Dans le paysage éducatif français, la maîtrise du milieu aquatique constitue un enjeu de santé publique majeur. Au cœur de cette mission se trouve l’attestation du « savoir-nager » en sécurité (ASNS). Ce dispositif, loin d’être une simple formalité administrative, représente une étape cruciale dans le développement de l’autonomie des jeunes face aux risques inhérents à l’eau. Pour appréhender pleinement ce qu'est le diplôme savoir nager, il est nécessaire d'examiner le cadre réglementaire, les compétences évaluées et la place qu'occupe cet apprentissage dans le parcours de l'enfant.
Le cadre législatif et l'organisation scolaire
Selon l’Article L312-1 du code de l’éducation, l’État est responsable de l’enseignement de l’éducation physique et sportive, placé sous l’autorité du ministre chargé de l’éducation. L’article L312-2 dispose qu'après les concertations nécessaires, le ministre chargé de l’éducation définit les programmes scolaires de l’éducation physique et sportive, cet enseignement étant sanctionné par des examens et concours compte tenu des indications médicales. Il est explicitement précisé que les programmes scolaires comportent l’enseignement de l’aisance aquatique.
Dans les écoles maternelles et élémentaires, cet enseignement est dispensé par les enseignants du premier degré, réunis en équipe pédagogique. Ces professionnels acquièrent une qualification pouvant être dominante en éducation physique et sportive pendant leur formation initiale ou continue. Le Décret N° 2015-847 du 9 juillet 2015 est venu combler un vide juridique en instaurant cette attestation, répondant à une volonté d'harmonisation nationale portée par les ministères et les partenaires sociaux. Il faut noter que l’attestation du savoir-nager en sécurité (ASNS) était antérieurement nommée « attestation scolaire du savoir nager ».
La nature du « Savoir-Nager » en Sécurité
L’Arrêté du 28 février 2022 relatif à l’attestation du « savoir-nager » en sécurité définit précisément les conditions de sa délivrance. Le « savoir-nager » en sécurité correspond à une véritable maîtrise du milieu aquatique. Il reconnaît la compétence d’un jeune à nager en sécurité dans un établissement de bains ou un espace surveillé, qu'il s'agisse d'une piscine, d'un parc aquatique ou d'un plan d’eau calme à pente douce.
Il est fondamental de distinguer cette attestation des activités proprement dites de natation fixées par les programmes d’enseignement. En effet, l’ASNS ne cherche pas à mesurer une performance sportive, mais à valider la capacité d'un individu à réagir de manière adaptée face à une situation imprévue ou un risque. Son acquisition doit être envisagée dès que possible au cycle 3, c'est-à-dire durant les classes de CM1, CM2 et sixième. Le cas échéant, cette attestation pourra être délivrée ultérieurement au cours du cycle 4 de collège ou durant la scolarité au lycée.
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Les modalités techniques de l'évaluation
L’évaluation repose sur un parcours complexe simulant des situations réelles. Pour valider ce test, l’élève doit réaliser une série d'épreuves sans prendre d’appuis, sans lunettes de piscine et sans aide à la flottaison. Il n’y a pas de temps imparti pour valider ce test, l'accent étant mis sur la maîtrise technique et la sérénité.
Les capacités attendues sont les suivantes :
- À partir du bord de la piscine, entrer dans l’eau en chute arrière. L’élève, à partir d’une position accroupie, entre par les fesses, ou le dos orienté vers la surface de l’eau, et reste dans l’axe de la chute.
- Se déplacer sur une distance de 3,5 mètres en direction d’un obstacle, suivi d'un franchissement en immersion complète sur 1,5 mètre. L’immersion du corps doit être totale, sans qu'aucune partie du corps ne touche l’obstacle.
- Se déplacer sur le ventre sur une distance de 15 mètres. Au cours de ce déplacement, au signal sonore, l’élève doit réaliser un surplace vertical pendant 15 secondes avant de reprendre le déplacement pour terminer les 20 mètres.
- Faire demi-tour sans reprise d’appuis, sans toucher le fond ou le mur, et passer d’une position ventrale à une position dorsale.
- Se déplacer sur le dos sur une distance de 20 mètres. Au cours de ce déplacement, au signal sonore, l’élève réalise un surplace en position horizontale dorsale pendant 15 secondes.
- Enfin, se retourner sur le ventre pour franchir à nouveau l’obstacle en immersion complète.
L'apprentissage de la natation comme processus interne
Pour les professionnels, comme les Maîtres-Nageurs-Sauveteurs (MNS), apprendre à nager s'inscrit dans une approche pédagogique rigoureuse. Selon J.P. FAMOSE et DURAND, l’apprentissage est considéré comme un processus interne. Il permet à un pratiquant de modifier, de manière assez rapide, son comportement chaque fois qu’il se trouve confronté à une situation problème, vis-à-vis de laquelle il n’a pas de comportement adapté.
Les MNS sont confrontés au domaine des habilités motrices, devant être développées dans un milieu aquatique, environnement spécifique, contraignant et potentiellement à risque. Pour l’apprentissage d’un « savoir nager », il est nécessaire de transmettre un savoir-faire lié aux entrées dans l’eau volontaires ou involontaires, aux reprises d’appuis, à la respiration contrôlée, à la flottaison ressentie, à l’équilibration maîtrisée et enfin à la propulsion efficace et économique.
Les enjeux de la sécurité et la prévention des noyades
L’Institut national de veille sanitaire (INVS) recense périodiquement les noyades en France. Dans le cadre de l’enquête NOYADES 2015, par exemple, il a été recensé 275 noyades accidentelles sur une période estivale. En conséquence, la prévention reste la meilleure protection pour diminuer le nombre de noyades et sauver des vies.
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Les piscines publiques, bien que considérées comme des « milieux clos », restent des lieux à risque. Selon Pascal LEBIHAIN, les piscines publiques sont un environnement spécifique contraignant. Malgré les moyens mis en place, la gestion du risque de noyade demeure une priorité, justifiant l’importance d’un personnel spécialisé et bien formé. Le MNS, comme professionnel de la natation, est le garant de cette tradition de sécurité.
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