Dans l'histoire du yachting de course océanique, certains noms de voiliers et de marins résonnent avec une intensité particulière, ancrés dans la mémoire collective par des exploits retentissants et des récits d'aventures audacieuses. Le "Wild Rocket" est sans conteste l'un de ces navires, dont le nom est indissociablement lié à celui de Joël Charpentier, un navigateur qui a marqué de son empreinte les grandes épreuves transocéaniques. Cet article explore la trajectoire unique de ce voilier emblématique, de ses heures de gloire sur les parcours des régates les plus exigeantes à la perception, parfois contrastée, de son héritage matériel. Le "Wild Rocket" incarne à lui seul une partie de l'esprit pionnier de la course au large, tout en reflétant les défis et la réalité de la vie des bateaux qui ont affronté les océans.
Joël Charpentier et l'Âme du "Wild Rocket" : Une Vie Dévouée à l'Océan
Le "Wild Rocket" n'était pas seulement un navire pour Joël Charpentier ; il était le prolongement de sa passion, l'instrument de ses rêves d'océan. La vie de Joël était intrinsèquement liée à la mer, et son "emblématique Wild Rocket" fut le témoin et le complice de nombreuses de ses aventures maritimes. Ses amis et sa famille l'ont souvent rappelé lors de moments d'hommage, soulignant cette connexion profonde. Lors d'un dernier hommage, où amis et proches se sont réunis, Cédric, son neveu, ainsi que Jean-Paul Méar, Christian Le Meur et Yvon Gourvil, ont évoqué leurs rencontres et leurs souvenirs partagés avec le navigateur. Ces témoignages ont mis en lumière la singularité de son engagement envers la navigation. Des paroles éloquentes, « Ta maison, c'est l'océan… Tu n'as qu'une fleur au coeur et c'est la rose des vents, » tirées de la chanson "Marin", interprétée par Petula Clark, ont résonné une dernière fois pour Joël Charpentier sur la plage de Tourony, symbolisant la force de son attachement au grand large.
Jean-Paul Méar, Christian Le Meur et Yvon Gourvil ont évoqué leur rencontre et les bons moments passés avec Joël, peignant le portrait d'un homme dont l'existence était intrinsèquement liée à la mer et à son voilier. Ils ont rappelé sa vie de navigateur, marquée par des participations significatives à des courses légendaires. Avant de se lancer dans l'aventure de la Route du Rhum, Joël Charpentier avait déjà éprouvé les défis de la course océanique lors de la prestigieuse course de l'OSTAR, à laquelle il a participé en 1972 et en 1976. Ces expériences forgèrent son caractère de marin et celui de son "Wild Rocket", préparant le duo à des défis encore plus grands. La relation entre l'homme et sa machine était celle d'une symbiose parfaite, où la connaissance intime de l'un par l'autre permettait de repousser les limites. Le "Wild Rocket" n'était pas seulement un bateau, c'était un compagnon fidèle, une extension de la volonté de son capitaine, façonnée par les éléments et les milles parcourus ensemble.
Le "Wild Rocket" sur la Scène Internationale : La Route du Rhum 1978
C'est sur la scène de la toute première Route du Rhum, en 1978, que le "Wild Rocket" et Joël Charpentier ont véritablement gravé leur nom dans l'histoire de la course au large. Cette édition inaugurale fut un événement marquant, et le "Wild Rocket", piloté par le Français Joël Charpentier, y joua un rôle notable. Dans l'attente de son arrivée, alors que d'autres concurrents atteignaient déjà la Guadeloupe, il était prévu que le "Wild Rocket" prenne la cinquième place. Cette anticipation de sa position de finisseur soulignait l'excellence de sa performance et la régularité de sa navigation face à une flotte de voiliers variés et d'équipages aguerris.
Mais au-delà de sa cinquième place au classement général, la performance de Joël Charpentier et du "Wild Rocket" fut encore plus remarquable : ils terminèrent premiers dans leur catégorie. Cette distinction soulignait non seulement la compétitivité du bateau mais aussi l'habileté de son skipper à optimiser son voilier dans des conditions de course intenses. Cette victoire de catégorie attestait de la capacité du "Wild Rocket" à rivaliser avec les meilleurs dans sa classe, démontrant sa conception efficace et sa robustesse. L'impact de cette première Route du Rhum sur l'image du "Wild Rocket" fut considérable, le hissant au rang de légende de la voile.
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L'aventure de la Route du Rhum ne s'arrêta pas là pour Joël Charpentier et son navire. Fidèle à son esprit de compétition et à sa passion pour la mer, le navigateur participa une nouvelle fois à cette course mythique en 1982. Cette seconde participation confirmait l'engagement durable de Joël Charpentier dans le monde de la course au large et la résilience de son "Wild Rocket". Le voilier a également joué un rôle civique au sein de la communauté de la voile. Joël Charpentier s'était investi dans les premières "24 heures de la voile", un événement où son bateau, le "Wild Rocket", servait de bateau jury. Cette fonction, bien que non directement compétitive, soulignait la reconnaissance et le respect dont jouissait le "Wild Rocket" dans le milieu, témoignant de sa fiabilité et de sa présence continue sur les plans d'eau majeurs. Le "Wild Rocket" était ainsi plus qu'un simple participant ; il était devenu une figure familière et respectée des événements nautiques.
