L’île de Groix, située au large de la rade de Lorient, est bien plus qu’une simple escale touristique ou un joyau naturel du Morbihan. Elle est devenue, au fil des décennies, le théâtre d’exploits sportifs singuliers, où la nage en eau libre se mêle à des enjeux de solidarité et de dépassement de soi. Qu’il s’agisse de traversées solidaires reliant l’île au continent ou de prouesses individuelles visant à redéfinir les limites du possible, le milieu marin entourant Groix est le témoin privilégié d’une culture nautique ancrée dans le partage et l’engagement.
Les racines d’une tradition nautique locale
La relation entre Lorient et Groix ne se limite pas aux liaisons maritimes quotidiennes ; elle s’exprime aussi à travers des événements qui fédèrent la communauté. Pour la 2ème année consécutive, le Centre Nautique de Lorient s’associe au festival lorientais 'Lorient Océans' afin de proposer une Régate / Rallye pendant l’événement. Le CNL, pilier de la voile de loisirs et de la formation dans le Pays de Lorient, et Lorient Océans, évènement maritime et festif, ont vu leur rapprochement comme une évidence. Deux entités qui partagent des valeurs communes : une passion pour la mer, un souhait de réunir marins professionnels et amateurs, en famille, comme entre amis, et la volonté de contribuer à l’animation du Pays de Lorient.
Initié par le CNL en 2010, le Tour de l’île de Groix est l’une des festivités nautiques de l’été lorientais. Pour sa 14e édition, cette régate et ce rallye conviviaux populaires s’intègrent dans la programmation de Lorient Océans. Le Tour de Groix est née d’une envie mutuelle : rassembler tous les usagers des ports de la rade et de la région également, autour d’un événement joyeux et accessible au plus grand nombre. Le Samedi 27 juin, le petit voilier habitable et le grand voilier de course, vont naviguer ensemble à l’occasion de ce rassemblement nautique.
Le Défi des Courreaux : Nage et solidarité
Si la voile occupe une place prédominante, la natation en eau libre a su trouver ses lettres de noblesse dans ce bras de mer tumultueux appelé les Courreaux. Le Défi des Courreaux est une traversée à la nage unique en France qui n’est pas chronométrée et sert à lever des fonds pour les associations des jeunes autistes de la région. Chaque nageur part ainsi de l’île de Groix et rejoint le continent, après 6,5 km d’effort.
Cette manifestation est limitée chaque année à 130 participants, le début du processus d’inscription a lieu en début d’année. Les nageurs revenant majoritairement d’une année sur l’autre, il n’y a plus de places pour cette année depuis fin janvier. Ce qu’il faut savoir c’est que pour l’inscription, sont prioritaires les nageurs avec une entreprise sponsor, pouvant apporter un minimum de 154 euros pour le participant. Il n’y a pas de limite de montant, il est déjà arrivé qu’un participant apporte 1500 euros pour la traversée ! En plus du sponsor, sont également prioritaires les candidats ayant un kayakiste pouvant les suivre ce jour-là. Généralement sont sponsors les comités d’entreprise, associations sportives, ou l’entreprise du nageur.
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Le jour de la traversée, les nageurs partent un par un de l’île de Groix, en combinaison néoprène obligatoire pour des raisons de sécurité. En effet la température de l’eau varie entre 13°C et 15°C ! Les départs sont espacés chacun de quelques secondes, le temps que le nageur et le kayakiste s’éloignent de la ligne de départ. Comme l’épreuve n’est pas chronométrée, les départs se font également quand les personnes sont prêtes, toutes les 10-15 secondes. Les premiers atteindront le continent au bout d’1h26 généralement, la limite étant les 3 heures pour pouvoir rétablir le trafic maritime.
L’évolution d’une épreuve emblématique
L’histoire du Défi des Courreaux illustre parfaitement l’engouement croissant pour ces défis sportifs. S’ils étaient 27 en 2002, l’an passé ce sont 93 concurrents qui avaient tenté l’aventure de la traversée entre Groix et la plage du Perello, à Ploemeur, distante de 6,5 km. Les premiers ralliant le continent en 1 h 15 et les derniers après trois heures d’efforts. Pour la septième édition, ils devraient être plus nombreux que jamais. Plus de 100 nageurs sont attendus à cette traversée à la nage, sans palme, entre Groix et la plage du Perello à Ploemeur.
