Trophée Jules Verne : L'Ascension Inégalée de Thomas Coville et le Record Historique du Sodebo Ultim 3

Le Trophée Jules Verne, symbole ultime de la circumnavigation à la voile, continue d'écrire son histoire à travers des exploits maritimes qui repoussent sans cesse les limites de l'endurance humaine et de l'ingénierie navale. Ce défi, inspiré par l'imaginaire du célèbre romancier français, a été le théâtre d'une nouvelle page légendaire, marquée par la victoire retentissante de Thomas Coville et de son équipage à bord du maxi-trimaran Sodebo Ultim 3. Leur performance exceptionnelle a non seulement abaissé le record du tour du monde sans escale, mais a également illustré la persévérance d'un skipper chevronné et la fiabilité croissante des multicoques de nouvelle génération.

La Conquête du Trophée Jules Verne par Thomas Coville et Sodebo Ultim 3

Ce dimanche 25 janvier, Thomas Coville, âgé de 57 ans, et ses six membres d’équipage ont bouclé au large de Brest un tour du monde sans escale qui restera gravé dans les annales. Ils ont franchi la ligne d’arrivée, située entre le phare de Créac’h sur l’île d’Ouessant et le phare de Lizard Point en Angleterre, peu après 7 h 45, à 7h46 (GMT+1) pour être précis, s'adjugeant ainsi le prestigieux Trophée Jules Verne. Leur temps final est de 40 jours 10 heures 45 minutes et 50 secondes, établissant un nouveau record du monde. Cette performance pulvérise de 12 heures et 44 minutes la précédente marque détenue par Francis Joyon.

Coville et ses équipiers sont désormais reconnus comme les navigateurs ayant tourné le plus rapidement autour de la planète. Le skipper, après une carrière riche en défis et en records, détrône Francis Joyon, qui, en janvier 2017, avait mis 40 jours 23 heures 30 minutes sur le trimaran Idec Sport avec cinq coéquipiers. Cette victoire représente le troisième Trophée Jules Verne remporté par Thomas Coville, mais c'est le premier en tant que skipper à part entière, un accomplissement qui marque l'aboutissement d'une quête de longue haleine.

Le départ de cette tentative historique avait été donné à Brest, le 15 décembre. Les sept marins, dont Benjamin Schwartz, Frédéric Denis, Pierre Leboucher, Léonard Legrand, Guillaume Pirouelle et Nicolas Troussel, ont parcouru 28 315 milles nautiques, soit 52 440 kilomètres, à une vitesse moyenne impressionnante. Pour battre le record, les marins devaient impérativement couper la ligne avant 20h31 ce dimanche. Mission accomplie avec brio, malgré les dernières heures perturbées par la tempête Ingrid, qui a ralenti le maxi-trimaran Sodebo Ultim 3. L'équipage a été accueilli dans une ambiance festive lors de son arrivée vers 13 heures au port de Brest, où l'attendaient de nombreux passionnés et supporters.

Le Déroulement d'un Record Historique

Le parcours du Sodebo Ultim 3 autour du monde a été jalonné de performances remarquables. Le maxitrimaran, d'une longueur de 32 mètres, est parvenu à maintenir une vitesse moyenne très élevée de 29,17 nœuds, soit environ 54 km/h. Cette constance a permis de faire tomber une référence chronométrique que beaucoup croyaient presque intouchable, celle établie par Francis Joyon et ses cinq équipiers en janvier 2017 à bord d’Idec-Sport (31,5 mètres). Il aura fallu neuf ans et une dizaine de tentatives, impliquant des bateaux de plus en plus modernes et rapides, pour que ce record soit finalement battu.

