La Réunion, une Vague d'Histoires : Du Paradis de la Glisse à la Résilience de "Tarzan" et sa Communauté

L'île de La Réunion, joyau de l'océan Indien, a longtemps brillé aux yeux des passionnés de glisse aquatique comme un véritable sanctuaire pour le surf. Ses plages de sable fin de l’Ouest de La Réunion abritent aussi des spots de surf réputés, des lieux où l'envie de surfer sur la vague est un appel constant. Le surf sur l’île a, en effet, longtemps été populaire, attirant des surfeurs de tout horizon grâce aux différents types de vagues déferlant sur la côte ouest, baignée de soleil toute l’année. De ce terrain de jeu exceptionnel ont émergé des figures emblématiques, des champions de surf dont les noms résonnent aujourd'hui dans le monde entier, tels que Jérémy Flores, Maxime Huscenot, Johanne Defay ou encore Alice Lemoigne. Le surf à La Réunion semblait alors promis à un avenir radieux, un horizon sans nuages pour cette pratique ancestrale. Pourtant, une période sombre allait mettre à l'épreuve la passion et la détermination de toute une communauté, transformant le récit idyllique en une lutte acharnée pour la survie d'un sport et d'un mode de vie. Au cœur de cette épopée, des personnalités comme Ery Courtois, affectueusement surnommé "Tarzan", incarnent la résilience et l'attachement indéfectible à ces vagues qui ont façonné tant d'existences.

La Réunion, Terre de Vagues et de Champions : Un Passé Glorieux

Avant que l'adversité ne frappe, La Réunion était unanimement reconnue pour la qualité exceptionnelle de ses spots de surf. L'île, avec sa côte ouest généreusement ensoleillée tout au long de l'année, offrait une diversité de vagues qui faisait le bonheur des surfeurs, des débutants aux professionnels les plus aguerris. Parmi ces sites, Saint-Leu, petite ville balnéaire où il fait bon vivre, abrite le fameux spot de la gauche, une vague légendaire réputée mondialement qui se déroule régulièrement de gauche à droite. Ce n'était pas seulement un lieu de pratique, mais un véritable berceau de talents. Des athlètes de calibre mondial ont fait leurs premières armes sur ces rouleaux, forgeant la réputation de l'île sur la scène internationale du surf. Jérémy Flores, Johanne Defay, Jorgann Couzinet, Maxime Huscenot, Amaury Lavernhe ou encore Alice Lemoigne sont des noms qui témoignent de la richesse de ce vivier de surfeurs. Ces parcours inspirants ont contribué à cimenter l'image de La Réunion comme une destination incontournable pour les amoureux de la glisse, un lieu où la culture du surf s'épanouissait pleinement et où chaque vague racontait une histoire, un défi, une victoire. La richesse de ces expériences et la vitalité de cette communauté laissaient présager un avenir foisonnant, avant que les circonstances ne viennent brusquement assombrir ce tableau idyllique.

L'Ombre du Risque : La Crise Requin et ses Conséquences Dévastatrices

Le destin du surf à La Réunion a basculé brutalement avec l'émergence d'une crise sans précédent. Les attaques de requins ont abouti à l’interdiction de sa pratique en 2013, marquant un tournant tragique pour l'île. Cette période, s'étalant de 2011 à 2019, a vu une série inédite et tragique d'attaques. Au total, 25 personnes auront été attaquées par des requins bouledogues et tigres, et 11 perdront la vie. Éric Sparton, le président de la Ligue Réunionnaise de Surf, revient sur cette décennie de drames, de doutes, de colère et de travail, décrivant la situation comme une "catastrophe". Il a des pensées pour les victimes, ceux qui doivent encore se reconstruire, pour les familles et les proches qui ont été dans le deuil. Il pense aussi aux clubs, aux dirigeants, aux éducateurs, aux bénévoles, dont beaucoup ont dû tout arrêter. La perte a été immense, touchant la famille du surf réunionnais de plein fouet, avec 8 morts sur les 11 victimes et 5 amputés. Des figures comme Mathieu Schiller, 31 ans, une solide réputation et qui s’occupait des jeunes avec son école à Boucan Canot, et Elio Canestri, 13 ans, pensionnaire du Pôle espoirs et présent aux championnats de France l'année précédant son attaque, ont laissé un vide incommensurable. Eric Sparton confie : « J’étais en train de faire les courses quand j’ai su pour lui. Mes jambes m’ont lâché… Je me suis effondré. » La disparition d'Elio a été un choc terrible, d'autant plus qu'il était si jeune, et a révolté beaucoup de monde car la situation semblait inexorable. Pour beaucoup, cela a été l'attaque de trop. On s’est tous dit : « On ne va pas continuer à se faire bouffer comme ça sans réagir. »

