La Bretagne, avec ses côtes découpées, ses houles généreuses et son caractère bien trempé, a toujours été un vivier de talents pour les sports de glisse. Loin des clichés des plages paradisiaques, cette terre de marins et d'aventuriers a vu éclore une génération de surfeurs et de bodyboardeurs qui, non contents de dompter les vagues locales, ont porté haut les couleurs de leur région à travers le monde. Qu'ils soient des compétiteurs acharnés, des explorateurs intrépides ou des ambassadeurs d'une nouvelle philosophie du surf, ces Bretons incarnent une passion indéfectible pour l'océan, une détermination sans faille et une soif d'aventure qui les pousse à repousser sans cesse les limites, qu'elles soient sportives, géographiques ou humaines.
Les Champions Bretons : Une Force Locale Reconnue Internationalement
La scène du surf breton est riche de personnalités dont le parcours et les exploits forcent l'admiration. Ces athlètes, issus de la richesse naturelle de leurs côtes, ont su développer un style et une résilience propres à leur environnement.
La Détermination au-delà du Handicap : L'Exemple de Morgane
Parmi ces figures inspirantes, Morgane se distingue par sa force de caractère et sa persévérance. Compétitrice et toujours à la recherche de nouveaux défis, elle veut aussi montrer l’exemple et démontrer que l’adage « quand on veut on peut » n’est pas un mythe. Atteinte d’une maladie génétique neuromusculaire depuis son enfance, la maladie de Strümpell-Lorrain, elle sublime merveilleusement son handicap en mettant toute sa force et sa détermination dans chacun de ses sports. Cette volonté l'a menée à des sommets : dès lors, elle a poursuivi son entraînement jusqu’à ce 26 octobre 2017 où elle a été sacrée championne de France handisurf (PS1, debout/à genou) à Hossegor, un titre prestigieux qui témoigne de son incroyable engagement. Son palmarès ne s'arrête pas là, puisqu'en 2016 et en 2017, elle a réussi l’exploit d’être présente sur deux podiums aux championnats de France, consolidant ainsi sa place parmi les athlètes d'exception.
L'Art du Surf et du Partage : Ian Fontaine
Difficile de trouver surfeur plus passionné que Ian Fontaine. Travailleur acharné, Ian propose un surf millimétré, puissant, engagé et en constante évolution pour toujours rester au top niveau. Mais attention, Ian n’est pas seulement un compétiteur ; freesurfeur passionné, il propose régulièrement des vidéos tranchantes dont l’humour ne peut laisser indifférent ! Au-delà du surfeur, il y a l’humain. Ian « is a giver » comme il le répète souvent : toujours prêt à aider autrui, il est très proche des nouvelles générations de surfeurs Bretons, partageant son expérience et sa motivation. Toujours motivé pour surfer mais aussi pour ambiancer, il a une playlist qui fait souvent se retourner dans leur tombe les grands du rock’n’roll. Pour lui, « Le surf c’est la vie », mais les études ont leur importance, une philosophie équilibrée qu'il incarne parfaitement.
L'Élite de la SUP Race : Martin Letourneur
Dans le monde du Stand-Up Paddle Race, Martin Letourneur est le Breton le plus titré. Vice-champion de France en 2016, le malouin d’origine prend part chaque année aux courses les plus prestigieuses du circuit international pour défendre les couleurs de la Bretagne, prouvant ainsi la capacité des athlètes bretons à rivaliser avec les meilleurs mondiaux.
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La Polyvalence des Vagues : Alexis Deniel
Alexis Deniel, c’est une figure incontournable du surf Breton. Comme nombre de champions, il a fait de sa passion son métier. Depuis son premier titre de champion de France de longboard en 2007, Alexis a toujours fait une à deux finales (longboard et/ou Sup) lors de chaque édition des championnats nationaux, démontrant une constance et une polyvalence remarquables dans différentes disciplines de glisse.
L'Ascension Féminine : Annabel
La première vie de surfeuse d'Annabel a été dédiée au shortboard. Meilleure Bretonne de sa génération, elle a aussi fait jeu égal avec les meilleures Françaises et c’est logiquement qu’elle a intégré le Pôle France en Aquitaine. Son ascension fulgurante est ponctuée de succès significatifs : en 2017, Annabel est championne de Bretagne et se classe 5ème du Championnat de France. Autre exploit sportif récent, en 2016, elle a remporté le circuit national des Coupes de France devant ses concurrentes réunionnaises, basques et landaises, affirmant sa domination au niveau national. En 2015, elle s'était déjà classée 4ème au championnat de France, prouvant une progression constante au plus haut niveau.
