Le windsurf est un sport exigeant, tant pour le pratiquant que pour le matériel qu’il utilise. Les forces et les chocs subis par le matos augmentent en intensité en fonction du poids du rideur, mais aussi des conditions de vent ou de mer dans lesquelles il part naviguer. Il n’est donc pas rare de devoir écourter une session à cause d’une avarie matérielle. Parmi les problèmes les plus frustrants et courants rencontrés par les véliplanchistes, le mât coincé au manchon après une session figure en bonne place. Ce problème, qui peut sembler insurmontable au premier abord, est heureusement souvent résoluble avec les bonnes techniques et un peu de patience. Les marques ont d'ailleurs fait beaucoup de progrès sur la fiabilité des planches et autres équipements, mais cela n'élimine pas totalement les incidents.
Le défi du mât coincé : Comprendre le phénomène
Après une navigation, il arrive fréquemment que le mât se retrouve coincé, parfois de manière spectaculaire, nécessitant des efforts considérables pour le désolidariser. Cette situation se produit lorsque les deux parties du mât, le top et le bottom, se soudent sous l'effet de divers facteurs. Le sel, le sable fin qui s'incruste dans la jonction, et les compressions exercées lors des sessions peuvent créer une adhérence si forte qu'une séparation manuelle devient impossible. Même avec plusieurs personnes tentant de tourner et de tirer simultanément, la résistance peut être telle que le mât semble indémontable. Par exemple, une situation où « avec 4 potes rien à faire ça résiste » est une expérience partagée par de nombreux véliplanchistes.
Les méthodes douces : Chocs, traction simple et lubrification
Avant de recourir à des méthodes plus extrêmes, il est judicieux de commencer par des approches moins agressives. La réflexion première consiste souvent à vouloir tourner en tirant. Cependant, il a été observé que le déblocage se passe bien mieux en tirant seulement, en appliquant des chocs. L'expérience montre qu'une approche basée sur des chocs répétés peut être étonnamment efficace.
Une technique consiste à mettre un bout avec des nœuds de cabestans (trois sont recommandés) sur la partie haute du mât, puis à fixer ce bout à un poteau en gardant un peu de mou. Le principe est alors de tirer le mât par la partie basse et de le lancer en arrière, lui faisant ainsi subir des chocs répétés. Ce mouvement de va-et-vient, alternant tension et relâchement brusque, vise à casser l'adhérence entre les deux sections. Comme l'illustre un cas de déblocage qui « s'est passé assez vite » mais où l'on y était « déjà depuis 10 mn », la persévérance est clé.
Une autre technique, moins brutale mais souvent préparatoire, consiste à prendre le mât par le bas, à l'extrémité, et à faire taper la tête par terre. Cela crée un rebond qui provoque une ondulation dans le mât. En continuant à le faire rebondir tel un ballon de basket, il ondule de plus en plus. Cette méthode permet de faire bouger un peu le sable qui pourrait être coincé, et même si elle ne débloque pas toujours le mât à elle seule, elle aide à préparer le terrain pour d'autres interventions. Il est crucial de réaliser cette opération sur une surface souple comme l'herbe, et non sur du goudron, pour éviter d'endommager le mât. Le tourner de quelques degrés à chaque fois peut également être bénéfique.
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Lorsque les parties ont commencé à se décoller, même légèrement, l'utilisation d'un lubrifiant peut être très utile. Envoyer du WD40 en bombe à la jointure est une solution souvent citée. Ce dégrippant lubrifiant est considéré comme « assez magique ». Il est conseillé d'incliner le mât dans le sens où le dégraissant coule vers l'embout, puis de remettre un peu de WD40 et de laisser agir quelques heures. Ce temps de pose permet au produit de pénétrer et de faciliter la séparation.
L'art du levier : Utiliser les wishbones et autres outils
Si les méthodes douces ne suffisent pas, l'application d'une force de levier contrôlée, souvent à l'aide de wishbones, est l'étape suivante.
Une des techniques les plus populaires consiste à utiliser un ou deux wishbones. Fixer un premier wishbone serré sur la partie inférieure du mât et un second sur la partie supérieure, à environ 20 cm du manchon, permet de créer un bras de levier. Les deux wishbones forment alors un point d'appui qui permet de tirer sur le premier tout en poussant sur le second, créant ainsi une rotation du top par rapport au bottom. Cette méthode, souvent réalisée avec l'aide d'un ami, est généralement suffisante dans la plupart des cas. Il est important de serrer les wishbones à bloc autour du mât, et si l'on constate qu'ils glissent, on peut les incliner légèrement pour améliorer leur adhérence. Plus les wishbones sont longs, plus la tâche sera facilitée, car cela augmente le moment en physique, bien qu'il faille faire attention à ne pas dépasser la résistance des matériaux pour éviter la casse. Des véliplanchistes ont réussi à débloquer un mât resté coincé pendant un an en utilisant cette méthode, avec « 2 wish d'un côté tenus par des gamins et 8 mecs mort de fin de l'autre ». L'expérience confirme que « avec des potes on a réussi à débloquer un mat qui était resté coincé 1 an », soulignant l'efficacité potentielle de cette approche collective.
