Le Monde du Surf : Au-delà du Cliché du Surfeur Blond aux Yeux Bleus, Plongée au Cœur des Réalités et des Performances Exceptionnelles

Le monde du surf, souvent idéalisé par ses images de plages idylliques et de performances athlétiques spectaculaires, recèle des réalités plus complexes, où le talent pur se confronte parfois à des stéréotypes tenaces et à des défis économiques. Loin des clichés, l'océan est le théâtre d'histoires extraordinaires, de dévouement inébranlable et de courage face aux vagues les plus redoutables, mais aussi face aux attentes d'une industrie en constante évolution. Cet article explore les facettes multiples de ce sport, en mettant en lumière des parcours de surfeurs et surfeuses qui, chacun à leur manière, redéfinissent la perception du champion des v vagues.

Gilvanilta Ferreira : Une Force de la Nature Face aux Vagues et aux Préjugés

Dans le monde vibrant et exigeant du surf professionnel, où le talent pur se heurte parfois à des réalités économiques complexes, Gilvanilta Ferreira incarne une figure emblématique. Cette surfeuse professionnelle, originaire du Brésil, dont la résilience est aussi impressionnante que ses performances sur les vagues, a tracé un parcours des plus singuliers. Gilvanilta Ferreira est brésilienne, surfeuse professionnelle et a appris à surfer sur le couvercle d’une glacière. Cette origine modeste n'a en rien entamé sa détermination ni son habileté à dompter l'océan, bien au contraire. Son apprentissage atypique a forgé une surfeuse dotée d'une technique et d'une audace remarquables.

Elle a appris à surfer à l’âge de huit ans, avec en guise de « planche » un couvercle d’une glacière dans laquelle elle rangeait les noix de coco qu’elle vendait sur la plage de Ponta Negra dans la ville de Natal, située dans le Nord-Est du Brésil, aux côtés de sa mère et de son frère. Cet engagement précoce n'était pas seulement ludique ; il était conditionné par un travail acharné : elle avait le droit de surfer seulement après avoir vendu ses cinquante noix de coco. C'est un travail qu’elle a exercé pendant plus de huit ans avant de devenir surfeuse pro, démontrant une persévérance exceptionnelle dès son plus jeune âge.

Malgré ses performances athlétiques incontestables, deux fois championne du Brésil, elle a du mal à trouver l’aide financière de sponsors. Cette difficulté soulève une question fondamentale sur les critères qui régissent le soutien dans le sport professionnel. La raison de ce manque de soutien est souvent perçue comme étant liée à son physique, jugé pas assez attirant selon les marques. Ce constat, bien que décevant, met en lumière une problématique plus large au sein de l'industrie du surf.

Une rencontre fortuite a cependant marqué un tournant dans sa carrière. C’est à l’occasion d’une rencontre improbable en 2015 avec un surfeur professionnel responsable d’un programme de télé réalité de la chaîne brésilienne Canal Off, dans l’hôtel où elle travaillait, que Gilvanilta a pu réellement lancer sa carrière. Cet événement a ouvert la porte à de nouvelles opportunités, lui permettant de poursuivre ses rêves malgré les obstacles.

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En août 2016, lors de la compétition du Médoc Océan Lacanau Pro, Gilvanilta a offert un spectacle mémorable. En quatre coups de rames, la surfeuse, alors âgée de 26 ans, attrape une vague splendide sur la plage centrale de Lacanau Océan, dans le département de la Gironde, là où les côtes françaises offrent leurs plus belles déferlantes. Le public a pu admirer son talent alors qu'elle enchaînait les figures avec style et radicalité. Un roller, un virage effectué en haut de la vague, était bien placé, suivi d'un cutback serré pour se replacer au plus près du point de déferlement. Avec une prise de vitesse énorme, elle venait frapper la lèvre de la vague, et la surfeuse s'élevait dans les airs en pivotant sur un axe de 360°. La manœuvre aérienne était parfaitement reposée sur la vague, un moment jugé magnifique. Sur la plage, un surfeur qui se préparait à aller à l’eau s’est exclamé et a dit à ses amis : « Waouh ! Vous avez-vu ? »