La crise a eu des répercussions bien au-delà des drames personnels. L'interdiction de juillet 2013 a menacé l'existence même de la Ligue Réunionnaise de Surf. Eric Sparton a eu très peur que tout s’arrête quand cet arrêté a été publié. Cette date symbolise encore pour lui la chute libre. On a perdu pied à un moment, beaucoup pensant que c’était la fin de tout, la fin du surf à La Réunion. Le sentiment général était à l’abandon, et certains murmuraient : « C’est bon, on veut notre mort, on ne veut plus de surf à La Réunion. Ok, on arrête. Ils ont gagné ! » Face à cette résignation, Eric Sparton a convoqué les présidents de clubs, les écoles. Plus personne ne voulait encore y croire, et on lui disait : « Éric, il faut arrêter maintenant. Stop ! On ne va pas continuer à se faire dévorer… »

Le traumatisme a été d'une ampleur considérable. Éric Sparton souligne qu'il y a eu d’autres drames dont on ne parle pas, mais que dans cette spirale, certains ont aussi perdu leur emploi, ont divorcé, ou ont préféré quitter la Réunion. Et il ne parle même pas de la douleur des parents qui ont perdu leurs enfants ou de ceux qui vivent désormais avec un bras ou une jambe en moins. La disparition d'Elio Canestri a marqué un tournant, faisant monter la colère. Il fallait trouver un responsable pour exorciser la douleur. Sans solution, on a eu la haine. On se demandait pourquoi toutes ces attaques frappaient l'île, pourquoi La Réunion était devenue l'endroit le plus dangereux de la planète. On voulait absolument que ça s’arrête. La communauté a également subi des attaques odieuses de gens planqués derrière leurs claviers, qui se sont posés en donneurs de leçons sur les réseaux sociaux, alors qu'ils ne connaissaient pas le problème spécifique. Le surf et l'île ont été stigmatisés, ce qui a fait très mal et a fait perdre un temps précieux pour la sécurisation.

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Ery Courtois, le surfeur passionné surnommé "Tarzan", une figure emblématique du surf à La Réunion et qui connaît le spot de Saint-Leu parfaitement, pointe du doigt la réserve naturelle marine suite aux attaques. Pour ce pionnier du surf, la réserve naturelle marine a sa part de responsabilité quant à la présence des squales le long des côtes réunionnaises, estimant que les requins se sont territorialisés dans l’enceinte de la réserve. Il a été témoin du développement de ce sport, pratiquant sa passion depuis plus de trente ans, ayant touché sa première planche à 7 ans et surfant tous les jours à 11 ans. À l’époque, le risque requins ne faisait pas partie des angoisses des surfeurs. « On n'avait pas de vision sur l’avenir de l’activité », raconte-t-il. Pour lui, la situation est devenue intenable, et il est urgent d’agir. « C’est une catastrophe, j’ai essayé de faire partager cette passion, j’ai initié de nombreux jeunes surfeurs. » Il se souvient qu'à 10 ans jour pour jour avant l'entretien, une attaque de requin sur un surfeur marquait le début de cette série funeste. Éric Sparton le confirme : jusqu'en 2011, les Réunionnais pouvaient surfer et se baigner partout où ils voulaient autour de l'île. Ce temps est révolu. Les requins ont compris qu'ils avaient une place sur nos côtes puisque suite à de nombreux interdits, l’homme n’occupait plus la colonne d’eau à proximité des plages. Il rappelle qu'ils avaient surfé tout autour de l'île, de jour comme de nuit, et même après des cyclones avec de l'eau marron, lui personnellement ayant l'habitude d’aller surfer très tôt ou très tard pendant 30 ans, sans aucun problème, avec une seule attaque mortelle connue en 1989. Mais une telle situation, avec un risque faible et une pratique sans danger, ne reviendra pas.

