L'océan, avec ses mouvements incessants et sa puissance primordiale, a toujours fasciné l'humanité, nourrissant l'imagination et stimulant la création. Au cœur de cette fascination se trouve le surfeur, figure emblématique dont l'existence est intrinsèquement liée à la vague. Plus qu'un simple sport, le surf est devenu un phénomène culturel, un mode de vie, une philosophie qui imprègne profondément le monde de l'art sous toutes ses formes. Des toiles débordantes de couleurs aux sculptures qui défient les perceptions, en passant par la photographie qui capture l'éphémère et les films qui racontent des existences, le surfeur et son univers offrent une source inépuisable d'inspiration pour les artistes contemporains et sont le sujet de nombreuses réflexions. Cette exploration se penche sur la manière dont la vague, l'énergie qu'elle dégage et la culture qu'elle engendre se manifestent dans diverses expressions artistiques, révélant la richesse et la complexité d'un dialogue entre l'homme, l'océan et la création.
Artistes et Leurs Vagues Personnelles : L'Écho de l'Océan dans la Création
Chaque artiste possède une singularité, une manière unique de percevoir le monde et de le retranscrire. Dans le domaine de l'art inspiré par le surf, cette singularité se manifeste à travers des œuvres qui vibrent de l'énergie de la mer et de l'esprit des surfeurs.
Rémi Bertoche : L'Énergie Débordante du Mouvement
Celle de Rémi Bertoche est celle d’une peinture débordante de couleurs, de surface, de productivité, d’énergie. Son œuvre n'est pas seulement une représentation, c'est une explosion sensorielle qui capte l'essence même de la vague et de la vie qu'elle symbolise. Doublée d’une vie tout aussi trépidante et insatiable, son existence même semble jouer à tout instant son va-tout, reflétant l'audace et la détermination nécessaires pour dompter les éléments. L’homme en est à son quatrième livre d’art auto-produit, témoignage d'une productivité créative ininterrompue, mais sa vie est déjà un roman que même l’écrivain le plus narratif aurait peine à écrire. En effet, Rémi Bertoche impose un rythme qu'il faut s'efforcer de suivre, tant son énergie est contagieuse. Pour autant, il y a deux constances fondamentales dans sa vie, des piliers qui structurent son existence et son art : la première est cette vague que le surf lui a mise dans la peau. L’énergie qu'elle dégage, aussi puissante que volatile, aussi cassante qu’enthousiasmante, coule bel et bien désormais dans son sang, imprégnant chaque coup de pinceau d'une vitalité indomptable.
Dans ce contexte de création où l'énergie est reine, on peut observer des personnalités dont le lien profond avec la nature se manifeste également, même si leur contribution n'est pas toujours directement artistique. Romain Quesada, par exemple, illustre cette connexion viscérale à l'environnement. Au premier contact de l’individu, on peut se dire que l’homme est charpenté. Qu’il a même un visage de guerrier, pas tant de ceux qui ont un territoire à défendre, mais plus comme si son faciès avait été sculpté par un terroir. Pourtant, il n'est pas un homme du sillon agricole, même s’il aime mettre les mains dans la terre, tout comme il les plonge dans la mer. Cette dualité, cette affinité avec les éléments terrestres et marins, résonne avec l'esprit du surfeur, constamment en quête d'harmonie avec son environnement, une quête que l'art s'efforce souvent de traduire.
Nathalie Pitel : La Puissance Sculptée du Paysage Océanique
Il y a une puissance inhérente à la vague, une force naturelle capable de sculpter les paysages et d'inspirer les esprits. Cette même puissance se retrouve dans les œuvres de Nathalie Pitel, sculptrice dont l'art est profondément enraciné dans son expérience personnelle de l'océan. Elle-même a été forgée, jusqu’à la fin de son adolescence, par la puissance du paysage de la presqu’île de Crozon. C'est dans ce cadre sauvage et majestueux qu'elle a surfé tout ce temps, s'imprégnant des rythmes et des forces de la mer, avant de partir faire les Beaux-Arts à Quimper. À 32 ans, elle est désormais sculptrice en pleine expression de son art, ses créations manifestant cette force intérieure et cette connexion profonde avec la nature. Ses sculptures ne sont pas de simples représentations, mais des évocations des mouvements, des textures et des énergies qui animent l'océan.
