Le monde de la course au large est jalonné de navires dont la conception technique transcende leur simple fonction de compétition pour entrer dans l’histoire maritime. Parmi ces unités, le voilier Adrien, dessiné par l’architecte marseillais Gilles Vaton, occupe une place de choix. Ce monocoque, véritable légende des océans, a été conçu avec une ambition précise : affronter les conditions les plus extrêmes lors d’un tour du monde « à l’envers », c’est-à-dire une navigation contre les vents et les courants dominants.
Architecture et conception d’une unité hors normes
Le voilier Adrien est un monocoque de 25,70 mètres de long pour 5,40 mètres de large, avec un mât de 33 mètres, qui a marqué l’histoire de la navigation. La réussite de Jean-Luc Van Den Heede, c’est aussi d’avoir su choisir le bateau adéquat pour entreprendre ce tour « à l’envers ». Adrien, dessiné par l’architecte marseillais Gilles Vaton, est sensiblement plus long que le 60 pieds open mené par Philippe Monnet, jusque-là détenteur du record : 25,70 m contre « seulement » 18,28 m pour Uunet. Contrairement aux bateaux engagés précédemment dans cette aventure, Adrien a été dès le départ conçu pour ce type de navigation.
La coque et le pont ont été construits en aluminium par le célèbre chantier naval Garcia. Cette matière garantit une robustesse indispensable pour les navigations dans les mers australes. Adrien est un monocoque de 26 m de long construit en aluminium aux chantiers Gamelin en 2002 d'après les plans de Gilles Vaton. Il fallait un voilier quasiment vide, sans cloison, sans aménagement, pour pouvoir installer le matériel scientifique. Le plan Vaton construit au chantier Gamelin en 2002 a été racheté en mars 2021 par le navigateur Éric Defert, désireux d’en faire une plateforme d’océanographie.
Caractéristiques techniques détaillées
Pour comprendre la puissance de ce navire, il convient d’examiner ses paramètres techniques. La fiche signalétique du voilier témoigne d'un compromis entre puissance pure et nécessité structurelle pour la navigation hauturière :
- Longueur : 25,70 m
- Largeur : 5,40 m
- Tirant d'eau : 4,60 m
- Déplacement : 30 000 kg
- Voile de quille : 2 500 kg
- Surface de voile totale : 335 m²
- GV : 170 m²
- Génois : 165 m²
- Solent : 85 m²
- Trinquette : 30 m²
- Spi léger : 420 m²
- Spi lourd : 310 m²
- Gréement : Mât en aluminium
La conception de Gilles Vaton visait à tenir des moyennes journalières élevées sans être trop éprouvantes pour son skipper aux allures de près, cap obligatoire quand on s’élance autour du Globe contre les vents dominants. Le voilier offre le meilleur ratio sécurité/confort/performance. Elle reste facile à manœuvrer par un équipage limité avec 3 voiles d’avant : un génois sur enrouleur, un yankee sur enrouleur et une trinquette auto-vireuse sur enrouleur.
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Analyse de la performance et retours d’expérience
Malgré ses performances exceptionnelles, le bateau n’était pas exempt de critiques. Le seul défaut, selon Jean-Luc Van Den Heede, est la présence d’un aileron devant le safran, l’absence de compensation rendant le bateau difficile à barrer au débridé. L’ancien président du jury admet alors qu’Adrien est peut-être un peu trop lesté pour emporter tous les suffrages : « Quand le rapport de lest est trop important, les mouvements de rappel sont assez violents dans les vagues. C’est un bon bateau, ce n’est pas moi qui dirai le contraire mais tout de même un peu sportif pour la croisière ! »
Néanmoins, la performance brute reste indéniable. Le 9 mars 2004, après 122 jours, 14 heures, 3 minutes et 47 secondes de navigation, Jean-Luc Van Den Heede signe l’un des chefs-d’œuvre de sa carrière en pulvérisant le record du tour du monde « à l’envers », contre les vents et les courants dominants. Cette performance est réalisée à bord d’un voilier de 25,70 mètres de long conçu spécialement pour ce défi extrême. 122 jours, 14 heures, 3 minutes et 49 secondes, c’est le record du tour du monde à l' »envers » détenu par Jean-Luc Van Den Heede sur Adrien.
La trajectoire historique du navire
L'Adrien a connu plusieurs vies. Après le succès de Jean-Luc Van Den Heede, le voilier est racheté par la navigatrice Maud Fontenoy et sponsorisé par L'Oréal Paris. Le voilier effectue alors un second tour du globe à l'envers par l'hémisphère sud, de La Réunion à La Réunion, en cinq mois. Le bateau est ensuite rebaptisé Tahia et devient le "porte drapeau" de la fondation Maud Fontenoy, qui œuvre pour la protection de l'écosystème marin.
Plus récemment, le voilier a connu une phase de rénovation majeure après avoir été laissé à l’état de quasi-abandon pendant plusieurs années. Racheté par le skipper Éric Defert, ce bateau se destine désormais à la recherche océanographique. « Tout était à refaire sur le bateau ! Il méritait une bonne cure de jouvence », raconte Éric Defert. Pendant six mois, des travaux d’envergure ont ainsi été entrepris à Brest, nouveau port d’attache de ce voilier emblématique, pour un budget total de 300 000 euros. La rénovation de cette unité en aluminium a été complète : hydrogommage, gréement, isolation, peintures, énergie, travaux d’aménagements intérieurs, création d’un laboratoire dédié aux scientifiques embarqués, aspects de confort, etc.
« Le bateau n’a plus rien à voir avec ce qu’il était au moment du rachat, se réjouit Éric Defert. C’est un plaisir de voir revivre ce monocoque historique, qui fait partie de la légende des records. Nous avons mis beaucoup de cœur dans sa rénovation. » L’ex-Adrien a été remarquablement rénové. Devenu comme l’ambitionnait Éric Defert une véritable plateforme d’océanographie à la voile, à destination d’acteurs scientifiques et industriels, ce bateau est géré par la société Blue Observer.
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