L’espace et sa fonction, qu’il s’agisse d’un jardin urbain au cœur de Paris ou du territoire rural d’une paroisse tarnaise, constituent les deux pôles d’une réflexion sur la permanence des lieux. À travers l’évolution des usages - qu’il s’agisse de l’installation éphémère de la FIAC (Foire Internationale d’Art Contemporain) dans le Jardin des Tuileries ou de la vie séculaire du château et de l’église de Fiac - se dessine une cartographie de la mémoire collective, où la pierre, le bois et le métal deviennent les témoins d’une mutation constante entre passé archéologique et création actuelle.
La stratification historique du site de Fiac : de la motte féodale au domaine des Marianistes
Le site de Fiac, ancré dans le paysage tarnais, offre un exemple saisissant de sédimentation historique. Sur son tertre, à 257 m, se dressait une bâtisse de bois entourée de fossés maintenant comblés, remplacée plus tard par le château d’Affiaco, mentionné en 1203. Ce château fort qui se trouvait place du château d’eau fut détruit lors du ministère de Richelieu, mais il en subsistait une chapelle souterraine hypogée. Les racines médiévales du site sont profondes ; des souterrains ruraux, avec ou sans silos, ont été découverts sur plusieurs sites, apparaissant au cours du XIIe siècle.
L’identité de Fiac a également été forgée par des soubresauts religieux et politiques. À partir de 1567, Fiac, protestant, résistera aux catholiques mais s’inclinera en 1606. C’est durant le XVIIe siècle que furent construites les églises de St-Ferréol au village et de St-Pierre de Brazis. Le château médiéval se trouvait lui, sur la motte féodale, au lieu-dit actuellement « la Ville », place du Château d’eau. Plus tard, la congrégation des Marianistes fut l’avant-dernière propriétaire et le château devint l’Institut Chaminade de Fiac. Les Marianistes (ou la Société de Marie) est une congrégation religieuse catholique masculine fondée le 2 octobre 1817 à Bordeaux par le prêtre Guillaume Joseph Chaminade (1761-1850). Le château, qui porte son nom, fut un collège privé catholique puis une maison de retraite pour les frères et prêtres de la congrégation. En collège ou maison de retraite, les Marianistes ont toujours très activement participé à la vie de la commune, de la paroisse et rendu de nombreux services, bénévolement, à ses habitants. Les retraités derniers occupants accueillirent plusieurs fois des artistes en résidence dans le cadre de l’AFIAC : « Un artiste chez l’habitant ».
La résilience du patrimoine religieux : le cas de l’église de Fiac
Au sein de ce paysage, l’église paroissiale témoigne d’une adaptation constante aux besoins et aux matériaux locaux. Cette paroisse était sur ce qu’on appelle le Montmoure ; c’est un nom qui a disparu maintenant mais l’espace s’étend au lieu-dit Les Sabos au Pech, en Aribaut et même derrière. L’inscription de 1718 marque une réfection et un agrandissement d’un édifice dont les origines restent incertaines. Après la Révolution, les gens de Fiac ont dit « il faudrait à Fiac une église plus grande ». En 1820, les gens d’ici ont fait une pétition pour que l’on retrouve un vicaire qui dépendrait de Fiac car, à l’époque, il y avait une maison pour le prêtre.
La construction de l’édifice révèle l’usage opportuniste des ressources naturelles. Cette église a été construite en plusieurs fois, avec des pierres de toute la région. Vous avez de la très belle pierre blanche des carrières du Prône à St Martin. Ces grandes pierres blanches, elles ne bougent pas, c’est de la pierre solide. C’est de la pierre merveilleuse. Par contre, il y a des grès gris, dont tout le monde s’est servi dans le pays. De la pierre rose a été utilisée pour construire le château. Elle est très jolie par sa couleur mais elle a un défaut : elle gèle l’hiver, l’eau rentre et cela éclate.
