Traverser la Manche n’a jamais été un simple voyage. C’est un défi. Un symbole. Une aventure humaine et technologique. Depuis plus de deux siècles, la trentaine de kilomètres qui sépare Calais de Douvres inspire pionniers et aventuriers venus repousser les limites du possible. Baptême de l’air, prouesses sportives, inventions futuristes : la Manche est une scène où se jouent les grandes épopées. Le littoral calaisien porte en lui l’esprit des grandes traversées.
Le Triomphe de Franky Zapata : L'Homme Volant au-dessus des Flots
Dix jours après sa première tentative, « l’homme volant » du 14 juillet a réussi à rejoindre les côtes anglaises sur son Flyboard. Ce dimanche, Franky Zapata a créé l'exploit en traversant la Manche debout sur son Flyboard. En 25 minutes, il a parcouru les quelque 35 kilomètres qui séparent les côtes française et anglaise. Cette prouesse technologique et humaine s'est déroulée tout en faisant une halte de moins de deux minutes à mi-parcours sur un bateau, pour se ravitailler en kérosène. Franky Zapata s'est élancé vers 8h15 de Sangatte, dans le Pas-de-Calais, sous les yeux de centaines de curieux venus assister à l'exploit. Il a atterri à St Margarets Bay, près de Douvres en Angleterre, sur les coups de 8h40, devant un autre public qui l'attendait. Son Flyboard volait à une allure de « 160 km/h » en moyenne, a-t-il indiqué.
La traversée s'est « très bien » passée, a réagi Franky Zapata à son arrivée. Malgré la fatigue et « les cuisses qui brûlent », le Marseillais de 40 ans a pris « du plaisir » et s'est réjoui d'avoir réussi, s'exclamant : « C'était malade ! » Très ému, il a tenu à remercier son équipe, sa famille et ses amis qui ont travaillé « très dur, près de 16 heures par jour » pour que cet exploit soit possible. Pour sa femme, tout aussi émue, « c'est vraiment une journée parfaite ». Elle a ajouté : « On va fêter ça entre nous maintenant ». Ce succès a été capturé, l'exploit de Zapata ayant même été vu depuis un hélicoptère.
Lors de son premier essai, qui n'avait pas été la bonne, le Marseillais de 40 ans avait heurté à très faible allure la plateforme du bateau de ravitaillement, le faisant tomber dans l'eau. Cette fois-ci, son équipe et lui avaient prévu un bateau « plus grand », positionné dans les eaux françaises, une mesure qui a contribué à la réussite de la seconde tentative. Lors d'une conférence de presse, ce samedi, Franky Zapata avait affirmé qu'il « avait beaucoup plus de chances que la dernière fois » car « les vents n'ont pas changé », déclarant avec confiance : « Ça devrait le faire ».
En réussissant cette traversée, Franky Zapata reproduit 110 ans plus tard l'exploit de Louis Blériot, premier aviateur à avoir franchi la Manche par les airs. Cependant, cette fois-ci, l'exploit a été réalisé sur une plateforme volante turbopropulsée, le "Flyboard Air", capable de décoller et d'évoluer jusqu'à 190 km/h et une altitude de 70 mètres. Son autonomie est d'une dizaine de minutes. Le "Flyboard Air", cette plateforme à turboréacteurs, lui donne des airs de super-héros, inscrivant son nom dans la lignée des pionniers qui ont osé défier le détroit. Le 4 août, Franky Zapata est entré dans l'histoire, le monde entier ayant les yeux rivés sur le ciel au-dessus de la Manche alors qu'un homme survolait la mer à près de 170 km/h, debout sur une plateforme futuriste.