L'Édition Historique de 1978 : Un Duel Inoubliable et ses Enseignements
La première édition de la Route du Rhum, en 1978, reste gravée dans les annales de la voile comme une course à la fois épique et exemplaire, offrant une fin d'une intensité rare. Les organisateurs de l'épreuve n'auraient pu rêver d'une arrivée plus spectaculaire, un dénouement qui, après vingt-trois jours de mer, tenait le public en haleine. Le Canadien Michael Birch, quarante-six ans, qui s'était déjà distingué en terminant deuxième de la Transat de 1976 derrière Eric Tabarly, a franchi la ligne d'arrivée sur son trimaran "Olympus-Photo" avec une avance infime, de moins de deux minutes, sur le Français Michel Malinovsky, trente-six ans, à bord de son monocoque "Kriter-V". Cette confrontation fut un véritable bord à bord qui a électrisé les foules et démontré l'esprit indomptable des navigateurs.
La performance victorieuse de Mike Birch s'est traduite par une vitesse moyenne de 6,6 nœuds, soit environ 11,1 km/h, lui permettant de boucler le parcours en 558 heures, 59 minutes et 35 secondes. Il devança Michel Malinovsky de seulement 1 minute et 38 secondes, une marge incroyablement étroite après une traversée transatlantique. Derrière ce duel mémorable, l'Américain Philip Weld, sur "Rogue-Wave", s'est adjugé la troisième place, arrivant 8 heures, 41 minutes et 57 secondes après le vainqueur. Quant au Français Olivier de Kersauson, malgré des difficultés majeures - son "Kriter-IV" ne disposant plus de grandes voiles - il a néanmoins terminé quatrième, 23 heures, 27 minutes et 45 secondes après Mike Birch, une preuve de sa ténacité remarquable. Dans ce contexte de compétition acharnée, le "Wild Rocket" de Joël Charpentier, comme mentionné précédemment, était attendu pour la cinquième place, soulignant la densité et la qualité de la flotte de tête.
L'édition de 1978 a non seulement offert une fin exceptionnelle par cet ultime bord à bord, mais elle a également revêtu un caractère exemplaire pour l'avenir de la course au large. Elle a notamment prouvé qu'il était possible d'atteindre les Antilles en empruntant des routes très différentes. Michel Malinovsky avait choisi la route du nord, tandis que Michael Birch avait opté pour celle du sud. Cette diversité stratégique a remis en question les dogmes de l'époque. Eric Tabarly, une figure emblématique de la voile, estimait qu'un monocoque ou un multicoque devait, de toute façon, gagner le sud pour chercher l'alizé. Cependant, l'issue de la course a démontré que les concurrents pouvaient miser sur l'une ou l'autre solution sans avoir à le regretter, soulignant la grande liberté qu'offre la voile aux navigateurs dans leurs choix tactiques.
Au-delà des itinéraires, la course a également mis en lumière la variété et la performance des types de bateaux. On donnait généralement les multicoques favoris, considérés comme plus rapides. Pourtant, "Kriter-V", le monocoque de Michel Malinovsky, a fait jeu égal avec "Olympus-Photo", le trimaran de Michael Birch, dans un duel serré jusqu'à la ligne d'arrivée. Certes, certains multicoques ont souffert ou ont déçu, mais la performance du monocoque a démontré que le choix du type de voilier offrait aussi une grande liberté. Les deux bateaux de tête, qui ont touché la Guadeloupe au même moment ou presque, différaient non seulement par leur taille - 21 mètres et 17 tonnes pour le monocoque "Kriter-V", contre 11,5 mètres et 2 tonnes pour le multicoque "Olympus-Photo" - mais encore par leur construction. Le premier était en contreplaqué, une technique traditionnelle et éprouvée, tandis que le second était en plastique renforcé de fibres de carbone, représentant une approche plus moderne et légère.
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Les deux meilleurs marins de cette première Route du Rhum, très bien préparés, ont choisi des itinéraires et des voiliers qui ne se ressemblaient en aucune façon, mais ils présentaient, en revanche, bien des points communs, ce qui paraissait également exemplaire. L'un et l'autre passaient beaucoup de temps sur la mer, qu'ils connaissaient parfaitement, une condition essentielle pour exceller dans ces épreuves. Michael Birch, par exemple, était convoyeur de yachts, sillonnant les océans pour conduire à bon port des bateaux très divers, une expérience qui lui conférait une connaissance inégalée des conditions maritimes. Michel Malinovsky, de son côté, était essayeur dans une revue spécialisée ; il fréquentait, lui aussi, par tous les temps des voiliers de tous aspects, ce qui lui apportait une expertise technique et pratique approfondie. Ces parcours variés mais convergents vers une maîtrise exceptionnelle de la navigation illustrent la richesse et la diversité des profils des pionniers de la course au large.
Cependant, cette édition inaugurale fut aussi marquée par un drame. Tandis que les arrivées se succédaient, une ombre planait sur la course : les organisateurs de l'épreuve étaient toujours sans nouvelles d'Alain Colas, le célèbre navigateur sur "Manureva". Le dernier contact avec l'ancien vainqueur de la Transatlantique remontait au 16 novembre, quand il naviguait encore à proximité de Michel Malinovsky, sur la route nord. L'inquiétude grandissait, et à la demande de sa famille et de la Fédération française de voile, des recherches furent entreprises ce jeudi 30 novembre. Un Breguet-Atlantique fut envoyé en mission de reconnaissance dans la zone où pourrait se trouver Alain Colas, témoignant de la gravité de la situation et de l'engagement des autorités pour retrouver le marin disparu. Ce tragique événement ajouta une dimension sombre et un rappel de la dangerosité inhérente à ces aventures extrêmes, même pour les marins les plus expérimentés.
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