Le surf est bien plus qu'un simple sport ; c'est une véritable culture et un mode de vie pour des millions de passionnés à travers le monde. Bien avant l'essor du surf moderne, la civilisation polynésienne s'est construite autour de la mer. Ici, l'océan n'est pas un terrain de jeu. Avant tout, c'est un espace de vie. À Tahiti, l’océan n’est en effet ni un décor ni un simple terrain de jeu. Il est avant tout une origine, une mémoire, un langage. Sans lui, il n’y a pas de Polynésie. C’est d’ailleurs ce que résume Jean-Christophe « Teva » Shigetomi, historien du surf, président d’honneur du Ta’apuna Surf Club et ancien secrétaire général de la Fédération tahitienne de surf : « Sans la mer, il n’y a pas de Polynésien. Bien avant l’apparition du surf moderne, la civilisation polynésienne s’est construite par la mer. Avant les champions de surf, la Polynésie comptait déjà des champions en pirogue ou en pêche sous-marine. » Car, comme il le résume : « La mer lave. Elle enlève ce que vous avez dans la tête. »
Les racines ancestrales : du Pérou à la Polynésie
Contrairement aux idées reçues (Hawaii, bien sûr !), l’histoire du surf a commencé au Pérou, pendant la période pré-Inca, sous la culture Mochica (3000 - 1000 av. JC). Des dessins ont été trouvés sur des poteries de cette période, représentant des pêcheurs incas sur des planches de bois et des bateaux en roseaux appelés « caballitos de totora ». Ces bateaux, fabriqués avec des tiges et feuilles de roseaux, étaient utilisés principalement pour la pêche depuis des milliers d’années. À la fin du 18ème siècle, Fray José de Acosta, un anthropologue espagnol, publia un ouvrage sous le nom de "Histoire naturelle et morale des Indiens", dans lequel il dépeint le quotidien des civilisations indigènes au Pérou qui utilisaient des sortes de planches en bois pour naviguer sur l'océan.
Même si ni la date de naissance ni les origines du surf sont précises, on présume que le sport a vu le jour dans le Pacifique, entre Tahiti et Hawaï. Les récits de voyages dépeignaient des indigènes couchés sur de larges bouts de bois pour « prendre » des vagues. Dès le XVe, le surf était une pratique courante chez les Hawaïens. En langue hawaïenne, le surf est appelé "he’enalu", ce qui signifie "glisser sur les vagues". Ce sport permettait aux chefs de tribus qui défiaient la mer de prouver leur puissance et leur supériorité. Ils surfaient sur de grandes planches, appelées Papa-he-nalu, qui mesuraient souvent plus de 5 mètres et étaient coupées dans un tronc d’arbre selon un ancien rituel. À cette époque, en Polynésie, le surf était une façon de progresser socialement et d’être reconnu dans la communauté. Les Polynésiens, quant à eux, s’affrontaient dans des duels de surf, le vainqueur se voyant accorder une meilleure place dans la tribu.