Renaissance par la Volonté : La Communauté du Surf Face à l'Adversité

Contrairement aux idées reçues, le surf a continué d’exister à La Réunion, porté par la volonté inébranlable de sa communauté. Face à l'interdiction et au désespoir, Eric Sparton et Nicolas Berthé, conseiller technique national de la Fédération alors en poste à La Réunion, se sont retrouvés seuls, se demandant s'ils continuaient ou pas. Eric Sparton voulait trouver quelque chose qui les fasse tenir, qui les fasse sortir de cette crise. Il a voulu rester positif quand bien même tout semblait impossible et qu'il s'est retrouvé plusieurs fois au fond du trou. C'est ainsi qu'ils sont partis d’une feuille presque blanche, cherchant un cadre légal pour apporter des solutions, aidés par Paul-Emile Vernadet, technicien de la Jeunesse et Sports. Malheureusement, l’administration les a retoqués très souvent. La ligue réunionnaise de surf, présidée par Éric Sparton, a mené un travail de longue haleine pour le retour à l’eau. Son rôle s'est défini par trois verbes clés : observer, alerter et évacuer. Elle signale sa présence sur un spot de surf à La Réunion par un drapeau orange.

Les efforts de sécurisation ont été considérables. Ils ont imaginé les vigies requins avec quelques techniciens de la ligue comme Ludovic Villedieu, Alexis et Guy Gazzo. Un dispositif accepté à La Réunion après 6 mois d’études mais pas au Muséum d'Histoire Naturelle à Paris. Ils ont donc renforcé leur dispositif, se tournant vers du matériel très haut de gamme de l’armée : embarcation, caméra sous-marine, etc. Et quand ils pensaient être tout bon, quand ils avaient la réserve marine et l’IRD avec eux, c’est la sous-préfecture qui a dit non. Mais un nouveau Préfet est arrivé, et peu à peu, les choses ont changé. Il y a eu une autre écoute, qui s’est vite transformée en une volonté de mettre sur pied ce dispositif de surveillance. Eric Sparton a dans le même temps utilisé un atout en la personne du président de la Région Réunion, à qui il a demandé un soutien financier pour le fonctionnement et la masse salariale pour déclencher le dispositif vigies requins. Le budget de la Ligue s’est envolé, et ils avaient les collectivités et l’État avec eux, fonctionnant avec 800 000 euros par an en moyenne, avec des dépenses très largement engagées pour la sécurisation. Mais aussi pour la formation et les stages en Afrique du Sud et en métropole, pour que les surfeurs puissent pratiquer.

Le soutien de la Fédération Française de Surf a également été crucial. Nicola Berthé a été détaché sur La Réunion, d’une grande aide pour la ligue. L’ancien président de la Fédération est venu plusieurs fois sur place pour soutenir, et il a aussi œuvré à Paris sur le dossier. La Fédération a largement communiqué sur la problématique, apportant sa solidarité et sensibilisant les médias nationaux. Elle a participé aux travaux de sécurisation à La Réunion et a soutenu toutes les actions, comme les vigies et les filets mis en place par Patrick Florès sur les spots populaires de la commune de St Paul. Elle a débloqué des fonds pour aider à la reprise du surf réunionnais.