Malgré ses deux titres de championne nationale du Brésil, elle ne trouvait aucun sponsor à part un restaurant qui lui offrait quatre pizzas par mois. Cette situation précaire contraste fortement avec le niveau de ses performances. Son entraînement terminé, Gilvanilta sort de l’eau sourire aux lèvres. Cette surfeuse d’origine amérindienne, de petite taille aux cheveux noirs ondulés et à la peau cuivrée, a bataillé dur pour pouvoir voyager en France et participer à la mythique compétition du Médoc Océan Lacanau Pro. Malgré deux sponsors brésiliens, Furnas, une entreprise d’énergie électrique, et la chaîne de télévision Canal Off, elle a pourtant du mal à joindre les deux bouts. À tel point que pendant la compétition, elle partage un lit avec une amie dans une caravane d’un camping de Lacanau. Cette réalité crue met en évidence les sacrifices personnels consentis par de nombreux athlètes pour vivre de leur passion.

Après avoir défait son chignon et démêlé ses longs cheveux, elle aperçoit une autre compétitrice australienne dont la planche est couverte de stickers de sponsors. Ce contraste visuel a naturellement mené à une observation amère : « C’est démotivant de voir certaines pros qui surfent moins bien que toi et qui reçoivent de l’aide de la part des sponsors. Elles sont logées et mangent bien alors que pour toi c’est nuit au camping et sandwichs toute la journée. » Sans langue de bois, Gilvanilta considère que si elle était blonde aux yeux bleus, elle n’aurait aucun mal à avoir des sponsors. Cette déclaration, empreinte d'une frustration légitime, pointe du doigt les critères de beauté superficiels qui semblent parfois primer sur le mérite sportif.

En pleine compétition, alors que le speaker criait « Gooood afternooon Lacanau !!!! » dans son micro pour annoncer le retour des femmes, la plage centrale où est organisée la compétition se remplissait de monde à vue d’œil. Une ambiance particulière régnait, mêlant l'odeur de l'huile solaire et celle de la wax que les surfeurs utilisent sur leur planche pour ne pas glisser. Gilvanilta était sur la plage, terminant son sandwich jambon beurre en parlant à son frère Giu et à un maître-nageur sauveteur. Elle élaborait sous leur conseil sa technique pour réussir à utiliser à bon escient les forts courants. Les vagues mesuraient 1m50, elles étaient puissantes, exigeant un surf très technique. Avant d’aller à l’eau, Gilvanilta s’isolait sur la plage, écouteurs sur les oreilles, en touchant sa bague porte-bonheur attachée autour du cou. Elle confiait : « j’écoute du rap brésilien. Une chanson d’un type qui fait du rap mais qui n’a pas de maison de disque ! C’est un peu mon histoire en fait », dit Gilvanilta en riant.

La sirène de la compétition retentit, c’est le départ ! Gilvanilta rama et chercha une vague, son frère, depuis la plage, lui donnait des indications, criant en portugais : « t’es trop loin, rapproche-toi ! » Gilvanilta attrapa une belle vague, la surfa backside, dos à la vague, et plaça deux superbes manœuvres. Les autres surfeuses assuraient aussi et gagnaient plus de points. La tension montait pour le frère de Gilvanilta qui commençait à désespérer. Il restait moins d’une minute dans ce heat, ou série. On pensait que c’était déjà terminé pour elle quand Gilvanilta décida de ramer plus au sud et de partir sur une dernière vague. Deux beaux rollers radicaux, réalisés au dernier moment, suffiraient pour que « Gil » se qualifie in extremis pour le 3ème tour. Son frère, casquette vissée sur la tête, pouvait souffler. Gilvanilta sortait de l’eau heureuse et frappait dans les mains de son frère et de ses amies. « Oui je surfe comme un mec, dit-elle fièrement, et un jour je suis sûre que j’arriverai à les battre même sur les vagues les plus dangereuses comme Pipeline à Hawaï ou Teahupoo à Tahiti. » Cette audace et cette confiance en soi sont la marque des véritables champions, aspirant à repousser toujours plus loin les limites de leur sport.