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La réflexion artistique de Nathalie Pitel, comme celle de nombreux créateurs contemporains, peut être éclairée par des pensées philosophiques. La citation, reprise presque comme un mantra par l’artiste, de Paul Virilio, urbaniste philosophe et penseur majeur du vingtième siècle par sa réflexion sur la vitesse et son rôle prescripteur dans le progrès moderne, résonne particulièrement : « Pas d’acquis sans perte. Si inventer la substance, c’est indirectement inventer l’accident, plus l’invention est puissante, performante, et plus l’accident est dramatique. » Cette perspective sur la vitesse et l'accident trouve un écho frappant dans le surf, où la recherche de la performance maximale est indissociable du risque inhérent à la vague, une vitesse, pour Virilio, qui fatalement se retourne à un moment ou à un autre en accident. L'art de Nathalie Pitel, en capturant cette puissance brute, cette tension entre la maîtrise et le lâcher-prise, donne forme à cette philosophie dans le contexte de l'expérience océanique.
Le Surf comme Sujet d'Exposition et de Réflexion : Immersion Culturelle
Le surf n'est pas seulement une source d'inspiration individuelle ; il est aussi le thème central de grandes manifestations culturelles qui visent à explorer ses multiples facettes, de l'historique au sociétal, du créatif au poétique.
Grandes Expositions : Immersion dans l'Histoire et la Culture du Surf
De grandes expositions sur le surf, il n’y en a pas eu tant que cela, ce qui rend chaque événement d'autant plus précieux. Néanmoins, quelques initiatives remarquables ont puissamment révélé le surf dans sa dimension sociétale, historique, créative et poétique. Citons cependant en France des expositions marquantes telles que "Sur la vague" à la Corderie Royale à Rochefort en 2005, une immersion précoce dans l'univers de la glisse. Plus tard, "La dernière vague" à La belle de mai, à Marseille, en 2013, a continué d'explorer cette thématique avec une approche contemporaine. Biarritz, ville emblématique du surf européen, a célébré des anniversaires significatifs avec des événements tels que "50 ans de surf à Biarritz" en 2007 et "60 ans de surf à Biarritz" en 2017, soulignant la richesse de son patrimoine lié à la glisse.
Plus récemment, "La déferlante surf" a immergé le Musée d’Aquitaine et la ville de Bordeaux dans un océan d’objets, de planches, de photos, de tableaux. Cet événement, inédit et unique, a offert un message de couleurs qui vivifie la teneur de notre époque grâce à une scénographie pleine d’exotisme. Une telle exposition ne se contente pas de présenter des artefacts ; elle crée une expérience, une immersion dans l'esthétique et la philosophie du surf, invitant le public à découvrir ou redécouvrir cette culture sous un angle artistique et intellectuel. À ne pas manquer, ça vaut le détour, car de telles occasions de plonger dans la diversité et la profondeur du surf sont rares et précieuses.
Cinéma et Musique : L'Harmonie Rythmique de la Glisse
Le surf, avec son esthétique visuelle et son rythme inhérent, trouve une expression naturelle dans le cinéma et la musique, créant des synergies qui enrichissent l'expérience sensorielle de la glisse. Le Brest Surf Film Festival 2018 en est un exemple éloquent. Au programme, une sélection internationale et locale éclectique et raffinée, mettant en lumière la diversité des récits et des perspectives autour du surf. L'événement a notamment mis en avant des surfeuses engagées, des interrogations existentielles, et un nombre significatif de réalisatrices, témoignant d'une évolution des voix et des thématiques dans le genre. Les séances affichant complets, les quatre soirs de suite, ont prouvé l'engouement du public pour ces histoires de vagues et d'humanité.
