La dynamique des trombes marines en Méditerranée
Le naufrage du superyacht Bayesian, survenu dans la nuit du 18 au 19 août 2024 au large de Porticello, en Sicile, soulève des questions fondamentales sur l’interaction entre les structures navales de grande plaisance et les phénomènes météorologiques extrêmes. Le voilier de luxe de 56 mètres, baptisé le Bayesian, aurait été renversé par une trombe marine, un phénomène qui, selon certains experts, pourrait devenir de plus en plus fréquent dans les régions dont les eaux connaissent un réchauffement particulièrement rapide, comme la Méditerranée.
Une trombe marine est une tornade qui se forme au-dessus d’une étendue d’eau. « La tornade n’a que faire du type de surface qu’elle survole », explique David Sills, directeur exécutif du Northern Tornadoes Project dans l’Ontario, au Canada. Si plus haut, du vent souffle dans une autre direction, « l’air qui se trouve entre ces deux niveaux de vent se met à tourner autour de l’axe horizontal ». L’air chaud situé en dessous s’élève et « dans ce processus, ces parcelles d’air en rotation sont également soulevées et étirées, et peuvent se concentrer à la surface de l’eau, créant ainsi un tourbillon », poursuit le BOM. L’air est alors aspiré vers le haut et la rotation s’intensifie, comme lorsque l’on enlève le bouchon de la baignoire, explique Innes : « l’eau qui s’écoule dans le trou d'évacuation se met à tourner très intensément parce qu’elle est aspirée vers le bas ». Le processus peut être comparé aux méthodes des patineurs artistiques, ajoute Sills : « Lorsqu’ils ramènent leurs bras contre leur corps, leur vitesse de rotation augmente. »
Bien que le vent associé aux trombes puisse atteindre les 90 kilomètres par heure, elles se déplacent généralement à moins de 40 kilomètres par heure, sont de courte durée et ne causent pas beaucoup de dégâts. « De manière générale, elles ne restent sur un point donné que pendant quelques minutes », précise le BOM.
Vulnérabilités structurelles et stabilité navale
Lorsqu’il a coulé, le Bayesian était amarré pour la nuit. « Ces voiliers sont dotés d’une grande et lourde quille qui permet de les attirer vers le haut lorsqu’ils commencent à basculer », décrit Sills. Cependant, le voilier n'était pas conçu pour résister aux vents qui soufflaient le jour du drame, selon un rapport d'enquête publié jeudi 15 mai. Les premiers examens réalisés « montrent que le Bayesian pouvait être vulnérable à des vents forts », conclut dans un rapport intermédiaire rendu public par le MAIB, l'organisme britannique chargé des enquêtes sur les incidents graves en mer.
Ces « vulnérabilités » n'étaient pas mentionnées dans le livret d'information relatif à la stabilité du navire. Des expertises sur la stabilité du Bayesian ont ainsi montré que lorsqu'il naviguait au moteur et dérive relevée, comme c'était le cas cette nuit-là du fait des conditions météorologiques dégradées, il ne pouvait pas se pencher au-delà d'un angle de 70 degrés, sous peine de chavirer. « Une fois que le yacht s'est incliné au-delà d'un angle de 70°, la situation était irrécupérable », a dit Andrew Moll, le chef de l'organisme d'enquêtes. Selon les relevés météos, le vent a soufflé à plus de 70 nœuds (130 km/heure), renversant le navire, qui a ensuite pris l'eau et coulé.
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Il n'y avait aucun signe d'inondation à l'intérieur du Bayesian jusqu'à ce que l'eau entre par les rails de tribord et, en quelques secondes, pénètre dans les espaces intérieurs par les cages d'escalier. Si de l’eau pénètre dans l’embarcation, cette dernière peut bel et bien perdre sa flottabilité. « Une fois le bateau renversé, l’eau et les vagues peuvent s’infiltrer par les portes ouvertes. Il commence alors à prendre l’eau, puis se met à couler. » Sont également dangereux pour les bateaux les changements rapides dans la force et la direction du vent, selon Innes, qui peuvent les faire « se balancer très violemment d’avant en arrière ».
Conditions environnementales et changement climatique
La Méditerranée se réchauffe plus rapidement que le reste de notre planète. Une étude a révélé que, au large des îles Baléares, en Espagne, les trombes d’eau sont plus fréquentes lorsque les températures de surface de la mer sont plus élevées, notamment entre 23 et 26 °C. Cette année, « la Méditerranée [dépasse de plus de 2,5 °C] sa température moyenne », ce qui, selon Mercalli, constitue une « anomalie considérée comme "extrême" ». Ces eaux inhabituellement chaudes pourraient être la conséquence à la fois du changement climatique et de la variabilité annuelle des températures.
Certains scientifiques craignent que le changement climatique ne provoque à terme une augmentation du nombre de tornades, aussi bien sur l’eau que sur la terre ferme. « Le réchauffement climatique augmentera tous les événements météorologiques extrêmes, car il injecte davantage d’énergie dans l’atmosphère », prédit Mercalli. Toutefois, les experts évitent de confirmer un lien certain. « Les trombes d’eau sont des phénomènes de très courte durée et d’échelle locale, et il est donc difficile de les attribuer aux effets du changement climatique », explique le BOM.
La formation de trombes ne peut avoir lieu qu'en cas de différence de température entre l’air et la mer. Si l’air se réchauffe au même rythme que les masses d’eau, il est donc peu probable que l’on assiste à une augmentation du nombre de trombes, explique Sills. De basses pressions sont également nécessaires. « Même quand l’eau est très chaude, si la pression est élevée au-dessus de la Méditerranée, il n’y aura pas d’orage », selon Inness. « Il n’y aura donc pas de trombe marine. » La direction du vent a également son rôle à jouer : dans cette région, l’air humide en provenance du nord est en effet plus susceptible de provoquer des orages que les vents secs qui viennent d’Afrique du Nord. En outre, du fait du manque de données historiques, il n’est pas possible de confirmer que le nombre de trombes marines connaît réellement une augmentation.
Déroulement du drame et opérations de secours
Le luxueux voilier Bayesian de 56 mètres de long avait sombré en quelques minutes dans la nuit du 19 août 2024 au large de Porticello, après le passage soudain de ce qui a été décrit comme une mini-tornade. Le navire stationnait à environ 700 mètres du port de Porticello lorsqu’il a été touché. Quinze personnes ont été secourues - dont un bébé avec sa mère - et sept ont péri, dont quatre Britanniques. Il s'agissait de l'homme d'affaires Mike Lynch, 59 ans, surnommé le "Bill Gates britannique", de sa fille Hannah, 18 ans, ainsi que de Jonathan Bloomer, le président âgé de 70 ans de la banque Morgan Stanley International, et de sa femme Judy Bloomer, 71 ans. Les autres victimes sont l'avocat américain Chris Morvillo, son épouse Neda Morvillo, et le chef cuisinier Recaldo Thomas.
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Au fur et à mesure que la tempête s'intensifiait, l'équipage a tenté de réagir. Un matelot est monté sur le pont pour fermer les fenêtres du yacht, avant d'être « projeté à la mer ». Cinq personnes, dont le capitaine et Mike Lynch lui-même, ont été blessées soit en tombant, soit par des objets qui leur sont tombés dessus. Le second capitaine du voilier est parvenu à retrouver l'homme d'affaires et l'a « poussé à travers les eaux en cascade » pour l'amener jusqu'au capitaine, en évacuant au passage deux autres invités.
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