Kitesurf : Analyse des risques, prévention et sécurité face aux phénomènes météorologiques extrêmes

Le kitesurf est un sport extrême, riche en émotions, où la sécurité reste très importante. Il s'agit d'un sport nautique, où plusieurs facteurs tels que l'analyse de son environnement, l'expérience personnelle et autres sont vraiment à prendre en compte. Il ne suffit pas simplement de se jeter à l’eau. Au fil des années, le kitesurf a su séduire devenant un sport de plus en plus populaire, comptant chaque année de plus en plus de pratiquants et augmentant naturellement les risques sur l’eau. En tant qu'école de kitesurf officielle à Tarifa et passionnée de kite, notre but premier est d’enseigner le kitesurf en toute sécurité, de garantir la sécurité des participants pendant les cours mais aussi pour la suite de votre vie de kitesurfeur. De ce fait, une de nos missions principales sera de sensibiliser, anticiper et prévenir les risques d’accidents liés à la pratique de notre sport.

Si certaines règles simples sont mises en place, le kitesurf n’est pas un sport si dangereux. Pourtant, on a tous des récits d’accidents de kitesurf dont on a été témoin ou dont on a soit même été victime. Le kitesurf est un sport extrême en plein essor. L’épidémiologie des traumatismes est toutefois mal connue. Quelques enquêtes prospectives ou rétrospectives permettent de déterminer une incidence moyenne des lésions de 6 à 7 pour 1 000 heures de pratique.

L'évolution historique et technique du kitesurf

Dès l’après-guerre, on peut retrouver divers documents qui évoquent l’utilisation d’un cerf-volant de traction sur l’eau. On retrouve notamment dans les archives de la Nasa et de la marine américaine des études sur des ailes de cerf-volant permettant aux naufragés ou aux astronautes de se déplacer dans des embarcations de secours gonflables. Dans les années 1975, au moment du premier choc pétrolier, plusieurs compagnies, notamment pétrolières, relancent des études afin de diminuer la consommation de leurs bateaux. Ainsi, John Bridge dépose un brevet pour un spinnaker aérien le 7 mai 1979, Dieter Strasilla pour une voile de traction commandée le 16 août 1975 ou British Petroleum pour une voile sustentée marine le 21 mai 1981.

En 1992, Laurent Ness se fait tracter par un cerf-volant delta sur une planche de funboard à La Grande-Motte. Les Legaignoux créent la société Wipika en 1993 pour commercialiser un petit bateau gonflable accompagné d’une aile de traction. Ils l’arrêtent en 1995, mais Manu Bertin teste leurs voiles à Maui avec Laird Hamilton. En 1998 apparaissent les premiers systèmes de largage permettant au kitesurfer de se désolidariser d’une aile située à 20-25 m de lui, système bien utile quand les choses tournent mal. Une autre amélioration apparaît en 2004-2005 : le depower. Cette ligne centrale permet de réguler l’assiette du kite dans les airs, donc la puissance du moteur. On comprend dès lors que toute étude publiée avant 2006 est à considérer avec prudence, car il faut laisser le temps aux kitesurfers de s’équiper d’un nouveau matériel plus sûr, mais coûteux.

À l’instar de l’automobile, l’évolution du matériel moderne nous place dans un confort parfois illusoire. Les bords d’attaques sustentés (SLE - Supported Leading Edge) apparus il y a plus de 10 ans permettent de faire pivoter l’aile sur son axe horizontal et de réguler fortement la traction en rendant le border choquer plus efficace. C’est ce qui a permis, avec un redécollage plus simple (5ème ligne puis delta shape), de démocratiser le kite. Car l’énergie cinétique, c'est-à-dire l'accélération, se rapporte au carré de la vitesse ; donc une accélération de 5 donne une réaction cinétique d’environ 25, avec une réaction quasi immédiate.

