L'Épopée des Trois-Mâts Russes : Histoire, Caractéristiques et Emblèmes Maritimes

La riche histoire maritime a été jalonnée par la magnificence des voiliers, ces géants des mers qui ont façonné le commerce, l'exploration et la défense navale à travers les siècles. Parmi eux, le trois-mâts occupe une place particulière, symbolisant l'apogée de la navigation à voile et persistant aujourd'hui comme un témoignage vivant d'un héritage inestimable. L'étude de l'Univers des Voiliers, documentée par John Batchelor & Chris Chant et adaptée en français par Florence Herbulot, couvre une période vaste, allant de 2000 av. J.-C. jusqu'à 2006, offrant une perspective précieuse sur l'évolution de ces navires. Au sein de cette tradition, les voiliers russes trois-mâts représentent une lignée distincte, conjuguant histoire impériale et modernité éducative, tout en naviguant parfois au cœur de sensibilités géopolitiques contemporaines.

Le Shtandart : Un Témoin de l'Héritage Tsariste et un Symbole Controversé

Au cœur de la tradition maritime russe moderne, le Shtandart se distingue comme une réplique de la frégate du tsar Pierre Le Grand. Ce trois-mâts russe de près de 35 m de long n'est pas seulement la réplique du vaisseau amiral du tsar Pierre Le Grand, qui régnait au XVIIIe siècle, mais il est aussi le seul vieux gréement russe autorisé à naviguer en France. Cette particularité se manifeste malgré les sanctions européennes décidées lors de l’invasion de l’Ukraine, qui ont interdit à « tous les navires russes » d’accéder aux ports du Vieux Continent.

Le Shtandart, un voilier emblématique, a fait escale dans divers ports français, tel que le port de Paimpol le lundi 7 août 2023, lors de la clôture du festival du Chant de marin. Cependant, sa présence commence à embarrasser les autorités françaises et à agacer ses protecteurs de La Rochelle (Charente-Maritime), son port d’attache, en raison du contexte politique actuel. Cette situation met en lumière la complexité de maintenir des liens culturels et historiques maritimes dans un paysage international tendu.

La Flotte Moderne Russe : Les Navires-Écoles de la Classe Mir

La Russie contemporaine maintient une flotte impressionnante de grands voiliers, dont plusieurs trois-mâts jouent un rôle crucial dans la formation maritime. Parmi les plus notables figure la série de navires construits par les chantiers de Gdansk, en Pologne, entre 1987 et 1990. Au total, cinq navires furent construits pour l'URSS. Lors du démantèlement de l'URSS, la Russie a gardé le Mir, qui est resté en Europe, tandis que Pallada et Nadezhda naviguent dans le Pacifique.

Le Mir, qui signifie « paix » en russe, est le deuxième grand voilier de cette série. Ce navire est utilisé comme navire-école, incarnant la tradition de l'instruction maritime. Il peut embarquer 144 cadets et son équipage comprend 40 membres. Le Mir est un habitué des rassemblements internationaux, fréquentant assidûment les Armadas de Rouen et participant à de nombreuses épreuves prestigieuses. Sa présence a été remarquée à Bordeaux en octobre 2017, où il a réalisé sa première escale, ouvrant ses ponts aux visites et attirant de nombreux Bordelais. Il a également fait escale au Havre en 2017.

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Les caractéristiques du Mir sont distinctives. Sa coque est blanche, rehaussée par deux lignes de hublots et une large bande bleue longitudinale, interrompue à l'étrave et à l'arrière. Ses superstructures sont assez importantes, notamment le rouf et la timonerie situés à l'arrière. L'avant du navire présente une étrave à guibre et un beaupré en une seule partie, dépourvu de figure de proue et de gaillard d'avant. L'arrière est typique de sa série : un tableau arrière rectangulaire, large et vertical, surplombant une voûte de forme particulière, en V. Ce tableau est percé de quatre hublots carrés. Construit dans les chantiers de Gdańsk en 1987 et revêtu de bois, le Mir est l'œuvre de l'architecte naval polonais Zygmunt Choren, dont il est l'un des navires jumeaux ou sister-ships. Avec une longueur de plusieurs dizaines de mètres et une largeur de 14 mètres, il compte une voilure de 2 785 m² réparties en 28 voiles, le rendant deux fois plus grand que certains de ses homologues comparables.

Les deux autres grands voiliers russes, Pallada et Nadezhda, sont les sister-ships de Mir, lancés en 1988. Le nom de Pallada viendrait de la déesse grecque Pallas Athena, bien que cela reste à vérifier. Le bateau est noir, avec une large bande longitudinale blanche à faux sabords, à la manière de Kruzenshtern, du moins sur des photos vues sur internet, notamment sur Wikipédia. Nadezhda, quant à lui, signifie espoir en russe et est également un prénom féminin. Le voilier Nadezhda serait, toujours selon Wikipédia, peint en blanc et ressemblerait donc au Dar Mlodziedzy. Ces navires jouent un rôle essentiel en tant que navires-écoles, perpétuant la tradition maritime russe.