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Thomas Coville a exprimé son immense satisfaction et son émotion à l'arrivée : « On a enfin réussi à réaliser l’objectif dont on rêvait depuis tant d’années. C’est la première fois qu’un bateau volant fait le tour de la planète sans escale, faire ça en quarante jours c’est complètement affolant. » Il a également souligné la singularité de son projet : « C’est un bateau atypique, une écurie atypique. J’aime dire qu’on est des zinzins. Ce résultat c’est la reconnaissance de tout un travail de préparation en amont. C’est l’aboutissement d’une carrière. »

Le tour du monde s'effectue d'est en ouest, sans assistance et sans escale, sur une distance théorique de 40 300 kilomètres, en passant par les caps de Bonne Espérance (Afrique du Sud), Leeuwin (Australie) et Horn (Chili). Une cellule de routage à terre apporte un soutien crucial en fournissant des informations météorologiques et des conseils stratégiques. Durant cette traversée, le Sodebo Ultim 3 a non seulement battu le record final, mais a également signé de belles performances lors des passages intermédiaires, témoignant de la détermination et de l'efficacité de l'équipage.

Les défis rencontrés furent nombreux. Outre les caprices météorologiques, dont la tempête Ingrid qui a marqué les dernières heures de navigation, l'équipage a dû faire face à des avaries matérielles. Parmi les problèmes à déplorer durant les quarante jours de vol, il y a eu une avarie sur la grand-voile d’avant à la mi-janvier et l’arrachage du casque du safran tribord dans les dernières heures du record. Ces incidents soulignent la résilience de l'équipage et la robustesse du bateau, prouvant qu'un Ultim volant de nouvelle génération est désormais suffisamment fiable pour réaliser le tour du globe sans escale. Thomas Coville et ses hommes l’ont prouvé, bien aidés par un bateau parfaitement préparé à affronter les mers du monde.

L'Équipage Vainqueur du Sodebo Ultim 3 : Un Mélange d'Expérience et de Jeunes Talents

Pour cette aventure qui exige une cohésion parfaite et une complémentarité des compétences, Thomas Coville a constitué un équipage alliant expérience et talents bruts. Autour de lui, six marins ont partagé l'exploit : Benjamin Schwartz, Frédéric Denis, Pierre Leboucher, Léonard Legrand, Guillaume Pirouelle et Nicolas Troussel.

Léonard Legrand, arrivé au sein du Team Sodebo en 2015 via une alternance en électronique, n’a cessé de gravir les échelons pour devenir responsable du pôle électronique et informatique. Sa forte volonté et son enthousiasme l'ont poussé au-delà de son rôle technique pour devenir un navigant à part entière. Comme il le souligne, « une partie du travail se fait en mer, puisqu’on doit calibrer les capteurs automatiques, valider les pilotes, voir comment Thomas utilise le bateau pour mettre les outils à sa main, ça nécessite donc de naviguer. Au début, je n’y connaissais rien, mais petit à petit, j’ai pris mes marques jusqu’à être utile à bord. » Il a également acquis de l'expérience en naviguant sur le trimaran Viabilis sur le circuit des Ocean Fifty. Sur le Sodebo Ultim 3, en plus de barrer et régler, il a géré la partie électronique et endossé le rôle de media man, bouclant ainsi son premier tour du monde. Il perçoit le Trophée Jules Verne comme « ce qu’on peut imaginer de mieux en voile, c’est très fort sportivement, mais aussi humainement, il faut réussir à vivre à sept pendant 40 jours dans un espace de 6m². Ça peut faire peur, parce que ce n’est pas sans danger, mais c’est en même temps hyper grisant. »

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Frédéric Denis, né à Pithiviers et ayant grandi dans la région nantaise, a été initié à la voile à Pornichet. Après s'être distingué en voile légère, il s'est lancé dans la course au large, remportant notamment la Mini Transat 2015 en proto. Il avait déjà découvert le Team Sodebo lors de son stage de fin d’études en électronique en 2010. Son expérience et sa connaissance des spécificités de chaque endroit des mers du globe sont un atout précieux, comme le résume lui-même Frédéric Denis : « Thomas a une énorme expérience, c’est à la fois rassurant et un privilège de partager cette aventure avec lui, mais également un gage de performance, car il connaît les spécificités de chaque endroit. »

