L'échouage d'un voilier dans un site naturel protégé est un événement qui, au-delà de son caractère spectaculaire, soulève des questions de responsabilité, de sécurité nautique et de protection environnementale. Le cas du "Betty Belle", un voilier suédois de 13 mètres, dans la magnifique calanque de Sormiou à Marseille, en est une illustration frappante. Son immobilisation prolongée et les opérations complexes nécessaires à son remorquage ont mis en lumière les défis inhérents à la gestion des épaves en milieu sensible, mobilisant d'importants moyens humains et matériels.
Les Circonstances Initiales de l'Échouage du "Betty Belle"
Le "Betty Belle", un voilier battant pavillon suédois, est devenu un point de repère indésirable dans la baie de la Calanque de Sormiou à Marseille. C'est le 8 octobre qu'il s'est échoué contre les rochers de cette calanque emblématique. Les événements ayant conduit à cette situation singulière ont débuté quelques jours auparavant. En effet, dans la nuit du 5 au 6 octobre, le propriétaire du voilier, un navigateur suédois de passage dans les eaux méditerranéennes, avait mouillé au large de Sormiou. Cependant, il a dû être évacué pour une urgence médicale, son capitaine ayant eu des soucis de santé nécessitant une prise en charge rapide. Laissé seul, mal arrimé, l'ancre de l'embarcation s'était décrochée. Sous l'effet du vent, le navire avait alors dérivé jusqu’à la plage dans la nuit, provo provoquant la stupéfaction des habitants et des plaisanciers locaux. Au petit matin, certains l'ont vu dériver "tout de travers jusqu’à la plage". Le 8 octobre, l'embarcation finissait sa course, bloquée contre des rochers.
Le propriétaire, après avoir été pris en charge médicalement, était revenu le 10 octobre pour récupérer ses affaires à bord de son voilier. À cette occasion, il avait promis à la préfecture maritime de prendre en charge le sauvetage de son bien, comme doivent obligatoirement le faire les propriétaires en cas d'avarie, sous peine de sanctions. Néanmoins, ses engagements ne furent pas suivis d'effets. Abandonné à son sort, le bateau est resté échoué sur les rochers, son propriétaire n'ayant pas fait le nécessaire pour prendre en charge l'enlèvement du navire. Depuis le 8 octobre, la baie de la Calanque de Sormiou était ainsi marquée par la présence indésirable du "Betty Belle".
Les Enjeux et les Conséquences de la Présence de l'Épave
L'échouage du "Betty Belle" a rapidement posé de multiples problèmes. Bloqué contre les rochers, il offrait le flanc de sa cale à la plage de la Calanque de Sormiou. Avec la houle et les intempéries des semaines suivantes, la quille s'était profondément enfoncée dans le sable, sur plus d'un mètre cinquante, et le mât reposait sur le calcaire de la Calanque, le rendant de plus en plus difficile à déplacer. L'épave du voilier "Betty Belle" était ainsi échouée depuis plusieurs semaines dans la Calanque de Sormiou, située dans le Parc National des Calanques, un environnement reconnu pour sa fragilité écologique.
Au-delà de l'encombrement physique et des nuisances pour les plaisanciers et les habitants - le voilier continuant de bloquer l’accès à la baie, au grand dam des usagers de la Calanque - des préoccupations environnementales majeures ont émergé. Mathieu Crépin, représentant de la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM), avait souligné ce point : "Nous devons agir avec prudence. Le navire contient des hydrocarbures. Si sa coque venait à se rompre, cela provoquerait une pollution importante pour cet environnement fragile." En effet, "un navire, quel que soit son type, contient des hydrocarbures à bord, que ce soit de l'huile, de l'essence, du gasoil," constituant un risque imminent sur la sécurité nautique et l'environnement. Ces risques de pollutions étaient d’ailleurs souvent évoqués, et la présence de ce voilier échoué a longtemps fait scandale sur les réseaux sociaux.
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Face au mutisme de son propriétaire, qui n'avait plus donné de nouvelles après sa promesse initiale, les autorités maritimes ont décidé d'agir. La préfecture maritime, après une mise en demeure infructueuse du propriétaire et constatant que "le contact a été rompu", a pris la décision de mettre en œuvre l'opération d'enlèvement "d'office, à ses frais et risques". Cette intervention de l'État s'est avérée nécessaire "dans le cas où il y a un risque imminent sur la sécurité nautique ou un risque sur l'environnement, comme c'est le cas pour ce voilier," comme l'a détaillé la capitaine de frégate Julie Doumas, porte-parole de la préfecture maritime de la Méditerranée.
