Le monde maritime est depuis toujours le théâtre de défis colossaux, où l'ingéniosité humaine, la persévérance et une audace inébranlable se mesurent aux forces implacables des océans. Des navigateurs d'exception repoussent sans cesse les limites du possible, cherchant à conquérir la planète à la voile, en solitaire ou en équipage, à travers des parcours qui fascinent et inspirent. Qu'il s'agisse d'affronter les éléments dans le sens le plus inattendu ou de marquer l'histoire par une résilience hors du commun, ces aventures témoignent d'une quête perpétuelle de performance et d'exploration. L'engagement dans ces épreuves n'est pas seulement un exploit sportif, mais aussi une occasion unique de faire avancer les techniques de conception des voiliers et de rechercher la meilleure performance, tout en servant parfois de catalyseur pour des causes plus vastes, comme la recherche médicale.
Le "Tour du Monde à l'Envers" : L'Ultime Défi de Guirec Soudée
Parmi les entreprises maritimes les plus audacieuses, le "tour du monde à l'envers" se distingue comme un véritable exploit de navigation. Il est, par essence, un parcours Vendée Globe à l’envers, ce qui signifie qu'il se déroule face aux vents et courants dominants. Cette caractéristique intrinsèque rend l'itinéraire considérablement plus ardu et exigeant que les circumnavigations classiques. Le départ et l’arrivée de ce périple se situent en Bretagne, au large de l’île d’Ouessant, un point de repère emblématique pour les marins. La route de Guirec Soudée, par exemple, le voit franchir le Cap Horn en premier, un passage redouté s'il en est, avant d’enrouler l’Antarctique, puis de franchir le Cap Leewin, et ensuite le Cap de Bonne Espérance, pour enfin remonter l’Atlantique.
Ce parcours, d'une longueur de près de 40 000 milles nautiques, contraste fortement avec les environ 25 000 nautiques du Vendée Globe, qui bénéficient de vents plus “portants”. La raison de cette distance accrue est fondamentale : Guirec, une fois avoir franchi chaque cap, tentera de remonter dans chaque océan pour élargir son angle au vent, une stratégie nécessaire pour contourner les dépressions qui lui feront face. C’est le tour du monde le plus audacieux de l’histoire maritime, jamais bouclé en solitaire sur multicoque. La difficulté est telle que, à ce jour, le record du tour du monde à l’envers est détenu en monocoque par Jean-Luc Van Den Heede et tient depuis 21 ans, réalisé en 122 jours et 14 heures.
En multicoque, où la vitesse est potentiellement plus grande mais aussi les risques démultipliés, les tentatives ont été rares. Seulement deux tentatives ont été menées : celle d’Yves Le Blevec en 2017 sur Actual Ultim', qui avait chaviré peu après le cap Horn, illustrant la brutalité du parcours casse-bateau ; et celle, en duo, de Romain Pilliard et Alex Pella en 2021 sur Use it Again. Guirec Soudée s'inscrit donc dans cette lignée d'explorateurs des mers, avec un défi que même les plus grands marins reconnaissent comme colossal. Thomas Coville, tout juste recordman du Trophée Jules Verne, exprime son admiration : « c’est un défi qui m’impressionne et que je n’aurais jamais été capable de relever, je pense. C’est extraordinaire. » Il souligne également l'endurance du record de Jean-Luc Van Den Heede : « Ce n’est pas pour rien que le précédent record, établi par Jean-Luc Van Den Heede au bout de sa quatrième tentative, aura tenu pendant 22 ans ! » Le marin des Sables-d’Olonne a beau jeu de reconnaître que les records sont faits pour être battus, à fortiori s’ils ont été établis en monocoque, suggérant la nouvelle ère que représentent les multicoques dans ce type de record.
Le projet de Guirec Soudée a suscité un vif enthousiasme, notamment de la part de ses partenaires. « Nous avons été enthousiasmés par ce projet de Guirec Soudée de tour du monde à l’envers ! C’est un défi humain et sportif marqué par la recherche de la performance, ce qui correspond bien aux valeurs de la MACSF. » La MACSF se félicite d'accompagner une telle aventure : « Très peu de marins ont osé s’embarquer en solitaire, sur un si grand bateau pour un tel parcours autour du monde et nous sommes très heureux d’accompagner Guirec dans cette incroyable aventure. » Pour se préparer à un projet aussi extrême, faire le tour du monde en solitaire et sans escales par les trois caps, mais pas dans le sens habituel, Guirec Soudée a suivi une préparation rigoureuse. L’été dernier, son échauffement transatlantique en compagnie du célèbre YouTuber Inoxtag, bien qu'il ait pu ressembler un peu à des vacances, était pourtant bien destiné à préparer l’homme et sa machine à cette épreuve d'endurance et de technicité.
