elle offrait des avantages encore plus marqués. L'apparition du polyuréthane dans les combinaisons en 2008 avait considérablement amélioré les performances des athlètes. Dès lors, plusieurs temps furent stigmatisés et jugés peu crédibles, car l'avantage du polyuréthane était perçu comme trop important. En effet, l'apparition du polyuréthane, notamment dans des combinaisons 100 % polyuréthane comme la Jaked 01, la plus fameuse, avait fait son apparition sur le marché, exacerbant la controverse. De nombreux records tombèrent en avril lors de plusieurs championnats nationaux, durant lesquels des centaines de nageurs cherchèrent à se procurer la tenue, craignant d'être désavantagés sans elle.
En France, les débats furent vifs lors des sélections nationales où deux barrières symboliques tombèrent : Frédérick Bousquet nagea moins de 21 secondes sur 50 m nage libre, et Alain Bernard moins de 47 secondes sur 100 m nage libre. Ces performances extraordinaires, survenues dans le contexte des combinaisons en polyuréthane, intensifièrent les interrogations sur la légitimité de ces records.
Dans un premier temps, la FINA établit une liste de 202 combinaisons tolérées, dont ne figuraient pas celles des records du monde du 50 et 100 m nage libre, dont la validation resta alors en suspens. Une liste qui fut alors par la suite élargie, démontrant les hésitations et les pressions exercées sur l'instance dirigeante. Certains virent dans ces multiples revirements d’éventuelles collusions d’intérêt entre la FINA et la marque italienne Jaked à l’approche des Mondiaux de Rome en 2009. La Fina, accusée de ne rien faire, dépassée et incapable d'édicter des règles claires alors que l'innovation technologique battait son plein parmi les équipementiers, se retrouva au cœur d'une tempête. Ainsi, mi-mai, elle avait publié une liste de 202 combinaisons approuvées et demandé aux fabricants de revoir leur copie sur 136 autres modèles en polyuréthane, y compris la Jaked 01, pour leur effet supposé du « air-trapping » (apparition de bulles d’air). Mais un mois plus tard, elle avait publié une nouvelle liste de combinaisons homologuées, dont la Jaked 01, approuvée sans avoir subi de modifications, ajoutant à la confusion et au scepticisme.
En ce qui concerne la question des records réalisés avec des combinaisons en polyuréthane, la FINA indiqua qu’ils ne seraient pas annulés rétroactivement. Cependant, elle annonça qu’elle pourrait ajouter un astérisque devant chaque record, symbole d’une performance aidée d’une combinaison désormais non autorisée, cherchant à nuancer la valeur historique de ces performances exceptionnelles.
Le Retour au Tissu : L'Interdiction des Combinaisons en Polyuréthane en 2010
La controverse autour des combinaisons en polyuréthane atteint son paroxysme en 2009. La Fédération internationale de natation (FINA), réunie en congrès le vendredi 24 juillet à Rome, prit une décision forte après avoir été accusée de ne rien faire. Elle décida d’interdire à partir de 2010 les combinaisons en polyuréthane qui avaient bouleversé la discipline depuis plusieurs mois, selon le site spécialisé SwimNews.com. La Fédération internationale de natation a donc décidé, le vendredi en question, d'interdire à partir de 2010 les combinaisons en polyuréthane, autorisées pour les Mondiaux. Cette décision marquait un tournant décisif dans la politique de l'instance internationale.
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Selon SwimNews, seules 7 fédérations sur plus de 180 se sont prononcées contre l’interdiction, adoptée à la suite d’une proposition rédigée par les États-Unis réclamant un retour au « tout tissu ». L'écrasante majorité des fédérations nationales a ainsi exprimé son souhait de revenir à une compétition où l'athlète et son entraînement seraient les seuls déterminants de la performance. Selon L’Equipe.fr, le bureau de la FINA devait encore valider cette décision de manière définitive ; il y avait très peu de chances qu’il l’infirme, ce qui confirmait l'orientation claire vers un changement de règlementation.
La raison de cette interdiction résidait dans l'avantage jugé excessif conféré par le polyuréthane. Le matériau, apparu en 2008 dans le monde de la natation, avait contribué fortement à l’amélioration des performances des athlètes. Pendant deux ans, de nombreux records avaient été battus grâce au polyuréthane qui offrait une meilleure flottabilité au nageur et une meilleure glisse, des avantages qui allaient bien au-delà des gains habituellement permis par les combinaisons en tissu traditionnelles. Selon les spécialistes, la technique de nage serait donc faussée et les records non homologables, remettant en question l'intégrité même des performances.
Avec le retour au tissu en 2010, l'ensemble des records battus avec les combinaisons en polyuréthane depuis 2008 devraient demeurer, mais leur statut historique pourrait être nuancé. Selon L’Equipe.fr, à l’avenir, « un astérisque pourrait être apposé à côté des chronos références réalisés entre février 2008 et janvier 2010 (plus de 100 records du monde ont été battus), afin de les distinguer des autres records ». Cette mesure visait à reconnaître les performances exceptionnelles tout en soulignant le contexte technologique particulier dans lequel elles avaient été établies.
Dès lors, les règles pour les tenues de compétition furent redéfinies. Les combinaisons intégrales sont également interdites, quel que soit leur composition, afin de limiter la surface de corps couverte par le vêtement. Plus précisément, les hommes peuvent nager avec un short cycliste, dont la longueur ne dépasse pas le genou, tandis que les femmes peuvent concourir avec un vêtement à bretelles qui court des épaules jusqu'au-dessus du genou. Ces nouvelles directives visaient à ramener la natation de compétition à l'essentiel, mettant l'accent sur les capacités physiques des nageurs.