L'Alliance de l'Esprit et du Corps : Yann
Yann, la pépite de la région Brestoise, l’enfant du pays d’Iroise, incarne la devise "Mens sana in corpore sano" : un esprit sain dans un corps sain pourrait être sa devise. Yann n’a jamais sacrifié les études pour le sport et a brillamment réussi dans les deux, prouvant qu'excellence académique et performance sportive peuvent coexister harmonieusement.
La Persistance des Talents : Gaspard, Mickael et Julien
Le dynamisme du surf breton est également porté par des talents tels que Gaspard, âgé de 24 ans en 2018, un produit pur beurre, made in le pays Bigouden. Si Gaspard ne fait plus de la compétition sa priorité, il lui arrive encore de participer à des événements sur le territoire Français… et de les gagner ! Mickael, 21 ans, est un des grands champions bretons en bodyboard. Au sein de la structure du pays Bigouden, il a pu travailler et progresser physiquement et mentalement. Combatif et aimant les défis, Mickael est un compétiteur hors pair. Compétiteur en Bodyboard puis en Surf et Longboard, il n’a de cesse d’explorer les différents supports de glisse. Son travail ne l’empêche pas de continuer à faire des résultats au niveau national, avec notamment une deuxième place au circuit COUPE DE FRANCE 2016 - 2017. Âgé de 22 ans, Julien a grandi dans la région Brestoise, un véritable réservoir de talents en bodyboard. C’est logiquement qu’il en est venu à pratiquer sa passion en compétition. La tête sur les épaules, il a même fait de sa passion, son métier, un rêve partagé par de nombreux jeunes Bretons.
L'Immersion Bretonne : L'Expérience avec Ronan Chatain
Pour ceux qui souhaitent s'immerger dans cet art de vivre breton, l'expérience proposée par le champion Ronan Chatain à La Torche, au cœur du pays bigouden, est emblématique. Le décor y est planté : des dunes sauvages et l’océan à perte de vue. À La Torche, le surf est plus qu'un sport, c'est un art de vivre. S'il y a bien quelque chose à tester pour se sentir Breton ou Bretonne, c’est vraiment cela : trois jours en immersion dans le monde du surf, avec des cours adaptés et un gîte à deux pas de la plage, tout droit sorti d’un rêve de surfeur. Ronan Chatain, un capitaine bienveillant avec qui on rigole, on se dépasse et on apprend, prend les participants sous son aile. À chaque session, c'est un shot d’adrénaline, un bonheur simple et une convivialité assurée. Son but est que chacun se sente en confiance, peu importe son niveau, en créant une véritable petite famille où l'on progresse ensemble, sans pression. L’essentiel, c’est le plaisir de glisser, et il est toujours dans l’eau avec le groupe pour guider, encourager… et partager les premières vagues ! L’expérience dépasse le cadre du surf pur : on apprend à lire l’océan, à respecter la nature, à vivre des moments simples mais vrais. Après un cours, on n’emporte pas juste une technique : on repart avec une sensation, une énergie nouvelle.
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Lost in the Swell : L'Aventure Bretonne à Travers le Monde
Au-delà de la compétition et de l'enseignement local, la Bretagne est également la terre d'aventuriers qui ont choisi l'exploration comme mode de vie. Trois amis de longue date, Ewen Le Goff, Aurel Jacob et Ronan Gladu, originaires de Brest, sont devenus des figures emblématiques de cette quête de vagues et d'expériences uniques.
