Le Red Sea Diving Resort : Histoire Vraie, Héroïsme Clandestin et Réflexions Contemporelles

Parmi la multitude de programmes proposés par la chaîne de streaming Netflix, un grand nombre traite d’événements historiques, relatant des faits plus ou moins connus, et c'est dans ce contexte que le film "The Red Sea Diving Resort" (intitulé "Opération Brothers" en version française) a captivé l'attention du public. Produit et diffusé sur la plateforme, ce long-métrage s'inspire d’une histoire vraie fascinante : celle d’une opération secrète menée par des agents du Mossad israélien et des Éthiopiens qui ont utilisé un hôtel au bord de la mer Rouge au Soudan pour évacuer des réfugiés juifs éthiopiens vers Israël au début des années 1980. Cette mission, connue sous le nom d'Opération Brothers, s'est déroulée de 1979 à 1984 et a sauvé des milliers de vies. L'histoire du Red Sea Diving Resort, ou Arous Holiday Village, est celle d'une double vie : une façade idyllique de destination de vacances pour touristes européens, et en coulisses, un centre névralgique d'une opération d'exfiltration clandestine d'une ampleur remarquable. Cette complexité historique, à la fois héroïque et empreinte de controverses, mérite un examen approfondi pour comprendre pleinement les événements qui ont inspiré le film et les répercussions qu'ils ont eues sur la communauté juive éthiopienne.

"The Red Sea Diving Resort" : Une Œuvre Inspirée d'Événements Réels

Le film "The Red Sea Diving Resort", avec Chris Evans, Michael K. Williams et Haley Bennett en vedette, est basé sur des événements réels, notamment la mission de l'Opération Brothers. Ce long-métrage narre comment un hôtel abandonné a servi de couverture parfaite pour une opération risquée de contrebande de réfugiés juifs éthiopiens à travers le Soudan, les envoyant ensuite par bateau vers la sécurité et une nouvelle vie en Israël. Le téléspectateur vit l’opération depuis la construction de l’équipe jusqu’à la dernière évacuation, en 1982. Pour des raisons de sécurité évidentes, le film a cependant été tourné en Namibie et en Afrique du Sud, où l’hôtel a été reconstruit. La sortie de ce film sur Netflix a permis de mettre en lumière cette histoire méconnue du grand public, même si, d'un point de vue cinématographique, le long-métrage n’a rien de sensationnel pour certains critiques, regrettant que les enjeux politiques, pourtant au cœur du récit, ne soient pas convenablement approfondis. De même, si la mise en place du plan est partiellement montrée, de nombreuses choses sont passées sous silence et certains choix narratifs n’empruntent pas le bon chemin, rendant certains éléments trop faciles et les problèmes se résolvant à la vitesse de la lumière. Le réalisateur israélien Gideon Raff, également auteur du scénario, est un habitué des séries télévisées, ce qui se ressent un peu dans sa mise en scène qui manque d’envergure et de style, créant une œuvre très formatée. Malgré ces critiques, l'histoire demeure captivante.

Le film, comme le rappelle Ben Sales dans le Times of Israel, se concentre davantage sur une histoire d'espionnage que sur la vie véritable des Juifs d'Éthiopie. Il déplore que seul un personnage éthiopien soit vraiment mis en valeur, et que "le public ne voit qu'une trop petite partie d'une histoire qu'il n'a probablement jamais connue : celle d'un voyage dangereux, à pied, de villages éthiopiens jusqu'à un camp de réfugiés en Israël." Cette focalisation a suscité des débats, notamment concernant la "narrative du sauveur blanc" ("white-savior narrative"), qui privilégierait les rôles des agents du Mossad israélien menés par le personnage d'Ari Levinson, incarné par Chris Evans. Cependant, le réalisateur Gideon Raff a déclaré que la communauté éthiopienne "était de vrais partenaires dans cette opération et qu'ils sont les vrais héros de cette histoire," soulignant l'importance pour lui de faire jouer des acteurs issus de la communauté éthiopienne dans le film. La sortie du film est intervenue à un moment de tensions en Israël, où de grandes manifestations ont éclaté début juillet après la mort de Solomon Tekah, un jeune homme de 18 ans d'origine éthiopienne tué par la police, marquant le onzième Israélien d'origine éthiopienne tué par la police en vingt ans. Cet événement a ravivé la focalisation sur les griefs de la communauté éthiopienne d'Israël, forte de 150 000 membres, qui a exprimé sa frustration contre le racisme et la discrimination depuis les premières grandes vagues d'immigration dans les années 1980.