Pierre Leboucher est un sportif accompli, ayant commencé la voile en Optimist avant d'atteindre un niveau olympique en 470, avec deux titres de vice-champion du monde et une 7ème place aux Jeux Olympiques de Londres en 2012. Il a ensuite bifurqué vers la course au large, devenant un pilier du circuit Figaro, avec une victoire à la Sardinha Cup en 2022 et une étape de la Solitaire du Figaro. La perspective de ce premier tour du monde est pour lui palpitante : « Je me suis senti mûr pour postuler », a-t-il déclaré, se réjouissant d'avoir « la chance de partir sur un premier tour du monde qui va me permettre de découvrir de nouveaux océans et décors ». En tant que barreur/régleur, et en charge de la mécanique, du gréement et des voiles, il comprend l'équilibre délicat entre performance et préservation du matériel : « On sait très bien qu’avant d’envisager le record, il faut arriver au bout, donc préserver le matériel. L’exercice consiste à ne pas l’utiliser à 300%, mais pas à 80% non plus, sinon tu risques de ne pas battre le record. »

Guillaume Pirouelle, originaire de Normandie, est le plus jeune de l'équipage et un talent précoce. Il a accumulé les titres en voile légère (double champion d’Europe et double vice-champion du monde en 420, champion du monde jeune en 470 en 2015). Après avoir remporté le Tour Voile en 2019, il s'est lancé dans la course au large avec succès, terminant deuxième et premier bizuth de sa première Solitaire du Figaro en 2022. Son entrée dans le Team Sodebo a été rapide et inattendue : « C’était inattendu parce que cela ne faisait que deux ans que je faisais de la course au large, mais je ne pouvais pas refuser. C’est un rêve de naviguer en Ultim et l’opportunité d’apprendre énormément de choses sur des machines ultra technologiques. » Titulaire d'un diplôme d'ingénieur, il était à bord barreur/régleur, en charge de l'accastillage, de l'hydraulique et de l'avitaillement. Pour lui, « le Trophée Jules Verne est un défi hors norme. Pour moi, c’est le record ultime, très dur à battre, il faut réussir à tenir dans la durée, tant physiquement que mentalement. Ça fait un peu peur, mais on est chacun bien préparés, j’espère découvrir plein de choses et revenir avec des étoiles plein les yeux. »

Benjamin Schwartz, Lyonnais d'origine, s'est forgé une solide expérience du large après des études en géologie appliquée. Son parcours l'a mené de l'équipe technique de Dongfeng Race Team (vainqueur de la Volvo Ocean Race 2017-2018) à une carrière de navigateur couronnée de succès sur le circuit Figaro, où il a décroché le titre de champion de France Élite de course au large en 2019. Son talent de routeur et de leader a été remarqué, et il est devenu un pilier du projet Sodebo. Ayant déjà une connaissance de l'exercice du stand-by et du Jules Verne suite à une précédente tentative avortée, il a été personnellement sollicité par Thomas Coville pour ce défi. Le skipper a salué son engagement : « Benjamin a montré ces dernières années que le Trophée Jules Verne était l’un de ses objectifs majeurs. Il a beaucoup travaillé sur ce sujet : la gestion du stand-by, le parcours, la météo. Il s’est préparé pour cet exercice complexe. Il va renforcer notre organisation du bord entre Nico et moi sur la partie navigation. » Le marin de 39 ans, qui découvrait les mers du Sud, a pris en main la trace du Sodebo de A à Z ou presque.