Genèse d'une Quête d'Aventures : Aurel Jacob, Ewen Le Goff et Ronan Gladu
Ils s’appellent Ewen, Ronan et Aurélien. Depuis plus de quinze ans, ces trois amis parcourent le monde à la recherche des vagues les plus secrètes et spectaculaires. Sous le nom de « Lost in the Swell » (« Perdus dans la houle »), le trio breton s’est fait connaître sur YouTube pour ses aventures uniques et sa manière singulière de vivre le surf. Ce sont des aventuriers des temps modernes, dont les périples à la recherche de vagues indomptées dans des lieux aussi reculés que paradisiaques sont aujourd'hui suivis par près de deux millions d'internautes. Aurel Jacob, 43 ans, professeur de surf ayant migré dans les Landes, Ewen Le Goff, 42 ans, éducateur sportif, et Ronan Gladu, 42 ans, photographe et réalisateur, ont fait toute leur scolarité ensemble à Brest, prenaient des cours de voile et de navigation. « A l'origine, l'idée était de se couper du monde moderne, de trouver un endroit sur la planète où s'isoler pour surfer et voir si on pouvait survivre seuls, en mode Koh-Lanta mais en conditions réelles », racontent-ils. « On était un peu tous à se demander si on mettait le pied dans la vie professionnelle à la recherche du sacro-saint CDI. On a voulu couper les ponts et faire quelque chose de marrant, d'enrichissant. » Leur but : raconter des voyages, des paysages, des cultures, des traditions en allant surfer et pêcher de quoi se nourrir dans des endroits encore inexplorés. Ronan, photographe et vidéaste de formation, s'occupe de capturer les images du quotidien. Tous trois sont profondément attachés à cette Bretagne qu’ils portent haut sur leurs planches. Aujourd’hui, Ewen et Ronan vivent à Crozon et Audierne, tandis qu’Aurélien s’est installé dans les Landes. « J’ai fui un peu le mauvais temps breton », sourit-il.
Des Illusions au Gwalaz : Les Premières Expéditions
Leurs premières tentatives ont forgé leur résilience. Après avoir fait le tour de la pratique du surf en Bretagne entre 2008 et 2009 avec le projet « Barravel », ils décident, en 2010, de prendre le large en direction de l'Indonésie. C'est là, au cœur de « La Mecque des surfeurs », qu'ils décident de passer « 40 jours et 40 nuits sur une île déserte ». Mais voilà, leur tout premier voyage se révèle être un fiasco. « Sauf qu'au bout de 23 jours, on s'est fait rapatrier par des pêcheurs d'urgence, soupire Aurel. On n'était pas faits pour ça, pas assez préparés, sans doute. Et Ewen a même chopé le chikungunya. » Le récit de ce « fiasco », intitulé « des Iles-usion », fait un carton sur Internet. Les garçons trouvent un public et des financements pour pouvoir préparer un nouveau départ, une preuve que même les échecs peuvent ouvrir la voie à de nouvelles opportunités.
Forts de cette expérience, en 2015, « Gwalaz », leur bateau à voile écolo et « à faible tirant d'eau pour mieux s'approcher des spots », construit à Concarneau chez le navigateur Roland Jourdain, quitte enfin les côtes. Ce projet initialement envisagé pour un tour des îles Bretonnes - « un premier test du bateau à proximité de Roland Jourdain et de ses ingénieurs, qui viendront nous rencontrer sur certaines étapes afin de surveiller l’évolution du bateau » - devient leur vaisseau pour une traversée bien plus lointaine. Le Gwalaz est un petit trimaran éco-conçu de 7 mètres de long (7,11 mètres précisément), réalisé notamment grâce aux chantiers Kairos du skipper Roland Jourdain et au chantier Tricat. L'idée était de "tripper autrement : avec un bateau à taille humaine par la mer". Ils avaient dans l’idée de réaliser un bateau éco-conçu, comme cela se fait déjà dans le surf avec www.notox.fr, d'où leur collaboration avec Roland Jourdain et son équipe spécialisée dans les bio-composites. L'espace habitable est réduit au minimum, l'intérêt n'étant pas le confort, mais la facilité de navigation et de transport. La destination ultime pour eux était les îles Salomon, inaccessibles pour l'instant à cause de leur manque d’expérience en navigation et de la nouveauté des matériaux de Gwalaz. Malgré une appréhension au niveau du bateau et de la navigation, ils espéraient qu'il tiendrait la route pour prouver que ces matériaux ont de l'avenir. Roland Jourdain leur a fait confiance, non sans une mise en garde amicale : « Bon les gars, si je peux me permettre, il ne faudrait pas me mettre le bateau dans les cailloux au bout de 2 jours ! ». Ronan, le plus expérimenté, ayant déjà navigué en haute mer et sachant lire les cartes marines, a guidé l'équipage. Autonomes en énergie, comme dans « Desilesusions », ils se sont lancés à l'aventure. Entre surf, paddle, requins et crocodiles de mer terrifiants, l'équipe de « Lost in the Swell » passe trois mois en mer dans de bonnes conditions. Comme pour « des Iles-usion », Ronan extrait de ses centaines d'heures de vidéo de quoi faire la websérie. Un vrai travail d'orfèvre, les épisodes faisant moins de dix minutes.
