Dans le monde exigeant de la course au large, peu de noms résonnent avec autant de force et de respect que celui de Vincent Riou. Véritable figure emblématique, son parcours est jalonné de victoires éclatantes, d'actes d'héroïsme et d'une résilience face aux éléments, mais aussi d'un engagement profond envers la préservation des océans. Sa carrière, riche et variée, témoigne d'une maîtrise exceptionnelle de la navigation en solitaire et en équipage, et d'une capacité à se hisser au sommet, qu'il s'agisse de dompter les flots ou de faire évoluer les mentalités. Son histoire avec ses voiliers, et particulièrement les différentes versions du monocoque PRB, est celle d'une quête incessante de performance, mais aussi d'une conscience aiguë des responsabilités inhérentes à son sport.
Les Fondations d'un Parcours Nautique : Des Premières Compétitions aux Victoires Révélatrices
Le chemin de Vincent Riou vers les sommets de la voile océanique est le fruit d'une longue et solide formation, marquée par des succès notables dès ses débuts dans des catégories plus petites. L'eau est sans aucun doute son élément, une évidence soulignée par ses performances précoces. Très jeune, il s'est distingué, notamment en Laser au niveau national, où il a été sacré Champion de France en 1994, prouvant déjà une aptitude certaine pour la compétition. Par la suite, il a continué à affirmer ses compétences sur des embarcations plus grandes, notamment en First Class 8, où il a conquis le titre de Champion de France en 1997 et 1998, démontrant sa polyvalence et sa capacité à exceller sur différents supports. Ces années de formation ont été cruciales pour développer les réflexes et la compréhension des éléments qui le caractérisent.
Son passage à la course au large a été tout aussi prometteur. Parmi ses premiers succès, on relève sa deuxième place lors du Tour d'Espagne de Voile, un indicateur de son potentiel dans les épreuves de longue haleine. Vincent Riou a également participé à la Transat Jacques Vabre 1993, courant alors avec Bernard Stamm, une collaboration qui souligne son immersion précoce dans l'univers des transats. La saison de l'année 2002 fut particulièrement fructueuse pour lui, avec une performance remarquable où il décrocha la 4ème place dans la Solitaire. Cette même année, il a célébré sa Route du Rhum victorieuse, un succès qui l'a propulsé sous les feux de la rampe et a confirmé son statut de compétiteur redoutable en solitaire.
PRB et l'Everest de la Voile : Le Triomphe du Vendée Globe 2004-2005
Avant sa victoire emblématique, Vincent Riou était, comme le dit si bien la formule, une énigme. En dehors du microcosme du Figaro, pas grand monde ne connaissait son nom. C'est sa victoire au Vendée Globe 2004-2005 qui a changé la donne de manière spectaculaire, inscrivant son nom dans la légende de la course au large. À l'âge de 33 ans, le Bigouden, qui était alors un bizuth du grand Sud, a bouclé son tour du monde en un temps record de 87 jours, 10 heures et 47 minutes à bord de son monocoque PRB, améliorant ainsi le précédent record de six jours.
Cette victoire fut d'autant plus retentissante que le bateau qu'il menait, PRB, était un bateau d'ancienne génération. Pourtant, il a fait la nique aux derniers IMOCA, des machines réputées plus modernes et performantes, défiant toutes les prévisions. On peut y voir, sans conteste, la marque de fabrique de l'écurie Mer agitée, une structure d'excellence fondée par Michel Desjoyeaux, pour laquelle Vincent Riou avait d'ailleurs exercé la fonction de préparateur. Il est d'ailleurs essentiel de noter que ce PRB, justement, il l'avait préparé pour le précédent Vendée Globe, qui avait été victorieux aux mains de "Mich' Desj'", ce qui lui conférait une connaissance intime et une maîtrise parfaite de son outil de course. Mais au-delà de la performance technique et de la préparation minutieuse, ce qui a véritablement marqué les esprits fut le calme olympien dont ce fin stratège ne s'est pas départi pendant ces trois mois de course autour du monde. Sa capacité à gérer la pression, à prendre les bonnes décisions et à maintenir une sérénité inébranlable dans les conditions les plus extrêmes a été un facteur déterminant de sa victoire.