Si l'on est seul et que les wishbones sont la seule solution pour créer un couple important, même avec une seule personne, il est recommandé de « faire jouer les 2 en va et viens en tirant au bout des poignées arrières ».
Une variante implique de disposer un wishbone serré sur la partie inférieure et, en maintenant la partie basse avec ce wish, de poser une protection sérieuse sur la partie haute. On peut ensuite serrer cette partie haute avec une clé pour démontage de filtre à huile, arroser d'eau chaude, et enfin taper sèchement sur la clé avec une masse. Cette approche est plus risquée, surtout avec un mât ultra-light full carbon, mais elle est citée comme une solution de dernier recours.
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Pour les mâts en fibre, si le sel a soudé les deux parties (si le mât est resté monté longtemps), il peut être quasiment indémontable sans dommages. Cependant, on peut forcer un peu plus que sur un mât carbone et, surtout, utiliser un camping gaz plutôt que de l'eau chaude pour dilater le manchon femelle. L'aluminium étant un excellent conducteur de chaleur, la partie mâle réchauffera très vite. Il faut donc agir très rapidement.
Une autre astuce consiste à ajouter des cales (pièces de monnaie, embouts de tournevis) dans l'écart qui se forme entre les deux parties du mât avant de relâcher l'appui. On augmente ensuite progressivement l'épaisseur des cales jusqu'à ce que le mât se débloque. Cette technique est réputée pour fonctionner bien et « sans risque d'abîmer son mât ». Elle demande cependant de la patience et d'y « aller fort pour le flexer ».
Solutions extrêmes et précautions
Dans les cas les plus récalcitrants, des méthodes plus radicales ont été employées, bien qu'elles comportent des risques accrus pour l'intégrité du mât.
Une option, si les moyens manuels sont insuffisants, consiste à utiliser un véhicule. Après avoir mis un bout sur la partie basse du mât comme sur la haute, on peut tirer avec un véhicule. Cependant, cela doit être fait avec une extrême prudence car la force exercée est considérable et peut facilement endommager le mât. Des témoignages font état d'une situation où, même avec cette méthode, un mât est resté coincé, voire « tordu au niveau du raccord » et où l'on a « explosé des boots de 1500kg ».
Une méthode particulièrement inventive, bien que peu conventionnelle, implique de « sceller la partie du Haut dans un parpaing », puis, une fois le parpaing bien sec, d'utiliser un wishbone sur l'autre partie du mât. Cette technique a été couronnée de succès pour débloquer un mât de 4 mètres, bien que l'utilisateur ait dû veiller à « bloquer le parpaing en rotation par rapport au reste de l'univers ». Cette approche démontre l'ingéniosité des véliplanchistes face à ce problème, mais aussi les efforts démesurés que certains sont prêts à déployer.
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Quand la force ne suffit plus et les limites du matériel
Malgré tous ces efforts, il arrive que certains mâts refusent obstinément de se séparer. L'accumulation de sel, en particulier si le mât est resté monté pendant des mois, peut littéralement souder les deux parties. Un mât « bloqué depuis plusieurs mois » peut être encore « plus coincé avec le sel (l'eau a séchée au fil du temps) ». Dans ces situations, où même un étau de menuisier et quatre personnes n'ont rien pu faire, la solution peut parfois être hors de portée sans dommages irréversibles. On rapporte des cas où des tentatives trop agressives ont mené à tordre le mât au niveau du raccord, rendant toute réparation quasiment impossible.
Il est crucial de noter qu'il est « quasiment impossible de réparer un mât correctement sans risque de le voir casser à nouveau ». Bien que cela soit faisable, c'est coûteux et pas forcément fiable. Un mât de windsurf va casser la plupart du temps au niveau de la poignée de wishbone, soit en dessous, soit au-dessus, lors d'un usage brutal. Il peut aussi casser à la jonction de l'emboîtement de la partie haute et de la partie basse. Changer de mât régulièrement est une pratique conseillée, car un mât qui se casse sur le gréement peut endommager la voile.
