Le monde de la voile a récemment perdu l'une de ses figures les plus emblématiques et inspirantes. Charlie Dalin, vainqueur du Vendée Globe 2024-2025, s'est éteint à Quimper (Finistère) à l'âge de 42 ans, le 11 juin. L'annonce de son décès par sa famille a révélé l'ampleur d'un combat silencieux mené par le navigateur contre une longue maladie. Son parcours, marqué par des victoires éclatantes et une résilience hors du commun, laisse une empreinte indélébile dans l'histoire de la course au large, tant par son talent que par sa combativité. "C'est avec une profonde tristesse que notre famille et moi-même annonçons le décès de mon mari Charlie Dalin, des suites d'une longue maladie", a écrit son épouse, Perrine Le Pape. Son exploit le plus retentissant, la victoire record sur le Vendée Globe 2024-2025, avait été réalisé alors même qu'il luttait contre une tumeur stromale gastro-intestinale, une révélation faite dans son livre, "La Force du destin".
Les Racines d'une Passion et les Premiers Mille
Né au Havre le 10 mai 1984, Charlie Claude Antoine Dalin, fils d’Antoine Comont et de Christine Dalin, se considérait issu d’une famille de « terriens » plutôt que de « marins ». Pourtant, sa vie fut indissociable de l'océan. C'est à l'âge de six ans, lors de vacances en Bretagne, qu'il découvrit la voile à Crozon, dans le Finistère. Le déclic fut immédiat en montant pour la première fois dans un Optimist, un dériveur qu'il jugeait déjà pas assez rapide pour lui. Il grandit en Normandie, dans un environnement proche du littoral, où il commença la compétition en dériveur avant de se tourner progressivement vers les séries de régate. Vers 15 ans, il s'engagea sur le championnat de France en 420 avec Thomas Auber comme équipier.
Son intelligence et sa soif de connaissance le menèrent à l'Université de Southampton, en Angleterre, dont il sortit diplômé architecte naval en 2006, à seulement 22 ans. Cette double casquette, marin et ingénieur, fera toute sa singularité et deviendra sa marque de fabrique. Il était un esprit scientifique doublé d'un homme de barre, capable de comprendre son bateau de l'intérieur, d'optimiser et d'exploiter sa monture jusque dans ses plus infimes détails. Cette approche méticuleuse lui conféra une réputation de technicien rigoureux, pugnace et résilient sur les pontons.
L'Apprentissage des Courses au Large et la Filière d'Excellence
Après ses études, Charlie Dalin s'est rapidement imposé dans le circuit de la course au large. En 2007, avec Laurence Château, il remporta la Transgascogne en double, en Série. L'année 2009 marqua un tournant lorsqu'il s'engagea dans sa première course au large en Mini 6.50 et remporta en solitaire la Transgascogne. La navigation en solitaire, une passion évidente, l'a rapproché de la classe reine.
Le tournant majeur de sa carrière intervient en 2011, lorsqu'il intégra le pôle national de course au large à Port-la-Forêt, dans le Finistère. Ce centre d'entraînement, souvent appelé la grande école du large français, a formé la plupart des champions du Vendée Globe. Là, le jeune Dalin débuta dans la catégorie Figaro Bénéteau, un passage quasi obligé pour les futurs grands noms de la voile. Il y connut un succès rapide, remportant sa première grande victoire en 2012 sur la Transat AG2R avec Gildas Morvan. Entre 2014 et 2017, il termina à quatre reprises sur le podium de la Solitaire du Figaro. Ses talents de navigateurs, très à l'aise au près, son allure de prédilection, lui permirent d'exprimer à fond son appétence pour la rigueur et la rationalité, des qualités essentielles dans cette filière.
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C'est en Bretagne, à Concarneau, qu'il avait choisi de construire sa vie de famille, partageant son quotidien avec Perrine Le Pape, fille de Christian Le Pape, ancien directeur et cofondateur du Pôle Finistère Course au Large. Ensemble, ils avaient un fils.
L'Ère de l'IMOCA : Des Bolides de Haute Mer
Charlie Dalin fit ses débuts dans la classe IMOCA en 2015 sur la Transat Jacques-Vabre, où il termina troisième en duo avec Yann Eliès sur Quéguiner-Leucémie Espoir. Mais c'est en 2018 que son engagement dans cette catégorie de monocoques de 60 pieds, les bolides du large, s'intensifia. Apivia Macif Mutuelle s’engagea avec lui sur le circuit IMOCA avec pour objectif de participer au Vendée Globe 2020-2021. Ce partenariat de quatre ans fut ponctué par la construction d’un bateau nouvelle génération Imoca : Apivia, mis à l'eau à Lorient le 5 août 2019 au chantier CDK.
Dès la saison inaugurale de ce nouveau voilier, Charlie Dalin s'imposa. Après le Défi Azimut à Lorient, la première course officielle du bateau fut la Transat Jacques-Vabre, où Dalin était une nouvelle fois associé à Yann Eliès. Le duo remporta la course dans la catégorie Imoca en franchissant la ligne après 13 jours, 12 heures et 8 minutes. Cette victoire symbolique, partant de sa ville natale du Havre, avait une saveur particulière pour le marin attaché à ses racines.
