Le Tour du Monde en Bateau à Voile : Records et Évolution

Le monde des mers et des océans représente un vaste terrain de jeu pour les athlètes marins. Boucler un tour du monde à la voile est un exploit. Le terminer en un temps record en est un autre. Cet article explore les records du tour du monde à la voile, en mettant en lumière les performances exceptionnelles, les innovations technologiques et les courses emblématiques qui ont marqué l'histoire de ce sport.

Les Records Actuels

Plusieurs records existent pour le tour du monde à la voile, en fonction du type de bateau et de l'équipage.

Records en Solitaire

  • François Gabart : En décembre 2017, François Gabart a pulvérisé le record du tour du monde en solitaire à la barre de son trimaran géant Macif. Il a accompli cet exploit en 42 jours, 16 heures, 40 minutes et 35 secondes. Il avait en même temps amélioré son propre record de distance parcourue en 24 heures en solitaire (851 milles nautiques, soit 1 576 kilomètres).

  • Thomas Coville: Avant Gabart, Thomas Coville avait battu le record du tour du monde en solitaire en 49 jours, 3 heures et 7 minutes, à bord du maxi-catamaran Sodebo Ultim'. Il avait franchi la ligne d’arrivée le dimanche 25 décembre 2016.

  • Armel Le Cléac'h : Dans la catégorie des monocoques, Armel Le Cléac'h détient le temps record du Vendée Globe. En 2017, il a bouclé la course en 74 jours, 3 heures, 35 minutes et 46 secondes sur son bateau Banque Populaire VIII. Sur son bateau Banque Populaire VIII, Armel Le Cléac’h avait été le meilleur des 29 navigateurs engagés. Il avait notamment devancé de quelques heures le Britannique Alex Thomson. Cette édition-là, les marins avait profité de conditions clémentes jusqu’au cap de l’Équateur.

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Records en Équipage

  • Francis Joyon : Le tour du monde à la voile le plus rapide de l’histoire a été réalisé durant l’hiver 2016-2017 par l’équipage du trimaran Idec, mené par Francis Joyon, en 40 jours, 23 heures, 30 minutes et 30 secondes. Avec cinq équipiers, sur le même parcours que l’Arkea Ultim Challenge, le navigateur normand avait optimisé les performances d’un trimaran de 31,50 m relativement ancien et modernisé, l’ex-Groupama, mis à l’eau en 2006.

  • Loïck Peyron : Le record de Loïck Peyron et son équipage, établi le 6 janvier 2012 à bord du maxi trimaran Banque Populaire V, reste invaincu. Ils ont réalisé le tour du monde en 45 jours, 13 heures, 42 minutes et 53 secondes. Son équipage était alors composé de Juan Vila, Jean-Baptiste Le Vaillant, Kévin Escoffier, Xavier Revil, Florent Chastel, Fred Le Peutrec, Emmanuel Le Borgne, Thierry Duprey du Vorsent, Ronan Lucas, Yvan Ravussin, Brian Thompson, Pierre-Yves Moreau et Thierry Chabagny.

Les Courses Incontournables et des Records Toujours Plus Grands

Ces innovations ouvrent les portes des grandes courses en révolutionnant la manière dont les skippers affrontent les océans. Ces avancées technologiques ont permis d'atteindre des vitesses inédites et d'améliorer la sécurité, rendant possibles des compétitions toujours plus exigeantes et spectaculaires. Ainsi, des épreuves mythiques en équipage comme en solitaire sont devenues les terrains d’expression de ces innovations, où les skippers repoussent sans cesse les limites de la performance et de l’endurance. Il existe deux catégories de courses qui sont adaptées autant en équipage qu’en solitaire :

  • Transatlantique : Ce sont des épreuves de voile consistant à traverser l'océan Atlantique, souvent d'Europe vers l'Amérique ou inversement, sur un parcours défini. Ces courses rassemblent, en partie : La Transat de Jacques Vabre et la Route du Rhum.

  • Tour du monde : Ce sont des compétitions de voile où les navigateurs réalisent un tour complet de la planète en suivant un itinéraire spécifique, généralement sans escale. Ces courses regroupent, en partie : Le Vendée Globe, le Trophée Jules Verne, L’arkéa Ultim Challenge.