Parmi les participants à cette 7e édition du Défi des Courreaux, il y avait 3 Groisillons : un nageur, Philippe Calloc’h et deux kayakistes, Gilles Paulichet et Nicolas Rodriguez, mobilisés pour cette très bonne cause. « Ce qui est agréable c’est l’esprit qui règne autour de cette traversée. Nous ne venons pas pour faire un temps ». Cette activité se développe de plus en plus au sein de la SNSM avec le retrait progressif des CRS. Si, en raison des courants, le record de la traversée à la nage entre Port Tudy et la plage du Perello n’a pas été battu, celui du nombre de participants l’a été. Il a juste atteint la centaine.
Le Défi n’étant pas simplement à but sportif, en effet la course ne s’inscrit pas dans le calendrier de la FFN, chaque participant doit avoir pour sponsor une société qui versera une somme minimum fixée à 154 euros. Les fonds sont destinés à aider les associations et les foyers qui aident et accueillent les jeunes autistes de la région. C’est avant tout un rassemblement très chaleureux de gens qui donnent d’eux-mêmes pour soutenir une cause. Grâce à cette course, l’an dernier 25 000 euros ont pu été récoltés.
La sécurité et les contraintes techniques en mer
Nager en mer nécessite une préparation rigoureuse. Chaque nageur sera accompagné d’un kayakiste, chargé de sa sécurité rapprochée. Pour ce genre d’épreuve, il faut faire avec la houle et le froid. La population groisillonne est invitée à descendre à Port-Tudy vers 9 h 30, afin de venir saluer les sportifs et les encourager.
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La qualité de l’eau reste une préoccupation majeure pour les organisateurs. Deux laboratoires recherchent principalement la présence de bactéries dans les échantillons prélevés sur les lieux de baignade, à marée haute. En cas de contrôles positifs, la baignade peut être provisoirement interdite. Cette traversée a généralement lieu le jour de la plus faible marée de juin, afin de limiter les effets des courants, bien que ceux-ci restent un facteur déterminant pour la réussite des nageurs.
Le dépassement de soi : L’exemple d’Yvan Derrien
Au-delà des défis collectifs comme le Défi des Courreaux, l’île de Groix inspire des aventures individuelles hors du commun. C’est un pari fou, mais très réfléchi. Le mercredi 3 septembre 2025, le Finistérien Yvan Derrien va tenter le tour de l’île de Groix, dans le Morbihan, à la nage et sans palme. Particularité, et non des moindres, ce Quimperlois de 57 ans souffre d’un diabète de type 1.
Atteint de diabète insulino-dépendant depuis plus de trente ans, Yvan Derrien porte un projet sportif et solidaire fort : réaliser à la nage, en totale autonomie, le tour complet de l’île, soit 25 km. Initialement prévu le 3 septembre, ce défi a été reporté au 18 septembre à cause du mauvais temps. Le départ aura lieu à 6 heures de Port-Tudy, pour 25 à 27 km de nage à travers les courants, soit près de 12 heures de nage sans s’arrêter.
En 1996, à la suite d’un choc psychologique, Yvan Derrien perd une douzaine de kilos, en deux mois. Examens, analyses : le diagnostic tombe. Mais le bonhomme est pugnace. Il se relève très vite. « Rapidement, je me suis dit que c’est le diabète qui allait s’adapter à ma vie et non le contraire ». Ce Breton, diabétique depuis 30 ans, s’est lancé pour défi de faire le tour de l’île de Groix à la nage, sans palmes. Une ambition folle et unique qui ne lui fait pas peur. « Depuis que je suis diabétique, on m’a toujours dit "c’est impossible, il faut te ménager, reste prudent, apprend à renoncer". Mais renoncer à quoi ? Je ne connais même pas mes limites, parce que je ne me suis jamais retrouvé dans le dur ».
Ce défi est pour Yvan l’occasion de visibiliser le diabète de type 1. Son corps oscille en effet entre hyperglycémie et hypoglycémie : trop de sucre ou pas assez. Pour les ravitaillements, il faut donc tout calculer au gramme près. Mais le Breton se dit confiant. Ce projet donnera lieu à un documentaire de 26 mn intitulé « Un océan d’espoir », retraçant son parcours et celui de toutes les personnes vivant avec un diabète insulino-dépendant. Avec un triple objectif : sensibiliser au diabète, promouvoir le sport santé et valoriser le dépassement de soi. Le film encouragera aussi la recherche sur le diabète de type 1 en France à travers une collecte de fonds. Le projet est soutenu par plusieurs figures sportives reconnues : Alain Bernard, champion olympique de natation ; Jérémy Stravius, champion du monde de natation ; Nicolas Gestin, champion olympique et espoir du canoë-kayak français, et Pascal Pinard, sept fois médaillé paralympique aux JO.
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