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Les Épreuves de l'Océan : Entre Héroïsme et Coups du Sort sur les Monocoques PRB
La carrière de Vincent Riou, aussi brillante soit-elle, n'a pas été exempte de moments de grande difficulté et de coups du sort, en particulier sur la plus mythique des courses en solitaire. Le plus fameux des tours du monde en solitaire a fait bien des misères au skipper de PRB à plusieurs reprises, mais a aussi été le théâtre de son héroïsme.
Lors du Vendée Globe 2008, alors qu'il était en quatrième position au 57e jour de course, Vincent Riou a prouvé son exceptionnel esprit de camaraderie et de solidarité en se déroutant pour porter assistance à son ami Jean Le Cam, qui a chaviré aux abords du Cap Horn, son bateau s'étant retourné près de ce point redoutable. Malheureusement, quelques heures plus tard, son propre monocoque, PRB, démâtait, le contraignant à abandonner la compétition. Cependant, son geste altruiste lui valut d'être classé officiellement troisième ex-aequo, une récompense du jury saluant son humanité dans des conditions extrêmes. Pour conclure leurs aventures communes, les deux skippers participeront d'ailleurs ensemble, quelques années plus tard, à la Transat Jacques Vabre, unissant à nouveau leurs destins maritimes.
L'édition 2012 du Vendée Globe a apporté son lot de malchance pour Riou. Trois semaines après le départ, la coque de son PRB est déchirée par une tonne de port, une avarie grave se manifestant par une déchirure de 1,30 mètre de long dans la coque. Cette rencontre malheureuse l'obligea à abandonner la course. Re-belote se produisit pendant l'édition 2016, où il fut contraint d'abandonner une fois de plus, cette fois-ci après avoir percuté un objet flottant non identifié, une mésaventure malheureusement récurrente en course au large. Les malheurs ne se sont pas limités au seul Vendée Globe. Sur la Route du Rhum 2014, c’est encore la scoumoune qui le frappa : les dommages subis par la structure de PRB le contraignirent à abandonner sa transat au bout de trois jours, marquant une série de revers qui, malgré tout, n'ont jamais entamé sa détermination.
L'Évolution du Bateau et la Philosophie de la Performance : Le Débat sur les Foils et la Primauté de l'Homme
Quatorze ans après son exploit initial sur le Vendée Globe, Vincent Riou maintient un niveau d'expérience inégalé sur les monocoques IMOCA 60 pieds, une expertise que peu de coureurs du circuit, même pas son ami Jean Le Cam, peuvent se vanter de posséder. Cette expérience se traduit par une réflexion approfondie sur l'évolution technologique des bateaux et la véritable essence de la performance en solitaire.
Après avoir enchaîné deux transats en solitaire, qui lui ont permis de reprendre ses marques sur son bateau, Vincent Riou s'est classé en 2ème position pour The Transat, entre Plymouth et New York (départ le 2 mai), et à la 5ème place pour la nouvelle transat New York - Vendée Les Sables d’Olonne (départ le 29 mai). Ce fut pour lui l'occasion de se remettre en jambe pour le reste du programme de la saison. Durant cette période intense, Vincent a dû faire face à des imprévus techniques, notamment en réparant une fissure au niveau du cache ligne d'arbre d'hélice et en changeant la génératrice du bateau, qui ne fonctionnait plus depuis la veille. Malgré ces avaries, dues à des rencontres hasardeuses et malheureuses durant la course, le PRB a confirmé ses performances sur l'eau.