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Le navigateur breton a quitté son port d’attache à Lorient fin décembre à bord de son Ultim MACSF. Deux jours avant Noël, le solitaire a franchi la ligne de départ du tour du monde entre l’île d’Ouessant et le cap Lizard. Devant ses étraves s'étendaient 22 000 milles de route directe, où il devait naviguer contre vents et courants. Si Guirec est un marin particulièrement aguerri et opiniâtre - il a déjà bouclé une double transatlantique à la rame - le défi que représente ce tour du monde est colossal, même pour un marin de sa trempe.
Durant son périple, Guirec a été confronté à de multiples défis techniques. Il a ainsi parcouru près de 38 000 milles alors que la route de référence en compte à peine plus de 22 000, ce qui souligne l'ampleur des détours et des adaptations nécessaires. Là où Jean-Luc Van Den Heede passait au sud du point Nemo, à ras des glaces, le solitaire remontait quasiment à l’Équateur dans le Pacifique pour préserver son Ultim, une décision stratégique pour la survie du bateau et du marin. Sur le plan technique, Guirec a dû s’accommoder d’un safran tribord endommagé dans l’océan Indien par un filet de pêche, ainsi que d'innombrables autres défaillances. Heureusement, ces incidents n'ont eu que des conséquences limitées sur la vitesse et la sécurité de l'Ultim MACSF, lui permettant de poursuivre sa course.
L’Ultim MACSF, le trimaran géant sur lequel Guirec navigue, a été lancé en 2014 sous la bannière de Sodebo Ultim'. Cependant, l'histoire de ce bateau exceptionnel est plus profonde, car il puise ses origines bien plus tôt. Il a repris de nombreux éléments, tels que les bras de liaison et les flotteurs, à Geronimo, un multicoque emblématique lancé en 2001. Cette filiation technique démontre une continuité dans la recherche de performance et d'innovation qui caractérise la course au large en multicoque.
L'Héritage des Géants : Michel Desjoyeaux et la Légende du Vendée Globe
Au-delà des records de vitesse et des parcours inédits, il existe des courses qui, par leur exigence et leur histoire, forgent des légendes. Le Vendée Globe en est une. C’est l’une des courses au large les plus prestigieuses et les plus exigeantes du calendrier, mettant au défi les navigateurs de réaliser un tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance. Cette épreuve n'est pas seulement une course contre la montre ou contre les éléments ; elle est une véritable épreuve sportive et tactique, où chaque décision peut être décisive. Au-delà de l'aspect compétitif, le Vendée Globe est aussi une occasion unique de faire avancer les techniques de conception des voiliers et de rechercher la meilleure performance, poussant l'innovation à son paroxysme.
Il y a quinze ans déjà, le 1er février 2009, Michel Desjoyeaux remportait le Vendée Globe après une course épique qui en a surpris plus d’un. En 2009, Michel Desjoyeaux a marqué l’histoire de la course à la voile en réalisant un parcours historique à bord du désormais légendaire monocoque “Foncia”. Cet exploit n'était pas le fruit du hasard ; Desjoyeaux était déjà à la tête d’un palmarès impressionnant qui lui vaut d’être le navigateur le plus titré de la course au large en solitaire. Cette édition marqua sa deuxième participation au Vendée Globe, et il allait y laisser une empreinte indélébile.
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Le départ de cette édition mémorable eut lieu le 9 novembre 2008 à 13h, aux Sables d’Olonne, avec 30 skippers prêts à affronter les océans du globe. Dès les premières heures, la météo se révéla épouvantable sur le Golfe de Gascogne. Après seulement 16 heures de course, Michel Desjoyeaux fut contraint de prendre une décision radicale et de faire demi-tour pour réparer un problème électrique et une fuite sur un ballast. Un tel retour au port en début de course est souvent synonyme d'abandon ou d'un retard irrattrapable. En tête de course, personne ne se sentait menacé par ce marin contraint de rebrousser chemin. Sauf que… l'histoire allait prouver le contraire.
Dès le 16 décembre, Michel Desjoyeaux prit contre toute attente la tête de la course, une remontée fulgurante qui laissa ses concurrents directs, Roland Jourdain, Jean Le Cam, Vincent Riou et Armel le Cléac’h, stupéfaits. L'image de sa remontée est devenue emblématique : le TOP 10, il l’a dessiné au moment où il a remonté la moitié de la flotte, une prouesse stratégique et nautique sans précédent. La course a vu de nombreux abandons, témoignant de sa difficulté extrême, et Michel Desjoyeaux n’a pas été épargné par les problèmes techniques tout au long de son périple. Malgré cela, sa détermination et sa capacité à surmonter les obstacles l'ont mené à la victoire.
Cette victoire restera gravée dans les annales de la course au large comme l’un des exploits les plus mémorables de tous les temps. La résilience, la maîtrise technique et la force mentale dont il a fait preuve ont transcendé l'aspect purement sportif. Michel Desjoyeaux a depuis inspiré de nombreuses générations de navigateurs et demeure un exemple de talent et de passion pour toutes celles et ceux qui aspirent à conquérir les mers. Son parcours illustre parfaitement comment l'adversité peut être transformée en une force, et comment la recherche de la performance se double souvent d'une leçon de vie.
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