Le bout-dehors, cet espar horizontal saillant à l'avant d'un voilier, est bien plus qu'une simple extension structurelle. Sa fonction première est de fournir un point d'amure avancé pour différentes voiles, optimisant ainsi leur performance et facilitant les manœuvres. Qu'il s'agisse de hisser un spi asymétrique, un gennaker ou un code zéro, le bout-dehors est devenu un élément central de la configuration de nombreux voiliers contemporains.
L'intérêt pour l'installation d'un bout-dehors peut naître de raisons très pratiques, comme la volonté d'améliorer la facilité des manœuvres à bord. Par exemple, pour des raisons de facilité de manœuvres, l'installation d'un spi asymétrique est souvent envisagée. Cependant, cette ambition se heurte parfois à des contraintes physiques inhérentes à la conception du bateau. Le problème, dans certains cas, peut être lié à la forme de la cadène avant, souvent intégrée au balcon, ainsi qu'à la baille de l’ancre qu’il est impératif de ne pas condamner. Ces obstacles nécessitent de pouvoir envisager un bout-dehors facilement démontable, mais également à un prix réduit pour beaucoup d'amateurs éclairés. De plus, une exigence fréquente est que l’amure de la voile passe à l’intérieur de la structure du bout-dehors pour une esthétique et une fonctionnalité optimales.
Conception et Réalisation d'un Bout-dehors Démontable : L'Approche Innovante
La création d'un bout-dehors répondant à ces défis spécifiques nécessite une ingéniosité particulière. Une solution élaborée par un passionné de voile illustre parfaitement comment concilier fonctionnalité, coût maîtrisé et intégration. Ce projet a consisté à maintenir le bout-dehors par une bague avant basculante, complétée par une bague arrière fixe sur le pont. L'ensemble a été intelligemment décalé du tube central du balcon et du taquet central d’amarrage, garantissant ainsi l'accessibilité à la baille de l'ancre et la liberté du balcon. La solidité de l’ensemble, fruit d'une conception minutieuse, ne nécessitant pas de barbe de renfort additionnelle, témoigne de l'efficacité de cette approche.
Pour sa construction, un mât de planche à voile en carbone a été choisi, notamment pour sa légèreté et sa résistance intrinsèque. Pour en renforcer la structure et assurer une durabilité accrue, il a été doublé à l’intérieur, la pièce étant collée à la résine. La particularité de ce mât profilé est qu'il était aisé, sur sa longueur, de trouver deux sections différentes emboîtables, une caractéristique précieuse pour l'assemblage et le renforcement. Le mécanisme de mise en place de ce bout-dehors démontable est d'une simplicité et d'une efficacité remarquables. Il suffit de basculer la bague avant vers l’avant, d’introduire le bout-dehors dans cette bague par l’arrière, puis de le glisser suffisamment vers l’avant. Ensuite, on rebascule l'ensemble vers le bas pour l'introduire dans la bague arrière. Le bout-dehors est alors reglissé vers l’arrière jusqu’en butée du renfort résiné blanc (identifié par la référence 2 dans la description originale) et il est bloqué dans cette position à l’aide d'un bout bleu (identifié par la référence 1). Cette méthode assure une installation rapide et sécurisée, tout en permettant un démontage tout aussi aisé lorsque le bout-dehors n'est pas utilisé, libérant ainsi l'avant du bateau.
Les Différentes Approches pour l'Installation d'un Bout-dehors
Au-delà des solutions sur mesure et des projets personnels, le marché offre une gamme variée de bout-dehors, chacun adapté à des besoins et des budgets spécifiques. Les contraintes d'intégration, de performance et d'esthétique dictent souvent le choix du système.
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Une des options les plus abouties est la conception et l'installation d'un bout-dehors sur mesure par un chantier de refit qualifié. Cela garantit un résultat propre et professionnel, permettant une personnalisation complète, tant sur le plan fonctionnel qu’esthétique. Ces bout-dehors peuvent s'intégrer parfaitement à la ligne du bateau et à ses systèmes d’accastillage existants. Par exemple, certains modèles ont été personnalisés pour intégrer un ancrage, démontrant la flexibilité de cette approche.
Une autre solution courante, particulièrement appréciée sur les petits bateaux de sport, implique l'utilisation d'un tube en carbone ou en aluminium disponible sur étagère. Moins onéreux qu’un bout-dehors entièrement sur mesure, ce type d'installation représente néanmoins un chantier important pour un constructeur professionnel lors d’un retrofit, nécessitant des ajustements et une intégration précise à la structure du pont.
La progression naturelle par rapport à des options plus complexes est l'ajout simple d'un bout-dehors directement sur le pont avant. Un avantage majeur de ces systèmes est leur facilité de montage, permettant de sortir ou de rentrer le bout-dehors selon les besoins. Cependant, cette méthode présente quelques inconvénients. Il est souvent difficile de trouver un passage dégagé sur le pont avant, en contournant l’étai et tout l’équipement de mouillage. De plus, ces bout-dehors occupent une place non négligeable sur le pont une fois rentrés et sont généralement considérés comme l’option la moins esthétique.
