Le Voyage en Voilier de Toulon à la Corse : Une Aventure Nautique Entre Préparation et Liberté

Naviguer en voilier vers la Corse représente bien plus qu'un simple déplacement maritime ; c'est une véritable immersion dans l'aventure, une quête de liberté au fil des flots. Pour les amoureux inconditionnels de la mer, comme Olivier, passionné de voile depuis 50 ans déjà, cette traversée est un appel constant. Le "vieux loup de mer" vogue contre vents et marées, profitant de la sensation de liberté et des moments de bonheur que lui procurent la navigation et qu’il aime partager sans modération avec sa famille et ses copains. Quand l'idée de mettre le cap sur la Corse en voilier germe dans l'esprit, l'une des premières questions qui vient est invariablement : combien de temps cela prend-il ? Cette interrogation est cruciale, car la durée du voyage peut varier considérablement selon de multiples facteurs, transformant chaque traversée en une expérience unique et exigeante en préparation.

La Traversée Spécifique Toulon-Corse : Distances et Premières Estimations

Planifier un départ vers la Corse en voilier implique de choisir un port stratégique en France et de connaître la durée estimée selon l’itinéraire. Parmi les points de départ privilégiés par les plaisanciers, Toulon se distingue. Depuis Toulon, la distance est légèrement réduite, avoisinant 150 milles nautiques. Cette relative proximité rend la cité varoise particulièrement attractive pour ceux qui visent les côtes corses. Un navigateur aguerri a indiqué avoir pris 15 heures pour cette traversée avec des vents modérés au départ de Toulon. Plus généralement, le trajet depuis Toulon s’amenuise, avec environ 14 à 20 heures jusqu’à Bastia ou Porto-Vecchio, en fonction des conditions. En comparaison, depuis Marseille, il y a environ 170 milles nautiques jusqu’à Calvi, et la traversée prend généralement entre 18 et 24 heures pour atteindre Ajaccio ou Calvi sur un voilier classique à une vitesse moyenne de 5 nœuds. Ces chiffres, bien qu'indicatifs, soulignent l'importance du point de départ dans la planification du voyage.

Le Voilier, Un Choix de Passion et de Liberté

Le choix du voilier pour cette aventure est en lui-même une déclaration d'amour à la mer. Olivier, qui a commencé la voile à l’âge de 10 ans sur le bassin d’Arcachon et aux alentours avant de venir vivre à Cassis à l'âge de 14 ans, témoigne de cette passion inébranlable. À 63 ans, cela fait déjà 50 ans qu’il navigue, dont 30 ans en régate sur différents types de bateaux, aux performances et aux tailles différentes. Été comme hiver, pour des régates, des balades en famille ou des croisières, Olivier prend la mer dès qu’il a du temps libre et que la météo est bonne.

Il met en lumière les avantages du voilier par rapport au bateau à moteur. L’avantage du bateau à moteur c’est qu’il est plus rapide, mais il n’y a pas l’aspect sportif de la navigation puisqu’il n’y a pas de manœuvres. Finalement, si Olivier a choisi le voilier, c’est lié à une passion sportive et à d’autres éléments plus objectifs. En effet, un voilier permet d'aller plus loin, il est plus économique, plus écologique et silencieux. Il n’y a pas de limite, on se sent davantage en communion avec les éléments. Cette connexion profonde avec la nature est une des raisons fondamentales qui poussent les marins à opter pour la voile. En croisière, surtout en Méditerranée, les destinations comme la Corse, la Sardaigne, la Sicile et les Baléares sont des paradis pour les navigateurs. Un voyage en voilier, cependant, prend du temps, et quand on est actif, du temps, on en manque. Maintenant qu'Olivier est à l’âge de la retraite, il a pour projet de naviguer beaucoup plus, en commençant par faire toute la Méditerranée.

Les Facteurs Clés Influencant la Durée du Voyage

La durée d’une traversée en voilier vers la Corse est le résultat d'une alchimie complexe de plusieurs éléments interdépendants. Comprendre ces facteurs est essentiel pour toute planification.

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Le Point de Départ et la Distance

Le point de départ détermine en grande partie la distance à parcourir. Les ports de Marseille, Toulon et Nice sont des points de départ populaires pour rejoindre la Corse, chacun offrant des avantages spécifiques. Marseille, situé sur la côte méditerranéenne, attire avec sa proximité aux calanques. Toulon, plus au sud, facilite l’accès aux îles d’Hyères, parfait pour une halte avant la Corse. Nice, plus à l'est, peut offrir des traversées plus courtes vers le nord de la Corse. Comme mentionné précédemment, les distances varient significativement : environ 170 milles nautiques depuis Marseille jusqu’à Calvi, environ 150 milles nautiques depuis Toulon, et potentiellement moins depuis Nice vers le Cap Corse.