Comprendre les Trois-Mâts : Typologies et Anatomie

Pour apprécier pleinement la sophistication des voiliers russes, il est essentiel de comprendre la diversité des gréements à trois mâts. Un grand voilier est généralement défini comme un monocoque mesurant au moins 30 pieds (9,14 m) de longueur de coque. Les trois-mâts sont caractérisés par la présence d'un mât de misaine à l'avant, d'un grand mât central et d'un mât d’artimon situé à l’arrière. La configuration des voiles sur ces mâts détermine leur classification :

  • Trois-mâts carrés (Fully rigged ship) : Ces navires portent des voiles carrées sur les trois mâts. C'est le type de gréement le plus puissant et le plus ancien pour les grands navires, offrant une grande portance par vent arrière.
  • Trois-mâts barques (Bark) : Les trois-mâts barques sont caractérisés par des voiles carrées sur le mât de misaine et le grand mât, tandis que le mât d’artimon porte des voiles auriques (voiles trapézoïdales ou triangulaires disposées dans l'axe longitudinal du navire). Ce gréement offrait un bon compromis entre la puissance des voiles carrées et la maniabilité des voiles auriques. Le Belem est un exemple célèbre de trois-mâts barque français, tout comme Le Français. Le Kaskelot, lancé au Danemark en 1948, était également de ce type.
  • Trois-mâts goélette (Schooner barque) : Dans cette configuration, le mât de misaine porte des voiles carrées, tandis que le grand mât et le mât d’artimon sont gréés en voiles auriques ou goélette.
  • Goélettes à trois mâts ou Trois Mâts goélette à hunier (Three-masted schooner) : Ce type de navire est gréé exclusivement de voiles auriques ou de goélette sur les trois mâts, offrant une excellente maniabilité et la capacité de remonter au vent. Cependant, il est possible qu'un ou plusieurs mâts portent également des huniers, de petites voiles carrées situées au-dessus des voiles auriques pour des performances accrues par vent arrière.

Ces distinctions techniques ont joué un rôle fondamental dans l'évolution des performances et des usages des navires à voile à travers l'histoire.

Un Voyage à Travers l'Histoire des Grands Voiliers

L'histoire des voiliers, et en particulier des trois-mâts, est une vaste fresque qui s'étend des premières caravelles de la Renaissance aux imposants clippers du XIXe siècle, en passant par les galions et les vaisseaux de ligne.

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Dès le Moyen-âge et la Renaissance, les navires ont commencé à se développer pour des voyages plus longs et des capacités de transport accrues. La caravelle Santa Maria, navire amiral de Christophe Colomb, a marqué l'histoire maritime, probablement en 1492, en étant au cœur des grandes découvertes. Plus tard, le Galion de l’Invincible Armada de 1588, était caractérisé par des navires plus grands, bien construits, bien armés, quoique moins agiles que les meilleurs navires anglais de l'époque. D'autres galions notables incluent le Nuestra Señora de la Conception, le Hoorn en 1615, et l'Evendracht.

Le XVIIe siècle a vu l'émergence de navires plus spécialisés comme le Vasa ou Wasa, lancé en 1628, qui était un jacht de guerre et un grand navire porte-dépêches. Le Heemskerck est un autre exemple de cette période. Des vaisseaux de ligne de troisième rang, comme le HMS Sussex avec ses 80 canons, ont défini la puissance navale au XVIIIe siècle. La polyvalence des gréements à trois mâts était évidente dans des navires comme le Galion/Galère à gréement carré sur 3 mâts Whydah, autrefois un négrier, adapté aux cargaisons en vrac, notamment le bois. Le yacht à phare carré Caroline et le Skerry Boat, navire côtier de patrouille et de défense, illustrent la diversité des usages.

Le XVIIIe siècle fut également une période d'exploration intense, avec des trois-mâts barques tels que le HMS Endeavour et le HMS Resolution, ce dernier célèbre pour les expéditions de Cook en 1775. Le sloop de Guerre à phare carré Ranger, navire de John Paul Jones, et le célèbre Bounty, initialement un brigantin, ont marqué les annales de la navigation. Le Queen Ann’s Revenge, anciennement Concorde, est un autre exemple d'un brigantin transformé. Le HMS Discovery, en service entre 1770 et 1810, a contribué à l'exploration scientifique.

Le XIXe siècle a été l'âge d'or des grands voiliers, avec des navires tels que l'USS Essex et l'USS Constitution, qui se sont illustrés lors de la guerre de 1812, notamment lors des affrontements entre le Chesapeake et le Shannon. Le HMS Victory, célèbre vaisseau de ligne, et le Beagle, qui a emmené Charles Darwin en voyage en 1833, sont des icônes anglaises. Des navires tels que le Dunbrody (1847), le Vicar of Bray (1849), le Jhelum (1849), le Sobraon (1866) et le Wavertree (1910) sont des exemples de la construction navale du XIXe et du début du XXe siècle. Le Challenge (1851), plus tard connu sous le nom de Golden City, et le Snow Squall (1863) ont également marqué leur époque. Le Cutty Sark, lancé en 1870, est un clipper américain devenu légendaire pour sa vitesse.

