Le voilier Ikone d'occasion : Analyse technique, héritage d'Espace Vag et perspectives de renaissance du catboat breton

L'univers de la voile légère et de la croisière côtière a été durablement marqué par une silhouette singulière, celle des voiliers Ikone. Ces unités, reconnaissables entre mille grâce à leur gréement de catboat, occupent une place de choix sur le marché de l'occasion. L'intérêt pour ces bateaux ne se dément pas, portés par une philosophie de navigation simplifiée, une stabilité reconnue et une histoire industrielle riche en rebondissements. Menacés de mort après la mise en liquidation de leur dernier constructeur en juillet 2019, le chantier concarnois Espace Vag, les voiliers Ikone devraient finalement revivre. Cette résilience témoigne de l'attachement des marins à des concepts qui privilégient le plaisir immédiat et l'ergonomie, loin des complications des gréements classiques à multiples haubans et voiles d'avant complexes.

L'Ikone 7.50 : Un fleuron technologique et ergonomique

Au cœur de la gamme, un modèle se distingue particulièrement par son équilibre entre performance et confort de vie à bord. Toujours en version Catboat, l’Ikone 7.50, grand succès de la marque, était équipé d’un bout-dehors pour pouvoir envoyer un spi. Cette caractéristique technique permet de pallier le principal point faible théorique du catboat : les allures portantes par vent faible. Le bout-dehors, souvent rétractable ou pivotant, offre la possibilité de gréer une voile de portant asymétrique qui transforme radicalement le comportement du bateau. Au zénith de la marque, on notera l’élection du modèle 7,50 comme « Bateau de l’année » en 2016. Ce titre n'était pas seulement une reconnaissance esthétique, mais validait une conception innovante où le mât, avancé et autoporté, libère un espace intérieur et un cockpit d'une dimension surprenante pour un voilier de cette taille.

L'Ikone 7.50 d'occasion est aujourd'hui une unité très recherchée. Sa capacité à offrir une croisière familiale sécurisante tout en restant manoeuvrable en solitaire en fait un produit d'exception. Le volume intérieur profite directement de l'absence de compression du mât au milieu de la cabine, une contrainte habituelle sur les voiliers à gréement sloop. Les aménagements, souvent pensés pour la vie à quatre, bénéficient d'une luminosité naturelle importante grâce à des vitrages de roof panoramiques. La structure même du bateau, issue d'une fabrication qui avait connu des hauts et des bas, repose sur des techniques d'infusion ou de contact soignées, garantissant une rigidité structurelle nécessaire pour supporter un mât sans haubans.

Caractéristiques du gréement Catboat et comportement marin

Le concept Ikone repose sur le catboat, un gréement ancestral modernisé par l'usage de matériaux contemporains comme le carbone pour le mât. L'absence de foc simplifie considérablement les virements de bord : il suffit de tourner la barre. Cette simplicité est l'argument majeur pour ceux qui cherchent un voilier Ikone d'occasion. La grand-voile, souvent à corne, offre une surface généreuse et un centre de poussée vélique optimisé. Toujours en version Catboat, l’Ikone 7.50, grand succès de la marque, était équipé d’un bout-dehors pour pouvoir envoyer un spi, ce qui confirme que la performance n'a jamais été sacrifiée sur l'autel de la simplicité.

En mer, la stabilité de forme de ces voiliers est impressionnante. Les carènes, larges et dotées de bouchains évolutifs, permettent de limiter la gîte, un point rassurant pour les équipages familiaux ou les débutants. Le mât autoporté possède une flexibilité naturelle qui encaisse les rafales, agissant comme un véritable amortisseur de puissance. Cela réduit la nécessité de réduire la voilure aussi tôt que sur un voilier traditionnel. Cependant, cette absence de haubanage impose une construction de pont et de pied de mât extrêmement robuste. Lors de l'achat d'une occasion, l'examen de la base du mât et de l'intégrité du tube en carbone est une étape cruciale pour assurer la pérennité de l'investissement.

