Le marché du travail est un écosystème complexe, dont la compréhension passe par l'analyse approfondie d'indicateurs clés. Pour le territoire de la Guadeloupe, l'appréhension de ses dynamiques est essentielle pour quiconque s'intéresse aux enjeux de l'emploi et aux leviers d'action potentiels. Ce panorama explore la caractérisation du marché du travail guadeloupéen, en mettant en lumière les données fondamentales de l'emploi et en s'attardant spécifiquement sur les défis et les opportunités pour une profession emblématique des territoires ultramarins : celle de moniteur de plongée. En puisant dans les statistiques locales et les études régionales, notamment celles concernant la Martinique, il est possible de déceler des tendances et des problématiques communes, offrant ainsi des pistes pour une meilleure professionnalisation et une insertion réussie dans ce secteur d'activité particulier.
Caractérisation Générale du Marché du Travail en Guadeloupe : Indicateurs et Tendances
Pour décrypter les principaux enjeux et leviers d'action du territoire, il est impératif d'examiner les indicateurs clés de l'emploi en Guadeloupe. Les données de ce territoire principal apparaissent systématiquement en bleu, offrant une perspective claire sur sa situation. Le dynamisme de l'emploi, qui représente la perspective d’évolution des effectifs salariés et des embauches sur le territoire au cours du prochain trimestre, est qualifié de "Moyen" pour la Guadeloupe. Cette indication d'un dynamisme moyen suggère une croissance stable mais non explosive de l'activité économique et de l'embauche sur le court terme, invitant à une analyse plus fine des secteurs et des métiers porteurs.
La mesure du chômage est un élément central de cette caractérisation. Le taux de chômage est calculé avec la méthode du Bureau International du Travail (BIT), une norme internationale qui permet des comparaisons fiables. Bien que le taux précis ne soit pas directement mentionné, la présence de 39 980 demandeurs d'emploi n’exerçant aucun emploi (catégorie A) en fin de trimestre, par rapport au 1er trimestre, offre une indication de l'ampleur du défi de l'insertion professionnelle sur l'île. L'évolution de cette catégorie A est un baromètre important de la santé du marché de l'emploi, révélant la persistance d'une frange significative de la population active sans activité rémunérée.
En ce qui concerne les embauches et l'accès à l’emploi, les données récentes montrent une activité notable. Par rapport au 3ème trimestre, les embauches trimestrielles incluent 44% de contrats de plus d'un mois, un indicateur encourageant de la durabilité de certains emplois créés. De même, par rapport au 2ème trimestre, un certain pourcentage des demandeurs d'emploi inscrits en catégorie A ou B ont retrouvé un emploi de plus d'un mois dans les 6 mois, soulignant une capacité du marché à réintégrer une partie des personnes en recherche active. Ces chiffres, qui prennent en compte toutes les embauches, y compris celles des actifs déjà en poste lors de leur recrutement et excluent l'intérim, les entreprises affiliées à la Mutualité sociale agricole et la fonction publique, brossent un tableau des mouvements de personnel au sein du secteur privé non agricole.
Les offres et les demandeurs d'emploi sont également scrutés avec attention. Les demandeurs d’emploi (catégories A, B et C) en fin de trimestre sont mis en regard des offres diffusées par les recruteurs. Par rapport au 1er trimestre, un nombre significatif d'offres d'emploi (39 980) ont été diffusées sur francetravail.fr au cours des 12 derniers mois. L'analyse des métiers les plus recherchés sur les 12 derniers mois, issus du Répertoire Opérationnel des Métiers et des Emplois (ROME), révèle des secteurs d'activité dynamiques. Cette comparaison entre les métiers les plus recherchés par les demandeurs d'emploi et ceux par les recruteurs est cruciale pour identifier les déséquilibres potentiels entre l'offre et la demande de compétences. Pour la Guadeloupe, un exemple marquant est celui d'Employé / Employée de rayon libre-service, pour lequel 2 090 demandeurs d'emploi sont inscrits, ce qui peut indiquer une saturation ou une forte concurrence pour ces postes.
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Les familles professionnelles les plus retrouvées dans les offres d'emploi fournissent une vision sectorielle de l'activité. En Guadeloupe, les "Services aux particuliers et aux collectivités" représentent 13% des offres, suivis par le "Bâtiment, travaux publics" (12%), l'"Hôtellerie, restauration, alimentation" (12%), et la "Santé, action sociale, culturelle et sportive" (11%). La prédominance des secteurs des services et de l'hôtellerie-restauration est un trait caractéristique des économies insulaires axées sur le tourisme, ce qui crée un terrain fertile pour des professions comme celles de moniteur de plongée, qui s'inscrivent à la croisée des services, des sports et des loisirs.