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Dans un registre différent mais tout aussi lié à l'océan, tout au bout du continent européen, à la pointe du Finistère, le complexe d’Océanopolis trône. Ce vaste bâtiment blanc, semblable à une soucoupe volante posée devant l’océan Atlantique, est avant tout un immense aquarium, où touristes et locaux viennent admirer requins et pieuvres, étoiles de mer et poissons tropicaux. Et entre les raies d’eau douce perlées et les poissons-clowns, les enfants surexcités et les badauds nonchalants, les parcours fléchés et les panneaux explicatifs colorés, le visiteur peut aussi profiter d’un cinéma. Bien que non spécifiquement dédié au surf, un tel lieu, par sa nature même de célébration de l'océan, offre un cadre propice à la diffusion de films de surf, renforçant le lien entre la culture de la glisse et la sensibilisation au milieu marin.
L'association du jazz et du surf, et plus particulièrement du longboard, n'est pas nouvelle. Déjà dans les années 60, certains films de surf s’affranchissaient de la lancinante "surf music" stéréotypée pour aller chercher dans le jazz des notes plus rythmées, plus soufflées, s’alliant à la glisse et aux pas gracieux du longboard. Joël Tudor, figure emblématique du longboard, a également été mis en scène sur du jazz, soulignant cette osmose entre musique et mouvement. Ici, Toma Jablon est allé plus loin dans la démarche avec son petit film "Step’n Soul", largement primé il y a quelques années dans les festivals. Il est un véritable "blue note" du surf. Jablon l’a finalement téléchargé sur internet pour le montrer à tous, offrant ainsi cette œuvre délicate et profonde à un public plus vaste. On se plaît à le mettre dans nos colonnes et à le partager, car il incarne une fusion artistique particulièrement réussie. L'artiste a eu l'audace de mettre le morceau de jazz de Wynton Marsalis dans les oreilles du surfeur anglais Sam Bleakley pendant qu’il surfait, tout comme lui-même sur le rivage au moment de filmer. L’événement a été exceptionnel, créant une synesthésie où le son du jazz et le mouvement du surf se sont mutuellement enrichis, offrant une expérience artistique inédite et mémorable.
Le Surf sous le Regard des Sciences Sociales
Le surf et les surfeurs comme objet d’études scientifiques ! Qui l’aurait cru ? Du moins parmi ceux d’antan qui enjambèrent, par monts et par vaux, un mode de vie happé par la vague, souvent perçu comme marginal ou simplement récréatif. Et pourtant, l’intérêt des sciences sociales pour le surf n’est pas nouveau. Depuis plus d’une vingtaine d’années, des sociologues et des anthropologues dans nombre d’universités dans le monde ont posé leurs outils conceptuels de décryptage et d’analyse sur ce phénomène humain. Ils s'intéressent à la manière dont le surf irrigue la société moderne à sa façon, tant par ses vagabonds rêveurs toujours en cavale sur des crêtes échevelées que par ses organisateurs et autres entrepreneurs au pragmatisme sportif et commercial. Des "beachbums" aux Jeux Olympiques, en passant par quelques milliards d'euros générés par l'industrie, il est clair que cette évolution peut faire un marqueur significatif de notre société. L'analyse scientifique permet de comprendre la complexité des communautés de surfeurs, leurs codes, leurs valeurs, et la manière dont cette culture se globalise et s'adapte, tout en conservant une essence contestataire et connectée à la nature.
La Planche de Surf Réinventée : Entre Objet et Œuvre d'Art
La planche de surf, instrument fonctionnel par excellence, transcende sa vocation première pour devenir une toile, un support d'expression artistique à part entière. Des galeries d'art aux expositions dédiées, elle est réinterprétée, transformée, et chargée de nouvelles significations.
L'art contemporain explore de multiples voies pour insuffler une nouvelle vie aux objets du quotidien, et la planche de surf n'échappe pas à cette tendance. Depuis quelques semaines, le surf et les surfeurs sont d'ailleurs à l’honneur à la galerie Class Art Biarritz, où des sculptures d'artistes contemporains tels que Daniel Arsham, Maeva Drack et Romain Class démontrent cette réappropriation artistique.
