La Voile Traditionnelle en Guadeloupe : Histoire, Technique et Héritage

La voile traditionnelle en Guadeloupe, incarnée par le canot saintois, est un élément essentiel du patrimoine maritime et culturel de l'île. Depuis des décennies, elle suscite un engouement croissant, tant chez les marins que chez le grand public. Transmis de génération en génération, ce patrimoine vivant s’exprime à travers de nombreuses régates locales. Cet article explore l'histoire, les techniques de construction, l'évolution sportive et l'importance culturelle de cette pratique emblématique.

Origines et Évolution Historique de la Saintoise

Au XVIIIe siècle, la Saintoise était un canot monocoque à voile, élaboré en bois, servant à la pêche dans les Petites Antilles. Ces embarcations ont été initialement construites aux Saintes par des charpentiers de marine bretons. Au fil des années, ces canots très toilés, équipés d’une grande-voile et d’un foc, se sont imposés comme la voile traditionnelle dans le nautisme guadeloupéen.

Aujourd'hui, l’essentiel de ces bateaux est toujours construit aux Saintes, en Terre-de-Haut, par le charpentier de marine saintois, Alain Foy, qui en détient le savoir-faire. Alain Foy, avec ces constructions auxquelles il donne une dimension sacrée, fait vivre le patrimoine guadeloupéen.

Construction et Caractéristiques Techniques

La construction d'une Saintoise est un processus méticuleux qui fait appel à un savoir-faire traditionnel. Une construction en bois classique, locale, fruit d’un véritable savoir-faire culturel, voilà les ingrédients à l’origine du voilier traditionnel Guadeloupéen, la Saintoise. Le bois destiné à la construction est un bois local coupé par des bûcherons locaux. Ce bois est utilisé en respectant les procédés d’assemblages traditionnels d’une construction classique. Un à deux mois de travail sont nécessaires pour qu’un charpentier construise une telle embarcation. Ce temps de travail comprend le collage à l’époxy de l’ensemble de la coque et ses renforts, puis la peinture, le vernissage et enfin la mise en place du gréement.

Ces canots traditionnels à deux voiles, anciennement dédiés à la pêche et au transport, sont désormais pourvus d’une grande voile les propulsant à grande vitesse. Constituée de plusieurs bois locaux pour sa coque (le bois du nord pour la quille, l’acajou pour les bordées et le plancher, le poirier pays pour les membrures et la proue), d’une longueur maximum de 5,35 mètres et 1,80 mètre de largeur, ce canot traditionnel à deux voiles est pourvu d’une grande voile propulsant les navigants à grande vitesse. Les voiles raccordées au mât et à la bôme (en bambou) par des lianes sont communément nommées « ailes de ravet ». La bôme est plus longue que le mât. Par ailleurs, le gréement de ces bateaux est unique en son genre. Le mât et la bôme ne sont rien d’autre qu’une tige de bambou. En plus, le gréement est doté d’une bôme plus longue que le mât et donc d’une immense grand voile.

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La Saintoise : Sport Nautique Traditionnel

La Saintoise est rentrée dans le patrimoine guadeloupéen en devenant un véritable sport nautique traditionnel encadré par une classe. En effet, la pratique de la voile traditionnelle a connu un véritable engouement depuis les années 2000 avec la création d’une régate phare, le tour de la Guadeloupe à la voile traditionnelle. Néanmoins, c’est véritablement en 2017 avec la création de la classe des Canots Saintois de Voile Traditionnelle de Guadeloupe affiliée à la Fédération Française de Voile que la discipline prend son envol. Un calendrier sportif est créé par la classe avec des régates régulières. Toute Saintoise souhaitant participer à ces régates doit respecter la jauge définie par la classe. Ainsi, les performances potentielles de chaque bateau sont jugées comme identiques et les canots peuvent concourir les uns par rapport aux autres. Parmi les caractéristiques de la jauge, la longueur maximale des Saintoises est fixée à 5.85 mètres pour une largeur de 1,80 mètres. La construction se doit d’être en bois local et le lest est autorisé à bord uniquement sous forme de sac de sable ou de roche qui peuvent être largués pendant la régate selon les conditions de vent.