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Malheureusement, c’est au 3ème tour que la compétition du Médoc Océan Lacanau Pro se termina pour « Gil », éliminée par plus fortes qu’elle. La finale opposerait la française Justine Dupont à la néo-zélandaise Ella Williams. Malgré l'élimination, l'esprit de Gilvanilta restait tourné vers l'avenir. Elle est un peu déçue d’avoir été éliminée si vite mais elle reste quand même fière et positive. Elle déclare : « J’ai vraiment galéré pour venir jusqu’en Europe et je pense à toutes les surfeuses qui sont dans mon cas. Mon prochain objectif après ma carrière, ça sera de créer chez moi au Brésil une académie de surf pour aider les filles qui n’ont pas de sponsors à devenir surfeuse pro. » Cette ambition noble témoigne de sa volonté de créer un chemin plus équitable pour les futures générations de surfeuses, en particulier celles qui ne correspondent pas aux standards de beauté imposés.

L'Image et le Sponsoring : Un Dilemme pour les Surfeuses

La question du sponsoring dans le surf féminin est un sujet épineux, où le talent pur se confronte souvent à des impératifs d'image. L’image que les marques de surf veulent transmettre semble prévaloir, résumée par la formule "t’es belle donc je te sponsorise !". Cette réalité est un défi majeur pour de nombreuses athlètes qui, malgré des performances de haut niveau, peinent à obtenir le soutien nécessaire.

Pour certains, le manque de sponsoring de la plupart des surfeuses s’expliquerait par la crise indéniable que traverse depuis quelques années l’industrie du surf, dont les ventes de vêtements se sont écroulées. L'ampleur de cette crise est soulignée par des chiffres significatifs, comme plus de 224 millions d’euros de pertes pour la marque de vêtements de surf Billabong en 2012. Cependant, pour la surfeuse Gilvanilta, comme pour d’autres, il s’agirait simplement de privilégier les surfeuses dont le physique ne laisse pas indifférent. Cette perception, partagée par de nombreuses athlètes, met en lumière une fracture entre les attentes des marques et la réalité sportive.

Cyril Camus, l’un des organisateurs de la compétition du Médoc Océan Lacanau Pro, abonde dans ce sens en partie. Il affirme : « Il est vrai que les surfeuses sont aujourd’hui surtout utilisées comme mannequin et pour les autres filles c’est plus difficile de trouver des sponsors. » Il reconnaît l'impact de la crise en ajoutant : « On ne doit pas oublier la crise que traverse l’industrie du surf wear, l'industrie du vêtement de surf, mais ce manque de sponsor des surfeuses, on le retrouve aussi pour l’organisation des compétitions ! » Pour étayer son propos, il cite un exemple concret et frappant : « Depuis sept ans, nous n’avons pas réussi à trouver un sponsor pour l’épreuve féminine du Lacanau Pro ! Pourtant, le surf féminin a énormément évolué et les filles surfent de mieux en mieux. Le spectacle est assuré et le public répond présent, » répond Cyril Camus, portant le t-shirt officiel de sa compétition. Avant de repartir, il attrape son portable et ajoute : « Il faut que tu parles à notre surfeuse du Lacanau Surf Club, Juliette Brice. C’est une super surfeuse qui fait d’excellents résultats et elle galère, elle aussi, pour trouver plus de sponsors. » Ce témoignage d'un organisateur expérimenté valide les préoccupations des surfeuses concernant l'inégalité de traitement.

Juliette Brice, âgée de dix-sept ans et déjà bardée de prix, confirme ces observations. Neuvième au championnat du monde de Surf 2016 et championne d’Europe junior en 2015, elle offre sa version des faits depuis la tour des juges, l'endroit où les juges observent et donnent des points aux surfeurs en compétition. Elle explique : « C’est vrai que l’image des surfeuses passe avant tout par les photos types mannequins. Les sponsors veulent faire rêver et utilisent des images de belles filles. » Elle déplore cette tendance, mais avec une certaine compréhension : « C’est dommage car il devrait y en avoir pour tout le monde même si je comprends que l’on ait envie de donner une belle image du surf avec des jolies filles, comme Alana Blanchard par exemple, pour montrer que l’on peut être à la fois surfeuse et féminine. » Alana Blanchard, une Hawaïenne, est en effet l’icône de la surfeuse/mannequin pour l’égérie d’une grande marque de surf, incarnant parfaitement ce modèle privilégié par l'industrie.

