Le Fonctionnement des Vagues Artificielles de Surf : Une Analyse Approfondie

En février 2025, le monde du surf professionnel s'est réuni pour une compétition hors du commun, intégrée au championnat mondial de surf. La World Surf League a choisi une destination surprenante : les Émirats arabes unis, plus précisément un tout nouveau complexe de piscines à vagues artificielles [1]. Ce lieu, Surf Abu Dhabi, inauguré en octobre 2024 sur l'île d'Hudayriyat, est considéré comme le plus grand parc de surf artificiel au monde. Cette initiative met en lumière l'évolution du surf moderne et son rapport ambivalent avec ses origines ancestrales.

Les Origines du Surf et son Évolution

Le surf, tel qu'il a été décrit à la fin du XVIe siècle par l'anthropologue espagnol Fray José de Acosta dans son ouvrage Histoire naturelle et morale des Indiens [3], était initialement un support à l'activité de pêche des peuples indigènes du Pérou. Au XVIIIe siècle, il acquiert une dimension sacrée, permettant une ascension sociale au sein des communautés hawaïennes et polynésiennes. Duke Kahanamoku, nageur médaillé olympique hawaïen, est considéré comme le père du surf moderne. Il contribue à populariser ce sport à l'échelle mondiale, notamment grâce à sa carrière à Hollywood.

Les années 1960 marquent la naissance d'une identité forte autour du surf, influencée par la musique, le cinéma et une culture spécifique. Les planches en bois traditionnelles sont progressivement remplacées par des planches en polyuréthane, un dérivé du pétrole. Face à cette popularité croissante, le surf tente de se développer loin des côtes, avec l'émergence de la première génération de piscines dédiées aux États-Unis, au Japon et en France, à Étampes.

L'Émergence des Piscines à Vagues Artificielles

Les années 2000 voient l'arrivée des piscines à vagues dites statiques ou flowriders [5]. Ces bassins de petites dimensions (environ 15 mètres sur 10 mètres, avec un volume de 160 m³) projettent de l'eau à forte puissance sur un plan incliné, créant ainsi une vague statique. Cette vague permet aux pratiquants d'évoluer sur un bodyboard ou un flowboard, offrant des sensations similaires au surf, au snowboard, au skateboard et au wakeboard.

En 2015, après dix ans de recherche, la première structure offrant des vagues artificielles dynamiques, aussi appelée surf-park, voit le jour. Imaginée par Kelly Slater, cette installation est une structure gigantesque construite dans le désert californien, s'étendant sur dix hectares. Des investissements financiers de l'ordre de 30 millions de dollars sont nécessaires pour concevoir, développer et construire cette piscine.

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Jusqu'à la vague de Kelly Slater, ce type de structure était considéré comme fictif. Malgré sa démesure et un impact environnemental évident, la construction du multiple champion du monde séduit l'écosystème du surf : pratiquants, industrie, médias. Il devient alors envisageable de surfer au milieu du désert californien ou sur une île artificielle des Émirats Arabes unis. L'idée de voir se dérouler des compétitions internationales dans ces milieux artificiels suscite cependant des réserves.

Impacts Environnementaux et Accessibilité du Surf

Le Global Footprint Network [12] mesure une empreinte écologique par habitant de 8,7 hag (hectare global) en 2022 pour les Émirats arabes unis, les plaçant au troisième rang des pays les plus pollueurs. Ce classement est confirmé par leur croissance démesurée du PIB de +7,9% en 2022 et +3,4% en 2023 (contre +2,5% en 2022 et +0,7% en 2023 pour la France) selon les données de la Banque mondiale [13].

Les piscines à vagues peuvent-elles être une solution pour réduire les impacts environnementaux liés à la mondialisation du surf ? L'International Surfing Association [14] estime qu'il y a près de 35 millions de surfeurs dans le monde, avec des spots de surf répartis dans le Pacifique (Hawaii, Tahiti, Fidji), l'Atlantique (France, Portugal, Espagne, Irlande) et l'Océan Indien (Australie, Indonésie).

L'accessibilité des transports aériens permet aux surfeurs amateurs de voyager facilement et rapidement à la recherche de nouvelles vagues. Cependant, un vol aller-retour Paris / Bali représente 4,45 tCO2 eq (source : simulateur Goodplanet [15]). Les surf-parks apparaissent alors comme une solution pour réduire l'empreinte carbone du surfeur-voyageur tout en offrant aux pratiquants vivant loin de l'océan la possibilité de surfer.