Spécificités et Enjeux du Métier de Moniteur de Plongée dans le Contexte Caribéen
Le métier de moniteur de plongée, bien que ne figurant pas explicitement comme un des "métiers les plus recherchés" dans les données générales pour la Guadeloupe, est intrinsèquement lié aux familles professionnelles des services et du sport/loisirs. Son importance pour le tourisme et l'économie locale est indéniable dans une région comme les Antilles. Une étude menée par l'Observatoire des Métiers et de l’Emploi de la direction de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion sociale de la Martinique sur le métier de moniteur de plongée offre des éclairages précieux qui peuvent être extrapolés à la Guadeloupe, compte tenu de la proximité géographique et des similitudes socio-économiques entre ces îles des Antilles Françaises.
Ce travail, qui complète un premier « focus » réalisé précédemment, a souligné une carence notable de moniteurs de plongée originaires de la Martinique dans le panel des éducateurs sportifs en exercice, ne représentant que 5%. Cette situation met en évidence un défi majeur pour l'insertion locale et la professionnalisation des jeunes du territoire dans ce secteur d'activité. Le document issu de cette étude est un outil d'aide à la décision. Il présente des données approfondies et analysées pour appréhender l’ensemble des caractéristiques du métier de moniteur de plongée et préconise des solutions pour soutenir la professionnalisation de la filière d’accès au métier.
L'objectif principal de cette démarche est d'accompagner l'émergence d'un plan de professionnalisation prenant en considération la réalité de l’emploi. Cela inclut les modalités de professionnalisation de la filière dans l’objectif d’insérer des jeunes, ainsi que les besoins en formation pour répondre aux enjeux du développement du métier en Martinique. La pertinence de cette étude pour la Guadeloupe est d'autant plus grande qu'elle prend en compte notamment l’environnement caribéen, l’éloignement des centres de formation et les caractéristiques territoriales du métier. Ces facteurs, tels que l'insularité, les spécificités culturelles et les contraintes logistiques liées à la formation, sont des réalités partagées par les deux îles.
Un aspect central de la discussion sur la professionnalisation concerne les qualifications et leur reconnaissance. Le débat s’est notamment focalisé sur la spécificité des prérogatives du BPJEPS (Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l'Éducation Populaire et du Sport) qui, dans sa configuration actuelle, empêche notamment un moniteur de plongée indépendant de gagner sa vie pleinement. La consultation, à l’initiative des équipes du CREPS, a rassemblé une vingtaine de participants, et cette question ne manque pas de faire réagir les participants. En effet, un travailleur indépendant n’a par définition aucun lien de subordination avec son client, ce qui rend la situation complexe pour les titulaires du BPJEPS souhaitant exercer en libéral.
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Deux exceptions ont été évoquées, dont l'une concerne un titulaire de BPJEPS qui a pu donner une existence légale à son associé au sein de son club de plongée. Cette situation illustre une incohérence entre les statuts et les prérogatives du BPJEPS/E1 et ceux du MF1/E3, une problématique connue de tous les acteurs du milieu. Les questions soulevées par Maxime SANTROT auprès de M. BABIELLE, représentant la DJSCS et les membres de la Brigade Nautique, concernant la position des services de contrôle de l'État sur ce sujet, n'ont pas abouti à une position claire en l'absence de jurisprudence.
Malgré ces interventions, le débat reste ouvert concernant la mise en place d’un BPJEPS avec pour porte d’entrée le MF1. Estelle BLANC, des Heures Saines, a rappelé la très faible quantité de BPJEPS recherchés sur le marché du travail. Face à cela, le débat s’est orienté vers le DEJEPS (Diplôme d'État de la Jeunesse, de l'Éducation Populaire et du Sport), considéré comme une formation professionnelle. Le DEJEPS doit être dispensé par les CREPS, et il n’y a, selon certains intervenants, aucune raison de mélanger les filières professionnelles et fédérales. Sur ce sujet, le débat s'est montré particulièrement vif, notamment entre Jacques NADAL et Jacques TUDOUX. Dans ce cadre, la DRJSCS et le CREPS envisagent la possibilité d’officialiser la situation des stagiaires MF1, inscrits dans un cursus visant à l’obtention du DEJEPS, une démarche qui pourrait apporter une solution concrète à ces enjeux de reconnaissance et de parcours professionnels.
Défis de Recrutement, Attractivité et Conditions d'Emploi
Les dynamiques du marché du travail en Guadeloupe, bien qu'elles ne ciblent pas spécifiquement les moniteurs de plongée, révèlent des caractéristiques qui résonnent avec les problématiques de cette profession. L'indicateur de "Difficulté de recrutement Faible" pour l'ensemble du territoire guadeloupéen, en général, peut sembler contredire la perception de carences dans certains métiers, mais une analyse plus fine des origines potentielles des difficultés de recrutement offre un éclairage pertinent. Ces indicateurs complémentaires visent à qualifier l’origine potentielle des difficultés de recrutement et sont présentés sur une échelle allant de 1 (tendant à réduire le niveau de tension) à 5 (tendant à un fort niveau de tension).