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Un point central de sa stratégie pour le Vendée Globe et les courses récentes a été la décision de ne pas équiper son PRB de foils, un choix mûrement réfléchi par l'équipe de PRB, qui a sérieusement pesé le pour et le contre. Pour eux, les foils ne représentaient pas une option convaincante pour le PRB. Vincent Riou a une vision nuancée sur cette question, affirmant : « Je ne crois pas que la question est : foiler ou non foiler. C’est surtout le mec qui arrivera à enchainer au mieux toutes les transitions, celui qui ne fera pas d’erreur qui réussira à gagner. » Il a observé que, sur la dernière course, « on n’a pas vu de gros écarts de vitesse entre les bateaux. » La leçon principale à en tirer, selon lui, est que « nous faisons du solitaire. Et que dans ce cadre, ce sont surtout les hommes qui font la différence. Le débat va surtout être dans la manière de faire et pas sur les bateaux. » Cette perspective met l'accent sur l'importance du skipper et de sa gestion de course, plus que sur la seule technologie du bateau. Vincent continue d'ailleurs sa formation, parallèlement à ses navigations, s'intéressant à l'électronique, l'informatique embarquée et la météorologie, conscient que la navigation en solitaire impose d'être généraliste, ou, comme il l'explique, "le moins mauvais partout." En 2010, c'est déjà la cinquième version de l'IMOCA PRB que Vincent Riou a mis à l'eau, un plan VPLP-Verdier, témoignant d'une évolution constante de ses outils de course.
Le Navigateur Sentinelle : Vincent Riou et l'Engagement pour la Préservation Marine
Au-delà de la compétition et de la performance sportive, Vincent Riou incarne une conscience écologique et un rôle de « sentinelle » des océans, utilisant sa position privilégiée pour observer et alerter sur les enjeux environnementaux marins. « On est un peu des sentinelles parce qu’on va dans des endroits où peu de personnes vont, » explique-t-il, soulignant la particularité du métier de navigateur. Les skippers, dit-il, sont « bien conscients qu’il se passe des choses sur la planète car on observe pas mal de phénomènes en mer. » Pour donner un petit exemple très concret, il a constaté qu'« en 30 ans, j’ai vu le trafic maritime augmenter considérablement, » un témoignage direct de l'impact croissant des activités humaines sur les écosystèmes marins.
Cette sensibilité se manifeste également dans son observation de la pollution des océans. Il note que « la pollution est vraiment le marqueur de l’homme, » et estime qu'« au niveau de la pollution des océans, ça dépend des régions du monde. » Cependant, il entrevoit des signes d'amélioration, en particulier en Atlantique Nord et plus proche des côtes européennes, où « on s’est nettement améliorés. La pollution visible dans les océans y est moins importante que par le passé. »
Une problématique majeure à laquelle sont confrontés les navigateurs est celle des objets flottants non identifiés (OFNI), qui peuvent entraîner des collisions dangereuses. « Lorsqu’on navigue, que ce soit sur un navire de commerce ou à la voile, c’est compliqué de surveiller en permanence la surface de la mer. Le bateau peut se retrouver à rentrer en collision avec ce qu’on appelle des OFNIS, » explique Vincent Riou. Il distingue plusieurs catégories d'OFNIS. Une catégorie d'OFNIS qui sont « à leur place dans les océans et ce sont les animaux marins. » Il ajoute que « quand on se retrouve à entrer en collision avec un mammifère ça nous embête beaucoup. » Après, il y a aussi une multitude de déchets qui sont rejetés dans la nature : « les grands fleuves rejettent assez régulièrement des morceaux de bois. » Puis, il y a « tout ce qui est pollution liée à l’homme, c’est-à-dire tout ce qui provient du littoral, tout ce qui est jeté dans la mer et tout ce qui est perdu par le transport maritime. »