Enfin, Nicolas Troussel, originaire de la baie de Morlaix, est après Coville le plus expérimenté de l'équipage. Il a marqué le circuit Figaro en remportant la Transat AG2R en 2004 avec Armel Le Cléac’h, puis la Solitaire du Figaro à deux reprises en 2006 et 2008. Après des expériences en Class40 et Imoca, l'arrêt de son projet Corum L’Épargne ne l'a pas laissé inactif longtemps, Thomas Coville lui ayant proposé de rejoindre l'aventure du Jules Verne. Coville a loué sa capacité à anticiper : « Comme il a été lui-même skipper d’un projet, Nico a la faculté de se mettre dans ma tête en prenant le lead à certains moments, j’ai tout de suite vu qu’il avait compris ce que j’attendais de lui. »

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La philosophie de Thomas Coville dans la composition de son équipage n’était pas d’empiler les noms les plus clinquants du circuit, mais de créer une équipe soudée et complémentaire. Il a misé sur des talents bruts et des marins expérimentés, expliquant : « Notre équipe et nos compétences se complètent. On a réussi à avoir le bon mélange à bord entre les techniciens/navigants membres du Team Sodebo, qui connaissent par cœur le bateau, et les marins qui viennent de l’extérieur et apportent leur expérience de la compétition, la précision des réglages. Ce mariage se fait très bien. » C'est un groupe de sept personnes qui, pour des raisons différentes, ont eu « envie de faire la même chose en même temps », un facteur clé de leur succès.

Le Trophée Jules Verne : Origines et Palmarès Historique

Le Trophée Jules Verne est un défi mythique dans le monde de la voile, qui consiste à réaliser le tour du monde à la voile en équipage et sans escale, le plus rapidement possible. L’existence de ce trophée remonte à octobre 1992, sous l’impulsion d’une poignée de stars de la course au large : Titouan Lamazou, Florence Arthaud et Yves Le Cornec. Leur pari audacieux était de faire « le tour du monde en quatre-vingts jours », en référence directe au célèbre roman de Jules Verne, Le Tour du monde en quatre-vingts jours, mettant en scène Phileas Fogg et Jean Passepartout.

Le règlement du Trophée Jules Verne est strict : il récompense le meilleur temps pour le tour du monde à la voile réalisé d’est en ouest, sans assistance externe et sans escale. La route doit passer par les trois grands caps mythiques des océans du Sud : le cap de Bonne Espérance en Afrique du Sud, le cap Leeuwin en Australie et le cap Horn au Chili. Le premier à avoir détenu ce trophée emblématique fut Bruno Peyron, à bord du catamaran Commodore Explorer et avec 4 coéquipiers, en 79 jours 6 heures 15 minutes et 56 secondes.

Depuis sa création en 1993, le record a été abaissé à plusieurs reprises, chaque nouvelle performance témoignant des avancées technologiques des bateaux et de l'amélioration des stratégies de navigation. Thomas Coville lui-même a une longue histoire avec ce trophée avant sa victoire en tant que skipper. Il avait déjà participé à deux reprises à des tentatives victorieuses : la première fois en 1997, aux côtés d’Olivier de Kersauson sur le trimaran Sport-Elec (27 mètres), établissant alors un record du monde en 71 jours 14 heures et 22 minutes. Puis, en 2010, il a réitéré l'exploit avec Franck Cammas sur Groupama 3 (31 mètres), bouclant le tour en 48 jours 7 heures et 44 minutes. Ces deux victoires ont marqué son palmarès, le préparant à son propre triomphe en tant que leader d'équipage.

Le record détenu par Francis Joyon sur Idec Sport en janvier 2017, en 40 jours 23 heures 30 minutes et 30 secondes, était l’un des records les plus convoités de la planète voile. Il avait été le fruit d'une préparation minutieuse et d'une performance remarquable. Le Sodebo Ultim 3 avait déjà tenté de s'attaquer à ce record en 2020 et en 2024, mais ces tentatives avaient été malheureusement stoppées par des avaries dans l'océan Indien, alors même que le trimaran était dans les temps du record. Ces échecs passés n'ont fait qu'attiser la détermination de Thomas Coville, dont Franck Cammas soulignait avec humour qu'il devait « posséder le record du nombre de tentatives du Trophée Jules-Verne ! ».