Le Type de Voilier et Sa Vitesse

Le type de voilier joue un rôle majeur dans la vitesse moyenne que l'on peut espérer maintenir. Sur un voilier monocoque de 12 mètres, une vitesse moyenne de 5 à 6 nœuds est maintenue dans des conditions bien établies. Ces bateaux offrent une expérience de navigation plus traditionnelle. Les catamarans, souvent plus rapides grâce à leur conception multicoque, atteignent facilement 7 à 8 nœuds et offrent une meilleure stabilité, ce qui peut rendre la traversée plus confortable et plus rapide. Les performances et les tailles des bateaux varient grandement, et cette diversité influe directement sur le temps de parcours.

L'Impératif de la Météorologie

Les conditions météorologiques impactent fortement le voyage. Olivier l'affirme : c'est la météo qui décide de tout. C’est tout bonnement impossible de se dire tel jour à telle heure, je serais à tel endroit ! Cette règle d'or est confirmée par de nombreux marins. Les vents favorables peuvent raccourcir le temps de voyage, tandis que des conditions difficiles peuvent le prolonger. Pendant les mois d’été, les vents réguliers et modérés, comme le Mistral, peuvent faciliter une navigation rapide, bien qu'il puisse aussi être très fort. En hiver ou au printemps, des conditions moins prévisibles, y compris des tempêtes, peuvent prolonger le trajet et rendre la traversée dangereuse. Il est souvent rappelé que les conditions météorologiques sont plus imprévisibles en hiver. Un marin aguerri a même raconté avoir dû passer une nuit supplémentaire en mer à cause d’un imprévu météo non détecté, soulignant l'importance de la vigilance constante.

Préparer Minutieusement sa Traversée vers la Corse

Une bonne préparation est la pierre angulaire d'une traversée réussie et sécurisée. Bien organiser une traversée vers la Corse en voilier garantit une expérience agréable et sereine.

Choisir la Bonne Saison et Planifier l'Itinéraire

Le premier conseil est de choisir la bonne saison. L’idéal est de partir lorsque les jours sont longs, donc du mois de mai jusqu’à octobre. Cette période offre généralement des conditions météorologiques plus stables et des températures agréables.Le deuxième conseil est de bien se renseigner sur le choix de son itinéraire avant de partir. Cette étape est devenue beaucoup plus simple de nos jours avec Internet. Il y a 50 ans, les réseaux sociaux n’existaient pas, alors on commençait par écouter les récits des navigateurs et faire nos propres tests. Aujourd’hui, il existe pléthore de forums, de groupes de voyageurs sur les réseaux sociaux, ou d’applications mobiles comme Navily sur laquelle les membres partagent leurs conseils et bons plans. Ces ressources sont précieuses pour affiner les choix de routes, de mouillages et de ports d'escale.

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Inspection du Voilier et Équipement de Sécurité

La sécurité est une priorité absolue. Il est indispensable d'inspecter son voilier avant le départ. Cela implique de vérifier l’état des voiles, moteurs et équipements de navigation pour éviter tout problème en mer. Un voilier bien équipé avec une VHF, un GPS et des outils de sécurité, comme les gilets de sauvetage et une ancre adaptée, est indispensable. Les cartes marines, un GPS de qualité, une radio VHF et un anémomètre sont des instruments essentiels à bord. La préparation inclut également des vérifications de routine approfondies : remplir l’eau, faire le plein de gasoil, vérifier tout le bateau, et même monter au mât pour vérifier les haubans.

La Météo : Une Surveillance Constante

Olivier consulte attentivement les prévisions météorologiques auprès des sources fiables, comme Météo France ou des applications maritimes, avant de fixer la date de départ. Les changements brusques de conditions peuvent être risqués en Méditerranée. Le conseil de toujours vérifier les prévisions juste avant de partir est fondamental, car la météo, surtout en mer, peut évoluer très rapidement.

Escales Stratégiques et Provisions

Pour rendre la traversée plus agréable, il est judicieux de planifier des escales stratégiques selon la distance et le point de départ. Depuis Marseille, par exemple, Porquerolles est une excellente étape avant de poursuivre vers la Corse. Ces pauses permettent de se reposer, de se ravitailler et de se protéger en cas de mauvais temps.Une autre navigatrice a recommandé de prévoir des repas simples et faciles à préparer, comme des salades ou des sandwiches, pour réduire les contraintes en mer. Préparer des provisions suffisantes, y compris le goûter, le dîner et le petit-déjeuner, est crucial pour maintenir l'énergie de l'équipage.