Les Racines d'un Exode : La Communauté Juive Éthiopienne face à la Crise

L'histoire des Juifs éthiopiens, connus sous le nom de Beta Israel, est longue et complexe, de nombreux universitaires n'étant pas certains de la date et des modalités précises de l'établissement d'une population juive en Éthiopie. Bien que certaines de leurs coutumes se distinguent des traditions hébraïques, cette communauté est devenue une partie largement acceptée du judaïsme traditionnel. Selon Jon Abbink, professeur de gouvernance et de politique en Afrique, spécialisé dans l'Éthiopie, à l'Université de Leiden, "C'est un peu enveloppé de mystère, mais il y a des rapports selon lesquels une immense communauté a vécu en Éthiopie pendant des siècles, plus de 1 500 ans. Certaines personnes parlent même de millénaires."

Dans les années 1970 et 1980, une combinaison de facteurs de répulsion en Éthiopie a conduit à un grand exode de réfugiés de la communauté Beta Israel. La révolution éthiopienne de 1974 a exacerbé les tensions politiques sous-jacentes dans le pays. Au pouvoir depuis la chute de Sélassié en 1974, la junte militaire pro-communiste, dirigée par Mengistu Haile Mariam, procédait au massacre des populations civiles. Les opposants au régime étaient confrontés à la menace d'arrestation ou d'exécution. À cela se sont ajoutés des facteurs environnementaux et économiques, avec des sécheresses en 1973 et 1974, puis de nouveau au début des années 1980, entraînant une famine généralisée et l'une des pires crises humanitaires du 20e siècle.

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Dans ce contexte de descente du pays dans la guerre civile à partir de 1974, les Juifs éthiopiens sont devenus plus visibles en tant que révolutionnaires politiques, actifs dans les luttes rebelles contre le régime militaire. Les conflits entre les différents groupes rebelles, combinés à l'instabilité du pays, ont poussé de plus en plus de réfugiés Beta Israel à fuir l'Éthiopie via le Soudan, dès le début de l'année 1978. "Nous avons observé cette conjoncture de problèmes politiques, écologiques et économiques qui a poussé les Beta Israel à quitter le pays, sous la direction d'activistes communautaires", explique Abbink. Comme le montre le début du film, le voyage à travers les déserts de la Corne de l'Afrique pour atteindre les camps de réfugiés au Soudan était souvent dangereux, mais c'était un risque jugé valable par les Juifs éthiopiens qui craignaient pour leur vie. Comme des millions de personnes, ils ont tenté de fuir vers le Soudan voisin, où après des semaines de marche et des centaines de kilomètres à travers le désert, ils ont trouvé refuge dans des camps comme Gedaref ou Kassala, entre autres. Une estimation suggère qu'environ 4 000 des 20 000 Beta Israel qui ont entrepris le voyage du nord de l'Éthiopie vers le Soudan sont morts en cours de route, avant d’avoir pu être évacués, soulignant la tragédie humaine de cet exode.

L'Opération Brothers : Un Hôtel comme Couverture pour un Sauvetage Audacieux

L'implication d'agents israéliens dans les opérations de sauvetage de réfugiés trouve ses racines dans un appel à l'aide de la communauté éthiopienne elle-même. "Initialement, les autorités israéliennes ont été contactées par des activistes éthiopiens Beta Israel leur demandant s'ils pouvaient aider. Il y avait clairement une demande," précise Jon Abbink. L'un de ces activistes fut Farede Yazazao Aklum, qui a inspiré le personnage interprété par Michael K. Williams dans le film. Après avoir fui sa maison dans le Tigré, au nord de l'Éthiopie, et parcouru les épuisantes 300 miles jusqu'à Khartoum, au Soudan, Aklum a écrit une lettre qui a incité le Premier ministre israélien Menachem Begin à confier aux agents du Mossad la mission de secourir les Beta Israel.