La Première Tentative de Relevage : Un Échec Révélateur des Difficultés
Après plus d'un mois d'immobilisation et d'attente, les autorités maritimes ont décidé d'agir concrètement. Le relevage de l'épave était initialement prévu pour le mercredi 27 novembre. Ce jour-là, une première tentative a été menée. Six plongeurs de la Marine nationale, spécialisés en déminage et venus de Toulon, ainsi que des équipes de la Direction départementale des territoires et de la mer des Bouches-du-Rhône (DDTM 13) et de la préfecture maritime ont été mobilisés. Leur mission consistait à vider l'eau et le sable qui chargeaient l'épave, coincée dans les rochers près de la plage de Sormiou, avant de tenter de la remorquer.
Les opérations de relevage ont été séquencées pour une meilleure efficacité. "Nous avons débuté les opérations au petit jour ce matin en arrivant au plus tôt profiter des eaux calmes de la calanque," avait précisé le Maître Vincent, un des intervenants. Cela avait permis de "mettre en place les premiers points de fixation sur le voilier, de faire une première reconnaissance antipollution de la zone que ce soit au niveau du voilier ou au niveau de la plage," et de "récupérer les éléments qui pouvaient être amenés à être sorti du voilier et surtout s'assurer qu'il n'y ait pas de pollution." L'épave devait être extraite de la zone sablo-rocheuse dans laquelle elle s'était échouée et devait ensuite être remorquée vers le port de la Pointe Rouge à Marseille. Cependant, "cette opération étant impossible par un moyen de grutage adapté depuis la terre, l’intervention était organisée par la mer," précisait la préfecture.
"Il a fallu sangler le voilier pour qu’au moment de la traction, il ne se désintègre pas", a détaillé Mathieu Crépin, chef du Pôle Maritime de la DDTM 13. Ensuite, un bateau devait remorquer l'épave. Mais les choses ne se sont pas déroulées comme prévu. "On s'est rendu compte que la puissance du bateau n'était pas assez élevée," a expliqué Mathieu Crépin. Pour pallier ce manque, "nous avons fait appel à la Bonne Mère, le bateau des marins-pompiers, mais il n'a pas réussi non plus à le tracter." Les tentatives de tractage se sont soldées par un mouvement dérisoire : "un mouvement de deux mètres du bateau," a confié Mathieu Crépin, ajoutant que "la quille s'est ensablée sur plus d'un mètre 50, et il ne bouge plus."
Face à ces difficultés, une nouvelle approche a été tentée. Pour "répondre à cette situation, les plongeurs démineurs ont gonflé des ballons pour alléger le bateau et afin de surélever la quille pour qu'elle ne s'enfonce pas de nouveau dans le sable lors de la traction," a expliqué la préfecture maritime. Mais cela non plus n’a pas fonctionné. "Au regard de ces difficultés, il a été décidé d’arrêter les manœuvres, pour avoir un remorqueur plus puissant." La contrainte supplémentaire était de "partir de la calanque avant 14h pour ne pas naviguer de nuit," en raison de la faible vitesse du remorquage envisagée et de la dizaine de milles nautiques à parcourir pour rejoindre le port de la Pointe Rouge. Cette première opération, malgré les efforts acharnés de plusieurs équipes mobilisées, n'avait pas été couronnée de succès, car "le voilier n’avait pas pu être dégagé car sa quille était trop enfoncée dans le sable." Une réunion a été tenue le jeudi 28 novembre pour redéfinir les prochaines étapes et envisager une nouvelle stratégie. Ce jeudi 28 novembre au matin, la vue aurait dû être dégagée à Sormiou, et le "Betty Belle" devrait être dans le port de la Pointe rouge à Marseille. Mais tout ne s'était pas passé comme cela avait été prévu la veille.