Le Parcours de Thomas Coville avec le Trophée Jules Verne et la Course au Large

Entre Thomas Coville et les tours du monde en multicoque, c’est une longue histoire, faite de persévérance et de quête de l'excellence. Le navigateur de 57 ans s’inscrit directement dans la lignée des pionniers de la course au large française, aux côtés de figures emblématiques comme Olivier de Kersauson, avec qui il a commencé son aventure en équipage en 1997, alors qu'il n'avait que 28 ans.

Son parcours est exceptionnel : entre son premier tour du monde en 1997 sur le Trophée Jules Verne et son dernier, l’Arkea Ultim Challenge-Brest en solitaire début 2024 (où il a décroché la deuxième place), Thomas Coville aura bouclé neuf fois le tour de la planète à la voile. Cinq de ces circumnavigations ont été réalisées en solitaire, et quatre en équipage. Sur l'ensemble, sept ont été effectuées en multicoque et deux en monocoque, démontrant une polyvalence et une maîtrise rares.

Au-delà de ses victoires en équipage sur le Trophée Jules Verne en 1997 et 2010, Thomas Coville a également connu la consécration en solitaire. En 2016, il a établi un record du tour du monde en solitaire sur Sodebo Ultim avec un chrono de 49 jours 3 heures et 7 minutes, battant de huit jours la référence de Francis Joyon de l'époque. Cette performance a été par la suite améliorée par François Gabart en décembre 2017, qui a réalisé le tour en 42 jours 16 heures et 40 minutes sur Macif.

Malgré ces succès retentissants, le Trophée Jules Verne en tant que skipper lui avait échappé à plusieurs reprises. Thomas Coville avait déjà tenté de s'approprier ce record. Mais des avaries, notamment lors de trois précédentes tentatives entre 2020 et 2025, ont eu raison de ses espoirs, souvent alors que son trimaran était en bonne voie pour le record. « Jusqu’à ce que ce vieux briscard des mers du Sud réussisse enfin son pari », comme le souligne l'article. Cette quatrième tentative en tant que skipper fut la bonne, concrétisant un objectif de carrière après des années de dévouement et de préparation. Sa capacité à se relever après les échecs et à maintenir un niveau de performance et de motivation aussi élevé est une marque distinctive de ce grand marin.

L'Évolution Technologique des Multicoques : Le Sodebo Ultim 3

La victoire du Sodebo Ultim 3 et son record du Trophée Jules Verne sont également le témoignage des progrès extraordinaires de l'architecture navale et de la technologie des multicoques de course au large. Le maxitrimaran Sodebo Ultim 3, avec ses 32 mètres de long, incarne cette nouvelle génération de bateaux "volants". Il est construit pour la vitesse et l'efficacité, capable de déjauger et de "voler" au-dessus des vagues grâce à ses foils, réduisant ainsi la traînée et augmentant la vitesse.

Un des enseignements majeurs de ce tour du monde est la preuve que « oui, un Ultim volant nouvelle génération est désormais assez fiable pour faire le tour du globe sans escale. » Cette fiabilité est cruciale pour un défi aussi extrême que le Trophée Jules Verne, où la moindre avarie peut anéantir des semaines de navigation. Thomas Coville et son équipage l’ont démontré, bien aidés par un bateau parfaitement préparé pour affronter les conditions parfois hostiles des mers du monde.

La préparation du bateau est un travail d'équipe colossal qui implique des départements spécialisés. « Tout le monde s’est arraché à bloc, notamment les départements composite et technique », explique Léonard Legrand. La conception et la maintenance de ces machines ultra-technologiques sont des processus complexes. Comme l'a noté Guillaume Pirouelle, « C’est un rêve de naviguer en Ultim et l’opportunité d’apprendre énormément de choses sur des machines ultra technologiques. » Ces bateaux sont à la pointe de l'innovation, intégrant des matériaux composites avancés, des systèmes hydrauliques complexes, des équipements électroniques sophistiqués pour le routage et le pilotage automatique.