Explorer Autrement : Du Fatbike Gabonais aux Secrets de l'Atlantique
Leur soif d'exploration les a menés à diversifier leurs modes de déplacement. L'été dernier, Aurel, Ewen et Ronan ont lâché leur navire pour privilégier le fatbike, un vélo tout-terrain aux énormes roues qui peut tracter une remorque. Après un test en Aquitaine, ils sont partis trois mois au Gabon, « pays à la faune très riche et aux réserves naturelles côtières paradisiaques, mais qui souffre de l'empreinte de l'homme ». La saison trois de « Lost in the Swell » en est issue, sous le titre « Le Paradis perdu », et est sortie sur leur chaîne YouTube, avec des avant-premières en France.
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Plus récemment, leur nouveau film, « Slows, les lents de la mer », sorti le 21 novembre dernier, documente une traversée inédite de l'Atlantique Nord à la voile, en plein hiver. « Depuis plusieurs années, nous essayons de prendre l’avion le moins possible pour des raisons écologiques », explique Ronan Gladu. Ils ont ainsi filmé des expéditions en van, en train, et même à bord d’un camion roulant à l’huile de fritures, comprenant qu'il était possible de transformer le voyage en véritable aventure. Pour ce nouveau projet, ils avaient découvert que le spot de surf que l’on voulait rallier se trouvait à seulement une semaine de navigation du Finistère, qu’il n’y avait pas besoin de permis et qu’il était très simple de louer un voilier ! L’idée les a donc séduits.Avant de partir, ils ont fait appel à Samantha Davies, navigatrice de renom, qui leur a offert une formation accélérée à la navigation. « Elle nous a appris énormément. On a passé 48 heures avec elle, elle nous a raconté plein d’anecdotes, et surtout, elle nous a aidés à comprendre comment le bateau réagit selon le vent et la houle », se souvient Aurélien Jacob. Elle leur a expliqué toutes les manœuvres à faire et s’est assurée de leur sécurité en mer. Ronan Gladu ajoute qu'elle leur a également appris à gérer les « quarts », c’est-à-dire à se répartir les moments de navigation et de repos, notamment la nuit, une « véritable gymnastique, très fatigante ». Mais Samantha Davies leur a surtout transmis sa passion pour la navigation, un conseil vraiment précieux.
Une Philosophie de Vie et d'Écologie : Le Surf Lent
À l’origine du concept « Lost in the swell » (« Perdus dans la houle »), il y a une passion commune pour la glisse et l’exploration. « Depuis qu’on est tout jeunes, on lit des histoires de surfeurs explorateurs. En Bretagne, on a des kilomètres de côtes, et le surfeur adore découvrir le spot d’à côté, puis celui d’après », explique Aurélien. Cette quête ne se limite pas à la performance sportive. Pour les trois joyeux compères, elle s’accompagne d’une réflexion plus profonde sur la relation à l’océan. « Le surfeur, il est dans l’eau, pas sur l’eau. On s’est rendu compte en voyageant que la qualité de l’eau, c’est essentiel. En Bretagne, elle est exceptionnelle. Ailleurs, on voyait des surfeurs tomber malades, avec des otites, des infections… Alors on a compris que la santé de l’océan, c’est aussi la nôtre », confie-t-il.
Cette prise de conscience a façonné leur démarche. Avec « Lost in the Swell », l’écologie n’est pas un slogan mais un mode de vie. « On essaye de remplacer le plus possible la pétrochimie : des planches en matériaux plus nobles, des bateaux éco-conçus… Et on se déplace à la voile. On a arrêté de prendre l’avion pour nos projets », résume Aurélien. Un engagement que leurs partenaires, notamment Oxbow, saluent. « On est ambassadeurs chez eux, et grâce à ce partenariat, on peut vivre de nos films et continuer à créer », se réjouit-il.
