Le voile, dans toute sa diversité, constitue un objet d’étude complexe, oscillant entre prescriptions religieuses, traditions culturelles et débats de société contemporains. Si le terme « voile » est souvent employé comme un mot générique pour désigner tout tissu léger couvrant une partie du corps, et en particulier la tête, il recouvre une réalité bien plus nuancée lorsqu’il s’inscrit dans le cadre de l’islam. En effet, les termes « voile » et « hijab » sont souvent confondus. Ils ont en effet le même sens de façon générale, mais le mot « hijab » est plus spécifique. Le terme générique pour le voile musulman est « hijab ». Cependant, le mot « hijab » est souvent utilisé de manière plus spécifique pour décrire le voile qui couvre la tête et le cou des femmes musulmanes, laissant le visage découvert.
Étymologie et racines spirituelles du terme hijab
Le mot « hijab » en arabe est en effet dérivé de la racine verbale arabe « حجب » (hajaba), qui signifie « se cacher » ou « se couvrir ». Cette racine est à l’origine du sens de hijab faisant référence à une couverture ou voile utilisé pour la modestie et la pudeur, conformément aux principes islamiques. Par extension, il prend également le sens de « rideau » ou même d’« écran ». Le terme « hidjab » (en arabe : حِجَاب, ḥijāb) est utilisé sept fois dans le Coran. Dans cinq cas, il évoque une barrière d’ordre spirituel. Dans aucun cas, il ne fait référence à un vêtement féminin. Hidjab signifie « séparation », et dans un sens concret, il se traduit la plupart du temps par « rideau » : il est devenu le symbole d’une séparation, même si dans le Coran, il ne signifie pas obligatoirement que ce soit entre les hommes et les femmes. Dans le Coran, le hijab n’a pas forcément un sens physique mais a surtout une connotation métaphorique ; il peut désigner la séparation entre Allah et les hommes.
Les fondements scripturaires : entre exégèse et pratique
La question du voile féminin repose sur une interprétation de textes coraniques que certains jugent laconiques. Le segment-clef du verset référent est connu de tous, en voici la traduction standard : « Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile/khumur sur leurs poitrines ; et qu’elles ne montrent leurs atours qu’à leurs maris, ou leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris… » (Sourate An Nur 24, verset 31).
Il est important de noter que ce verset comporte six recommandations adressées aux musulmans et aux musulmanes au nom de leur foi en Dieu. L’ensemble de ces conseils constitue un cadre moral cohérent en dehors duquel la « question du voile » ne peut donc se comprendre. L’ordre est donné au Prophète : « Dis/qul », ordre de transmettre ce verset et non pas ordre adressé aux musulmanes. Cette absence de marqueurs traduisant l’ordre ou la prescription impérative s’oppose à l’Islam qui affirme ici une obligation divine/farḍ. L’idée de recommandation est donc ce qui est le plus cohérent et juste puisque le propos de ce verset relève de la prise de conscience morale.
Le terme « khumur » (pluriel de khimâr), souvent traduit par « voile », peut signifier tout drap ou vêtement que portait la femme. Quant au terme rendu par « poitrine », il s’agit du terme arabe « jouyoub » (جُيُوب), que d’autres traducteurs ont rendu par échancrure, gorge, seins, ou encore décolleté. Le terme jouyoub est utilisé par le Coran au singulier jayb à propos de Moïse dans le sens de l’ouverture de la chemise.
Lire aussi: Maraîchage Sans Pesticides
Dans le verset 59 de la sourate 33 (Al Azhab), il est dit : « O Prophète! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles : elles en seront plus vite reconnues et éviteront d’être offensées. » Le terme utilisé dans ce verset (djalâbib, pluriel de djilbab) est d’origine éthiopienne et désigne un manteau et n’a donc rien d’un voile. Pour Bahar Davary, le terme désigne un « vêtement extérieur ou robe ample et fluide ». Ce verset ne précise donc pas quelle(s) partie(s) du corps il faudrait cacher.
Typologie des voiles et diversité des styles
Il existe différents styles de hijab, tels que le hijab traditionnel, la khimar, le niqab, le tchador et d’autres, chacun ayant ses propres caractéristiques et utilisations spécifiques.
- Le hijab : C’est un châle qui a pour objectif de couvrir les cheveux, les épaules et la poitrine. Ce style de hijeb est particulièrement apprécié pour sa simplicité et sa rapidité d’utilisation, ce qui le rend pratique pour les femmes musulmanes qui souhaitent une option de couverture facile à mettre en place au quotidien.
- Le khimar : C’est un voile islamique ample qui descend généralement jusqu’à la poitrine ou plus bas. Composé d’un bandeau intégré à nouer derrière la nuque, il permet un maintien optimal. Il se porte généralement avec une abaya papillon ample pour obtenir une tenue légiférée.