L'Expérience de Navigation : Récits et Réalités en Mer

Naviguer vers la Corse en voilier, c'est se forger des souvenirs indélébiles, souvent parsemés d'imprévus et de moments de grâce. La Corse, avec ses paysages à couper le souffle et ses criques secrètes, attire les amateurs de voile comme un aimant. Olivier confirme que la Corse est vraiment “la plus proche des îles lointaines”. L’île a su rester très sauvage, avec des endroits extrêmement bien préservés. C’est beau, ensoleillé, les eaux sont de qualité, il y a des criques et des calanques… C’est vraiment un endroit merveilleux et Olivier et ses amis y sont allés une vingtaine de fois.

Les marins privilégient des lieux spécifiques. Parmi eux, la Revellata du côté de Calvi est une calanque merveilleuse. Puis, Girolata, Fica et Conca sont des calanques un peu plus au sud, ainsi que Santa Manza. D’ailleurs, quand on va à Calvi, Ajaccio, Bonifacio ou Propriano, c’est uniquement pour se ravitailler. Les marins apprécient le mouillage forain, c’est-à-dire des endroits où il n’y a pas de port. C’est tout simplement magique. Ces retrouvailles en mer sont souvent l'occasion d'une convivialité unique : on se rejoint à trois ou quatre bateaux et on mouille ensemble, on descend à terre et on fait la fête sur les plages, du côté de Muratello dans le sud de la Corse, à côté de Roccapina.

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Un récit poignant illustre la réalité d'une traversée : celui d'un retour de Corse vers Monaco. L'équipage, composé de deux personnes à bord du voilier Lady M, partait du Cap Corse, cap sur Monaco. C'était fin septembre, la saison des orages, et la météo changeait souvent, rendant difficile de trouver la bonne fenêtre météo. La préparation était intense, marquée par l'angoisse et une surveillance constante de la météo, qui évoluait toutes les trois heures. L'équipage ressentait la boule au ventre. Malgré cela, ils ont rempli l’eau, fait le plein de gasoil, vérifié tout le bateau, et même monté au mât pour vérifier les haubans. Une bonne fenêtre météo semblait s'ouvrir, confirmée par des amis connaisseurs : vent d’est, force 4 à 5 avec une houle de 1 mètre. Le vent d’est étant réputé capricieux, le stress montait d'autant plus.

À 9h45, le voilier quitta le port de Macinaggio. Le moteur fut gardé pendant trente minutes pour contourner la cardinale Est. Deux ris furent pris dans la grand-voile et le génois, le vent soufflant à 15-20 nœuds. Le bateau filait à 5 nœuds, et la houle de travers n’était pas désagréable. Le régulateur d’allure fut mis en place, et la traversée commença. Malgré une mer et un vent considérables, le bateau gérait bien, permettant à l'équipage de se détendre petit à petit, et même de lire tranquillement. L'AIS, qui indique les bateaux aux alentours, rassurait beaucoup.

À 20h, le soleil se couchait. Le génois avait été réduit de huit tours. Le vent soufflait à 20 nœuds constant, le bateau filant à 4 nœuds, ce qui suffisait. L'équipage se relayait toutes les deux heures pour veiller, celui qui se reposait restant dans la chambre du skipper juste à côté de la descente, permettant une intervention rapide si nécessaire. La nuit fut orageuse, ou presque. Des orages étaient visibles derrière le bateau, les éclairs se manifestant à partir de minuit, ce qui causait du stress, beaucoup même. La nuit, en octobre, était longue et froide. Pour cette deuxième grande navigation, toute l’attention était portée sur le comportement du bateau, sans l'énergie de faire autre chose. Un petit thé pour se réchauffer et un petit bol de raviolis pour se nourrir, et l'on retournait à la veille. Le bateau allait bien et avançait toujours bien, bien que peu de voilure fût déployée. Dans l'obscurité, seuls les bruits du sifflement du vent et de la mer étaient audibles. La nuit, une lampe rouge était utilisée pour ne pas s’éblouir et être capable de voir les feux des autres bateaux, s’il y en avait. Ce que l’on voyait, c’étaient surtout les éclairs, ce qui ne plaisait pas du tout.

Le jour se leva à 6h, et toutes les voiles furent remises. L'équipage était heureux que la nuit se soit passée sans encombre. À 11h, le vent disparut, et le moteur fut remis pour rejoindre Saint-Jean-Cap-Ferrat, laissant Monaco sur la droite. L'équipage était de retour de son tour de Corse après vingt-huit heures de navigation. Sur cette traversée de cent-dix milles nautiques, douze bateaux furent rencontrés. Chaque fois qu'un bateau était en vue et que l'on se sentait en danger, l'autre était réveillé. Le courage de faire un vrai repas manquait, alors l'équipage se contentait de fromage corse, de pain, de paquets de gâteaux, de pommes, et gardait une petite bière pour se détendre, qui fut finalement bue de bon matin, heureux d’être près des côtes. Finalement, cette traversée de 110 milles nautiques aura duré 28 heures, dont 25 heures de voiles et 3 heures au moteur.

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