L'Épreuve de la Vague : Entre Liberté et "Censure"
La traversée de l'Atlantique, partis de La Trinité-sur-Mer, a été une véritable épreuve. Ils ont affronté les dernières tempêtes de l’hiver, restant 35 jours en mer, dans le froid et la fatigue. « Mais on se connaît par cœur maintenant. Chacun sait gérer les moments de faiblesse de l’autre », raconte Aurel. Ce voyage a été « très rock and roll », comme le souligne Ronan Gladu, notamment en partant en plein hiver (mars) et à bord d'un tout petit bateau de 8,90 mètres de long, plus adapté au cabotage estival qu'à une traversée hivernale de l'Atlantique. Ils ont eu un gros coup de pression même pas 24 heures après être partis, en traversant le rail d’Ouessant, l’un des passages maritimes les plus fréquentés du monde, où ils ont failli se faire passer dessus par un cargo ! Le problème de ce genre de petit bateau, c’est que ça bouge dans tous les sens, ce qui les a empêchés de quasiment dormir, rendant le voyage inconfortable et la préparation des repas difficile. Aurel Jacob ajoute que le peu de réseau était une autre difficulté. Ils avaient besoin de savoir en permanence où ils se trouvaient et de connaître la météo, mais les informations leur parvenaient lentement, les laissant parfois naviguer à l’aveugle. « Ça peut être assez stressant ce sentiment d’être perdu au milieu de l’Atlantique », dit-il. Il y a aussi eu des moments de stress très intenses quand il fallait faire des manœuvres dangereuses en pleine nuit, alors qu’ils étaient épuisés.
Pourtant, au bout de tout cela, ils ont trouvé des vagues parfaites, complètement désertes. « Oui, la navigation vous apporte une véritable sensation de liberté totale, d’autant que nous n’étions plus sur nos téléphones portables puisqu’il n’y avait pas de réseau. Nous avons redécouvert ce que c’était que d’avoir du temps pour lire ou tout simplement de s’ennuyer », confie Aurel Jacob. La notion de temps n’était pas du tout la même que sur la terre, d’où le titre « Slows, les lents de la mer ». Ils ont surtout eu la chance d’observer des choses assez incroyables, notamment une nuit où ils ont vu un phoque recouvert de phytoplancton fluorescent, mais aussi des dauphins nager dans le phytoplancton. « C’est l’une des plus belles choses qui m’ait été donnée de voir dans la nature et ça contrebalance largement ce que nous avons pu endurer sur le bateau ! »
Un aspect très surprenant de leur film est l’absence d’images d'eux en train de surfer. Ils ont dû supprimer toutes les images de leurs sessions dans l'eau. Aurel Jacob explique : « Il faut comprendre que, si le surf a une image assez “cool” auprès du grand public, qui s’imagine le surfeur super sympa avec tout le monde, la réalité n’est pas aussi jolie. » Il existe dans le surf ce que l'on appelle une « culture du localisme », où certains pratiquants vivant près d’un spot ou l'ayant découvert il y a des années, ont tendance à se les attribuer et à s’opposer à ce que le lieu devienne trop fréquenté. Le problème est qu’aujourd’hui, le surf ne s’inscrit plus du tout comme une contre-culture ; au contraire, il est plutôt à la mode et figure même au programme des Jeux olympiques des deux dernières éditions. De fait, il y a de plus en plus de pratiquants et d'écoles de surf, ce qui entraîne une surfréquentation des vagues, observable à Hawaï, en Polynésie ou à Bali, et qui commence à arriver dans le Finistère où chaque crique est prise d’assaut. Cela peut créer de véritables tensions autour de certains spots, car dès 6 heures du matin, c’est l’anarchie dans l’eau. Ronan Gladu témoigne : « Il existe des “hooligans du surf” qui sont prêts à se battre physiquement pour défendre leur spot. » Ils chassent à coups de pied ceux qui débarquent avec leur planche, et n'acceptent pas les appareils photo ou GoPro, exerçant des pressions pour interdire de filmer « leurs vagues », comme un cueilleur de champignons qui voudrait interdire de révéler son coin magique, mais en beaucoup plus violent. Ewen Le Goff précise : « Et les plages où nous sommes allées étaient malheureusement la chasse gardée des surfeurs du coin, or nous ne le savions pas du tout ! Nous avons découvert ce spot en étudiant une carte satellite et la géologie du lieu. Une fois sur place, nous n’avons croisé personne. Donc il n’y avait aucun signe… Si nous avions su tout cela avant de partir, nous ne serions clairement pas allés dans cet endroit, on serait peut-être allé légèrement plus au nord et l’aventure aurait été complètement différente. »