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Les modèles compacts : Ikone 5.50, 6.00 et 6.50

La gamme Ikone ne se limite pas à son unité de 7.50 mètres. Elle s'est construite sur des modèles plus compacts qui ont défini l'ADN de la marque. Un entrepreneur de Bénodet, Philippe Goyat, a racheté aux enchères les moules des modèles 5,50 mètres, 6 mètres, 6,50 mètres et 7,50 mètres de ce mythique catboat familial. Chacun de ces modèles répond à un programme de navigation spécifique, allant de la sortie à la journée au cabotage côtier prolongé.

L'Ikone 5.50 est le modèle originel, celui par lequel le succès est arrivé. Véritable "jouet" nautique, il est particulièrement apprécié pour sa facilité de mise en œuvre. Transportable, il permet d'explorer différents plans d'eau sans les contraintes d'une place de port fixe. L'Ikone 6.00 a apporté un peu plus de volume et de stabilité, tandis que le 6.50 a marqué une étape vers la croisière plus confortable, tout en conservant la signature visuelle et technique de la marque. Ces petites unités sont rares sur le marché de la seconde main car leurs propriétaires les conservent souvent longtemps, séduits par le coût d'entretien réduit et le plaisir de navigation immédiat.

La liquidation d'Espace Vag et le sauvetage des moules

L'histoire récente de ces voiliers est marquée par une période d'incertitude majeure. Menacés de mort après la mise en liquidation de leur dernier constructeur en juillet 2019, le chantier concarnois Espace Vag, les voiliers Ikone devraient finalement revivre grâce à une initiative locale. Le chantier Espace Vag, basé à Concarneau, était le gardien de ce savoir-faire unique, mais des difficultés économiques ont conduit à l'arrêt de la production. Cette situation a créé un vide pour les amateurs de catboats modernes, mais a aussi renforcé la valeur des unités déjà en circulation.

Le sauvetage est venu d'un passionné. Entrepreneur à Bénodet et passionné de voile, Philippe Goyat a finalement racheté les moules des quatre modèles de l’Ikone. Ce rachat n'est pas seulement une transaction commerciale, c'est une sauvegarde du patrimoine maritime industriel breton. Philippe Goyat explique sa démarche avec une franchise rare : « Je voulais m’acheter un voilier. Finalement, j’ai acheté quatre moules de voilier ! ». Cette décision impromptue permet de préserver l'outillage nécessaire à la construction de nouveaux bateaux et, par extension, assure aux propriétaires actuels une forme de pérennité pour les pièces détachées et le support technique.

Une vision entrepreneuriale pour la renaissance de la marque

La reprise des moules ne signifie pas forcément que Philippe Goyat deviendra lui-même le constructeur exclusif au sens artisanal du terme. Sa vision est celle d'un facilitateur. « La production de voiliers n’est pas mon métier originel et ne le deviendra pas mais nous apportons un ensemble immédiatement réactif de financement, de comptabilité, de juridique et surtout de commercial à un ou des constructeurs intéressés par la reprise d’un ou plusieurs moules pour la fabrication. » Cette approche moderne vise à fragmenter ou à spécialiser la production pour plus d'efficacité.

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Entrepreneur à Bénodet et passionné de voile, Philippe Goyat a finalement racheté les moules des quatre modèles de l’Ikone avec une ambition claire : faire rayonner le savoir-faire breton. « Je suis breton. L’idéal serait ainsi que quatre chantiers indépendants ouvrent leur porte en Bretagne puisque je suis breton. » Cette volonté de localiser la production souligne l'importance de l'écosystème nautique de la région, où les compétences en composite et en gréement sont légion. « Je ne vous donnerai pas le prix d’achat de ces moules » prévient aimablement l’acheteur, préférant se concentrer sur l'avenir et les possibilités de partenariats.