C'est dans ce contexte que, en 1981, des agents du Mossad ont exploré la côte soudanaise et ont trouvé quinze villas en bord de mer, abandonnées une décennie plus tôt. Niché sur les rives de la mer Rouge et doté de pittoresques récifs coralliens, le complexe hôtelier, l'Arous Holiday Village, a fourni une couverture aux agents pour transporter clandestinement les réfugiés Beta Israel vers des bateaux qui les emmèneraient en Israël. Dans la péninsule du Sinaï, sous couvert d’une société-écran suisse, le Mossad a acquis cet hôtel abandonné, le Red Sea Diving Resort, qui allait servir de couverture et de plateforme pour l’exfiltration par mer de ces milliers de civils. Le plan audacieux de rénover cet hôtel abandonné, à huit heures de route de la capitale Khartoum, et de l'utiliser comme couverture pour faire passer en contrebande des Juifs éthiopiens des camps de réfugiés vers Israël via des bateaux, fut l'œuvre des agents du Mossad. Les officiers israéliens ont initialement réagi avec scepticisme à cette proposition, mais ont décidé de confier la planification de l'opération et le recrutement d'autres agents du Mossad du monde entier à l'équipe.

Comme le montre le film, la Sudanese International Tourist Corporation croyait réellement louer le complexe à des gérants d'hôtel et des passionnés de plongée, qui étaient tous en fait des agents israéliens sous couverture. De vrais touristes insoupçonnables, principalement européens, venaient séjourner au complexe, attirés par des brochures vantant des "vues à couper le souffle du ciel, embrasé de millions d'étoiles" et "une abondance de poissons exotiques" dans des "eaux exceptionnellement claires." Des brochures distribuées dans les agences de voyages européennes mettaient l'accent sur les liaisons aériennes régulières de Londres, Paris et Rome vers Khartoum, ainsi que sur les températures chaudes et les agréables brises marines.

Yola Reitman, une agente israélienne responsable de la gestion de l'hôtel, dont le rôle est reflété par le personnage de Haley Bennett dans le film, a déclaré dans une interview vidéo pour un making-of du film : "Cette opération était tellement gratifiante, car vous sauviez des centaines de personnes d'un très mauvais sort." À l'époque, Jon Abbink étudiait la communauté Beta Israel en Israël et était au courant de l'opération qui se déroulait à l'Arous Holiday Village, déclarant : "Bien sûr, je suis resté silencieux pour ne rien mettre en péril." On estime à environ 7 000 le nombre de Juifs éthiopiens qui ont pu être sauvés au cours de cette opération qui s’est étalée sur trois ans. Selon Abbink, environ 8 000 individus Beta Israel ont fui vers Israël via le Soudan avec l'aide du personnel du complexe israélien, ce qui en a fait l'opération la plus vaste de son temps. Plus de trois décennies plus tard, on sait désormais que la réalité de cet épisode fut moins glorieuse qu’il n’y paraît, notamment en raison des 1 500 personnes qui périrent dans les camps soudanais avant d’être secourues. Fait notable pour la petite histoire, durant sa période d’exploitation par les agents du Mossad, le Red Sea Diving Resort dégagea, contre toute attente, des bénéfices importants.

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Les opérations de sauvetage du Mossad ne se sont pas limitées à l'Opération Brothers. Plus tôt dans les années 1970, de plus petits nombres de Juifs éthiopiens avaient été transportés en sécurité par avion depuis Khartoum et accueillis en Israël. Des opérations plus importantes menées par le Mossad, notamment l'Opération Moïse (1984-1985) et l'Opération Salomon (1991), ont été responsables de l'arrivée d'environ 90 000 membres de la communauté en Israël à la fin des années 1990. Daniel Sahalo, qui a fui l'Éthiopie via le Soudan pour Israël avec sa famille dans le cadre de l'Opération Moïse, a déclaré dans une interview vidéo : "Il y avait juste une rumeur selon laquelle nous devions nous rendre au Soudan et de là, nous pourrions obtenir de l'aide." Sahalo a travaillé comme consultant historique sur "The Red Sea Diving Resort," affirmant que le film était important à raconter aux générations futures car "ces gens ont risqué leur vie chaque jour pendant près de trois ans." Abbink souligne : "Dans le cas des Beta Israel, c'était le seul exemple où un autre pays était prêt et capable d'aider les gens, et d'adopter les gens. Beaucoup d'autres réfugiés sont restés, et sont toujours au Soudan, parce qu'aucun pays n'est vraiment prêt à les accueillir. Mais le gouvernement israélien s'est engagé à accueillir leur peuple."