Le Rôle de la Classe des Canots Saintois

L’objectif premier de la Classe est double : préserver l’authenticité de la pratique traditionnelle tout en assurant une équité sportive lors des régates. La Classe ne se limite pas à un simple rôle de régulation. Elle est aujourd’hui l’instance centrale de la voile traditionnelle en Guadeloupe. La Classe joue aussi un rôle fondamental dans la transmission culturelle. Par ses actions, la Classe permet aux canots saintois de continuer à vivre, non pas seulement comme objets de musée, mais comme acteurs vivants d’un patrimoine en mouvement. Aujourd’hui, la Classe des Canots Saintois de Voile Traditionnelle de Guadeloupe est un acteur incontournable de la vie maritime guadeloupéenne.

Afin de proposer une édition compatible avec la situation sanitaire actuelle, l’ANASA a repensé la compétition autour d’un week-end en partant de Sainte-Anne pour rejoindre Port-Louis avec un transbordement des bateaux pour lancer le départ le lendemain à Vieux-Fort et rallier Sainte-Anne : deux étapes au lieu des dix habituelles. Il a fallu compter environ dix heures de navigation pour chaque parcours.

Le Traditour : Un Événement Phare

Le Traditour c’est l’évènement majeur du calendrier sportif de la classe des canots Saintois. La régate a fêté ses 20 ans en 2022. Le parcours de la régate consiste à faire le tour de la Guadeloupe en 5 étapes. Chaque étape dure environ 9 heures.

Créé en 2001 et organisé depuis 2018 par l’ANASA (Association Aventure Nautique de Saint Anne), alliant sport, histoire et tradition, le tour de la Guadeloupe en Voile Traditionnelle, est l’occasion chaque année pour les amateurs de voiles et les visiteurs de découvrir ou redécouvrir, tout au long des étapes, le littoral majestueux qui fait la réputation de l’île. Rassemblant initialement des marins pêcheurs, cette compétition réunie désormais des skippers confirmés sur des bateaux typiquement guadeloupéens appelés saintoises.

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Mais avant la dimension sportive, c’est aussi une régate qui promeut le patrimoine culturel Guadeloupéen. En effet, la cérémonie d’ouverture se déroule avec la bénédiction de l’évêque de la Guadeloupe. Durant cette cérémonie les équipages sont bénis et ceux ayant péris en mer sont honorés. En outre, bien que la régate soit régionale, les participants au Traditour sont, pour la grande majorité, accompagnés par des sponsors et l’événement est médiatisé sur les chaînes de télévision de l’île. Cela témoigne du véritable engouement pour cet événement mais également de son importance médiatique. Finalement, la classe des canots Saintois rappelle qu’il n’y a pas besoin d’aller très loin pour se faire plaisir sur un plan d’eau.

Le célèbre Traditour était de retour les 17 et 18 juillet avec une formule de course inédite, après une année de compétitions annulées. Pour cette vingtième édition, AGS Guadeloupe a participé à cet événement nautique très attendu du grand public. Présent dans le milieu de la voile traditionnelle depuis 10 ans, l’équipage du « Ti Neg La » qui a été choisi par François Chataigne, Directeur du réseau AGS DOM TOM et Caraïbes, est composé de 12 participants, 11 hommes et une femme, tous originaires de La Guadeloupe, d’horizons professionnels différents et réunis autour d’une passion commune, la voile. Doté d’une grand-voile extrêmement puissante, le canot saintois nécessite un équipage constamment au rappel.

Le Rôle Crucial de l'Équipage

Naviguer sur ces canots très toilés nécessite 5 à 7 membres d’équipage placés au rappel pour aider à la stabilité du bateau et limiter sa gîte. ⚖️ Ces équipiers assurent le balancier humain du bateau en se positionnant à l’extérieur de la coque, souvent suspendus aux haubans ou accroché par les pieds, pour contrebalancer la force du vent dans les voiles. Plus il y a de vent, plus leur poids extérieur est crucial pour empêcher le bateau de gîter (pencher) ou de chavirer.

🧠 Outre leur rôle physique, les Numéros sont aussi les yeux avancés du canot. Ils observent en permanence, la direction et les risées du vent sur l’eau, les vagues et les courants, la position des autres bateaux. Ils signalent ces éléments au barreur et au GV pour adapter la stratégie. 🏋️ Ce sont les équipiers les plus exposés et les plus sollicités physiquement : ils doivent être rapides, agiles, endurants, et parfaitement synchronisés entre eux. Les Numéros sont les équilibristes, observateurs et stratèges de l’avant du canot.

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