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La finale du Médoc Océan Lacanau Pro a vu s'affronter la Française Justine Dupont et la Néo-Zélandaise Ella Williams. C’est la surfeuse Kiwi, un terme utilisé pour désigner les habitants de la Nouvelle-Zélande, qui l’emportera en fine technicienne dans des magnifiques conditions de vagues. Quelques minutes après avoir reçu son trophée, il lui a été demandé : « Faut-il être belle avant tout pour trouver des sponsors dans le surf ? » Sa réponse fut une démonstration de diplomatie et de clarté : « Non, c’est la façon de surfer qui compte et honnêtement je n’en sais rien. Je te laisse décider ! » répond-elle amicalement, les cheveux encore mouillés par le champagne. Une bonne réponse bien placée comme un roller sur une vague, pour une surfeuse, certes blonde aux yeux bleus, mais aussi excellente sur une planche. Cette déclaration contraste avec les perceptions de Gilvanilta et Juliette, soulignant la complexité et les différentes perspectives sur l'importance de l'apparence dans le monde du sponsoring.

La Nouvelle Vague : Espoirs, Sacrifices et Talents Émergents

Le monde du surf ne se limite pas aux discussions sur le sponsoring et l'image ; il est également peuplé de jeunes talents prometteurs et d'histoires poignantes qui rappellent la passion et les dangers inhérents à ce sport.

Parmi les espoirs français, Tya Zebrowski, âgée de 14 ans, s’est confiée à la Fédération Française de Surf dans « La Vague BLEUS ». Sacrée championne d’Europe sur le circuit QS cette saison, la jeune surfeuse va désormais s’attaquer à la saison des Challenger Series, marquant ainsi une progression rapide et impressionnante dans sa carrière. Dans cet épisode de 6 minutes réalisé par la FFSurf, Tya Zebrowski se confie sur son parcours, sur sa famille, sur ses relations avec son coach Joan Duru, sur l’équipe de France ou encore sur ses ambitions concernant le CT et les Jeux Olympiques 2028. Son discours, déjà bourré de maturité, laisse présager un avenir brillant dans le surf. Comme il est dit, on n’a pas fini d’entendre parler de Tya Zebrowski, qui représente la nouvelle génération de surfeuses françaises. Ce nouvel épisode de la web-série « La vague BLEUS », avec la surfeuse française de 14 ans à l’honneur, est une vitrine de ce que l'avenir du surf a de meilleur à offrir.

Cependant, le surf est aussi un sport où le danger est omniprésent, et où la passion peut parfois mener au tragique. C'est le cas de Zander Venezia, un jeune Barbarien de 16 ans, dont le destin a été brutalement interrompu par la fureur de l'océan. Il était considéré comme le plus grand espoir du surf à Bridgestown, capitale de la Barbade. Zander Venezia, 16 ans, est mort ce mardi 5 septembre à cause d'une vague géante générée par l'ouragan Irma. Alors que les autorités locales appelaient les habitants à rester calfeutrés chez eux à l'approche de la catastrophe naturelle classée en catégorie 5, la plus haute, le jeune homme prend la décision de se munir de sa planche pour aller surfer.

Ce garçon blond aux yeux bleus, en pratiquant son activité favorite, a été projeté par une vague contre un récif, se brisant ainsi la nuque, avant de perdre connaissance et de se noyer, rapportent le site Surfline et la World Surf League pour cette information, repérée par le Parisien. La scène fut dramatique, et les efforts pour le sauver furent intenses mais vains. Ses compagnons se sont relayés pour pratiquer pendant 1 heure et 15 minutes un massage cardiaque et tenter de réanimer le Barbadéen, avant qu'il ne soit transporté à l'hôpital où il s'est éteint peu de temps après. Selon les dires d'un professeur de surf local, Alan Burke, évoqué par Surfline, Zander avait déclaré à un autre surfeur présent sur place qu’il venait de prendre "la meilleure vague de sa vie". Cette anecdote poignante souligne l'attrait irrésistible de l'océan, même face à un danger imminent, et le dévouement absolu des surfeurs à leur passion. Heavy surf claims the life of 16-year old Zander Venezia. Our deepest condolences to his friends and family. Cet événement tragique rappelle la force implacable de la nature et le respect immense qu'elle inspire aux pratiquants de ce sport exigeant.

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