Michael Mohr, cofondateur du surf-park Surftown [16], ouvert près de l'aéroport de Munich, met en avant cette accessibilité : « Nous tablons sur 200.000 visiteurs par an, qui pourront ici s'entraîner toute l'année près de la maison ». Cependant, en dix ans, seulement une vingtaine de surf-parks se sont implantés dans le monde [17], ce qui peut sembler peu compte tenu du nombre de pratiquants. Cela s'explique notamment par des investissements conséquents.

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Coûts et Communication Autour des Surf-Parks

Aux investissements initiaux, il faut ajouter les coûts liés à la consommation d'eau et d'énergie. Ces budgets peuvent osciller entre 200 millions d'euros et 2 milliards d'euros pour des projets de grande envergure, comme celui de 167 000 m² en Corée du Sud [18]. La communication devient alors essentielle pour attirer les investisseurs et convaincre l'opinion publique. Les promoteurs font appel à des influenceurs, comme Pharrell Williams, qui soutient le projet Atlantic Park prévu en 2025 à Virginia Beach aux États-Unis.

Du point de vue énergétique, les solutions mettent en avant l'utilisation de sources vertes et renouvelables. Surftown se présente comme une installation autosuffisante à 80% en énergie, grâce à des énergies renouvelables telles que le solaire et l'éolien. L'énergie géothermique est également utilisée pour le refroidissement et le chauffage.

La question de l'eau est au cœur de la communication des concepteurs. L'exploitation en circuit fermé est un argument courant, mais la provenance et le traitement de l'eau restent des facteurs de différenciation. Les études d'impact prévues en 2025 et 2026 sur le lac de Créteil et au Futuroscope devraient éclairer sur les réels impacts de ces concepts.

Wavegarden utilise la récupération d'eaux de pluie et naturelles (puits, lacs, rivières) pour alimenter ses piscines. Selon l'entreprise, « aucune vidange ou remplissage n'est nécessaire, sauf pour compenser les pertes par évaporation. Comme l'eau n'a pas besoin d'être renouvelée, l'eau n'est pas perdue ». Cependant, en 2018, un décès a été constaté au Texas à la suite d'une intoxication à l'amibe mortelle dans une piscine de surf. En France, la réglementation de la baignade artificielle en bassin fermé est plus stricte et prévoit une à deux vidanges sanitaires par an selon les agences régionales de la santé [21]. Une accélération de l'évaporation pourrait quadrupler le volume d'eau annuel, ce qui représenterait, selon le Sispea (Observatoire national des services d'eau et assainissement) [22], l'équivalent de la consommation annuelle en eau domestique de 4500 personnes.

Sur le plan énergétique, le bilan est extrêmement énergivore. Wavegarden annonce une consommation de 455 kWh pour une session d'une heure, se présentant comme la solution la plus frugale du marché grâce à un haut rendement énergétique couplé à du photovoltaïque.

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La politique d'artificialisation des sols est également critiquée. Sur l'ensemble des sites opérationnels du fabricant espagnol, seulement 15% ont fait l'objet d'une réhabilitation de sites inutilisés, comme à Sydney avec la réutilisation d'équipements sportifs olympiques et la réutilisation d'anciens sites en Écosse (ancienne carrière) et au Pays de Galles (ancienne aciérie).

Enfin, dans l'exercice consistant à comparer l'émission de GES entre les pratiques en milieux artificiels et naturels, Wavegarden omet de nombreux éléments sur le scope 3, tels que les GES émis pour la conception et la fabrication de la piscine, ainsi que les émissions liées aux déplacements des utilisateurs. Cette opération de greenwashing est assumée sur son site internet [24].

Oppositions et Alternatives

Face à ces projets controversés, des oppositions s'organisent pour lutter contre l'installation des surf-parks, notamment en France. À Sevran [25], un projet a été abandonné en 2021 à la suite d'une consultation citoyenne, car il était considéré comme trop gourmand en eau et en énergie. L'association Environnement 93, à la tête de la mobilisation à Sevran, déclare que le projet se basait sur la réutilisation d'eau pluviale, mais que les études montraient qu'il faudrait pomper dans la nappe phréatique et utiliser de l'eau potable pour l'alimenter. En Gironde, un projet visant à réhabiliter une friche industrielle en partie artificialisée de 3,6 hectares pour y créer un surf park [28] a été stoppé après l'annulation du permis de construire par le tribunal administratif de Bordeaux. Le terrain était répertorié dans la base de données des sites et sols pollués BASOL [29] en raison de la présence de substances chimiques telles que l'arsenic, le chrome, le cuivre, le nickel, le plomb, le zinc et les hydrocarbures.

