L'Expédition Antarctique en Voilier : Une Odyssée au Bout du Monde

L’Antarctique est le théâtre de tous les superlatifs : des paysages grandioses accompagnés d’histoires tout aussi incroyables et d’une quantité de faune marine hors normes. Charcot, Shackleton, Ross, Gerlache, Weddell, Amundsen, Scott, Nordenskjöld, … un siècle plus tard, lors du voyage de toute une vie, vous suivez le sillage de ces vaillants hommes et navires ayant participé à l’exploration du continent blanc. Partir à la rencontre d’une nature sans filtre et découvrir les contrées les plus reculées de la planète à la voile est une expérience qui n'a que peu ou pas de comparaison avec d'autres aventures.

Le passage de Drake : La porte d'entrée vers l'immensité

L’expédition débute à Ushuaia (Argentine), la deuxième ville la plus au sud du monde. L’aventure commence alors par la navigation du côté Atlantique de l’Onashaga (canal Beagle) en vue de passer l’archipel du cap Horn et d’entamer la traversée du passage de Drake. Ce dernier, long de 500 milles nautiques environ, relie le Cap Horn en Patagonie à la péninsule Antarctique. Il est un endroit mythique pour tous les plus grands navigateurs et vous ferez désormais partie de cette liste.

Plus nous évoluons au sein de la convergence antarctique, dans ce passage réputé pour son mauvais temps, plus la température baisse, alors que l’impatience et l’exaltation, elles, augmentent : face à vous le continent blanc ! Grâce aux prévisions météorologiques modernes, nous pouvons traverser au moment le plus opportun, mais malgré cela, il est probable d’avoir du gros temps durant une partie des traversées. L'immensité de l’océan n’est pas une petite démonstration de la nature face à nous, mais plutôt un exemple de notre petitesse face à elle. Bercés par notre voilier glissant sur l’eau et du vent dans les voiles, nous perdons la notion du temps, absorbés par le ballet mêlant les pétrels, les albatros, les vagues et notre sillage.

La péninsule Antarctique : Un sanctuaire de glace

Après quatre à cinq jours de navigation hauturière dans le Pacifique sud à bord d’un voilier, nous atteignons le continent blanc. Nous arrivons dans un paysage absolument blanc, rempli de glaciers hébergeant des séracs et terminant parfois dans la mer. Une fois atteintes les îles Shetland du Sud, nous nous dirigeons vers la péninsule Antarctique et nous émerveillons devant la beauté immaculée des lieux. À cette période de l’année, nous disposons d’entre 18 et 23 heures de soleil d’affilée, selon le mois, nous laissant donc un maximum de temps pour apprécier la péninsule, les îles voisines et des scènes fabuleuses de la vie de la faune antarctique.

En péninsule Antarctique, il y a en général peu de vent et, quand il y en a, nous sommes réfugiés à l’abri dans une baie. L’Antarctique offre différentes caractéristiques exceptionnelles. En premier lieu des paysages de neige, de glace, d’icebergs et de glaciers se déversant dans la mer, parfois la mer elle-même impénétrable pour cause de glace flottante ou gelée. Nous observons une faune marine extraordinaire endémique depuis le voilier, depuis le zodiac ou directement depuis la côte : phoques, manchots Adélie, manchots papous, albatros, pétrels, baleines, orques, lions de mer, léopards des mers, éléphants de mer. Cet endroit représente un havre de paix pour cette faune qu’il nous faut absolument protéger et que nous abordons avec le souci de ne rien polluer lors de notre passage.

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L'itinérance entre les sites historiques et naturels

Une expédition à la voile permet une grande liberté d'itinéraire. Généralement, l’arrivée en péninsule se fait dans l’archipel Melchior, situé à l’est de l’île Anvers. Parmi les escales emblématiques, on retrouve l’île Enterprise, où git l’épave d’un bateau baleinier à demi échoué et oxydé par le temps, et l’île Cuverville, qui se distingue par l’aire de protection dédiée à une colonie de manchots Adélie. La morphologie de la côte et le canal formé entre cette île et sa voisine font que cette zone devient un petit cimetière d’icebergs.

Plus au sud, nous croisons la base antarctique chilienne González Videla, située au centre d’une grande colonie de manchots papous, et la base scientifique ukrainienne Vernadsky, où fut découvert le trou de la couche d’ozone. Le passage du canal de Lemaire, composé durant plusieurs kilomètres de parois verticales, provoque toujours un grand sentiment d’humilité face à ces cathédrales de granit. Enfin, des lieux comme Port Charcot, où hiverna Jean-Baptiste Charcot, et Port Lockroy, base anglaise dotée d’un bureau de poste et d’un musée, permettent une plongée profonde dans l’histoire de l’exploration polaire.

La logistique et l'engagement de sécurité

Vivre l’Antarctique en voilier demande une préparation rigoureuse. La sécurité est le premier engagement envers les passagers au regard de la navigation dans ces contrées sauvages. Il est vital de vérifier la conformité des navires, notamment la qualification de l’équipage aux normes du pavillon. L'utilisation d'un voilier sous pavillon français est souvent un gage de sérieux et de contrôle. Outre des matériels entretenus et vérifiés, des essais sont pratiqués à chaque expédition avec les passagers.

La vie à bord implique une participation active. Chaque équipier doit être capable de monter et descendre sans aide dans le zodiac, marcher quelques heures sur un terrain non balisé, monter un dénivelé de 300 mètres et savoir faire preuve d’adaptabilité devant les conditions climatiques. Sur le plan administratif, il n'y a pas de visa pour le continent antarctique lui-même, mais les transit par les pays d'accueil (comme les États-Unis) imposent des formalités strictes comme l'ESTA. Il convient de se conformer aux recommandations du capitaine qui peut proposer d’aménager la navigation et les sorties terrestres en raison d’impératifs climatiques, de sécurité ou de la condition physique des participants.

Les spécificités techniques du voyage polaire

Se déplacer en voilier dans ce paradis n’a que peu ou pas de comparaison avec d’autres expériences. Un voilier adapté, comme une goélette en acier, permet de naviguer en symbiose avec les éléments. Les dimensions importantes et les équipements rendent ces croisières dans les eaux du Grand Sud sécurisantes et confortables, avec des postes de barre extérieurs et intérieurs, des cockpits abrités et des carrés spacieux avec vue panoramique.

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La vie à bord est une expérience communautaire où chaque voyageur est invité à participer aux quarts de nuit comme de jour ainsi qu’à la vie du bord et aux manœuvres. Des activités complémentaires peuvent être organisées : si vous êtes un kayakiste autonome, il est possible de prévoir des kayaks à bord pour explorer les environs de plus près, au plus proche des glaciers. Pour les groupes de skieurs, il est envisageable d'aménager l'itinéraire pour vivre une expérience de ski-voile, à condition de privatiser le bateau et d'être accompagné par un guide de haute montagne.

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