Pour la Guadeloupe, les "Conditions de travail" sont évaluées à 100%, de même que la "Durabilité de l'emploi" (100%), l'"Intensité d'embauche" (100%), et l'"Attractivité Salariale" (100%). Ces pourcentages élevés, dans le contexte d'une échelle allant de 1 à 5, suggèrent que ces facteurs tendent à générer un fort niveau de tension. En d'autres termes, malgré une difficulté de recrutement globale jugée faible, les entreprises en Guadeloupe peuvent faire face à des défis significatifs liés aux conditions de travail offertes, à la pérennité des emplois proposés, à la fréquence des embauches et à l'attractivité des salaires, ce qui peut rendre certains postes difficiles à pourvoir.
À l'inverse, des facteurs tels que le "Lien formation - métier" (10%), le "Manque de main d'oeuvre" (10%) et l'"Inadéquation géographique" (25%) sont à des niveaux inférieurs, ce qui indique qu'ils tendent plutôt à réduire le niveau de tension. Pour le métier de moniteur de plongée, en particulier dans une région touristique, ces indicateurs sont fondamentaux. La question de l'attractivité salariale est une composante majeure. Les salaires issus des offres récoltées par France Travail au cours des douze derniers mois indiquent que 80% des offres proposent un salaire compris entre 1 802 € et 1 806 €. Ces chiffres représentent une moyenne générale et peuvent masquer des disparités importantes selon les secteurs et les qualifications.
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En examinant les annonces d'emploi pour les moniteurs de plongée, y compris celles provenant d'autres territoires comme la Martinique ou la Corse, on peut observer des salaires et des conditions de travail variés qui illustrent cette "Attractivité Salariale" comme un facteur de tension potentiel. Par exemple, une annonce pour Subtortue à Lecci mentionne des salaires de "BPJEPS 1700€ net/mois". Les Joyeux Corsaires, basés à Saint-Georges-d'Oléron, proposent une rémunération de "2000€ net par mois pour une durée de travail hebdomadaire de 39 heures avec des primes de fin de mois en fonction de la charge de travail". L'ESPACE PLONGEE MARTINIQUE, quant à lui, offre "A partir de 1800€ fixe net et +, selon expérience et qualifications", avec un "contrat de 39h" et une "rémunération env. 1770€ net. + primes d'intéressement". Ces exemples concrets montrent des niveaux de rémunération compétitifs mais qui peuvent varier considérablement, influençant directement l'attractivité de la profession.
La "Durabilité de l'emploi" est un autre point critique. Beaucoup d'offres de moniteurs de plongée sont des CDD saisonniers, bien que certains centres proposent des CDI. ESPACE PLONGEE MARTINIQUE mentionne par exemple un "CDI à partir de mi-avril mais aussi d’autres postes à pourvoir". Les Joyeux Corsaires proposent un "CDD de 2 mois". Ces durées de contrat affectent la stabilité professionnelle et l'intégration des moniteurs. Les "Conditions de travail" englobent un large éventail d'éléments, depuis la charge de travail jusqu'aux avantages. Des annonces mettent en avant des "3 bateaux (chaque bateau à son pilote)", un "gonflage des blocs à bord du bateau, faible manutention", "hébergement sympa inclus et prise en charge des frais de transport" (Porto Pollo Plongée), ou encore des "2 jours de repos consécutifs par semaine" et des "repas du midi fourni (avantage en nature)" (ESPACE PLONGEE MARTINIQUE). D'autres centres offrent des "Primes mensuelles sur objectifs, Commissions sur les ventes" et des "Avantages pour la famille et les amis des collaborateurs" (Dune Marseille). Ces éléments tentent de compenser les aspects moins durables de l'emploi ou de renforcer l'attractivité.
L'"Intensité d'embauche" fait référence au besoin régulier de recruter. Les centres de plongée, particulièrement ceux des zones touristiques, opèrent souvent avec des effectifs fluctuants en fonction des saisons, ce qui génère une intensité d'embauche périodique. Certains recherchent des "profils particuliers (salariés, enseignants, seniors…)" et sont "ouvert à BP et débutant" (Porto Pollo Plongée), indiquant une flexibilité pour attirer une main-d'œuvre diverse. La faible tension liée au "Manque de main d'oeuvre" globalement en Guadeloupe pourrait être contredite dans les niches spécifiques comme la plongée si les conditions ne sont pas suffisamment attractives ou si l'inadéquation entre formation et métier est trop importante.