Dynamisme du marché de l'occasion et expertise technique

Le marché du voilier Ikone d'occasion est caractérisé par une demande supérieure à l'offre. Les acheteurs potentiels recherchent avant tout la version catboat pour sa simplicité. Il est important de vérifier, lors d'une acquisition, l'état du gelcoat et l'absence d'osmose, bien que les constructions d'Espace Vag soient réputées sérieuses. Une fabrication qui avait connu des hauts et des bas impose toutefois une vigilance particulière sur les millésimes produits lors des périodes de transition du chantier.

Les points de contrôle spécifiques incluent le mécanisme du bout-dehors sur le 7.50, car l'utilisation du spi sollicite les points d'ancrage. Il convient également de vérifier le système de dérive ou de quille, selon la version (quillard ou dériveur lesté). L'Ikone est souvent utilisé pour l'échouage grâce à ses formes de carène, il faut donc inspecter le dessous de la coque pour détecter d'éventuels éclats dans le composite. Enfin, l'accastillage, bien que simple, doit être en parfait état de fonctionnement pour garantir cette promesse de navigation "sans effort" qui fait l'essence même de l'Ikone.

L'avenir industriel : Entre utopie et réalité économique

Le projet de relance porté par Philippe Goyat suscite beaucoup d'intérêt dans le milieu nautique. Et quand on demande à cet entrepreneur de Bénodet s’il ne s’agit pas d’une nouvelle utopie navale, Philippe Goyat vous répond d’un ton clair et net que « tout est possible, bien sûr. Même l’échec. ». Cette lucidité est accompagnée de signes très encourageants venant du secteur professionnel. « Mais ce que je peux déjà vous dire, c’est par exemple que le chantier IDB voisin nous a proposé un coup de main. Et que j’ai dès demain des visites pour les moules. »

Le soutien de structures reconnues comme IDB Marine montre que la communauté des chantiers bretons croit au potentiel de l'Ikone. La viabilité économique du projet semble également soutenue par le secteur financier. « Enfin et surtout, depuis quelques heures, des banques m’appellent d’elles-mêmes pour me proposer des partenariats. C’est rare ! ». Cette réaction bancaire souligne la valeur intrinsèque de la marque et des moules de l'Ikone 5.50, 6.00, 6.50 et 7.50. Pour un acheteur d'occasion, c'est un signal fort : le bateau dispose d'une cote stable et d'un futur industriel qui garantit la valeur de revente.

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Intégration de l'Ikone dans la plaisance moderne

Le voilier Ikone répond à une évolution des pratiques de plaisance. Les navigateurs actuels disposent souvent de moins de temps et recherchent des unités prêtes à partir, faciles à ranger et ne nécessitant pas un équipage de spécialistes. Le concept de catboat familial mythique s'inscrit parfaitement dans cette tendance. L'absence de haubans facilite également la circulation sur le pont, rendant le bateau plus sûr pour les enfants et les personnes moins mobiles.

La modularité de la gamme, allant de 5,50 à 7,50 mètres, permet de suivre l'évolution d'un plaisancier au cours de sa vie. Commencer par un Ikone 5.50 pour l'apprentissage et finir sur un Ikone 7.50 pour des croisières plus ambitieuses est un parcours logique. Chaque pied supplémentaire apporte un confort substantiel sans complexifier la manœuvre. L'Ikone 7.50 reste la pièce maîtresse, capable de traversées côtières sérieuses tout en offrant une esthétique moderne et épurée qui ne prend pas une ride sur le marché de l'occasion.

Aspects pratiques du gréement sans haubans

La technicité d'un voilier Ikone réside dans son apparente simplicité. Le mât est une pièce maîtresse dont l'ingénierie doit être irréprochable. En l'absence de pataras et de haubans, c'est l'échantillonnage de la structure au niveau du pont qui reprend tous les efforts. Sur les modèles d'occasion, il est conseillé de vérifier l'absence de faïençage autour de l'étambrai. La grand-voile de type catboat est généralement plus lourde et plus grande qu'une grand-voile de sloop équivalente, ce qui nécessite des winchs bien dimensionnés et des prises de ris efficaces.