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Le Relevage Réussi : Une Mobilisation de Moyens Exceptionnels
La deuxième tentative était la bonne. Après une première tentative infructueuse il y a quinze jours, la préfecture maritime a cette fois réussi à ramener le voilier jusqu'au port de la Pointe Rouge à Marseille. Le voilier échoué dans la baie de la calanque de Sormiou a enfin pu être remorqué ce mercredi 11 décembre, au prix d'importantes opérations. Le "Betty Belle" a été enfin dégagé, vers 13h, par la préfecture maritime de la Méditerranée.
Pour cette opération, les autorités ont décidé de "sortir l'artillerie lourde." "Ce ne sont pas des opérations qui sont anodines. Il est lourd, il était en mauvais état et surtout, il n'était pas dans l'eau et ne flottait pas. Il a fallu des moyens assez conséquents pour pouvoir l'extraire," a expliqué Maître David, chef de mission des plongeurs-démineurs de la Méditerranée. La Marine a mobilisé la "Tapee", armée de "deux fois 2 000 chevaux", un bâtiment d'une unité de la Marine nationale de Toulon, normalement utilisé pour faire des travaux portuaires. Ce gros remorqueur n’a pas eu de mal à treuiller le navire.
Pour remorquer le voilier, qui était "affalé sur la falaise", les plongeurs-démineurs ont employé des techniques spécifiques. Ils ont gonflé des pneumatiques pour le faire flotter. Maître David, chef de mission des hommes-grenouilles, a précisé l'équipement utilisé : "Quatre gros sacs jaunes en surface et deux gros pour apporter 8 000 litres d’air dans l’habitacle". Cette préparation technique était nécessaire pour assurer la flottabilité du "Betty Belle", dans un subtil équilibre, sans le faire gîter.
Le bateau a finalement pu être remorqué jusqu'au port de la Pointe Rouge. L'opération a été pilotée par la préfecture maritime. À une vitesse de trois nœuds (un peu plus de 5,5 km/h), il a fallu deux heures et demie à la SN 152 Bonne Mère, vedette de la station marseillaise de la SNSM, armée par les marins pompiers, pour amener le navire jusqu’à la Pointe-Rouge. Le bâtiment d'une unité de la Marine nationale de Toulon a ainsi permis de réussir la mission et de ramener le voilier entier sur le quai du port de la Pointe Rouge, après deux heures de remorquage en mer.
Les Implications Financières et Juridiques de l'Opération
L'opération de relevage et de remorquage du "Betty Belle" a engendré des coûts significatifs, que l'État entend bien recouvrer auprès du propriétaire. La préfecture maritime, après avoir mis en demeure son propriétaire en vain, a décidé d'agir en menant cette mission "à ses frais et aux risques" de l'intéressé. La capitaine de frégate Julie Doumas a insisté sur la nécessité d'assurer son bateau, histoire d’éviter aussi un tel déploiement de moyens et d’hommes.
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Le propriétaire du voilier, un Suédois qui était "reparti en Suède," fait toujours l'objet d'une procédure. L'État est intervenu "d’office, à ses frais et risques" compte tenu du site, le parc national des calanques, de la situation de l’épave et de la pollution potentielle, a rappelé la capitaine de frégate. L'État va se retourner contre le propriétaire pour lui demander de régler les sommes qui ont été avancées. En parallèle de cela, si le propriétaire ne se manifeste pas, les autorités le mettront en demeure une nouvelle fois "sous peine de déchéance de propriété." Cela signifiera que l'État lui enlèvera la propriété de ce navire, ce qui permettra soit de le vendre, soit de le déconstruire dans un chantier agréé. L'homme de nationalité suédoise, qui a quitté la France en y laissant son bateau, recevra donc prochainement l'addition, que le bateau soit réparé et vendu, ou bien qu'il soit détruit.
Le coût précis de l'opération n'a pas été chiffré par la Marine. Cependant, Sonia Manicacci, secrétaire de la station SNSM, a estimé que "cela va coûter cher." Elle a ajouté : "Je ne comprends pas que l’on n’oblige pas les propriétaires à s’assurer. Il faudrait une loi." Selon ses estimations, la barre des 20 000 euros devrait être "allègrement dépassée", une somme bien supérieure aux "1 000 à 1 200 euros" qu'il aurait coûté si le propriétaire "avait accepté d’être remorqué" lors de son avarie, ce qu’il a refusé, assure-t-elle.