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La Manche : Un Mythe Ancré dans l'Histoire de l'Aviation et au-delà
Traverser la Manche, "c'est un mythe", explique tout simplement Gérard Feldzer, ancien pilote de ligne français et journaliste à franceinfo. Un mythe qui, selon lui, repose en grande partie sur les épaules de Louis Blériot qui, en 1909, a déclaré : "désormais l'Angleterre n'est plus une île". Résultat, selon le journaliste de franceinfo, "tout le monde a eu envie de traverser ce channel mythique, y compris à la nage, dans des baignoires, avec des cerfs-volants". La Manche est un lien entre légendes et futur. Des ballons du XVIIIe siècle aux drones pilotés de demain, la Manche reste un terrain d’expérimentation et de dépassement de soi. Avec le retour de Franky Zapata en 2025, Calais et Sangatte confirment leur rôle central dans cette grande aventure humaine et technologique. La Manche a vu passer les rêves les plus fous. Sur la plage de Calais, à deux pas de la plage de Blériot ou encore au Terminal Ferry, des monuments rendent hommage à ces pionniers : une stèle en mémoire de Louis Blériot et une autre dédiée à Matthew Webb, premier nageur de la Manche. Aujourd’hui encore, Calais incarne ce lien symbolique entre la France et l’Angleterre, entre tradition et innovation.
Les Pionniers de l'Air : Des Montgolfières aux Aéroplanes
Avant Franky Zapata, d'autres pionniers ont réussi à relier la France et l'Angleterre de différentes manières : historiques, sportives, voire un peu farfelues. Les traversées par les airs ont une longue et riche histoire. À la veille de la Révolution, un réel engouement pour la conquête de l'air s'est développé en France, soulignent les archives du Pas-de-Calais. Très vite, "la traversée de la Manche en ballon devient un véritable enjeu et même une obsession, notamment pour deux aventuriers : le Messin Jean-François Pilâtre de Rozier et son rival le Normand Jean-Pierre Blanchard". Le premier, auréolé de ses prouesses, était soutenu financièrement par l’État français, afin de mener à bien la traversée du détroit avant les Anglais. Quant à Blanchard, c’était un homme inventif et orgueilleux, qui désirait la reconnaissance par une telle action d’éclat.
Dès 1785, le Français Jean-Pierre Blanchard et son mécène américain John Jeffries décollent du château de Douvres en Angleterre à bord de leur montgolfière. Le ballon, gonflé à l'hydrogène, les dépose sur les côtes françaises un peu moins de trois heures plus tard, près de Boulogne-sur-Mer. À en croire le procès-verbal de la descente, dressé par un notaire, le voyage a été tumultueux : "au-dessus de la mer, leur ballon avait baissé considérablement (…) ce qui les avait mis dans la nécessité de jeter à l'eau leurs ancres, tout ce qu'ils avaient dans leur nacelle, même leurs habits et un chapeau".
Quasiment 120 ans plus tard, le 25 juillet 1909, le constructeur et aviateur français Louis Blériot mettra quatre fois moins de temps à faire le voyage en sens inverse à bord de son avion, le Blériot XI : 37 minutes de vol pour rejoindre Douvres depuis Calais. Il est le premier à réussir la traversée au moyen d'un "plus lourd que l'air". Dès 1908 d'ailleurs, rappelle le portail national des archives, l'aviateur Serge de Bolotoff songeait en premier à tenter sa chance à bord d'un aéroplane triplan, mais il renonça à son projet trop compliqué à mettre en œuvre. Deux hommes vont alors se lancer dans la course : Hubert Latham et Louis Blériot. Le 19 juillet, Hubert Latham décolle au petit matin du cap Blanc-Nez, mais son moteur s'arrête et son avion tombe à la mer à 18 kilomètres des côtes françaises. Heureusement pour le pilote, précisent encore les archives, le fuselage flotte, ce qui permit à Hubert Latham de s'en sortir. Mais cet échec décupla la volonté de Louis Blériot de réussir la traversée. Ce qu'il décida d'entreprendre le 25 juillet à 4h35 du matin. Il réussira à rejoindre les côtes anglaises une grosse demi-heure plus tard. "L’atterrissage est brutal ; le châssis de l’avion s’affaisse et une pale de l’hélice Chauvière se détache. Mais la Manche, soit 38 km, est franchie en 32 minutes. La terre a été touchée à 5 h 17", raconte le portail national des archives.
Bien plus tard, en 1984, le Français Gérard Feldzer, dont on a déjà mentionné le rôle de témoin privilégié des aventures de la Manche, établit un record du monde de la traversée en avion dans le sens Londres-Paris, toujours valable aujourd'hui, avec le chanteur Alain Souchon comme co-pilote. Gérard Feldzer se souvient de cette expérience : "Il tournait un film où il était pilote, sauf qu'il a une trouille bleue de l'avion, donc je lui ai dit 'Alain, on va partir avec un avion et on va battre un record', et on a fait la traversée de la Manche à deux, en 1h24, dans un petit avion VariEze, à 300 km/h, avec trois litres d'essence. On était très fiers." Gérard Feldzer et Alain Souchon ont ainsi battu un record, toujours valable aujourd'hui.