Au-delà de la Fiction : Réalités, Critiques et la Narrativité "White Savior"

La perception du film "The Red Sea Diving Resort" a suscité un débat important, particulièrement en Israël, où la question de la représentation de l'histoire et de l'intégration des Juifs éthiopiens est sensible. Le 28 juillet, le journal israélien Haaretz a publié un article intitulé "The real heroes of the ‘Red Sea Diving Resort’ rescue" ("Les véritables héros du sauvetage du ‘Red Sea Diving Resort’"), qui donne le ton des critiques. Naftali Aklum, un Israélien d'origine éthiopienne œuvrant pour une meilleure compréhension de l'histoire de sa communauté, y donne son avis sur la réelle mission de ce long-métrage. "Je ne veux pas que les gens se disent ‘Oh, le gouvernement israélien a sauvé les Juifs éthiopiens’, parce que ce n’est pas vrai," a-t-il déclaré, soulignant un problème de double nature : la méconnaissance de leur propre passé par les Juifs éthiopiens, et le manque d'acceptation et d'intégration de leur histoire par la société israélienne dans laquelle ils vivent.

Cette perspective met en lumière la controverse entourant la focalisation du film sur les agents du Mossad, souvent perçus comme des "sauveurs blancs", au détriment de l'agence et de la souffrance des réfugiés éthiopiens eux-mêmes. Le réalisateur Gideon Raff, bien qu'ayant affirmé son intention d'honorer la communauté et de la représenter comme des "vrais partenaires" de l'opération, n'a pas échappé à ces critiques. Ben Sales du Times of Israel ironise que "Bien sûr, la vision de Chris Evans torse nu sur une plage est bien plus attrayante que des conversations anxieuses, faites la nuit et en Amharic [langue parlée par les juifs éthiopiens]," résumant ainsi le sentiment que le film privilégie le spectaculaire de l'espionnage sur la profondeur humaine et culturelle du vécu des réfugiés. Cette approche, selon certains, réduit la complexité de leur périple à un arrière-plan pour une histoire d'action.

Pourtant, Gideon Raff a insisté sur le message plus large de son film : "C’est un beau message. L’histoire de la diaspora juive est réellement importante à notre époque. L’idée de deux communautés, très différentes, qui s’unissent m’a beaucoup ému. Les Éthiopiens étaient aussi actifs dans leur propre sauvetage que l’était le Mossad. C’est l’histoire d’une mission folle, presque impossible, qui finalement a réussi. (…) Mon film n’est en aucun cas un documentaire, mais c’est un film inspiré par la vérité. Je me sentais responsable de bien raconter cette histoire et d’honorer cette communauté." Cette déclaration reflète la tension entre la fidélité historique et les exigences de la narration cinématographique. Le besoin de faire un film commercialement viable, avec des vedettes internationales, peut parfois compromettre la nuance et la représentation fidèle de toutes les facettes d'un événement complexe.

L'Intégration Complexe de la Communauté Éthiopienne en Israël : Une Histoire en Cours

L'arrivée des Juifs éthiopiens en Israël s'inscrit dans le cadre de la Loi du Retour, votée en 1950 par l'assemblée israélienne, qui stipule que tout Juif est libre de venir et de s'installer en Israël. Cette loi renoue avec l'idéal sioniste, fondé sur la volonté de créer un État juif. C'est à la fin du XIXe siècle que la pensée politique du sionisme apparaît en Europe, notamment sous l'impulsion de Theodor Herzl. Frappé par l'antisémitisme palpable lors de l'affaire Dreyfus en France, Herzl publie en 1895 "Der Judenstaat", plaidant pour la création d'un refuge étatique pour la diaspora juive européenne. Cependant, l'application de cette "Loi du Retour" a posé des questions fondamentales, dont la plus importante est : "Comment définir qui est juif ?" Les critères ont évolué au fil du temps, et dans le cas de la diaspora éthiopienne, la judaïté des immigrants a été au cœur de nombreuses discussions.