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Facteurs humains et erreurs de pratique

La première cause d'accident reste souvent liée à l'humain. Se précipiter à vouloir pratiquer seul et arrêter les cours trop tôt est un piège classique. Il est important de ne pas se précipiter. Les cours de kite représentent bien entendu un budget considérable et nous rêvons tous dès le début de l’apprentissage de pouvoir sillonner les mers en totale autonomie, cependant cela peut représenter un vrai danger. Beaucoup de personnes en sortie de stage se considèrent autonomes trop tôt. Savoir remonter au vent sur une lagune Brésilienne c’est cool, mais nos spots Français ou le spot de Tarifa peut être beaucoup plus exigeant.

À l’inverse, malgré des années d’expériences, un excès de confiance peut être également la raison d’un accident, car souvent nous pensons être supérieur aux conditions. Notre conseil serait donc avant tout de ne pas vous précipiter en sortie de stage, car vous pourriez être un vrai danger pour vous et les autres. Rapprochez-vous d’une école de kitesurf, qui saura vous aider notamment à évaluer votre environnement et vous indiquera le meilleur moment pour sortir.

Parmi les autres erreurs fréquentes, on note la précipitation et le mauvais montage du matériel. Mauvaise connexion des lignes, lignes coincées dans la voile, leash connectés dans le mauvais sens… En effet, sur Tarifa, nous voyons encore trop de situations de danger en raison d’une mauvaise préparation. L’envie de passer un bon moment à l’eau pousse les personnes à se précipiter lors de la préparation de leur matériel et manquent donc très souvent de rigueur à ce moment crucial. Ce qui les pousse à des situations dangereuses au moment du décollage. Notre conseil est donc de toujours vérifier à deux fois si vous avez bien connecté votre matériel avant de décoller. Le vent attendra.

Analyse des conditions météorologiques et risques environnementaux

Une des premières causes d’accident est due à une mauvaise analyse des conditions météorologiques. Une analyse préalable des conditions est obligatoire avant chaque sortie. Nous vous conseillons de vérifier la veille de votre session la météo, sur au moins deux bulletins météos (Windguru, Windfinder, Windy…) afin de choisir le spot le plus adapté à la force du vent, direction, marée… Pour les débutants, évitez bien entendu tous les “spots” avec des rochers, bars de plages, parkings, lignes électriques, digue ou tout autres obstacles et favoriser la pratique sur des grandes plages sans obstacles.

Une fois sur les spots, ne vous fiez pas qu’aux prévisions vues la veille. Un ressenti et une analyse personnelle sont obligatoires. Le vent peut être plus fort ou moins fort qu’annoncé sur les prévisions, alors choisissez bien la taille de votre voile en fonction du vent que vous ressentez. En cas de doute, nous vous conseillons d’observer la taille de voile des autres pratiquants, utiliser un anémomètre peut vous aider ou vous rapprocher des autres pratiquants plus expérimentés présents sur le spot et ne pas hésiter à leur demander conseil, cela fait aussi partie de la beauté de notre sport.

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Les phénomènes météo, courant, nouveaux matériels, taille de voiles plus grandes ou plus petites, techniques ; cela peut vraiment varier d’un endroit à l’autre. Il arrive aussi que des accidents se produisent lorsque les conditions météorologiques sont extrêmes, comme lors de tempêtes soudaines. Le 02/06/2023, un drame a illustré cette dangerosité : un kitesurfeur a été emporté par une rafale et projeté contre la vitrine d'un restaurant lors d'un coup de vent soudain, vers 20h30. Ce phénomène météo inattendu, décrit par le maire comme une "mini tornade" d'une violence jamais connue sur la côte, n'avait pas été anticipé par les services météorologiques. Il est crucial de noter que si vous voyez un nuage gris très sombre, potentiellement un grain qui pourrait modifier la force et la direction du vent, revenez bien avant qu’il arrive sur la plage pour poser votre aile et voir comment le vent évolue avant de redécoller.

Typologie des accidents et traumatismes

La prise de risque excessive entraîne le plus grand nombre d’accidents. Dans un sport où le "show-off" est très présent, une remise en question de ses capacités est de mise. Les accidents de kitesurf peuvent générer tout type de traumatologie, de l’entorse bénigne au polytraumatisme.