Prévention : Éviter que le mât ne coince à nouveau
La meilleure approche pour gérer un mât coincé est d'empêcher que cela se produise. Des gestes simples peuvent grandement réduire les risques :
- Rinçage et séchage méticuleux : Après chaque session, rincez bien le top et le manchon du mât à l'eau douce pour éliminer tout résidu de sel et de sable. Laissez ensuite sécher complètement avant de démonter et de ranger.
- Lubrification préventive : Une fois sec, pulvérisez du lubrifiant sec en bombe, comme un spray au Téflon, sur la jonction. Ce film protecteur réduit la friction et empêche les particules de coller.
- Démontage régulier : Ne laissez pas votre mât monté trop longtemps. Même si vous n'avez pas le temps de naviguer, démontez-le et remontez-le périodiquement pour éviter que les pièces ne se soudent.
Au-delà du mât : Autres avaries matérielles courantes en planche à voile
Si le mât coincé est un problème majeur, il n'est pas le seul à pouvoir gâcher une session. Le windsurf sollicite fortement l'ensemble du matériel, et connaître les points faibles et les moyens de prévention est essentiel.
Le bout d’étarquage
Le bout d’étarquage est susceptible de casser en raison de son usure sur les dents du taquet coinceur. Ce type de casse ne se répare pas ; il faut s'en procurer des nouveaux au surfshop ou en ligne.
La plaquette de planche à voile
La casse d’une plaquette de planche à voile est redoutée car elle arrive toujours en navigation, pouvant mener à une situation difficile en mer. La plaquette de type tendon peut casser à cause de l'usure (le caoutchouc devient poreux et les éléments composant l'ensemble prennent du jeu) ou d'une mauvaise utilisation. Par exemple, une voile de slalom ou des manœuvres de wavesailing comme les frontloop ou backloop imposent de grosses contraintes sur ce petit bout de caoutchouc, qui n'est pas conçu pour supporter une telle intensité. La réparation est facile et peu coûteuse si la pièce à changer est le tendon. Il suffit de se rendre à un surfshop pour trouver un tendon de remplacement, ou, plus simplement, d'acheter une nouvelle plaquette.
La voile
Passer à travers la voile, suite à un jibe ou un saut mal réceptionné, est également une avarie fréquente. Cette casse provient souvent de l'usure du matériau qui compose la voile (biply, xply, monofilm). En fonction de l'étendue des dégâts, une simple réparation avec un kit dacron ou monofilm autocollant peut suffire pour un petit trou. Pour des dommages plus importants, il faut se diriger vers une voilerie où un maître voilier pourra réparer la voile de windsurf. Dans certains cas, l'usure de la voile est telle qu'une réparation serait plus coûteuse que de renouveler son matériel. Une voile d’occasion peut être une solution si le budget est serré.
La latte
Un choc violent avec le pratiquant ou tout autre élément, comme la windsurfboard, est souvent à l'origine de la casse d'une latte. Une réparation est possible selon l'endroit où la latte est cassée. Si c'est une latte peu essentielle au maintien du profil de la voile, un simple scotch peut suffire. Sinon, il faut changer la pièce avec une poignée avant de remplacement.
Le wishbone
Les tubes des wishbones peuvent casser à cause de l'usure et des chocs répétés. Il n'est pas rare de voir un wishbone plié en deux suite à une catapulte ou simplement cassé. Le carbone va casser ou absorber le choc, tandis que l'aluminium se pliera un peu plus à chaque fois. Un pratiquant a plié trois wishbones avant de passer sur un modèle en carbone. Malheureusement, un wishbone cassé ou plié ne se répare pas ; il faut le changer.
La têtière
La têtière peut se casser, mais cela se répare facilement en changeant la pièce ; la réparer n'est pas possible directement.
Le footstrap
Un footstrap peut casser en raison de l'usure ou d'un mauvais entretien, bien que ce soit rare. La plupart du temps, la vis de serrage se dévisse, et le footstrap n'est plus correctement fixé. Un footstrap ne se répare pas et doit être remplacé.
L’aileron
Casser un aileron est fréquent, souvent parce qu'on a touché le fond en navigation. Une réparation avec de la fibre et de la résine est possible si tous les morceaux sont retrouvés. Cependant, on perdra en qualité de glisse.
La planche
Concernant la planche de windsurf, on distingue la délamination, due à un défaut de fabrication ou à une très grosse réception de saut (le plus souvent à plat), et la casse en deux. Dans les deux cas, par rapport au volume de planches fabriquées, ces incidents sont extrêmement rares. Une planche cassée en deux peut être réparée avec beaucoup de fibre et de résine, mais le résultat n'est pas toujours bon, d'autant plus que le pain de mousse aura sûrement pris l'eau et que la planche restera fragile.