- Le niqab : Il s’agit d’un voile facial porté par certaines femmes musulmanes, couvrant le visage à l’exception des yeux. Le sitar, dérivé du terme arabe signifiant « rideau », est un voile fin qui accompagne le niqab en couvrant les yeux.
- Le tchador : C’est une pièce de tissu semi-circulaire ouverte sur le devant, porté traditionnellement en Iran. C’est un type de voile qui se distingue par sa longueur et sa couverture étendue. Il est souvent composé d’une grande pièce de tissu rectangulaire qui couvre la tête, le corps et descend jusqu’aux pieds.
- La burqa : Distincte d’autres formes de voiles, elle se caractérise par son caractère intégral, couvrant l’ensemble du corps et du visage. À l’origine, vêtement traditionnel des tribus pachtounes en Afghanistan, ce long voile, bleu ou marron, couvre complètement la tête et le corps, un grillage dissimulant les yeux.
- Le jilbab : C’est un vêtement en forme de longue robe, avec ou sans capuchon, porté traditionnellement par les hommes et les femmes en Afrique du Nord et dans la péninsule Arabique.
Les matériaux et la confection
Le choix du tissu influence le porté et l’usage du voile. Le jersey est un tissu extensible et confortable, souvent fabriqué à partir de coton ou de mélanges de fibres synthétiques. Le jersey premium est une version de qualité supérieure, offrant une sensation plus luxueuse. La soie de Médine est un tissu léger et soyeux, souvent utilisé pour des occasions spéciales en raison de sa brillance. La mousseline est un tissu léger et transparent, ayant une texture délicate. Enfin, le crêpe est un tissu qui a une texture froissée distincte, pouvant être fabriqué à partir de viscose ou de polyester.
Perspectives historiques et sociologiques
L’historienne Maria Giuseppina Muzzarelli, dans son étude « Histoire du voile des origines au foulard islamique », souligne que « quel que soit les époques les régions ou les cultures, les femmes ont constamment porté sur la tête […] un voile ». Elle revient sur le voile en tant qu’héritage de l’Antiquité païenne récupéré par le christianisme. À l’époque, il est porté essentiellement pour distinguer les femmes mariées des célibataires et des prostituées. Au Moyen Âge, le voile devient l’instrument de contrôle et la traduction vestimentaire de la soumission de la femme à l’homme et à Dieu.
Aujourd’hui, le voile peut être à l’heure actuelle l’expression d’une piété sincère, l’affichage d’un certificat d’islamité, une mode identitaire ou une revendication militante. Le port du hijab pourrait servir de marqueur identitaire. Dans un cadre contemporain, le port du voile peut être utilisé comme un « certificat d’islamité », valorisant un islam pur opposé à un Occident jugé permissif et décadent. Il devient un élément marqueur d’une affirmation d’une « normativité musulmane ».
Lire aussi: Supports proposés pour les stages de voile
La dimension masculine et l’éthique vestimentaire
Il est crucial de noter que les obligations de pudeur en islam ne concernent pas uniquement les femmes. L’opinion publique est focalisée sur les femmes et leur tenue, mais les hommes ont également une « awra » (parties du corps à ne pas montrer) comprise entre le nombril et les genoux. Il existe également dans la charia une interdiction de l’or et de la soie pour les hommes. Au même titre que les femmes, les hommes ne doivent pas choisir des tenues ostentatoires ayant pour but d’attirer et de séduire. La mode actuelle fourvoie de plus en plus les jeunes hommes avec un style androgyne préconisé. Le Coran dit : « Dis aux croyants de baisser leurs regards et de garder leur chasteté. C’est plus pur pour eux. » En islam, pas deux poids deux mesures : chasteté, respect, politesse et pudeur sont les lois des deux sexes.
Cadre légal en Europe et en France
En France, il existe des lois régissant le port du voile intégral, tel que la burqa, le niqab, ou tout autre vêtement qui couvre le visage dans l’espace public. La loi française interdit le port du voile intégral dans les lieux publics depuis 2010. Cela concerne les lieux tels que les rues, les magasins, les transports en commun, les écoles, les hôpitaux, et tout autre espace accessible au public. Les sanctions pour le non-respect de cette interdiction comprennent des amendes et/ou des cours de citoyenneté. Ces lois s’inscrivent dans le contexte plus large de laïcité en France, qui promeut la séparation de l’Église et de l’État.
Il est important de noter que ces lois ont suscité des controverses et des débats sur les questions de liberté religieuse, de choix individuel et de discrimination. Certaines personnes estiment que ces lois sont nécessaires pour des raisons de sécurité et pour préserver les valeurs laïques, tandis que d’autres voient ces restrictions comme une atteinte à la liberté de pratique religieuse. La Belgique et la France sont les seuls pays d’Occident à avoir légiféré sur cette question de manière aussi stricte. Dans d’autres pays comme l’Allemagne, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas, il existe des interdictions limitées du port de la burqa, notamment dans les établissements scolaires.
Lire aussi: Entreprise Radiée : La Voile Bleue