La découverte occidentale et le choc culturel
James Cook, explorateur britannique, est célèbre pour avoir voyagé dans le Pacifique au 18ème siècle ; il fit sa première rencontre avec le sport en 1769 sur les îles Sandwich (Hawaii). C’est son lieutenant, James King, qui a décrit dans un journal de bord la pratique du surf comme il avait pu l’observer à Kealakekua Bay, sur la grande île d’Hawaï. Voici un extrait de ce journal : « Nous y vîmes dix ou douze Indiens qui nageaient pour leur plaisir; lorsque les flots brisaient près d’eux, ils plongeaient par-dessous et reparaissaient de l’autre côté avec une adresse et une facilité inconcevables. Ce qui rendit ce spectacle encore plus amusant, ce fut que les nageurs saisirent l’arrière d’une vieille pirogue et le poussèrent devant eux en nageant jusqu’à une assez grande distance en mer ; alors deux ou trois de ces Indiens se mettaient dessus, et tournant le bout carré contre la vague, ils étaient chassés vers la côte avec une rapidité incroyable, et quelquefois même jusqu’à la grève. »
La publication des journaux de voyage de Cook et de King après leur retour en Europe a eu pour effet d’attirer des explorateurs et des missionnaires sur les îles. Leur arrivée a malheureusement conduit à des maladies, en particulier la syphilis, jusqu’alors inconnue dans les îles. En conséquence, la population hawaïenne a été réduite de 10 %. Les missionnaires ont également établi leur système religieux et économique sur les îles. Avec la colonisation américaine, la pratique ancestrale et les rituels du surf se sont perdus peu à peu, notamment à cause des missionnaires anglais qui débarquèrent en XVIIIe siècle en estimant que ces pratiques étaient anti-morales, une menace à la pudeur et rigueur. Les colons cherchaient aussi à décourager et interdire le surf en raison des connotations traditionnelles religieuses et culturelles des peuples indigènes.
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La renaissance et l'influence de Duke Kahanamoku
C’est après un siècle d’histoire, comprenant l’annexion d’Hawaii en 1898 en tant que territoire des États-Unis, que le surf a commencé à renaître. En 1885, trois jeunes princes hawaïens s’échappèrent de leur pensionnat et arrivèrent à Santa Cruz en Californie, où ils surfèrent pour la première fois à l’embouchure de la rivière San Lorenzo sur des planches en séquoia. Dans les années 1900, Alexander Hume Ford et Jack London commencent à promouvoir le surf en tant que divertissement et moyen d'attraction touristique à Hawaï. Le Hui Nalu Club fut créé par les Hawaïens George Freeth et Duke Kahanamoku, en 1908, dans le but de rassembler les surfeurs de la plage de Waikiki et de préserver l'influence des Hawaïens. George Freeth, invité en Californie, a obtenu le titre de « Premier homme à surfer en Californie ».
Cependant, c'est Duke Kahanamoku qui a fait revenir le sport sur le devant de la scène en 1912. Né le 24 août 1890 à Honolulu, Duke était un athlète polyvalent, acteur et ambassadeur culturel. Lors des Jeux olympiques de Stockholm en 1912, il a remporté la médaille d'or en natation, propulsant le surf à l'échelle mondiale. Il est considéré comme le père du surf moderne. En 1914, il a été invité dans les États de l’Est australien pour des démonstrations de surf au Freshwater carnival. L’Australie a été stupéfaite par ses compétences. En 1915, il est revenu surfer en tandem avec une jeune fille nommée Isabel Letham.
L'âge d'or et l'expansion technologique
Pendant la période coloniale en Australie, il était interdit de se baigner pendant la journée jusqu'en 1903. Par la suite, le Bondy Surf Club est fondé en 1906, et les clubs de sauvetage se multiplient. Les années 1950 marquent le lancement de l’histoire moderne du surf, avec des surfeurs de plus en plus nombreux. Des personnages comme Fred van Dyke, Peter Cole et John Kelly ont commencé à surfer des vagues géantes sur les spots de Makaha, Sunset Beach et plus tard Waimea Bay avec des surfeurs locaux comme Eddie Aikau et Buffalo Keaulana.
En France, tout commence en 1957, quand Peter Viertel, scénariste et surfeur américain, découvre les vagues de Biarritz lors du tournage de « Le soleil se lève aussi ». Il fait venir des planches de Californie. Pendant l'hiver 1957-1958, Michel Barland, Jacky Rott et Henri Hennebutte conçoivent des planches plus performantes, inspirées par une photo du magazine National Geographic. En 1958, Georges Hennebutte invente le « fil à la patte », l'ancêtre du leash, pour relier la planche au surfeur. Ces innovations, couplées à l'utilisation de matériaux comme la fibre de verre et le polystyrène, ont permis de rendre le surf plus accessible.
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