La place des concertations nationales est renforcée par la loi Climat et Résilience de 2021, qui vise un objectif de zéro artificialisation nette d'ici 2050 [30], ainsi que par les règles sanitaires des Agences Régionales de Santé et le plan de sobriété énergétique du sport dévoilé en octobre 2022 [31], dont l'objectif est de réduire de 10 % la consommation d'énergie du secteur sportif pour 2024, et de 40% d'ici 2050. De nombreux autres projets de complexes sportifs de piscines à vagues, comme à Lacanau (Wavegarden), Libourne (Okahina), Poitiers-Futuroscope (Okanina), Castets (Wavelandes), sont au point mort ou ont été définitivement abandonnés.

C'est hors des frontières françaises que les surf-parks réussissent à voir le jour, dans des contrées où les intérêts écologiques sont minimisés : États-Unis, Émirats arabes unis, Corée du Sud, Brésil. L'Australie, réputée comme une nation forte du surf mondial, s'est munie de plusieurs installations (Queensland, Melbourne et Sydney). La promotion réalisée par les surfeurs professionnels australiens peut laisser perplexe sur la bonne compréhension des enjeux climatiques et environnementaux, en raison de la place prépondérante de l'exploitation du charbon, du gaz naturel et des mines dans l'économie du pays.

Sur l'aspect social, les surf-parks divisent également. Destinées initialement à rendre accessible le sport à un plus grand nombre, les tarifs d'entrée de l'ordre de 60 €/heure représentent un frein indiscutable à l'accessibilité. Surfer dans l'océan n'engendre aucun coût supplémentaire à celui du matériel et du déplacement. Une session dans une piscine à vagues transforme le surf en une pratique élitiste. Kelly Slater privilégie d'ailleurs un positionnement premium en ne réservant l'accès à son 'Ranch' qu'à des surfeurs sélectionnés, aux marques et à la WSL pour l'organisation de compétitions ou d'évènements prisés.

La médaille d'or de Kauli Vaast aux JO 2024 de Paris pourrait raviver le débat autour de la construction du premier surf park en France. Les exploits du Tahitien sur le spot de Teahupoo pourraient inciter de nombreux jeunes à s'initier au surf. Mais peut-on accepter ce désir d'artificialiser certaines pratiques au détriment de la planète ?

L'ultime question à se poser est de savoir si un surfeur est vraiment « au paradis » lorsqu'il surfe une vague artificielle, entouré d'immeubles, de voitures et de commerces. Le surf devient alors un objet de consommation, éloigné de son ADN originel. Heureusement, une prise de conscience commence à émerger afin de contrebalancer cette image consumériste. Des entreprises comme Notox essaient de réintroduire une fabrication plus durable de planches de surf à partir de matériaux bio-sourcés, issus du recyclage ou de ressources renouvelables comme la fibre de lin, du hêtre blanc ou du liège [36]. Les combinaisons ont également trouvé des alternatives au néoprène classique, grâce au caoutchouc naturel, issu de l'hévéa.

Le Surf Indoor : Une Alternative Urbaine

Le surf indoor, également appelé surf en salle, est une pratique qui permet de surfer en intérieur grâce à une technologie nommée Flowrider. Cette technologie crée une vague statique modulable, idéale pour apprendre à surfer ou pour s'entraîner à des figures et des manœuvres spécifiques, loin de l'océan.

Wave in Paris, situé au cœur du 15ème arrondissement de Paris, est un complexe de vague statique indoor. Cette activité mêle les sensations du surf, du snow, du skate et du wakeboard. Le système permet de surfer jusqu'à 30 fois la vague par personne lors d'une session d'une heure.

Les surf parcs indoor ne datent pas d'hier, car depuis les années 70 et 80, plusieurs piscines à vagues artificielles ont été construites en Floride, en Arizona, au Texas et en Californie. Aujourd'hui, de nombreux pays accueillent ces installations, comme l'Italie, l'Espagne, la Malaisie et l'Australie.