La gestion du matériel à bord est également une science, comme le décrit Pierre Leboucher : « L’exercice consiste à ne pas l’utiliser à 300%, mais pas à 80% non plus, sinon tu risques de ne pas battre le record. » Il faut trouver le juste milieu entre la performance maximale et la préservation de l'intégrité du bateau pour s'assurer d'atteindre la ligne d'arrivée. Les avaries, comme celle de la grand-voile d'avant ou du safran, bien que gérées avec succès, rappellent la fragilité inhérente à la navigation à haute vitesse dans des conditions extrêmes. C'est la robustesse de la conception du Sodebo Ultim 3 et la compétence de l'équipage dans la réparation et la gestion des imprévus qui ont permis de surmonter ces obstacles.

Les Défis et la Préparation : Derrière le Record

Le succès du Sodebo Ultim 3 sur le Trophée Jules Verne n'est pas seulement l'histoire d'une course, mais celle d'une préparation minutieuse et d'une capacité à surmonter des défis incessants. Thomas Coville, animé par « l’envie de se nourrir des autres », a choisi d'entourer d'équipiers qui, pour la plupart, n’avaient jamais fait le tour de la planète, mais qui apportaient des compétences techniques et humaines essentielles.

La préparation d’un tel projet est un travail d’équipe gigantesque qui débute bien avant le départ. La préparation du bateau a été particulièrement express pour cette tentative, puisque l’équipage est parti quelques jours seulement après le retour de la Transat Café L’Or, à la mi-novembre. Cela a exigé une mobilisation extrême des équipes techniques à terre. La logistique, la maintenance, les réglages, et l'optimisation des systèmes sont autant d'éléments cruciaux qui ont été gérés en un temps record par les départements composite et technique, comme l'a souligné Léonard Legrand.

En mer, les défis sont constants. Le Trophée Jules Verne n'est pas une course contre des adversaires directs, mais un combat contre le chrono, les éléments et l'usure du matériel. « C’est un challenge absolu qui ne se concrétise pas toujours dès la première tentative », note le texte. Les avaries, bien que considérées comme des « seuls problèmes à déplorer » au vu de l'ampleur du voyage, ont néanmoins exigé des interventions rapides et efficaces de l'équipage. La gestion de l’avarie sur la grand-voile d’avant mi-janvier et l’arrachage du casque du safran tribord dans les dernières heures du record démontrent la capacité de l'équipage à réagir sous pression et à maintenir le bateau en état de naviguer.

Au-delà des aspects techniques, l'aspect humain est prépondérant. Vivre à sept personnes pendant 40 jours dans un espace confiné de 6m² sur un bateau filant à des vitesses élevées, dans des environnements hostiles, est un défi psychologique et social intense. « Le Trophée Jules Verne, c’est très fort sportivement, mais aussi humainement, il faut réussir à vivre à sept pendant 40 jours dans un espace de 6m². Ça peut faire peur, parce que ce n’est pas sans danger, mais c’est en même temps hyper grisant », a confié Léonard Legrand. La capacité de l'équipage à maintenir une cohésion, à gérer les conflits potentiels et à s'entraider est aussi importante que leurs compétences techniques. Thomas Coville a souligné cette dynamique : « C’est rassembler sept personnes qui vont avoir, pour des raisons différentes, envie de faire la même chose en même temps. Quand vous arrivez à construire ça, c’est fantastique. »

Les marins ont abordé ce défi avec un mélange d'enthousiasme et de pragmatisme. Guillaume Pirouelle a résumé cette ambivalence : « Pour moi, c’est le record ultime, très dur à battre, il faut réussir à tenir dans la durée, tant physiquement que mentalement. Ça fait un peu peur, mais on est chacun bien préparés, j’espère découvrir plein de choses et revenir avec des étoiles plein les yeux. » Le rêve partagé de « passer sous la barre des 40 jours » tel un Armand Duplantis de la mer a été une source de motivation puissante pour l'ensemble de l'équipe.

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