Aujourd'hui, le surf reprend progressivement. Grâce au déploiement de la Water Patrol, en synergie avec le Centre Sécurité Requin, le surf à La Réunion renoue ainsi avec une vague légendaire. Les écoles de surf ne sont pas en reste grâce à la présence de la VRR à la Pointe de Trois Bassins, le mercredi et le week-end, offrant des opportunités d'apprendre à surfer ou de perfectionner sa glisse. Cependant, la pratique reste encadrée. Les surfeurs doivent détenir une licence et porter des équipements de protection individuels. On surfe désormais dans les zones sécurisées sur quatre spots identifiés, et il est demandé à tous les surfeurs d'être licenciés dans un club pour bénéficier de ce dispositif. Eric Sparton observe qu'il y a les jeunes du Pôle espoirs, les habitués, les parents qui profitent de la présence des vigies à Trois-Bassins pour amener leurs petits. Par contre, beaucoup de surfeurs se trouvent sur d'autres spots non sécurisés, certains se disant qu’ils peuvent prendre le risque en s’équipant de dispositifs électromagnétiques individuels, un système approuvé par le centre de sécurité requin. La ligue a fait une demande de subvention pour que tous les licenciés des clubs puissent recevoir un équipement, ce qui doublerait la sécurisation lorsqu'ils surferont dans les zones surveillées. Ils travaillent aussi pour obtenir les mêmes aides pour les écoles afin de les soulager dans l'achat de matériel quand elles vont redémarrer.

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L'annonce de la reconduction attendue de l'arrêté préfectoral de 2013 interdisant la pratique du surf en dehors des zones surveillées a été adoucie par celle de la réouverture de trois écoles de surf et de la sécurisation très prochaine du spot de St Leu. Eric Sparton y voit une bonne nouvelle, car on voit que la fin de l’interdiction est proche. L’ouverture du spot de Trois Bassins en zone expérimentale surveillée par les vigies est en ce sens exceptionnelle. Il a pleuré de joie en voyant le nombre de parents qui viennent à l’eau avec leurs petits de 4-5 ans, se disant : « Voilà ! On a bataillé pour y arriver. On a bien fait de ne rien lâcher. On y est presque. » La célèbre vague de Saint-Leu devrait être bientôt sécurisée, et la communauté s'en réjouit. La reprise du surf à La Réunion se manifeste par l'évolution du nombre de licenciés, selon les chiffres de la Ligue réunionnaise de surf, on comptait en 2021 850 licenciés pour 350 l’année précédente.

Figures Emblématiques et Témoignages au Cœur des Vagues Réunionnaises

Le renouveau du surf réunionnais est incarné par des visages connus et moins connus, dont les témoignages tissent la riche toile de cette histoire de passion et de persévérance.

Tarzan, le Local Légendaire

Au cœur de cette communauté se trouve Ery Courtois, universellement connu sous le surnom de "Tarzan". Ce surfeur amateur, avec 56 ans de pratique à son actif, est un "gros local de chez local", un connaisseur intime des vagues réunionnaises, notamment à Saint-Leu. Il se distingue par sa manière unique de surfer son longboard "comme un shortboard", alliant puissance et agilité. Passionné de la mer depuis toujours, Ery Courtois est une figure emblématique du surf à La Réunion, et le spot de Saint-Leu, il le connaît parfaitement et l’affectionne particulièrement. À 7 ans, il touche sa première planche et à 11 ans, il pratique le surf tous les jours, à une époque où le risque requins ne faisait pas partie des angoisses des surfeurs. Ery a été le témoin du développement de ce sport, et sa perspective sur l'évolution de la situation des requins est tranchée. Il pointe du doigt la réserve naturelle marine suite aux attaques, estimant que « Les requins se sont territorialisés dans l’enceinte de la réserve. » Pour lui, la situation est devenue intenable et il est urgent d’agir. « C’est une catastrophe, j’ai essayé de faire partager cette passion, j’ai initié de nombreux jeunes surfeurs. » Son engagement envers la communauté et son expertise des vagues font de lui une référence, un homme dont l'expérience est inestimable pour comprendre l'âme du surf réunionnais.