Wave in Paris se présente comme un établissement éco-responsable, avec une isolation thermique et phonique, un circuit d'eau fermé et une électricité verte fournie par l'entreprise française Planète OUI. L'objectif est de rendre le surf accessible au plus grand nombre, sans contrainte de localisation ou de saison. La vague artificielle est accessible avec sa propre planche ou en location, et des cours pour débutants sont disponibles avec des instructeurs qualifiés.

Le complexe parisien comprend des équipements dédiés au surf et à son univers, avec la pratique du Flowboard et du Bodyboard sur la vague artificielle modulable.

Wavegarden : Une Technologie Révolutionnaire

Depuis sa création en 2005 par Josema Odriozola et Karin Frisch, Wavegarden a transformé le paysage du surf en proposant une alternative aux conditions naturelles. Cette entreprise espagnole a conçu des vagues artificielles aux qualités et aux dimensions parfaites pour les surfeurs de tous niveaux, grâce à un système breveté.

Wavegarden est capable de produire des vagues d'une hauteur allant de 0,50 à 2,40 mètres, avec une précision inégalée. La technologie repose sur une série de plates-formes mobiles immergées créant une poussée sous l'eau pour générer des vagues qui se forment de manière régulière. Cette avancée a permis à Wavegarden de créer des "surfparks" dans le monde entier.

Glassy House : Apprendre et Se Perfectionner

La pratique du surf dans des lieux insolites est de plus en plus populaire. Les premières vagues artificielles sur la terre ferme ont ouvert leurs portes au début des années 1990. Glassy House permet d'apprendre à surfer ou de se perfectionner grâce à une fine pellicule d'eau et une vague immobile.

La vague artificielle de The Glassy House est idéale pour apprendre les bases du surf. Elle permet de vivre les premières sensations de glisse sans avoir à s'épuiser pour aller chercher la vague. Les conditions climatiques ne permettent pas toujours de surfer en extérieur, mais à The Glassy House, la vague artificielle est toujours constante, avec une eau chauffée à 28 °C.

Cette constance permet aux surfeurs de progresser plus vite, développer une nouvelle technique. Néanmoins, il ne faudrait pas s'accoutumer à la facilité. La pratique du surf en intérieur doit être complémentaire de sorties en extérieur.

Le Wave Surf : Une Combinaison de Sports de Glisse

Le phénomène du wave surf connaît un essor dans de nombreuses villes françaises. Grâce à la vague artificielle, il est désormais possible de pratiquer le surf en salle, sur une vague statique. Le wave surf offre la possibilité de surfer tout au long de l'année, sans avoir à se rendre à la mer. Le concept consiste à surfer sur un simulateur de vague, qui génère une vague artificielle sur laquelle les utilisateurs peuvent glisser avec une planche de surf. Cette pratique peut être réalisée en intérieur ou en extérieur.

Le wave surf a été lancé en 2015 par Kelly Slater avec sa wave pool, le Surf Ranch. Ce concept s'est démocratisé et de nombreuses machines sont capables de reproduire des vagues statiques. Le wave surf est une combinaison de skateboard, de surf et de snowboard, et il offre la possibilité de s'initier au surf en toute sécurité.

Vagues Artificielles dans le Monde

Il existe plusieurs vagues artificielles dans le monde, notamment :

  • Kobe Reyes - Japon : Une vague artificielle idéale pour les débutants, permettant l'apprentissage du surf et des virages de base.
  • Xing Feng Extreme Sports Center - Chine : Une vague artificielle avec un rail de train qui passe au milieu du bassin pour générer les vagues des deux côtés.
  • Sunway Lagoon - Malaisie : Un parc aquatique avec le Surf Beach, la plus grande piscine de surf au monde, et le FlowRider, un simulateur de surf.
  • Urbnsurf - Melbourne, Australie : Une installation avec six réglages de vagues différentes, des cours disponibles et des vagues pour tous les niveaux.
  • Surf Lakes, Yeppoon - Australie : Une vague artificielle avec un piston au cœur de la technologie 5 waves, générant plus de 2000 vagues par heure.
  • Vallée des vagues, Sun City - Afrique du Sud : Une vague artificielle au milieu de la savane tropicale africaine.
  • The Surf Ranch, Lemoore California : Une vague artificielle de Kelly Slater.

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