Ils l’ont découvert à leurs dépens quelques jours seulement avant la sortie du film. Ronan Gladu, toujours soucieux du localisme, choisit des angles spécifiques et floute les paysages, allant même jusqu'à ajouter le château de « la Belle au bois dormant » en fond pour masquer la vulnérabilité du lieu. Mais à peine la bande-annonce des « Lents de la mer » fut-elle diffusée qu'ils ont reçu des menaces des surfeurs locaux, qui ont pris la chose très personnellement. Ils ont même hésité à ne pas sortir le film du tout. Cependant, Aurel Jacob constate : « la chance que nous avons, c’est qu’aujourd’hui, le public ne regarde plus nos vidéos pour les images de surf, mais davantage parce qu’ils se sont attachés à nous et qu’ils aiment suivre nos aventures. Le surf est devenu un peu un prétexte à nos voyages, mais puisque ceux-ci sont eux-mêmes devenus des aventures, le film tient sans. Le public va nous découvrir sur notre voilier et rire de nos péripéties ! »
Quant au spot en question, Ewen Le Goff confie : « En étudiant notre carte, nous nous attendions à avoir des bonnes vagues, mais pas autant ! Il y en avait des dizaines et de différentes formes : de la longue vague molle qu’adore Ronan pour son longboard à des vagues plus creuses et intenses qui nous correspondent plus avec Aurélien. Nous avons eu des vagues tubulaires, des vagues à fleur de roches… Et les conditions météo étaient exceptionnelles. Donc vraiment nous avons passé deux semaines idéales. Nous n’aurions pas pu rêver mieux ! »
Transmettre l'Esprit d'Aventure : Le Message aux Nouvelles Générations
De cette traversée rocambolesque est donc né un film. Projeté en avant-première dans une vingtaine de villes françaises, il attire un public nombreux et fidèle. Le 20 novembre, le trio a présenté sa dernière réalisation au Grand Rex, à Paris. « C’est fou, on ouvre souvent la plus grande salle de France, et on doit rajouter une deuxième séance. En moyenne, on fait 500 à 600 personnes par soir. Ce qui est génial, c’est qu’on a un public multigénérationnel, des enfants aux parents », se réjouit le surfeur breton. Leur philosophie est claire : « le surf est victime de son succès. Beaucoup prennent l’avion pour aller se “gaver” de vagues sans vraiment vivre le voyage. Nous, on essaie de rappeler que l’aventure, ce n’est pas que la destination. C’est aussi tout ce qu’il y a entre le départ et l’arrivée », souligne Aurélien. « Notre philosophie, c’est d’aller plus lentement, à la vitesse de la vraie vie. On montre qu’on peut surfer autrement, sans chercher la performance, sans la compète. Ce qui compte, c’est le voyage, les rencontres, les galères aussi », ajoute-t-il.
Le message passe, notamment auprès des jeunes. « On nous écrit régulièrement. Notre conseil, c’est de ne pas vouloir partir tout de suite au bout du monde. Commencez par une petite aventure, testez le matériel, apprenez à gérer le confort, la fatigue… Le confort, c’est ce qui te permet de bien dormir, et donc d’être en forme pour la journée », rappelle le surfeur. Ronan Gladu et Ewen Le Goff soulignent qu'ils essaient de ne pas être moralisateurs. Ils souhaitent donner envie aux gens de voyager différemment et de prendre le contre-pied des surfeurs pros qui partent à Bali ou à Hawaï en avion pour trois jours dès que la météo annonce un peu de houle. Ils aimeraient leur faire comprendre que le trajet doit faire partie du voyage et que même s’il faut voir au-delà de la « consommation de la vague », il y a encore des coins incroyables très préservés. Aurel Jacob espère aussi que ceux qui les regardent comprennent à quel point il est essentiel de préserver notre environnement de prédilection, les océans, et l’environnement de façon plus générale, car la pollution nous affecte directement.