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La Vision Érodée de Daniel Arsham : Reliques Futures du Présent
Parmi les œuvres exposées, la sculpture "Eroded surfboard" de Daniel Arsham attire immédiatement l'attention. D'abord exposée et mise en avant dans la galerie, elle surprend tous les surfeurs chevronnés de voir qu’il s’agit d’une vraie planche, utilisable pour aller sur l’eau. Cette pièce fait partie de sa célèbre série de sculptures sur le thème de l’érosion, à la différence que cette fois, il s’agit d’une sculpture que l’on peut surfer. En effet, c'est une vraie planche de surf, tout à fait fonctionnelle.
La cristallisation et l’érosion d’objets de la vie courante sont le thème de prédilection de Daniel Arsham. Moulées dans le plâtre, la résine ou le bronze, ou encore dans des matériaux géologiques comme la calcite bleue ou verte, les sculptures de l’artiste New-Yorkais sont ensuite dégradées ou érodées par un procédé tenu secret. L’artiste contemporain laisse ainsi parfois apparaître des cristaux de quartz, dévoilant une esthétique de la découverte archéologique. Daniel Arsham applique cette technique depuis une vingtaine d’années, simulant des objets retrouvés plusieurs dizaines ou même plusieurs siècles après leur utilisation, érodés par le temps et la nature.
Œuvrant dans les domaines de la sculpture, de l’architecture, du dessin et du cinéma, il crée des situations ambiguës qui interpellent le spectateur, et met en scène ses sculptures comme ce qu’il appelle "des reliques futures du présent". Ces moulages érodés d’objets modernes et de silhouettes humaines contemporaines sont réalisés à partir de matières géologiques telles que le sable, la sélénite ou la cendre volcanique, de façon à ce qu’ils semblent avoir été récemment découverts, après des siècles d’ensevelissement. Iconiques, la plupart des objets qu’il transforme en pierre font référence au XXe siècle ou au tournant du millénaire, ancrant son travail dans une temporalité à la fois passée et à venir.
Né à Cleveland, Ohio, et élevé à Miami, Floride, Arsham avait 12 ans lorsque l'ouragan Andrew a détruit la maison de son enfance. Cet événement traumatisant est devenu un thème récurrent dans son œuvre, nourrissant sa réflexion sur la destruction, la reconstruction et le passage du temps. Après avoir obtenu son diplôme, Arsham est retourné à Miami et a ouvert un espace d'exposition appelé « The House » avec plusieurs amis artistes, un lieu qui a posé les fondations de sa carrière. C'est grâce à The House qu'Arsham a rencontré Emmanuel Perrotin en 2004, marquant un tournant dans sa visibilité internationale. Très prolixe, en 2014, Arsham a également créé une société de cinéma qu’il appelle Films of the Future. Cette société de production synthétise toute la production créative d'Arsham au cours de la décennie précédente, créant un cadre visuel dans lequel ses œuvres d'un autre monde et futuristes pouvaient pleinement exister. Sa première série, "Future Relic", se compose de neuf courts métrages qui dépeignent une civilisation future avant et après que la Terre subisse des changements écologiques majeurs, une vision prospective qui résonne avec ses sculptures érodées. La photo de la Porsche érodée ("eroded porsche") de Daniel Arsham, par exemple, illustre parfaitement cette démarche où l'objet iconique est confronté à la notion de ruine et de vestige.
Maeva Drack : Couleurs Vives et Pierres Étincelantes
La seconde planche de surf exposée à la galerie Class Art Biarritz est une sculpture de l’artiste française Maeva Drack. Elle surprend immédiatement le spectateur avec ses couleurs flash et ses pierres étincelantes, offrant un contraste saisissant avec l'esthétique érodée d'Arsham. Il s’agit également d’une vraie planche de surf, mais celle-ci est légèrement découpée en forme de morsure de requin ou de prédateur, ajoutant une touche de dramaturgie et de force brute. La planche est ensuite enduite de résine colorée, puis l’artiste vient déposer à la main des pierres et des cristaux, créant une surface texturée et lumineuse.
