L'univers de la course au large a été profondément transformé par l'émergence des trimarans de la classe Ultim. Ces structures complexes, véritables laboratoires flottants, représentent l'apogée de l'ingénierie navale contemporaine. Le trimaran SVR-Lazartigue, conçu sous l'impulsion de François Gabart et de son écurie MerConcept à Concarneau, incarne cette nouvelle ère où la quête de vitesse absolue impose une remise en question radicale des codes architecturaux traditionnels. Ce colosse de 32 mètres de long et 23 mètres de large, fort de 15 tonnes, ne se contente pas de naviguer ; il est taillé pour voler au-dessus des océans, repoussant les limites de l'hydrodynamisme et de l'aérodynamisme.
La genèse d'un colosse technologique
Après quatre ans de conception et de construction, ce géant des mers est un concentré de technologie. Le navigateur François Gabart a mis à l'eau son maxi-trimaran "SVR Lazartigue", ce jeudi à Concarneau. C'est un colosse de 32 mètres de long, 23 mètres de large et de 15 tonnes, taillé pour l'ambition de François Gabart, détenteur du record du monde en solitaire. Le projet, financé par le groupe de cosmétique Kresk porté par l'entrepreneur breton Didier Tabary, a mobilisé plus de 450 entreprises, dont le chantier CDK Technologies à Lorient et Port-la-Forêt.
La collaboration entre MerConcept et CDK Technologies a permis de repousser les frontières du possible. Les pièces structurelles, telles que les flotteurs, les bras de liaison et les foils, ont nécessité un savoir-faire unique en matière de composites hautes performances. Le recours à un autoclave unique en Bretagne (25x4m) a été déterminant pour garantir la fiabilité des structures soumises à des contraintes mécaniques extrêmes lors du vol. Comme l'explique Yann Dollo, Directeur général adjoint de CDK Technologies, l'arrivée des foils et des plans porteurs sur les safrans impose une manière complètement nouvelle de dimensionner les flotteurs et les bras de liaison.
L'aérodynamisme au service de la performance
"C'est beaucoup d'émotions, on en est fier, plus on va vite plus on a besoin de cet aérodynamisme. C'est la philosophie de ce bateau, essayer d'être plus performant." Cette vision de François Gabart se traduit par un choix architectural radical : un pont dépouillé et presque plat. Contrairement aux standards habituels, le poste de pilotage est encastré dans la coque centrale. "Ce qu’on voit immédiatement quand on est sur le bateau ou sur le ponton, c’est l’aérodynamisme de la plateforme", décrit le navigateur. "Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que plus les bateaux vont aller vite, plus ce paramètre est important."
Cette configuration plonge le skipper dans une bulle étanche, le cockpit étant situé juste au-dessus de l'eau, avec des ouvertures limitées. Si cette disposition offre une protection exceptionnelle, elle a également été au cœur d'un litige technique avec la Classe Ultim 32/23. Le débat portait sur la capacité du skipper à assurer une veille visuelle efficace depuis son poste de manœuvre. Pour François Gabart, l'aménagement intérieur est conçu comme une cellule de vie fonctionnelle, presque un hôtel 5 étoiles dans le contexte d'une navigation extrême, où la cuisine se résume à un réchaud et le couchage à des bannettes optimisées.
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Systèmes de pilotage et intelligence embarquée
L'innovation ne s'arrête pas à la structure. Le SVR-Lazartigue rompt avec l'usage traditionnel de la barre pour adopter un volant, semblable à celui d'une automobile. Cette interface permet d'intégrer des technologies de pointe, comme la direction assistée ou des systèmes d'assistance au pilotage. François Gabart, fort de sa formation d'ingénieur, envisage d'ailleurs d'aller plus loin : "On peut essayer d’apporter au pilote automatique l’intelligence humaine ou à l’inverse, avoir l’intelligence d’un pilote automatique avec des notions d’intelligence artificielle pour aider le barreur à diriger le bateau."
La performance brute est impressionnante : des vitesses moyennes dépassant les 40 nœuds sur de longues durées, avec des pointes à 47,7 nœuds, soit près de 90 km/h. Ces chiffres ne sont pas le fruit du hasard, mais le résultat d'une analyse fine des données collectées lors des navigations. Le bateau est un laboratoire de haute technologie, où chaque centimètre carré a été optimisé pour le vol.
Une gouvernance et une éthique en question
Le développement du SVR-Lazartigue n'a pas été exempt de défis réglementaires. Le litige opposant le groupe Kresk à la Classe Ultim 32/23 concernant la conformité du cockpit a mis en lumière les tensions entre l'innovation architecturale et les règles de sécurité établies. Le Tribunal judiciaire de Paris a finalement permis au trimaran de prendre le départ de la Route du Rhum, soulignant la nécessité d'un dialogue apaisé au sein de la classe.
Au-delà de la compétition, le projet s'inscrit dans une démarche de responsabilité environnementale. François Gabart souligne l'importance de la gestion de l'énergie et des ressources à bord. "Saviez-vous que sur un tour du monde à bord de ce trimaran, un skipper ne va produire qu’un seul sac poubelle de déchets en 40 jours ?" Cette approche, couplée à la création du fonds de dotation KRESK 4 OCEANS, illustre la volonté du marin-entrepreneur de concilier performance sportive de haut niveau et protection des écosystèmes marins.
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