Johanne Defay, de la Réunion aux Jeux Olympiques

Johanne Defay, une autre enfant des vagues réunionnaises, est devenue une surfeuse professionnelle de renommée mondiale, récemment médaillée de bronze aux épreuves de surf des Jeux Olympiques 2024 qui se sont tenues à Tahiti. De retour sur l'île sur laquelle elle a grandi depuis quelques jours, elle partage ses réflexions sur ce que sa participation aux JO changera, ou ne changera pas, quant à son rapport au surf. Sa présence au spot de Trois-Bassins, un des lieux surveillés et autorisés à la pratique du surf à La Réunion, est un symbole fort de la qualité des talents locaux et de la capacité de l'île à produire des athlètes de ce niveau, même dans un contexte difficile. Sa réussite inspire une nouvelle génération de surfeurs, démontrant qu'il est possible d'atteindre les sommets de la discipline en dépit des obstacles.

Autres Voix du Spot

Christophe Mulquin, qui a été entraîneur des équipes de France minimes, cadets et ondines, ainsi que coach du Team Réunion pendant 18 ans, et Gilbert Pouzet, autre figure du surf local, ont raconté leur histoire avec le surf, expliquant pourquoi la vague de Saint-Leu fait rêver. Cette vague est aussi exigeante et ne se laisse généralement pas apprivoiser facilement, même pour celles et ceux qui ont un petit niveau. En témoigne la rencontre avec un surfeur sortant de l’eau écorché sur le dos et le mollet, une chute sur le récif lui ayant valu ces blessures.

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Stéphanie, surfeuse depuis toute petite, originaire des Landes et arrivée à La Réunion avec son mari il y a plus de 27 ans, pratique le surf pour le plaisir. Elle explique que, entre femmes sur l’eau, la sororité prime sur le reste, un sentiment d'unité et de soutien mutuel essentiel dans une communauté qui a traversé tant d'épreuves. Ce soutien et la capacité à compter les uns sur les autres sont l'un des apprentissages qui ressortent des années de crise requin qu’a connues La Réunion. Les liens entre humains et animaux dans l’eau ne se résument pas à cette problématique à l’île de La Réunion, mais la crise a sans doute renforcé ces valeurs d'entraide.

D'autres noms émergent des discussions informelles, soulignant la vitalité du milieu. On parle de Rodrigue Sindambaron, qui semble avoir bien progressé depuis quelques années et avait scoré aux qualifs du CT Réunionnais en 2006, et qui aurait trouvé un sponsor pour faire les 'QS. À Saint-Leu, en dehors de Tarzan, il y a aussi en longboard un petit Chinois ultra engagé et parfois Alexis Gazzo, ainsi qu'une Blonde assez "carrée" qui surfe en longboard quand c'est petit. Ces anecdotes, ces figures, connues ou moins connues, contribuent à la légende vivante du surf réunionnais.

La Vague de Saint-Leu : Entre Mythe et Réalité du Spot

La vague de Saint-Leu, réputée mondialement et se déroulant régulièrement de gauche à droite, est un joyau pour les surfeurs, mais sa beauté n'est pas sans exigence. Elle est légendaire, une des meilleures vagues du monde, mais ne se laisse généralement pas apprivoiser facilement, même pour celles et ceux qui ont un petit niveau. Surfer sur du reef, c'est prendre des risques, comme en témoigne un surfeur qui sort de l’eau écorché sur le dos et le mollet après une chute sur le récif. Cette difficulté, couplée à la présence locale, crée une dynamique unique sur le spot. En ce lundi matin de septembre, à la gauche de Saint-Leu, le ciel est bleu, le soleil brille, une petite brise s’installe quand déjà une petite trentaine de surfeurs sont à l’eau, preuve de son attrait intemporel.