Maeva Drack propose également des skateboards conçus sur le même principe, à savoir enduits de résine colorée et ornés de pierres minérales brillantes. Deux skateboards de Maeva sont d'ailleurs exposés temporairement à la galerie, montrant l'extension de sa technique à d'autres supports de glisse. L'utilisation de la résine, encore peu utilisée à cette époque en France pour ce type d'approche, lui a rapidement révélé que c'est un matériau à la fois compliqué à travailler et magnifique au rendu final. L’artiste a tendance à intensifier les couleurs, et rehausse la brillance avec des pierres naturelles, créant des œuvres qui captent la lumière et l'attention. « Je suis heureuse aujourd'hui d'arriver à transmettre à mon public la sérénité et l'apaisement à travers mes œuvres, car c'est ce que cela me procure lors de la création de celles-ci », indique-t-elle. Cette déclaration souligne la dimension émotionnelle et thérapeutique de son travail, non seulement pour elle-même mais aussi pour ceux qui contemplent ses créations. La sculpture de surf de Maeva Drack, photographiée et exposée, incarne cette fusion de la nature, de la couleur et de l'éclat minéral.
Romain Class : Quand Rodin Rencontre la Vague
Enfin, également en exposition à la galerie Class Art Biarritz, se trouve "Le Surfeur de Rodin", une sculpture en résine de Romain Class, qui attire immédiatement l’attention par son originalité. Déclinée en plusieurs tailles, et disponible soit en œuvre unique, soit en multiple de 8, cette sculpture représente une réinterprétation audacieuse d'une icône de l'art classique. Elle métamorphose un penseur de Rodin, grimé en surfeur avec un short de bain et des cheveux longs, en pleine méditation sur les vagues et sur ses techniques de surf.
Cette œuvre humoristique et profonde interpelle ceux qui se sont déjà essayés au surf et ont pu constater qu’il s’agit d’un sport extrêmement technique et complexe. Nombreuses sont les déceptions à la sortie de l’eau, ou quant à la rapidité de progression des surfeurs, ce qui rend la "méditation" du Surfeur de Rodin d'autant plus pertinente. Elle capture l'essence de la concentration mentale et de la persévérance requises pour maîtriser la vague, transformant un symbole de la pensée humaine en une allégorie de la quête du surfeur. La sculpture de surf, "Le Surfeur de Rodin", exposée dans la galerie, se distingue par sa grande qualité de finition, un aspect remarquable pour une œuvre en résine. Romain Class réussit ainsi à jeter un pont entre le patrimoine artistique et la culture contemporaine du surf, invitant à une réflexion sur la pensée en action et l'apprentissage constant.
Engagement et Sensibilisation à Travers l'Art du Surf : Un Message Écologique et Cosmique
Au-delà de la simple représentation esthétique, l'art inspiré par le surf peut porter des messages puissants, qu'il s'agisse de sensibiliser à des enjeux environnementaux cruciaux ou d'explorer des dimensions plus profondes et surréalistes de notre rapport au monde.
Liu Bolin et la Problématique des Déchets Océaniques
L’artiste contemporain chinois Liu Bolin, mondialement connu pour ses œuvres de dissimulation dans le paysage, a étendu son engagement artistique à la cause environnementale liée aux océans. Il est venu spécialement avec son équipe dans les locaux de Surfrider Foundation Europe, à Biarritz, en juin dernier, pour réaliser deux performances artistiques sur fond de déchets. Artiste engagé, Liu Bolin, motivé par le travail de SFE, a décidé de cette action pour sensibiliser le plus grand nombre à la problématique des déchets plastiques.