  1. Impacts à haute vitesse : ils sont toujours graves d’autant que les protections actuelles ne sont pas adaptées à ce genre de choc.
  2. Chutes liées à l'eau ou à la planche : elles peuvent survenir avec une gravité variable en fonction du point d’impact en rajoutant des plaies potentiellement graves de la face.
  3. Traumatismes osseux : la fracture des côtes dans la grande majorité des cas est due à des chutes à grandes vitesses et/ou de réceptions de sauts. En fonction de la violence du choc, il n’est pas rare de trouver plusieurs fractures, soit sur la même côte, ou alors des fractures étagées sur plusieurs côtes. La fracture de cheville, malléolaires externes le plus souvent ou bi-malléolaires, est due soit à un traumatisme suite à la rencontre d’un obstacle, soit le plus souvent par la rotation de la planche lors d’un saut, associé au déchaussage d’un seul des pieds.
  4. Lésions du rachis : en général l’accidenté du rachis entre dans le cadre d’un polytraumatisme par haute vitesse sur un obstacle. Ces traumatismes sont toujours sévères et exposent à des risques vitaux et neurologiques fréquents (paraplégie, tétraplégie).

Le non-largage de l’aile est très souvent rapporté. Ce paramètre est retrouvé chez 69 % des blessés. Les systèmes varient d’un modèle de barre à l’autre et d’une marque à l’autre, rendant difficile la mémorisation du geste à effectuer en cas d’urgence. Il est vital de s'entraîner à larguer l’aile pour maîtriser le geste en toute circonstance.

Recommandations de sécurité et bonnes pratiques

Pour minimiser ces risques, plusieurs axes doivent être respectés par chaque pratiquant, qu'il soit débutant ou expert.

Formation et équipement

  • Réaliser une formation complète : Apprendre dans une école labélisée, prendre autant de cours jusqu’à ce que vous commenciez à vous sentir à l’aise sur une formule de location surveillée depuis la plage. Sans utilisation du leash de planche.
  • Matériel adapté et en bon état : Investir dans un matériel récent (moins de 5 ans) et en bon état. Avec un système de largage à la norme AFNOR sur un avant ou en 5ème ligne avec si possible des lignes neuves, vérifiées à chaque sortie. Avoir un coupe-ligne sur son harnais.
  • Protections : Portez toujours une protection lorsque vous surfez. Un casque et une competition vest, notamment, atténuent le choc en cas de collision, et un harnais avec option « quick-release » vous permet de vous détacher rapidement en cas d’urgence.

Analyse de l'environnement et navigation

  • Conditions météo : Ne jamais sortir en cas de BMS (Bulletin Météo Spécial) sur les bulletins côtiers. Ni par vent de terre (ou pouvant virer offshore). Prévoyez une 12m2 pour un vent compris de force 4, une 9m2 pour un vent de force 5 et une 6m2 pour un vent de force 6 (pour un gabarit de 70kg en Twin-tip).
  • Choix du spot : Toujours choisir un spot autorisé par arrêté municipal à la pratique du kitesurf. Choisir une plage où le vent viendra de la mer ou du côté mais jamais un vent de terre qui pourrait vous pousser vers le large.
  • Décollage et atterrissage : Décoller en bord de fenêtre dans la zone appropriée, à proximité immédiate de l’eau, en vous éloignant de tout obstacle sous le vent. Ne jamais décoller si quelqu’un ou quelque chose se trouve dans votre fenêtre de vol. Pour l'atterrissage, demandez l'aide d'un autre kitesurfeur expérimenté. Lâchez votre barre dès que l’aile arrive sur le bord de fenêtre et se pose sur l’oreille.
  • Distances de sécurité : Gardez des distances de sécurité de minimum 2 longueurs de lignes (soit 50m) entre chaque pratiquant. Éloignez-vous du bord de plage en nage tractée pour réaliser votre waterstart et éviter de faire tomber la voile sur la plage ou les plagistes. Ne jamais aller plus loin du bord que ce que vous pourriez revenir à la nage.

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