Cependant, l'accès à cette vague mythique et la cohabitation sur le spot peuvent être complexes. Des discussions au sein de la communauté des surfeurs révèlent les réalités du "localisme", un phénomène souvent rencontré sur les spots de renommée mondiale. Certains surfeurs expriment leur frustration, comme ce témoignage : "Today, there was 4 feet at St Leu and all the bastard local were in the water today! One of them pushed his board on me and cut my foot. I am living and surfing every day here! Some of the local need an injection of intelligence, modesty and surf spirit. 'Most of them surf with a finger in their ass'." Face à ces frictions, un "zoreil" (métropolitain fraîchement débarqué) admet qu'on l'a déjà sensibilisé sur le "chaleureux accueil réservé aux zoreil par les locaux", confirmant que c'est "plus ou moins ce que j'ai vu de pire depuis que je voyage."

Mais d'autres nuancent ce tableau. Un surfeur estime que "des cons partout", et qu'il n'est pas sûr "qu'il y en ait plus à St Leu qu'ailleurs". Il reconnaît qu'il y a "vraiment quelques gros dossiers avec de bonnes têtes de psychopathes (Suly (?), Ti Pascal, Gros Gilbert…)", des gars qui sont ultra engagés mais pas très forts, gâchant parfois de superbes séries, se permettant d'insulter des gars en Créole et faisant même parfois sortir certains de l'eau. Mais il précise aussi que d'autres locaux fracassent et ne sont "pas méchants si tu ne les emmerdes pas", citant Tarzan et Rodrigues comme exemples.

Des conseils stratégiques sont partagés pour naviguer cette dynamique : "Je te conseille, si tu peux, de surfer ultra tôt au dessus d'1m50+ fréquent et tu n'auras pas de souci si tu te places au pic en faisant profil bas à 10 m des locaux (tu bouges si ils bougent et évites absolument de les gêner). Ne gâches surtout pas de vagues et évites de refuser le bowl si tu peux le passer (tout le monde observe tout le monde en remontant et tu seras vite catalogué)." Il est également recommandé de ne pas tenter tout de suite de tuber dans le bowl, car c'est "vraiment dur (la vague tourne)", suggérant d'observer "comment certains mecs (A.Toyon ou Tarzan) font sinon tu finis à l'hôpital direct." Cette approche, bien que stratégique, en vaut la chandelle, car le jeu est de revenir en Métropole avec la satisfaction d'avoir surfé une des meilleures vagues du monde. Le bowl, même s'il représente un défi sur le reef, sera tenté par certains, mais sans "risques inconsidérés", surtout en longboard. Malgré ces complexités, l'attrait de la vague de Saint-Leu reste indéniable pour ceux qui cherchent l'excellence et le défi dans le surf.

Surf et Inclusion : L'Exemple du Handi Surf

Au-delà de la performance et des défis techniques, la communauté du surf à La Réunion démontre également un engagement profond en faveur de l'inclusion. La Journée Handi Surf 2025 à Saint-Leu est un exemple lumineux de cette démarche. Le 13 août 2025, la Ligue Réunionnaise de Surf et le Titan Surf Club, avec le soutien de la FFSurf et de l’Association Nationale Handi Surf, ont organisé cet événement inspirant sur le spot de la Passe à Saint-Leu. Ce fut une belle réussite collective, réunissant 17 personnes en situation de handicap, accompagnées par une vingtaine de bénévoles et 5 moniteurs spécialisés. Tous les profils étaient représentés : autisme, déficience motrice, déficience intellectuelle, surdité. Les initiations se sont enchaînées de 9h à 15h, dans une ambiance conviviale, avec un déjeuner partagé au cœur de la journée. Les retours enthousiastes des participants et accompagnateurs ont confirmé le succès de l'initiative. La présence de la presse et des services municipaux témoigne de l’intérêt croissant de la société pour le handisurf, une pratique qui, au-delà du sport, véhicule des valeurs de partage, de dépassement de soi et de fraternité. Cet événement illustre parfaitement la volonté de la communauté du surf réunionnais de s'ouvrir et d'offrir les joies de la glisse à tous, sans distinction, renforçant les liens et l'esprit d'entraide qui ont été si cruciaux pendant les années de crise.

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