Cette initiative artistique met en lumière une réalité alarmante : aujourd’hui, les différentes gyres de plastique tournoyant sur des kilomètres carrés dans les différents océans représentent ce qu’on appelle désormais le « septième continent ». La densité de microplastiques y est parfois plus importante que celle du plancton, une statistique effrayante qui révèle l'ampleur de la pollution. La prise de conscience commence à se faire, mais elle est lente, car malheureusement, la demande de plastique ne cesse d’augmenter, pratiquement deux fois plus vite que le PIB mondial. Les performances de Liu Bolin, par leur caractère visuellement frappant et leur message direct, cherchent à provoquer une prise de conscience plus profonde et à encourager des actions concrètes face à cette crise écologique majeure qui menace directement l'environnement du surfeur.
Gilles Barbier : L'Exotisme Surréaliste de la "World Wide Wave"
Découvrir l’exposition de Gilles Barbier "World Wide Wave" à la Villa Beatrix-Enea à Anglet, c’est se prendre en pleine figure une vague d’exotisme à la fois surréaliste, humoristique et cosmique. L'artiste contemporain, dans tout son rôle d'impertinent, d'impénitent et d'exigeant, y déploie un univers singulier. Des slaps, des requins, des vagues, des glisseurs sont élevés au rang d’un territoire insulaire imaginaire, pourvu de flèches stridentes pour frapper notre monde ordinaire. C'est une exploration de l'absurde, de l'imaginaire et de la critique sociétale à travers le prisme du surf. L'acronyme WWW de "World Wide Wave" n’est pas sans rappeler celui du World Wide Web, dont la modernité a fait désormais notre ficelage quotidien. Accro à l’onde du web déferlant sur nos écrans, on en oublierait ce qui fait la spécificité de celle océanique qui déferle sur nos côtes. L'œuvre de Barbier invite à une réflexion sur la déconnexion progressive de l'humain avec la nature face à l'omniprésence du numérique, tout en célébrant la puissance et l'étrangeté de l'océan.
Capturer l'Essence : Photographie et Peinture du Surf
La capture de la vague, de l'instant éphémère de la glisse, est une quête artistique en soi, que ce soit à travers l'objectif d'un appareil photo ou les coups de pinceau d'un artiste peintre. Ces médiums offrent des perspectives uniques sur le monde du surf, figeant des moments ou interprétant des émotions.
Bernard Testemale : Un Retour aux Origines Photographiques
Bernard Testemale, plus que reconnu dans le métier de photographe de surf, possède une carrière de plus de 25 ans. Il a traversé les époques, passant, comme ses collègues, de la subtilité du diaphragme d’ouverture combinée à la qualité des optiques avec la pellicule argentique, à la course au meilleur capteur numérique faisant l’ivresse incessante de la colorimétrie pixelisée d’aujourd’hui. Pourtant, après tant d’expérience photographique, ce sexagénaire a décidé de revenir à l’origine même de la photographie, avec des prises de vues comme en 1850.
Cette démarche marque un désir de retrouver l'essence, la matérialité de l'image. La photo au collodion, bien qu'il ne soit pas le premier ni le seul à l'explorer (comme en témoigne le SJ n°111), est une passion dans laquelle Bernard Testemale a mis toute son âme depuis six ans. Ce retour aux procédés anciens n'est pas anodin ; il peut rappeler la période (années 1980) où il était fabricant à Hendaye de dérives de windsurf, où il manipulait les produits, où il plongeait les mains dans la matière. Cette expérience tactile, ce contact direct avec le matériau, se reflète dans son approche de la photographie au collodion, où chaque étape du processus est un acte de création manuel et réfléchi. Il cherche à capturer non seulement l'image, mais aussi l'âme et la patine du temps, offrant une perspective unique sur le surf, loin des clichés numériques instantanés.
Le Surfer’s Journal, quant à lui, offre quatre fois par an une source incontournable de plaisir de lecture et de découvertes, publiant des articles approfondis et des photographies emblématiques qui témoignent de la richesse culturelle et visuelle du surf, y compris des travaux comme ceux de Bernard Testemale.
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