L'Ikone 7.50, avec son élection comme « Bateau de l’année » en 2016, a prouvé que ce système était mûr pour la grande série. L'ajout du spi asymétrique sur bout-dehors a été la réponse aux critiques sur les performances par petit temps. Cette configuration permet de stabiliser le bateau au portant et d'augmenter significativement la vitesse de croisière. Pour les amateurs de technique, le passage d'un mât aluminium à un mât carbone sur certains modèles d'occasion représente un gain de performance notable en diminuant le poids dans les hauts, réduisant ainsi le roulis au mouillage et augmentant la raideur à la toile.

Le réseau de propriétaires et le support technique

L'achat d'un voilier Ikone d'occasion, c'est aussi entrer dans une communauté de passionnés. La survie des moules et l'implication de Philippe Goyat garantissent que le réseau restera actif. Les informations circulent sur les meilleures façons d'optimiser le gréement ou d'entretenir les boiseries intérieures. La proximité des chantiers bretons intéressés par la reprise des moules offre une perspective de service après-vente pour des rénovations lourdes ou l'achat d'équipements d'origine.

L'écosystème autour de Concarneau et Bénodet reste le cœur battant de la marque. La solidarité entre chantiers, illustrée par la proposition de coup de main d'IDB Marine, assure une continuité technique. Que ce soit pour un Ikone 5.50, 6.00, 6.50 ou 7.50, les solutions techniques existent pour maintenir ces bateaux dans un état de navigation optimal. L'Ikone n'est pas seulement un voilier, c'est un concept de liberté sur l'eau, débarrassé des contraintes habituelles de la voile traditionnelle.

Enjeux de la reconstruction et partenariats futurs

La stratégie de Philippe Goyat, consistant à proposer les moules à plusieurs constructeurs, pourrait aboutir à une offre diversifiée. Imaginez un chantier spécialisé dans la version "sport" de l'Ikone 7.50 et un autre se concentrant sur la version "balade" du 5.50. Cette flexibilité industrielle est rendue possible par la nature réactive de la structure mise en place : « nous apportons un ensemble immédiatement réactif de financement, de comptabilité, de juridique et surtout de commercial ». Cela réduit les barrières à l'entrée pour de petits chantiers talentueux qui n'auraient pas les ressources pour gérer l'aspect administratif et financier d'un lancement de modèle.

L'intérêt manifesté par les banques dès l'annonce du rachat des moules est un indicateur de la solidité du modèle économique de l'Ikone. Dans un marché de la plaisance souvent perçu comme fragile, la reconnaissance d'un "nom" comme Ikone simplifie les levées de fonds. Les futurs acquéreurs de modèles neufs, basés sur ces moules historiques, bénéficieront de l'expérience accumulée au fil des années par Espace Vag, tout en profitant des améliorations technologiques actuelles. Pour l'heure, le marché de l'occasion reste le principal vecteur pour naviguer sur ces catboats, mais l'horizon s'éclaircit pour une production renouvelée, ancrée dans son territoire breton.

Analyse comparative des millésimes

Il est intéressant de noter que la fabrication des Ikone a traversé différentes phases. Au zénith de la marque, la qualité de finition avait atteint des standards élevés, culminant avec l'Ikone 7.50. Les modèles produits juste avant la liquidation de juillet 2019 méritent une attention particulière pour s'assurer que les finitions n'ont pas souffert des tensions économiques du chantier Espace Vag. Cependant, la robustesse fondamentale des moules rachetés par Philippe Goyat garantit que la forme et les propriétés marines restent constantes.

Le choix entre un 6.00 et un 6.50 d'occasion se jouera souvent sur des détails d'aménagement intérieur et sur la capacité de stockage. Le 6.50 offre une meilleure aptitude à la croisière de plusieurs jours, tandis que le 6.00 reste imbattable pour une utilisation spontanée. Le 7.50, quant à lui, change de catégorie et s'adresse à ceux qui veulent concilier le concept Ikone avec un véritable programme de voyage côtier, capable d'affronter des conditions de mer plus formées avec une sérénité totale.

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