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Les défis de conservation furent constants. Dans les années 1950, le clocher a menacé de s’effondrer. Une partie du porche a été refaite en 1964 parce que tout l’angle s’était complètement effondré. En 2012, on a « attaqué » l’intérieur en abandonnant l’idée de refaire les plâtres car ils entretenaient une humidité épouvantable dans l’église. On a décidé d’enlever les plâtres, de faire respirer cette chapelle. Il faut savoir que pour la commune, l’entretien d’une église, c’est une charge mais c’est aussi du patrimoine. Il faut surtout que nos communes gardent ce patrimoine, c’est une richesse future.
L’évolution des Tuileries : des tuiles royales au Salon de plein air
Si Fiac garde les traces de son passé, le Jardin des Tuileries, à Paris, est un lieu où l’histoire se réinvente sans cesse. Le nom même du jardin, « Tuileries », souligne sa fonction originelle : c’est là que se trouvaient les fabriques de tuiles nécessaires à la construction du Palais du Louvre. En 1564, Catherine de Médicis s’implique personnellement dans la création de ce qui va devenir le Jardin des Tuileries. S’y trouvait également une résidence, à 500 mètres à peine du Louvre.
L’histoire des Tuileries est plus mouvementée que vous ne l’imaginez ! Au lendemain de la Révolution française, ce lieu fut effectivement le théâtre d’événements tumultueux. Plus étonnant peut-être, le 22 septembre 1900, les Tuileries ont été le théâtre d’un événement festif : un banquet somptueux pour accueillir pas moins de 22 965 maires venus de tous les horizons. Les chaises du Jardin des Tuileries sont peut-être encore plus connues que le jardin en lui-même. D’un joli vert d’eau, elles décorent le jardin et sont à disposition des passants. Cette étonnante mise à disposition date du XIXe siècle, et plus particulièrement de 1843.
La FIAC et les Tuileries : une architecture de l’éphémère
La FIAC (Foire Internationale d’Art Contemporain) a longtemps investi ces espaces, transformant la large allée bordant la rue de Rivoli en une sorte de salon en plein air. Selon l’adage « Big is beautiful », les œuvres colossales y ont la place du roi. Il s’agit essentiellement de projets architecturaux : le designer Ron Arad (Revolution Precrafted), l’utopiste Jean Prouvé, et Jean Nouvel (Revolution Precrafted), qui renonce ici au gigantisme pour dévoiler une toute petite bicoque qui a l’air toute chose sur fond d’immeubles haussmanniens.
L’art contemporain aux Tuileries propose des rencontres troublantes avec des formes qui questionnent notre rapport à l’espace public. Une sculpture de l’artiste Julien Tiberi présente un groupe constitué de différents personnages, hommes, femmes et enfants, réunis autour de quelque chose qui semble attirer leur attention. Le spectateur peut avoir l’impression d’être dans une position de voyeuriste, d’intrus face à ce groupe intime.
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Parallèlement, les sculptures « Les Géants » de Jacques Julien, en aluminium peint, rappellent des cages de football ou des panneaux de basket, tout en revêtant un caractère mystique. Ces personnages sont une reconstitution de notre imagination, ce qu’on appelle une « paréidolie » qui permet d’associer quelque chose à une forme identifiable. Ces sculptures blanches créent un contraste avec les sculptures noires de Germaine Richier, « L’Echiquier, Grand », réalisées en 1959.
La question de la limite entre art et architecture est également posée par l’œuvre « Deci » de l’agence Pezo Von Ellrichshausen. Cette colonne en bois, un monolithe de 7,50m, est évidée au centre et dispose de 10 fûts octogonaux. Est-ce une sculpture ou une architecture ? Le rapport est ambigu, mais si l’on considère cette œuvre du point de vue fonctionnel, puisqu’elle n’a pas de fonction pratique, c’est plutôt une sculpture. Du point de vue structurel, cette œuvre est au contraire une architecture puisqu’elle a une ossature.
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