Face à ces enjeux, « il y a une grosse prise de conscience de tout le milieu, » se réjouit Vincent Riou. Des mesures concrètes sont prises : « Maintenant, nous, on essaye d’appréhender au mieux cette problématique. Nous avons développé des systèmes de surveillance avec des caméras infrarouges pour limiter nos collisions. » Parallèlement, la protection de la faune marine, notamment des 90 espèces de cétacés recensées sur la planète, est au cœur des préoccupations. Des mesures sont prises directement dès l'organisation du parcours des courses. Toutes les zones avec de forts regroupements en mammifères sont ainsi interdites à la navigation dans les courses. Cependant, pour rejoindre les continents, les participants se retrouvent parfois obligés de passer sur des endroits où il y a beaucoup de mammifères. Dans ces cas, des solutions existent pour réguler, comme The Transat, la transat anglaise en solitaire, qui arrive sur les côtes américaines et dont la ligne d’arrivée est placée avant le plateau occidental, obligeant les bateaux à rejoindre les États-Unis à vitesse réduite pour justement éviter les collisions. La voile, souligne-t-il, a cette spécificité d'évoluer dans un milieu naturel hostile à l’homme, et malgré la compétition, « on a réussi à garder certaines valeurs. Ce n’est pas la compétition à tout prix. » Les marins sont formatés dès leur plus jeune âge à s'intéresser à autre chose qu'à la seule compétition, et « aujourd’hui l’approche protection de l’environnement entre dans les habitudes. » Les marins, estime-t-il, « font vraiment attention à l’endroit sur lequel ils naviguent. »
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Vers une Navigation Éco-Responsable et un Avenir pour le Transport Maritime à Voile
L'engagement de Vincent Riou pour l'environnement ne se limite pas à l'observation et à l'adaptation ; il s'étend à un rôle proactif d'exemplarité et de sensibilisation. « On essaye surtout de montrer l’exemple et de sensibiliser les citoyens, les entreprises et plus globalement l’ensemble de la société, » déclare-t-il, reconnaissant avec humilité que c'est un « tout petit rôle. » Avoir une navigation éco-responsable implique des actions concrètes : il s'efforce, depuis 15 ans, après toutes les transats, de reprendre son bateau et de rentrer avec, se débrouillant ainsi pour tout faire à la voile. Il identifie que « le plus impactant dans notre sport, c’est lorsqu’après une course, il faut ramener les bateaux via transport maritime et la gestion des courses qui finissent loin de chez nous. » Les navigateurs ont « la chance de vivre de [leur] passion, de côtoyer des espaces naturels extraordinaires, » et vis-à-vis de l'ensemble de la société, il est impératif d'« essayer d’être exemplaire. » Cela ne signifie pas « ne rien faire, » mais plutôt d'utiliser les avancées technologiques de la course, qui, il l'espère, « peuvent être transposés à d’autres problématiques maritimes. »
Vincent Riou est un ardent défenseur de la voile comme solution d'avenir pour le transport maritime. « Si aujourd’hui, on recommence à parler de transport à la voile ce n’est pas un hasard, » affirme-t-il. Toute l'intelligence développée pour faire en sorte que les bateaux aillent plus vite ou puissent se déplacer plus longtemps à la voile se décline désormais dans le monde du transport maritime. Bien que ce soit encore « embryonnaire, » il suffit de constater l'impact carbone du transport maritime sur la planète pour comprendre qu'« il s’agit d’une problématique essentielle. » Les skippers, dont Vincent Riou, se réjouissent tous de participer à des projets novateurs. À titre d'exemple, il a travaillé pour SolidSail, une entreprise qui fabrique des voiles pour des cargos, en collaboration avec les chantiers navals de Saint-Nazaire. Il dénonce une « vraie aberration » lorsqu'on observe « les milliers et les millions de litres de fioul lourd qui sont dépensés aujourd’hui pour transporter de la marchandise de Chine en Europe ou aux États-Unis. » Il souligne que certaines marchandises n’ont pas besoin de voyager à 30 km/h et peuvent très bien voyager à 10 km/h, ce qui rend la voile une option viable. La voile implique, d'une certaine manière, d’aller plus lentement que le permettent les énergies fossiles, tout en étant confronté aux éléments. « On vit avec les éléments et les éléments dictent la vitesse, ce qu’on va pouvoir faire, voire même les endroits où l’on va pouvoir naviguer. » Il rappelle que « dès qu’on fait des déplacements qui sont plutôt longs, ça va au-delà des prévisions. » Ainsi, « quand les skippers partent en mer pour traverser l’Atlantique, ils ne savent jamais à quel moment ils vont arriver, » une réalité en contraste frappant avec la ponctualité omniprésente aujourd'hui. D'ailleurs, « un des secrets pour être heureux en mer s’avère d’être capable de se déconnecter avec le temps. »