Le Vendée Globe : Entre Gloire Manquée et Triomphe Silencieux
La relation de Charlie Dalin avec le Vendée Globe fut celle d'une quête inlassable, semée d'épreuves et couronnée d'un succès teinté d'une tragique bravoure.
Première Tentative : Premier sur l'Eau, Deuxième au Classement (2020-2021)
Son premier tour du monde en solitaire, le Vendée Globe 2020-2021, fut une démonstration de ses talents. Donné parmi les favoris, Dalin mena la flotte pendant 37 jours et passa la ligne d'arrivée aux Sables-d'Olonne en tête, au terme de 80 jours de mer et 6 heures, 15 minutes et 47 secondes. Cependant, un événement imprévu changea le classement final. Il fut finalement classé deuxième, car Yannick Bestaven, qui s'était dérouté pour participer au sauvetage de Kévin Escoffier, bénéficia d'une bonification de 10 heures et 15 minutes, le déclarant vainqueur en temps compensé. Ce dénouement, aussi cruel fut-il, Charlie Dalin l'encaissa avec dignité, et en fit le moteur de sa revanche.
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Les saisons suivantes confirmèrent sa domination. À bord d'Apivia, qu'il connaissait désormais sur le bout des doigts, il enchaîna les premières et deuxièmes places, remportant la Rolex Fastnet Race en équipage en 2021.
La Consécration et le Combat Caché (2024-2025)
Fort de son expérience et d'une soif de victoire renouvelée, Charlie Dalin prépara son deuxième Vendée Globe de manière exemplaire. En juin 2023, son nouvel Imoca, Macif santé prévoyance, est mis à l'eau. Il remporta un mois plus tard la Rolex Fastnet Race en équipage avec Pascal Bidégorry. Cependant, sa préparation sur ce nouveau bateau fut mise en pause en seconde partie d'année, à cause de problèmes médicaux, « d’ordre digestif ». En 2023, il fut diagnostiqué d’un cancer gastro-intestinal. Il prit le départ de la Transat Jacques-Vabre 2023 qu'il abandonna une fois la ligne de départ franchie, afin de remplir la condition qualificative pour le Vendée Globe 2024-2025 de prendre part au départ d'une course en 2023.
Malgré cette épreuve, Charlie Dalin s'élança des Sables-d'Olonne le 10 novembre 2024 pour le Vendée Globe. Dès la fin du mois de décembre, il prit la tête de la course et ne la lâcha plus jusqu'au bout. Le 14 janvier 2025, il franchit la ligne d'arrivée en grand vainqueur, bouclant son tour du monde en 64 jours, 19 heures, 22 minutes et 49 secondes. Il améliora de plus de neuf jours l'ancien record de l'épreuve détenu par Armel Le Cléac'h. Pour ce marin patient, ce fut l'aboutissement d'une vie entière, le Graal enfin conquis. Il n’avait surpris personne en s’imposant en 2025 sur le Vendée Globe, tant ses talents de navigateurs étaient grands.
Ce que beaucoup ignorèrent encore ce matin-là, c'est que sa victoire était double : pendant que son bateau filait autour du monde, le marin livrait un autre combat, silencieux, contre la maladie. À l'automne 2023, plus d'un an avant le départ, on lui avait diagnostiqué une tumeur stromale gastro-intestinale, un cancer digestif rare. Il avait participé et remporté le Vendée Globe 2024-2025 alors qu'il souffrait de cette maladie. Pendant ce Vendée Globe, il disposait d'une alarme, sur son téléphone, pour ne pas oublier son comprimé d'immunothérapie quotidien. Sa nourriture lyophilisée était adaptée et son équipe était à peine au courant de sa maladie. Le directeur de la course, Hubert Lemonnier, ne l'était pas.
La Révélation et les Conséquences
Le 8 octobre 2025, à l'occasion de la parution de son livre "La Force du destin", Charlie Dalin révéla au grand public son combat contre le cancer de l'intestin, détecté à l'automne 2023. Son ouvrage dévoilait qu'il avait remporté le Vendée Globe 2024-2025 tout en étant atteint de cette maladie, expliquant sa préparation amputée de plusieurs courses avant le Vendée Globe. Cette révélation laissa sans voix tous les passionnés de voile et de sport au sens large.
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Depuis, son état de santé était stabilisé. Cependant, les conséquences de cette lutte étaient palpables. En raison d'une nouvelle opération, il n'avait pas pu être présent à la remise des prix du Vendée Globe le 10 mai 2025, le vainqueur ayant subi une « opération chirurgicale importante ». En juin 2025, cette opération le contraint de renoncer à sa saison sur Macif, dont l'édition 2025 de la Transat Café L'Or. La Course des Caps fut également annulée pour lui, Sam Goodchild devenant son remplaçant sur Macif.
En décembre 2025, la Fédération française de voile le consacra "marin de l'année", une reconnaissance internationale par la Fédération internationale de voile, World Sailing, aux côtés de Justine Mettraux.