L'histoire de la formation des officiers au sein de la Marine nationale française est marquée par une évolution constante des méthodes pédagogiques, oscillant entre la modernité technologique et la sagesse traditionnelle de la navigation. En 1930, l'Ecole Navale se sépare de son dernier voilier-école, Le Borda. On considère alors que la formation des élèves officiers doit être faite sur des navires à moteur, une décision qui reflète l'optimisme industriel de l'entre-deux-guerres, privilégiant la puissance mécanique à la maîtrise des éléments naturels. Cependant, cette rupture avec la marine à voile ne fait pas l'unanimité. Certains le regrettent et pensent que la navigation à la voile est la meilleure méthode pour apprendre à connaître la mer, soulignant qu'une intuition fine des courants et des vents reste indispensable à tout marin digne de ce nom.
Pour pallier ce manque, le choix du modèle retenu sera celui des goélettes morutières de Paimpol, réputées pour leur robustesse et leur excellente tenue en mer. La construction sera confiée aux Chantiers Navals de Fécamp, spécialisés dans la construction de goélettes de pêche, capables d'affronter les conditions rudes de l'Atlantique Nord. Dans une quête de précision technique, bien qu'initialement prévues avec un double hunier, les goélettes seront finalement gréées avec un seul hunier à rouleau, une configuration offrant une manœuvrabilité optimale pour des besoins d'entraînement intensif. Ces navires, baptisés la Belle Poule et l'Étoile, allaient devenir des emblèmes indissociables de la formation des futurs cadres de la Marine.
L'épreuve du feu et l'engagement historique
L'histoire de ces deux goélettes est intimement liée aux soubresauts du XXe siècle. En juin 1940, la Belle Poule et l'Étoile rejoignent les Forces Françaises Navales Libres en Angleterre, marquant leur engagement précoce dans la résistance maritime. Jusqu'en avril 1944, la Belle Poule et l'Étoile navigueront alternativement et seront peintes en gris pour échapper à la vigilance ennemie. Le 10 janvier 1941, le destin du navire manque de basculer : deux bombes incendiaires qui visaient le cuirassé Courbet tombent sur le pont de la Belle Poule. Bien que grièvement blessé, le commandant Blonsard parvient à sauver le voilier, préservant ainsi un outil de formation inestimable pour les générations futures.
Au sortir du conflit, le retour à la normale est difficile. En septembre 1945, la Belle Poule et l'Étoile rentrent à Brest en piteux état. Le moteur de l'Étoile est installé sur la Belle Poule, et celle-ci recevra en 1947 un moteur de camion… allemand, illustrant les contraintes logistiques de l'après-guerre. À la mi-1947, la Belle Poule sera dotée du même moteur, stabilisant une configuration technique qui perdurera pendant de nombreuses années. Depuis, les deux sœurs jumelles assurent la formation des élèves officiers de l'Ecole Navale, perpétuant une tradition où l'effort physique et l'observation fine priment sur l'automatisation. Elles sont tellement identiques que lorsqu'elles naviguent ensemble, elles sont commandées par un seul capitaine, et leurs manœuvres sont d'une synchronisation étonnante, témoignant d'une maîtrise technique transmise de promotion en promotion. Construites sur le modèle de navires de pêche, les deux goélettes auront, jusqu'à ce jour, passé tout leur temps sous les drapeaux, prouvant la longévité exceptionnelle des structures conçues avec intelligence et rigueur artisanale.
La rade de Brest, un théâtre d'opérations et de traditions
Le paysage maritime de la rade de Brest sert régulièrement de décor aux démonstrations de force et de savoir-faire de la Marine nationale. Les activités récentes permettent de documenter cet héritage par une approche visuelle et historique. Le reportage, divisé en sept groupes de photographies, permet de saisir la diversité des manifestations organisées. Le groupe P01 a été réalisé entre le 10 et le 15 juillet et présente des voiliers naviguant dans la rade de Brest et en mer. Cette période permet d'observer la récurrence des manœuvres en milieu ouvert. Dans la continuité, le groupe P02 a été réalisé les 10, 12, et 13 juillet et illustre des voiliers naviguant dans la rade de Brest et en mer, renforçant l'idée d'une présence constante de la voile dans le paysage brestois.
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L'esthétique maritime ne se limite pas aux navires en mouvement. Le groupe P03, réalisé entre le 13 et le 15 juillet, montre le défilé sous voile de voiliers vers le cinquième bassin sous une batterie de projecteurs et au rythme d'une bande son, transformant la manœuvre navale en une véritable performance artistique. Ces événements soulignent la place de la voile dans la culture locale, où l'aspect spectaculaire rejoint la rigueur de la discipline.
Spectacles pyrotechniques et convergences historiques
La convergence des navires de différentes nations lors des fêtes maritimes à Brest crée des moments privilégiés d'observation. Le groupe P04 a été réalisé les 12 et 13 juillet et immortalise le spectacle pyrotechnique de Jacques Couturier. Les feux d’artifice au port de commerce sont vus à travers la mâture du trois-mâts carré polonais Dar Mlodziezy, du trois-mâts carré ukrainien Khersones et du Belem depuis Le Grand Large, offrant des perspectives inédites sur l'architecture navale classique.
Cet attachement à l'histoire ne concerne pas uniquement les navires. Le groupe P05, réalisé les 13 et 14 juillet, montre la prestation des reconstituants du contingent des mousquetaires de l’association suisse des Milices vaudoises, présentant des troupes à pied avec une compagnie de mousquetaires, une escouade de sapeurs et une section de tambours. Ils portent un uniforme du contingent conforme à l’ordonnance de 1819-1821. Les mousquetaires en uniforme bleu marine sont armés de mousquets à baïonnette et de sabres briquet. Les sapeurs, portant le tablier de cuir, sont équipés d’une hache, tandis que les tambours portent un uniforme bleu clair. Cette journée de la Marine nationale au parc à Chaînes est complétée par un podium pour un concert des Equipages de la Flotte et du bagad de Lann Bihoué, ainsi qu'un défilé en costumes et uniformes anciens de la Marine, renforçant le lien entre le passé et le présent.
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