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Courses en équipage

  • La Transat Jacques Vabre : est la course transatlantique en équipage la plus populaire. Cette course en double se déroule tous les deux ans depuis 1993. Le départ est donné au Havre, en France, et l'arrivée a varié au fil des éditions, avec des destinations telles que Cartagena en Colombie, Salvador de Bahia et Itajaí au Brésil, Puerto Limon au Costa Rica, et plus récemment Fort-de-France en Martinique.

La course est ouverte à différentes classes de bateaux, notamment les Class40, IMOCA, Ocean Fifty et Ultim. Chaque classe suit un parcours spécifique adapté à ses caractéristiques techniques.

Les records de la course varient selon les classes et les éditions :

  • Class40 : Le record de cette classe est détenu par le duo Maxime Sorel et Antoine Carpentier à bord de V and B, avec un temps de 17 jours, 10 heures, 44 minutes et 15 secondes, établi lors de l'édition 2017.

  • IMOCA : Le record appartient à Thomas Ruyant et Morgan Lagravière sur For People, avec un temps de 11 jours, 21 heures, 32 minutes et 31 secondes, réalisé lors de l'édition 2023.

  • Ocean Fifty : Le duo Lalou Roucayrol et Alex Pella sur Arkema détient le record avec un temps de 10 jours, 19 heures, 14 minutes et 19 secondes, établi en 2017.

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  • Ultim : Le record est détenu par Thomas Coville et Jean-Luc Nélias à bord de Sodebo Ultim, avec un temps de 7 jours, 22 heures, 7 minutes et 27 secondes, réalisé lors de l'édition 2017.

  • Le Trophée Jules Verne : est un défi nautique prestigieux qui récompense l'équipage réalisant le tour du monde en trimaran à bord de l’Ultim le plus rapidement, sans escale ni assistance. Inspiré par le roman "Le Tour du monde en quatre-vingts jours" de Jules Verne, ce trophée a été initié en 1990 par le navigateur Yves Le Cornec. Le parcours du Trophée Jules Verne consiste à partir de la côte française, à Ouessant, puis à faire le tour du monde en passant par trois grands caps : Bonne-Espérance, Leeuwin et Horn, avant de revenir au point de départ. Aucune date de départ n’est imposée, chaque équipage peut tenter sa chance lorsqu’il se sent prêt. C’est pourquoi le record de 2024 ne peut pas encore être établi, car tous les concurrents ne sont pas encore revenus à leur point de départ.

Le record actuel est détenu par Francis Joyon et son équipage, qui ont accompli le tour du monde en 40 jours, 23 heures, 30 minutes et 30 secondes en 2017. Condition pour battre ce record ? Passer le cap de Bonne Espérance en moins de 12 jours. Actuellement, deux équipages tentent de relever le défi : le trimaran SVR-Lazartigue de François Gabart, et Sodebo Ultim 3, skippé par Thomas Coville, qui viennent tous deux de faire demi-tour après plusieurs tentatives, dans l’attente d’une fenêtre plus favorable. Le record de cette circumnavigation en équipage reste donc encore entre les mains de Francis Joyon et de ses coéquipiers, après l’échec des tentatives de SVR-Lazartigue et Sodebo Ultim 3.

Courses en Solitaire

  • La Route du Rhum : est une course transatlantique en solitaire qui se déroule tous les quatre ans, généralement entre fin octobre et début novembre. Elle accueille une grande diversité de voiliers, répartis en plusieurs classes en fonction de leurs caractéristiques techniques et de leurs performances. Le parcours relie Saint-Malo, en Bretagne, à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, couvrant une distance d'environ 6 560 kilomètres. Chaque catégorie de bateaux offre des défis uniques aux skippers, ce qui contribue à la richesse et à la diversité de cette compétition emblématique.