Une alternative ingénieuse pour pallier les problèmes des systèmes sur pont est le bout-dehors Trogear en A. Conçu spécifiquement pour une installation relativement simple, même pour des amateurs, il peut être rétracté (relevé) lorsqu’il n’est pas utilisé, ou retiré complètement, à l'instar des bout-dehors en traversée de coque ou sur pont. Bien que l’idée de percer un trou dans l’étrave puisse sembler contre-intuitive pour beaucoup de marins, l’installation est en réalité relativement simple. Le facteur limitant de cette méthode d’installation est la présence éventuelle d’un emmagasineur sous le pont ou d’une autre structure dans la zone d’étrave ; dans de tels cas, des fixations externes peuvent être envisagées comme solution.
Le Retour en Force d'un Espar Historique
Historiquement, le bout-dehors, souvent appelé beaupré, trustait les étraves de tous les navires à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Il était alors une pièce maîtresse, comme l'illustrent de nombreuses œuvres littéraires et historiques. Jules Verne, par exemple, dans ses récits maritimes, décrit comment ce mât - un bout-dehors de beaupré - pouvait provenir des débris d'un navire après un naufrage, soulignant son importance structurelle. Marc Elder mentionne des scènes où le bout-dehors rompu est une avarie significative lors d'événements maritimes intenses, tandis que Marcel Schwob évoque l'apparition au loin d'un bout-dehors de vaisseau. Ces descriptions soulignent que cet espar était un élément essentiel, non seulement pour la tenue des voiles, mais aussi pour l'esthétique générale des bateaux, leur donnant une fière allure avec leur longue silhouette dont le bout-dehors dépasse la coque. Ouest-France rapporte également des finalisations de cloisons et la pose du bout-dehors comme une pièce servant à gréer des voiles à l'avant du navire.
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Cependant, cet espar a peu à peu disparu au fil du temps, avant de revenir en force depuis une vingtaine d’années. Sur nos multicoques de croisière, il a d’abord fait sa réapparition sur des unités performantes, où il permettait d’avancer le centre vélique des voiles d’avant, un atout majeur pour la vitesse. Mais la géométrie des récents plans de voilure lui redonne aujourd'hui toute sa justification sur des croiseurs de grande production, même les plus placides. La petite pièce métallique vissée sur l'avant de la coque, juste au-dessus du bout-dehors, fixe l'étai, ce câble qui sert à maintenir le mât vers l'avant, illustrant la coordination des éléments pour la stabilité et la performance du gréement.
L'Impératif Moderne : Adaptation aux Plans de Voilure
Avec les plans de voilure actuels, le bout-dehors est devenu incontournable. Ce changement s'explique par l'évolution des voiles d'avant et des exigences de performance. De manière générale, les génois ont perdu du recouvrement afin de faciliter les virements de bord, devenant même parfois autovireurs sur de nombreux voiliers de croisière. Cette évolution, bien que bénéfique pour la simplicité de manœuvre, a un revers : même quand le mât a été reculé - comme sur certains modèles très récents -, la puissance des génois ne suffit plus aux allures débridées, au petit largue et au travers.
Dans ces conditions, un gennaker ou un Code D devient indispensable pour tenir une bonne moyenne. Or, si cette voile puissante est enroulée juste devant le bord d’attaque du génois (ce qui est le cas le plus fréquent sur un bateau de croisière), cela perturbe grandement les entrées d’air au guindant, faisant chuter drastiquement le rendement de celui-ci. De même, quand le génois est enroulé, il perturbe inévitablement le gennaker. La solution la plus simple et la plus efficace consiste donc à éloigner le point d’amure de ces deux voiles, et c'est là que le bout-dehors entre en jeu. Chez Upffront, les experts du gréement parlent beaucoup des voiles asymétriques et des code zeros, et à juste titre, car ce sont précisément ces voiles qui tirent le plus grand parti d'un bout-dehors.
Les Avantages Multiples du Bout-dehors pour la Performance
Les avantages d'un bout-dehors bien intégré sont alors nombreux et significatifs pour la performance et le confort en navigation.
En premier lieu, la surface des voiles de portant peut être augmentée d’autant que la bordure va être plus grande. En avançant le point d'amure, le bout-dehors permet d'utiliser des voiles plus grandes, captant ainsi davantage de vent et générant plus de puissance. Ce gain de surface est crucial pour les allures portantes, où chaque mètre carré de voile compte pour maintenir une bonne vitesse.
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Ensuite, un positionnement décalé des voiles garantit que les voiles ne se gênent plus et les écoulements d’air sont parfaitement laminaires. La perturbation aérodynamique entre les voiles est minimisée, assurant une meilleure efficacité de chaque élément du gréement. Mais on peut aussi les faire travailler ensemble, ce qui est très efficace au petit largue en créant un effet Venturi entre les deux. Cet effet d'accélération du flux d'air entre deux voiles permet d'accroître la portance et la puissance générée, propulsant le bateau avec une efficacité accrue.
Enfin, pour les allures plus abattues, le bout-dehors a pour effet crucial d’éloigner le bord d’attaque du spi asymétrique. Cette distance supplémentaire permet de descendre facilement 10° supplémentaires par rapport à un spi amuré sur la poutre avant, une différence considérable en termes de cap. Grâce à cette avancée, il est possible de naviguer facilement jusqu’à 150-155° du vent apparent, optimisant ainsi les trajectoires au portant et réduisant les empannages nécessaires pour atteindre la destination.