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Des Appareils Volants Inédits et des Chutes Libres Audacieuses
L'innovation dans la conquête aérienne de la Manche ne s'est pas limitée aux avions traditionnels. En 1988, Yves Marre, un inventeur français, traverse avec son "Propulsar", un parapente à moteur de sa fabrication. Il revendique ainsi la première traversée sur un appareil permettant de décoller et d'atterrir sur les pieds. L'ancien pilote de ligne français et journaliste à franceinfo, Gérard Feldzer, collectionneur de traversées de la Manche, a notamment été le premier à la franchir en parachute à moteur en 1985. "Cela n'existait pas, donc ça a frappé beaucoup de gens parce qu'un parachute c'est fait pour descendre et là, ça montait", se souvient-il. "C'était une autonomie un peu juste pour y aller, mais ça l'a fait. Sauf qu'un hélicoptère venu me filmer m'est passé au-dessus, mon parachute s'est transformé en chiffon, il s'est rouvert au Cap Gris-Nez au dernier moment", raconte Gérard Feldzer, détaillant sa traversée mouvementée de la Manche en parachute à moteur.
Félix Baumgartner inscrit lui aussi son nom au palmarès des folles traversées de la Manche. En 2003, l'Autrichien, équipé d'un aileron en carbone, saute d'un avion au-dessus de Douvres, chute pendant une dizaine de minutes à plus de 200 km/h, avant d'ouvrir son parachute au-dessus du Cap Blanc-Nez près de Calais. Il achève ainsi la première (et la seule à ce jour) traversée de la Manche en chute libre. L'esprit d'invention et de défi a également mené à d'autres expérimentations aériennes : les deux Français ont traversé la Manche en 2014 à bord d'un dirigeable électrique : "une espèce de soucoupe volante, moitié ballon, moitié soucoupe, avec un moteur électrique", décrit Gérard Feldzer. Du premier biplan au Flyboard, jusqu’à cet étonnant véhicule autonome, chaque génération d’inventeurs repousse les limites du vol individuel, comme le démontre le fait que ce 25 juillet, Franky Zapata a tenté un nouveau défi depuis Sangatte-Blériot Plage, à bord de son tout nouvel Airscooter (un engin volant monoplace, mi-drone, mi-capsule).
Sur et dans l'Eau : L'Endurance et l'Ingéniosité Humaines
La traversée de la Manche ne s'est pas limitée aux airs, mais a également été le théâtre d'exploits remarquables sur et dans l'eau. Matthew Webb, capitaine de la marine marchande britannique, réussit la première traversée de la Manche à la nage. C'était en 1875 et cela lui a pris 21 heures et 45 minutes, une prouesse d'endurance inégalée à l'époque. Plus récemment, en 2010, un Français de 42 ans, amputé des quatre membres, s'est lancé le 18 septembre à l'assaut de la Manche qu'il a domptée en moins de 13h30, grâce à des prothèses équipées de palmes fixées à ses moignons de jambes, démontrant une résilience et une adaptabilité extraordinaires.
À côté de ceux qui traversent dans l'eau, il y a aussi ceux qui traversent sur l'eau de manière innovante. Le 25 juillet 1959, le commandant britannique Peter Lamb effectue la première traversée aux commandes d'un prototype monoplace d'aéroglisseur : un engin qui glisse sur un coussin d'air à une vingtaine de centimètres au-dessus des flots, ouvrant la voie à une nouvelle forme de navigation rapide. La Manche sera ensuite traversée de multiples façons, toujours plus originales, démontrant l'ingéniosité et la quête de l'aventure humaine. Elle a été traversée en kayak biplace par les Normands Dominique Vaast et François Bocquet en 1986, en monoski par l'unijambiste britannique Steve Butterworth en 1987, en pédalo par les frères britanniques Stephen et Rick Cooper en 1984, en aquacycle - un vélo sur des flotteurs - par le Français Yvon La Caer en 1985, ou encore en gondole par le Vénitien Vittorio Orio en 2001.
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