On se souvient de la première édition en 1978, remportée par le Canadien Mike Birch à bord de Olympus Photo, après 23 jours, 6 heures et 59 minutes en mer, ou encore de Florence Arthaud descendant les Champs Elysées pour célébrer sa victoire à bord de Pierre 1er le 18 Novembre 1990, après 14 jours 10 heures d'une navigation mémorable. Au fil des éditions, les temps de traversée et les records se sont considérablement améliorés grâce aux avancées technologiques et à l'évolution des bateaux :

  • Ultim : En 2022, Charles Caudrelier établit un nouveau record à bord de son Maxi Edmond de Rothschild en franchissant la ligne en 6 jours, 19 heures, 47 minutes et 25 secondes.

  • IMOCA : Le record est détenu par François Gabart, qui a terminé la course en 12 jours, 4 heures, 38 minutes et 55 secondes lors de l'édition 2014.

  • Ocean Fifty : En 2018, Armel Tripon a remporté la course dans cette classe avec un temps de 11 jours, 7 heures, 32 minutes et 40 secondes.

  • Class40 : Le record est détenu par Yoann Richomme, qui a terminé la course en 16 jours, 3 heures, 22 minutes et 44 secondes lors de l'édition 2018.

  • Rhum Multi : En 2018, Pierre Antoine a remporté cette catégorie avec un temps de 15 jours, 22 heures, 46 minutes et 55 secondes.

  • Rhum Mono : Le record de la catégorie Rhum Mono est détenu par Sidney Gavignet, qui a terminé la course en 16 jours, 7 heures, 8 minutes et 38 secondes lors de l'édition 2014.

  • Le Vendée Globe : vient tout juste de s’achever, marquant une fois de plus l’histoire de la course au large en solitaire. Derrière cette épreuve de bateau mythique, d'autres défis tout aussi impressionnants attendent les skippers prêts à affronter les océans du monde en solo.

  • L’Arkéa Ultim Challenge : Une petite nouvelle a fait son entrée dans le monde des grandes courses en 2024 : il s’agit de l’Arkéa Ultim Challenge, qui se déroule à la voile en solitaire autour du monde et est réservé à la classe Ultim 32/23, des maxi-trimarans de 32 mètres de long. Le parcours de l'Arkéa Ultim Challenge est similaire à celui du Trophée Jules Verne et du Vendée Globe. Toutefois, à la différence du Vendée Globe, les escales techniques sont autorisées pour des raisons de sécurité, sans limitation de nombre, avec une durée minimale de 24 heures chacune. Les skippers de l’Arkéa Ultim Challenge doivent parcourir quelque 40 000 km et doubler les trois caps légendaires : Bonne-Espérance (Afrique du Sud), Leeuwin (Australie) et Horn (Amérique du Sud). Lors de cette nouvelle et première édition, Charles Caudrelier a remporté la course à bord du Maxi Edmond de Rothschild après 50 jours, 19 heures, 7 minutes et 42 secondes en mer.

Les Légendes de la Course en Solitaire

Au fil des années, certains skippers ont marqué l’histoire en réalisant des exploits incroyables, inscrivant leur nom parmi les légendes de sport de voile. Ces navigateurs hors du commun ont su défier les océans, repousser leurs limites et inspirer des générations entières d’aventuriers des mers. Parmi eux, des marins audacieux ont, avant même la naissance des plus grandes courses, eu le courage d’explorer les mers du monde en solitaire. À leurs débuts, les navigations en solitaire reposaient principalement sur l’endurance et l’instinct du navigateur. Le skipper s’appuyait sur des instruments simples comme le sextant, les cartes papier et leur propre connaissance de la mer. Certains ont osé braver les océans et leurs périls, affrontant les zones les plus redoutables de la planète. Leur audace et leur détermination les inscrivent à jamais dans la légende.

  • Joshua Slocum : est considéré comme le premier à entrer dans la légende lorsqu’en 1895 il embarque pour un tour du monde à bord d’un Spray qui durera plus de 3 ans. Il réalisera son exploit sans GPS ni radio et sera guidé par son instinct et les étoiles en affrontant pirates, tempêtes et maladies.

  • Vito Dumas : marque l’histoire du sport nautique de voile et devient populaire en 1942 en étant le premier skipper à doubler le redoutable Cap Horn. Rappelons que ce dernier est le passage le plus difficile à passer et qu’il reste le plus grand cimetière de navires au monde, rassemblant plus de 10 000 marins emportés par les fonds. Il relate ses aventures dans plusieurs ouvrages, dont Los cuarenta bramadores, partageant ainsi ses expériences et inspirant de futurs navigateurs.

