Le « hidjab » est devenu le symbole de l’archaïsme présumé des sociétés musulmanes. Le voile est une prison. Accusé de priver la femme de sa liberté et d’entraver son émancipation, il est devenu le symbole d’un islam rétrograde, intolérant et incompatible avec la démocratie. Ce point de vue, qui trouve des soutiens non seulement parmi les féministes mais aussi aux deux bords de l’échiquier politique, a le mérite de la simplicité. L’inconvénient, c’est qu’il traduit de façon extrêmement réductrice un phénomène complexe qui n’a rien d’archaïque et qui renvoie avant tout à notre rapport au corps, à la pudeur et à l’altérité.
Une perspective historique : le voile au-delà des frontières religieuses
Premier constat : l’usage du voile n’est ni récent ni propre au monde musulman. « Le port du voile s’inscrit dans la longue histoire des restrictions et des contraintes auxquelles le corps féminin a été soumis depuis l’Antiquité dans l’ensemble du monde méditerranéen », précise Yasmina Foher-Janssens. Il repose sur la règle, édictée par les hommes, selon laquelle une femme convenable ne doit pas se montrer dans l’espace public tête nue parce que c’est une marque d’impudeur. De ce point de vue, il obéit à une logique vestimentaire qui, jusqu’à une époque très récente, était encore la nôtre.
L’historienne Maria Giuseppina Muzzarelli souligne que, quel que soit les époques, les régions ou les cultures, les femmes ont constamment porté sur la tête un voile. Dans l’Antiquité païenne, il était porté essentiellement pour distinguer les femmes mariées des célibataires et des prostituées ; en Grèce, la femme le porte aussi pour des raisons de pudeur et de modestie, tandis qu’à Rome, il est associé religieusement aux Vestales. Le voile et plus généralement le couvre-chef deviennent l’instrument de ce contrôle et la traduction vestimentaire de la soumission naturelle et obligée de la femme à l’homme et à Dieu.
Second enseignement : le christianisme est la seule des trois grandes religions monothéistes à avoir sacralisé son usage. À l’inverse, dans le monde chrétien, l’Épître aux Corinthiens de saint Paul enjoint aux femmes qui prophétisent tête nue de se couvrir la tête lorsqu’elles interviennent dans l’espace sacré. Au cours du Moyen Âge, deux figures de la femme s’opposent : Ève et Marie. Entre Marie et Ève, une troisième voie finit par s’ouvrir avec l’arrivée et le développement de la mode. En s’appropriant et en réinterprétant l’obligation de se couvrir la tête par la multiplication des ornements et des plis sophistiqués, la femme s’attire cependant la critique des représentants de la foi. Le « couvre-chef du Diable » devient dès lors l’un des centres de préoccupation des lois somptuaires adoptées par les villes italiennes au cours du bas Moyen Âge.
La complexité sémantique et religieuse du terme « Hidjab »
Le terme « hidjab » (en arabe : حِجَاب, ḥijāb) est dérivé de la racine ḥ-j-b, qui signifie « dérober au regard, cacher ». Par extension, il prend également le sens de « rideau » ou « écran ». Dans le Coran, le mot « hidjab » est utilisé sept fois. Dans cinq cas, il évoque une barrière d’ordre spirituelle. Dans aucun cas, il ne fait référence à un vêtement féminin. Hidjab signifie « séparation », et dans un sens concret, il se traduit la plupart du temps par « rideau » : il est devenu le symbole d’une séparation, même si dans le Coran, il ne signifie pas obligatoirement que ce soit entre les hommes et les femmes.
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Le hijab traditionnel couvre les cheveux, le cou et les épaules tout en laissant le visage découvert. Il représente bien plus qu’un simple accessoire vestimentaire dans la tradition islamique. Cette notion englobe un mode de vie qui privilégie la discrétion, le respect de soi et la dignité personnelle. Contrairement aux idées reçues, le port du hijab constitue souvent un choix personnel réfléchi. Les femmes musulmanes qui portent le voile peuvent parfois faire face à des préjugés ou des incompréhensions dans certains contextes sociaux. De nombreuses femmes voilées réussissent brillamment dans tous les domaines professionnels : médecine, enseignement, ingénierie, arts, ou entrepreneuriat.
Typologie des voiles : distinguer les usages
Il est important de ne pas confondre les différentes formes de couvre-chefs, chacune ayant une histoire et une signification distinctes :
- Le Hidjab : Il cache les cheveux, les oreilles et le cou, ne laissant voir que l'ovale du visage. Promu par la confrérie islamiste des Frères musulmans, il est souvent complété par une tunique.
- Le Tchador : Porté principalement en Iran, c’est une grande pièce de tissu posée sur la tête, laissant apparaître l'ovale du visage, tenue fermée à l'aide des mains.
- La Burqa : À l'origine, vêtement traditionnel des tribus pachtounes en Afghanistan. Ce long voile couvre complètement la tête et le corps, un grillage dissimulant les yeux.
- Le Niqab : Dans les pays arabes, voile intégral complété par une étoffe ne laissant apparaître qu'une fente pour les yeux. Il s'est répandu sous l'influence de l'islam wahhabite.
- Le Khimar : Un voile plus long que le hijab traditionnel, couvrant la tête, le cou et s’étendant jusqu’aux épaules et parfois jusqu’à la taille.
- Le Jilbab : Un vêtement ample qui couvre l’ensemble du corps depuis les épaules jusqu’aux chevilles.
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