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Les avis ont divergé considérablement concernant l'appartenance de cette communauté au peuple juif. Historiquement, les Falashas (nom donné aux membres de cette communauté) n'étaient pas toujours considérés comme juifs par la loi juive, notamment en raison de conversions à la chrétienté au cours des XIXe et XXe siècles, même si, dans la plupart des cas, ces conversions n’avaient pas eu lieu de manière formelle. En 2002, le rabbin sépharade Ovadia Yosef a décidé qu’ils s’étaient convertis par peur et à cause des persécutions. Quelques années plus tard, un autre rabbin, Shlomo Amar, a conclu que les Falashas étaient, "sans aucun doute", des Juifs. Néanmoins, tout Juif d’Éthiopie immigrant en Israël doit passer par un processus de conversion formelle au judaïsme, et même ceux s’étant convertis ainsi font parfois face à des persécutions religieuses au sein de l’État juif.

Ainsi, la situation des Éthiopiens immigrés en Israël est complexe. D'autres vagues d'immigration ont suivi, et on estime qu'aujourd'hui, environ 135 500 Israéliens d'origine éthiopienne vivent au sein de l’État hébreu. Leur intégration semble incomplète comparée à l’intégration d’autres immigrants. Les olim, nouveaux immigrés en Israël, se trouvent en général intégrés assez rapidement, mais les Juifs éthiopiens, bien que parfois immigrés depuis plusieurs décennies, connaissent une situation bien plus critique que celle des autres Juifs israéliens. Si certaines avancées se produisent, les immigrés d’Éthiopie gagnent en moyenne moins, sont plus nombreux à vivre sous le seuil de pauvreté, et font face à des discriminations systémiques.

Ce contexte a conduit à des questionnements sur les efforts réels faits pour intégrer cette communauté. En juillet 2019, la mort de Solomon Tekah, 18 ans, tué par un policier, a déclenché une vive protestation dans tout le pays. Cette révolte, causée par cette perte tragique, a eu pour objectif de montrer à quel point le racisme était présent au quotidien dans la société israélienne. Ce n'était pas la première fois qu'une action policière conduisait à de telles réactions ; en 2015, la vidéo d’un jeune soldat aux origines éthiopiennes, battu par un policier, avait mené à d’importantes manifestations. Dans les deux cas, un fort sentiment d’injustice face à des traitements jugés racistes s'est manifesté. Sharon Abraham-Weiss, directrice exécutive de l’Association pour les droits civils en Israël, a déclaré au journal Haaretz : "Les statistiques montrent que, en Israël comme aux États-Unis, les personnes ayant une couleur de peau noire ont plus de risques de voir leurs droits violés. Par exemple, en Israël, si vous êtes un mineur noir, vous avez quatre fois plus de chances de finir en prison qu’un semblable blanc."

Bien sûr, cette vision mérite d’être nuancée. Dans l’un de ses articles, le Jerusalem Post a présenté, chiffres à l’appui, certains progrès pouvant être constatés dans la situation des Éthiopiens en Israël. Michal Avera Samuel, directrice de l’ONG Fidel, y déclare : "Nous voyons les premiers signes de changements ; bien sûr, il y a de l’espoir. Notre situation tend à s’améliorer, par bien des aspects ; en termes du nombre d’élèves obtenant des diplômes de fin d’études, d’étudiants entrant dans l’éducation supérieure, de soldats de notre communauté entrant dans les unités d’élite de l’armée israélienne, et bien d’autres choses encore." Elle ajoute toutefois que des progrès considérables sont encore à faire. "Beaucoup de gens, au sein de la société israélienne, perçoivent les Israéliens éthiopiens comme noirs, violents, faibles et primitifs," déplore-t-elle. "Il faut que la société israélienne considère la communauté éthiopienne comme une part d’elle-même ; autrement, les choses ne changeront pas."

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