  • Éric Tabarly : Tabarly entre dans la légende à pleine voile en 1964 grâce à sa victoire de la transat anglaise. Tout au long de sa carrière, il enchaîne les performances remarquables. Il n'était pas ingénieur, mais il était d’une ingéniosité hors pair. Entré en 1952 dans l’aéronavale, il devient pilote d’avion avant de se consacrer uniquement à sa passion, la mer. En effet, avant sa disparition tragique en 1998, englouti par l’océan qui l’avait accompagné toute sa vie, il révolutionne le monde du bateau à voile.

Quand la Technologie Redéfinit les Exploits

Aujourd'hui, l’évolution technologique a profondément changé le visage de la course au large. De la conception du bateau aux outils de navigation, chaque innovation permet au skipper de repousser ses limites et de relever des défis autrefois inimaginables. À leur début, les navigations en solitaire reposaient principalement sur l’endurance et l’instinct du navigateur. Le skipper s’appuyait sur des instruments simples comme le sextant, les cartes papier et leur propre connaissance de la mer. Au fil du temps, les avancées technologiques ont ouvert la voie à l’émergence de nouvelles courses dans le monde. On peut même parler aujourd’hui d’un véritable sport.

Certains éléments comme :

  • les GPS
  • les pilotes automatiques
  • les systèmes de routage météo

ont modifié en profondeur la gestion de la navigation, rendant les courses plus stratégiques, précises, rapides. Tabarly développe de nombreux systèmes destinés à simplifier les manœuvres et à améliorer la sécurité en mer comme :

  • La chaussette pour le spi : Ce système consiste en un manchon en tissu léger qui enveloppe la voile, permettant de la hisser et de l'étaler facilement en toute sécurité, même dans des conditions météorologiques difficiles. Grâce à cette invention, les marins n’ont plus besoin de lutter sur le pont avec une voile encombrante et difficile à maîtriser, réduisant ainsi les risques d'accident.

  • Les matériaux composites légers et résistants : L'introduction de matériaux comme le carbone, le kevlar et les résines époxy a permis de construire des bateaux plus légers, plus rigides et plus rapides, tout en conservant une solidité exceptionnelle face aux conditions extrêmes des océans. Ces matériaux permettent une nouvelle répartition des efforts et une meilleure résistance à la fatigue structurelle. Elle garantit une maniabilité qui offre une traversée plus agréable et moins physique.

  • Le foil : Dans les années 1970-1980, Éric Tabarly a expérimenté l'utilisation de foils sur ses voiliers, notamment avec le célèbre trimaran Paul Ricard. Ce bateau, conçu avec des foils, visait à améliorer les performances en permettant une navigation plus rapide en diminuant la résistance hydrodynamique. Bien que Tabarly n'ait pas inventé le concept des foils, il a été l'un des premiers à les utiliser et à les populariser dans les compétitions nautiques modernes.

Grâce à ces avancées, les courses au large sont devenues plus rapides, offrant des performances toujours plus élevées, plus précises, grâce à des technologies optimisant chaque manœuvre, et plus stratégiques, permettant aux skippers de repousser les limites avec une gestion optimale des ressources et des conditions de navigation. Ces évolutions ont non seulement transformé la navigation en solitaire, mais elles ont aussi ouvert la voie à des compétitions d’envergure où la technologie et l’humain ne font plus qu’un.

Autres Records Remarquables

Outre les records de temps, d'autres performances méritent d'être soulignées :

  • Record de distance à la voile : Homologué le premier août 2009 par le World Sailing Speed Record Council, le record de distance à la voile a été établi par Pascal Bidégorry et son équipage à bord du Banque Populaire V.
  • Record de vitesse à la voile : Ce record est détenu par le français Antoine Albeau qui a atteint le 2 novembre 2015 la vitesse de 53,27 nœuds, soit 98,65 km/h.
  • Record de vitesse pour un voilier spécifique : Le Vestas Sailrocket 2, conçu spécialement pour ce genre de performances, est capable d'atteindre la vitesse de pointe de 68.01 nœuds, soit 125,9 km/h.

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