Table de Plongée Marine Nationale : Explications et Contexte

À l'ère des ordinateurs de plongée, omniprésents chez les plongeurs, l'enseignement de l'utilisation des tables de plongée subsiste. Cette persistance pédagogique s'explique par la nécessité de comprendre le fonctionnement d'un modèle de désaturation et les limites des instruments numériques. Les tables de plongée, notamment celles de la Marine Nationale (MN90), sont un outil fondamental pour la planification de plongée et la gestion de la décompression.

Genèse des Tables MN90

Les tables MN90 ont été initialement créées en 1990 (PV n°03/90 CEPISMER, Dr J.-L. Méliet). En 1998-1999, la FFESSM (Fédération Française d'Études et de Sports Sous-Marins) a adapté certains éléments du protocole d'utilisation, donnant naissance à la dénomination «Tables MN90-FFESSM» (Utilisation des tables fédérales, CTN Info n°29, F. Imbert et J.-L. Blanchard, Subaqua n°162, Janv.-Fév. 1999). Depuis 2009, les Instructions sur la Plongée Autonome (IPA) de la Marine Nationale ont été modifiées, intégrant notamment la notion de « palier de sécurité » (IPA-1 page v.7-1).

Fonctionnement des Tables MN90

Les tables MN90 sont basées sur la méthode de Haldane, mais adaptées avec 12 tissus. Elles permettent de calculer les paliers de décompression nécessaires en fonction de la profondeur et de la durée de la plongée. Le principe fondamental est de contrôler la remontée afin que les coefficients de sursaturation critique de chaque tissu ne soient jamais dépassés.

L'Absorption et la Libération de l'Azote

Lorsqu'un plongeur descend, la pression ambiante augmente, entraînant une augmentation de la pression partielle d'azote dans l'organisme. L'azote, gaz inerte non utilisé par le corps, est absorbé par les différents tissus à des vitesses variables, dépendant de leur composition. À 40 mètres, la pression est de 5 bars (1 bar atmosphérique + 4 bars hydrostatiques). La pression partielle d'azote est alors de 0,79 * 5 = 3,95 bars. Le corps accumule cet azote jusqu'à atteindre un équilibre de 3,95 bars.

La vitesse d'accumulation de l'azote dépend de la composition des tissus. Le gradient est la différence entre l'état final (3,95 bars) et l'état initial (0,79 bars), soit 3,16 bars. Pour un tissu ayant une période de 20 minutes, à 40 mètres, sa saturation après 20 minutes sera de 0,79 + (3,16/2) = 2,37 bars. Le nouveau gradient est alors de 3,95 - 2,37 = 1,58 bars.

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Lors de la remontée, la pression partielle d'azote diminue. Lorsque cette pression devient inférieure à la tension d'azote des tissus, ces derniers libèrent l'azote, qui passe dans le sang pour être expulsé par les alvéoles pulmonaires. Chaque tissu, défini par sa période, possède des coefficients de sursaturation critique (SSC) différents. Un tissu dont le SSC est de 1,5 ne pourra pas avoir une tension d'azote supérieure à 1,5 fois la pression ambiante, sous peine de dégazage. L'objectif est donc de remonter de manière à ne jamais franchir les coefficients de sursaturation critique de chaque tissu.

L'Importance du Profil de Décompression

Le profil de décompression à respecter est celui de la durée immédiatement supérieure à la durée de travail réalisée. Il est crucial de suivre scrupuleusement les paliers de décompression indiqués par les tables MN90 pour permettre une élimination progressive de l'azote et éviter la formation de bulles.

Tables MN90 et Ordinateurs de Plongée : Complémentarité, Pas Incompatibilité

Contrairement à une affirmation répandue sur les réseaux sociaux, l'utilisation des tables MN90 n'est pas incompatible avec les ordinateurs de plongée. L'idée selon laquelle il y aurait un mélange de deux procédures de désaturation pour la même plongée est infondée.

En réalité, la Marine Nationale a modifié le mode d'emploi des tables sans que les tables elles-mêmes soient modifiées. De plus, le mode d'emploi des tables Bühlmann (FSSS) ainsi que l'annexe I du 24/05/2019 sur la réglementation hyperbare (tables MT92 - Comex) préconisent une procédure de réimmersion à mi-profondeur durant 5 minutes en cas de remontée rapide. Enfin, un ordinateur, souvent basé sur un algorithme Bühlmann, effectue ses calculs sans considération des procédures utilisées par les tables. La notion d'incompatibilité n'a donc pas de sens.

Les ordinateurs de plongée gèrent automatiquement l'accumulation et la libération des gaz respirés sous pression. L'azote étant le principal responsable des accidents de décompression, les ordinateurs calculent en temps réel les paliers nécessaires pour une remontée en toute sécurité.

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Algorithmes des Ordinateurs de Plongée : Un Aperçu

Les algorithmes des ordinateurs de plongée sont le cerveau de ces instruments. Ils sont conçus pour modéliser l'absorption et la libération des gaz inertes dans l'organisme du plongeur. Bien qu'il existe une variété d'algorithmes, tous ceux intégrés dans les ordinateurs de plongée disponibles sur le marché sont conformes aux normes de sécurité.

RGBM (Reduced Gradient Bubble Model)

L'algorithme RGBM, développé par Bruce Wienke pour Suunto, prend en considération la formation de microbulles, un facteur important dans la décompression. Pour éviter la formation de ces microbulles, l'algorithme préconise une remontée lente de 10 m/min, contrairement aux tables MN90 qui préconisent 15 m/min. Les modèles Suunto (D4, Vyper Novo, Zoop Novo) identifient les profondeurs plafond et palier à l'aide de flèches et d'alarmes sonores. Le RGBM permet également de personnaliser la décompression en fonction de facteurs de risque individuels (âge, fatigue, obésité, stress, profondeur). Une évolution de l'algorithme, le RGBM fused, équipe certains modèles plus haut de gamme comme le D5, en prenant en compte non plus 9, mais 15 compartiments.

Bühlmann ZH-L16 ADT MB

L'algorithme Bühlmann ZH-L16 ADT MB, utilisé dans le Galileo G2, prend en compte le rythme cardiaque du plongeur pour affiner la décompression.

Evolution Constante des Algorithmes

Les algorithmes sont en constante évolution, intégrant les dernières découvertes scientifiques. Les fabricants modifient les algorithmes utilisés dans leurs ordinateurs en fonction des résultats des nouvelles recherches. Les grandes marques ont développé des algorithmes pour les nouveaux mélanges gazeux respirés, tels que le nitrox et l'hélium, et permettent de changer de mélange au cours d'une même plongée. Les avancées technologiques permettent également d'affiner et de personnaliser la décompression, notamment grâce aux transmetteurs sans fil qui fournissent à l'ordinateur le rythme ventilatoire du plongeur.

Facteurs Influant sur la Décompression

La décompression est un phénomène complexe influencé par de nombreux facteurs :

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  • L'âge
  • La forme physique
  • La composition corporelle
  • Le comportement en plongée
  • Les plongées répétitives avec de courts intervalles de surface
  • Les remontées rapides
  • Les longs séjours de plongée

Ces facteurs peuvent favoriser la formation de microbulles, qui peuvent causer des lésions dans les tissus et perturber l'élimination de l'azote.

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