Le début du XXe siècle a vu l'apparition de navires tels que l'Europa (1898), le Lougre du Yorshire (1900) et l'Atlantic (1905), un autre célèbre voilier américain. Des navires comme le Mercator (1931), le Gorch Fock (1933) d'Allemagne, et l'Amerigo Vespucci (1931) d'Italie, continuent à naviguer, souvent comme navires-écoles. Le Eagle, lancé en 1936 sous le nom allemand Horst Wessel, a été attribué à l’US Coast Guard en 1980. Le Sagres II, un trois-mâts barque école lancé en Allemagne en 1937, a été vendu au Brésil en 1948, puis a navigué sous pavillon portugais depuis 1961. D'autres, comme le Cap Pilar (France, 1937), le Sir Winston Churchill (1967) et le Malcolm Miller (1967) du Royaume-Uni, témoignent de la persistance de cette tradition. Le HMS Rose, lancé en 1970 au Royaume-Uni, est également un exemple moderne de trois-mâts.

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Les Trois-Mâts Emblématiques du Monde et Leur Présence Festive

Aujourd'hui, les grands voiliers, qu'ils soient trois-mâts carrés, barques ou goélettes, continuent de fasciner et de rassembler les foules. De nombreux ports, comme Cannes, Cherbourg, Douarnenez, Rouen, Saint-Malo et Toulon, sont des étapes régulières des Tall Ships’Races et d'autres festivals maritimes, comme en 2007.

Le trois-mâts barque Le Français est l’un des derniers grands voiliers de tradition en Europe. Type : Trois-mâts barque. Année de construction : 1948. Racheté en 2018 par quatre passionnés, une nouvelle vie a commencé en hommage à Jean-Baptiste Charcot pour ce navire lancé par le chantier naval J. Après plus de 50 ans de bons et loyaux services, Le Français a subi une réelle cure de jouvence. De 2013 à 2018, il a retrouvé son authenticité grâce à l’intervention de plus de 90 professionnels de la marine : architectes navals, charpentiers de marine, ébénistes, gréeurs, mateloteurs, maîtres voilier, mécaniciens, soudeurs, hydrauliciens, électroniciens. Avec cette restauration complète, Le Français est aujourd’hui l’un des navires de tradition les plus modernes, comprenant toutes les dernières technologies, équipements et instruments de navigation. Ses matériaux comprennent une coque et un pont en acier, le pont étant recouvert de bois. Ses mâts, en acier, sont formés chacun d'un seul tube rétreint.

Le Kaskelot, lancé au Danemark en 1948 sous le nom de « cachalot » en danois, avait pour mission de ravitailler et de transporter des marchandises de la côte Est du Groenland au Danemark. Malgré une ligne très fine, le navire est robuste et sa double coque en chêne lui permettait de se mesurer aux glaces de l'Atlantique Nord. En 1968, son port d’attache est devenu Nuuk, capitale du Groenland, et il a pris successivement le nom d’Arctic Explorer puis de Sanna Maria, devenant alors un bateau d’assistance pour la pêche aux îles Féroé.

L'Hermione, ce navire français, est un symbole de la liberté. Ce trois-mâts de 66 mètres de long est une réplique de la frégate coulée en 1793. Elle a fait escale en 2018 à Bordeaux, quatre ans après son lancement, venant mouiller au Port de la Lune. L'incontournable Belem, présent à presque chaque édition de Bordeaux Fête le Vin, fait également partie des plus grands voiliers du monde avec ses 59 mètres de long. Ce trois mâts français, construit à Chantenay sur Loire, est l’un des plus anciens navires européens toujours en navigation. Le Belem est aujourd’hui classé monument historique.

L'INS Tarangini, construit en 1995, est un voilier-école qui mouille généralement à Cochin, en Inde. Ce grand voilier de classe A et de 53 mètres de long est le premier navire indien à avoir fait le tour du monde. En 2018, lors de sa venue à Bordeaux, son palmarès était déjà impressionnant avec plus de 2 100 jours passés en mer et 74 ports visités dans 39 pays.

Des répliques impressionnantes continuent de sillonner les mers, comme El Galeón, célèbre réplique des galions des flottes espagnoles, mesurant 51 mètres de long. Il est célèbre pour la fausse rumeur selon laquelle il aurait tourné dans la série de films Pirates des Caraïbes, cette dernière ayant été démentie par l'équipage. De son côté, le Thalassa, avec ses 50 mètres de long, est surtout connu pour son histoire originale.

Un trois-mâts barque d’origine française a marqué 2003, tandis qu'en 2007 pour 3 ans, l’ancien navire école suédois La Duchesse Anne est passé sous pavillon français, suivi en 2018 par un trois-mâts goélette d’origine française.

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