Quand l’océan devient hostile : entre méprises des prédateurs et troubles neurologiques de la faune

Une expérience traumatisante au large des côtes californiennes

Surfer seul, au large des plages californiennes, peut sembler idyllique. Mais pour RJ LaMendola, passionné de surf et fervent défenseur de la vie marine, cette sortie s’est transformée en cauchemar. Victime d’une attaque brutale d’un lion de mer "hors de lui", il raconte une expérience traumatisante, symptôme inquiétant d’un dérèglement plus profond au sein de l’écosystème marin. RJ LaMendola était à environ 140 mètres du rivage lorsqu’un lion de mer a jailli hors de l’eau pour se ruer sur lui à toute vitesse. Le surfeur a esquivé une première attaque, mais l’animal, les dents découvertes, est revenu à la charge et a heurté sa planche avec une force redoutable. "Ce n’était pas une rencontre ludique, a-t-il écrit. C’était autre chose - quelque chose d’anormal." Malgré ses tentatives désespérées de fuir et d’effrayer l’animal, ce dernier semblait "encore plus enragé", poursuivant sa victime avec "les mâchoires qui claquaient de plus en plus près", a-t-il également témoigné.

RJ LaMendola a pourtant bien tenté de se défendre. "J’ai balancé mon bras dans un coup maladroit, mais il a tordu son cou avec une agilité inquiétante", a-t-il poursuivi. L’animal a alors plongé vers le surfeur et l’a mordu à la fesse gauche, traversant sa combinaison : "La douleur était vive et immédiate, mais la terreur était pire". Trainé dans l’eau par le mammifère marin, RJ LaMendola décrit un moment de pur effroi. "Son expression était féroce, presque démoniaque, dénuée de la curiosité ou de la malice que j’ai toujours associée aux lions de mer." Il est finalement parvenu à regagner sa planche et à rejoindre la rive. Mais l’animal l'a suivi, "le chargeant encore trois ou quatre fois", avant de "nager de long en large sur le rivage, comme s’il me défiait de revenir".

L'impact de la neurotoxine : l'acide domoïque

Une question se pose alors : qu'est-ce qui a bien pu causer ce comportement inhabituellement agressif chez cette grosse otarie ? Selon les experts du Channel Islands Marine Wildlife Institute, interrogés par LaMendola après l’attaque, la région est confrontée à une vague d’incidents similaires impliquant des lions de mer "affectés par la Domoic Acid Toxicosis", une intoxication liée à une prolifération d’algues toxiques. "C’est une affection neurologique causée par les efflorescences algales toxiques, qui pousse ces animaux à adopter des comportements agressifs et anormaux, explique le surfeur. Le lion de mer qui m’a attaqué n’agissait pas seulement par agressivité - il était malade, son esprit déformé par ce poison."

Le Pacific Marine Mammal Center a évoqué dans une publication du 26 mars un "nombre alarmant" de lions de mer et de dauphins touchés par cette toxine cette année. Lorsque les conditions s’y prêtent, les eaux californiennes peuvent subir des proliférations massives de l’algue Pseudo-nitzschia australis, produisant l’acide domoïque. Cette neurotoxine peut provoquer des crises, des comportements erratiques ou encore une grande léthargie chez les mammifères marins, selon le Marine Mammal Center. Cette algue, baptisée pseudo-nitszchia, contient ce que l'on appelle de l'acide domoïque, une neurotoxine qui a des effets délétères sur les animaux qui l'ingèrent. Désorientation, paralysie, convulsion, agressivité en sont les symptômes. Et malheureusement de nombreuses otaries finissent par en mourir. Ce ne sont d'ailleurs pas les seuls animaux à en être victimes. Les dauphins, les lions de mer, voire les oiseaux peuvent en ingérer et sont régulièrement retrouvés échoués sur les plages californiennes.

Ces algues, déjà présentes naturellement dans l'océan, se rapprochent en effet des côtes sous l'effet des courants, des remontées d'eau et du vent. Elles peuvent se multiplier, notamment au printemps, quand les températures remontent. Le phénomène n'est pas nouveau. En Californie, des pics sont généralement observés tous les 4 à 7 ans. Mais d'après les chercheurs, avec le réchauffement, l'acidification de l'océan et le rejet de nutriments, le phénomène s'aggrave. Ils n'ont jamais vu autant d'animaux malades et ils se demandent si les incendies de Los Angeles en janvier dernier n'ont pas, eux aussi, joué un rôle dans cette prolifération.

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La théorie de l'erreur d'identification face aux requins

Lorsque l'on parle d'attaque de requin sur un surfeur, l'hypothèse la plus répandue est celle que le squale - en particulier le grand requin blanc (Carcharodon carcharias) - confond l'homme avec un pinnipède (otarie, phoque, etc.) lorsqu'il l'observe d'en-dessous et qu'il le mord donc par erreur. En apparence, les humains et les otaries n'ont que peu de points communs. Sauf du point de vue des requins. Selon une étude parue, première en son genre, les squales s'en prenant à des surfeurs ou des baigneurs ont une vue si mauvaise qu'ils les confondent probablement avec leurs proies habituelles, les pinnipèdes. "Du point de vue d'un requin blanc, ni le mouvement ni la forme ne permettent une distinction visuelle sans équivoque entre les pinnipèdes et les humains", écrivent les auteurs de l'article paru dans Interface, une revue de la Royal Society.

Le système visuel du requin est quasiment insensible à la couleur et a une très mauvaise capacité à distinguer les détails d'une forme. Son pouvoir de résolution, jusqu'à six fois inférieur à celui d'un humain, est encore plus faible chez les jeunes requins blancs, qui représentent le plus grand risque de morsures fatales pour les surfeurs. Pour tester cette théorie, l'équipe de l'Université australienne Macquarie a effectué des vidéos prises du point de vue du requin et les a traitées avec un programme de façon à mimer son système visuel. Ils ont enregistré depuis le fond d’un bassin les images d’un lion de mer et d’une otarie à fourrure passant près de la surface, les comparant à des nageurs et des surfeurs pagayant sur différents types de planches. La conclusion est sans appel : les signaux de mouvement sont quasi impossibles à distinguer pour un jeune requin.

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