Nazaré : Au carrefour des vagues géantes, de l'histoire et de l'exploit humain

Nazaré, cette petite cité de pêcheurs nichée sur la côte Atlantique portugaise, est bien plus qu'une simple localité côtière. C'est un lieu où la nature se livre à un spectacle exceptionnel, un théâtre grandiose où l'océan déploie une force inouïe. En hiver, cette ville côtière offre un spectacle naturel avec les plus hautes vagues du monde. C'est à une centaine de kilomètres au nord de Lisbonne que, alors que la haute saison des voyages se termine en Europe, commence celle d’une communauté soudée d’amateurs de sports extrêmes. De gigantesques masses d’eau s’y accumulent pour former des vagues sans équivalent dans le monde, attirant des intrépides du monde entier sur la côte ouest du Portugal.

Nazaré, le Sanctuaire des Vagues Colossales

Le phénomène des vagues géantes de Nazaré est une merveille géologique unique. Juste derrière le phare s’étend une fosse océanique d’environ 230 kilomètres de long et cinq kilomètres de profondeur - soit la moitié de la longueur et plus du double de la profondeur du Grand Canyon. Cette particularité sous-marine amplifie la houle, créant ce que l'on appelle un "swell", désignant le phénomène par lequel plusieurs petites vagues, loin au large, vont générer un petit nombre de grandes vagues. Le fait que les vagues prennent tout particulièrement à Nazaré cette ampleur spectaculaire s’explique par cette caractéristique géologique invisible. Durant la saison allant d’octobre à mars, on ne compte que quelques-unes de ces vagues dites « monstrueuses ».

Chaque année, des gens du monde entier affluent à Nazaré pour assister à ce spectacle extraordinaire : des vagues de plus de 25 mètres de haut déferlent vers les falaises, chevauchées par des surfeurs qui les dévalent à une vitesse flirtant les 80 km/h. C'est le surf de gros, l’une des disciplines sportives extrêmes les plus spectaculaires qui soient, qui attire ces athlètes d'exception. En revanche, l’été, Nazaré est un paradis touristique. Cette localité de la Costa de Prata, également connue sous le nom de Côte d’Argent, est l’un des paradis de vacances portugais. Les touristes se pressent alors sur les plages sous un ciel d’un bleu éclatant et les terrains de beach-volley sont constamment occupés. Cependant, comme le souligne Sebastian Steudtner, « quand nous avons une journée de grosses vagues, la ville est envahie même en hiver ». Il ajoute, évoquant l'affluence autour du phare, « Jusqu’à 30 000 personnes se rassemblent là-haut. Vous avez l’impression de surfer dans un stade. » Depuis qu’un petit groupe de pionniers du surf a découvert ce site en 2011 et que les photos des gigantesques vagues portugaises ont fait chaque année le tour du monde, Nazaré est devenue célèbre pour son spectacle naturel.

Sebastian Steudtner : La Quête de la Vague Ultime

Parmi ces audacieux qui défient les colosses liquides de Nazaré, Sebastian Steudtner se distingue comme une figure emblématique. Depuis dix ans, cet Allemand y passe tous ses hivers en quête de la vague idéale. Son but est clair : trouver la plus grosse vague. L'histoire de Steudtner est celle d'une détermination inébranlable. Voilà maintenant un quart de siècle que Sebastian Steudtner se consacre entièrement à sa passion. Ce dont il rêvait paraissait inaccessible, mais plus son entourage doutait, plus il était déterminé à aller jusqu’au bout de son rêve. Ayant grandi à Nuremberg, à environ 500 kilomètres de la mer, le surf n’a pas été pour lui la plus évidente des vocations. Mais lorsqu’il monte pour la première fois sur une planche, à l’âge de neuf ans, il conçoit le projet audacieux de devenir professionnel. À 13 ans, il découvre dans un magazine l’existence d’un internat de surf à Hawaï. Et son rêve prend forme. « Lorsque j’en ai parlé à ma famille, ils ont d’abord réagi de manière très classique : c’est ça, hier pompier, aujourd’hui astronaute et demain surfeur. J’étais donc seul avec mon projet et il m’a fallu apprendre très tôt que je ne pourrais compter que sur moi-même pour atteindre mes objectifs. »

Ses parents finissent malgré tout par le laisser partir et c’est ainsi qu’il quitte son pays pour Maui à l’âge de 16 ans. Le succès ne tarde pas. Steudtner devient véliplanchiste, trouve des sponsors et se qualifie dès la première année pour la Coupe du monde. C'est alors qu'il vit un moment de révélation. « Je contemplais le déferlement des vagues, que les autochtones appellent Pe’ahi. C’est à cet instant que j’ai su que je deviendrais surfeur de Big Wave. » Pe’ahi, également connu sous le nom de Jaws, était à l’époque considérée comme LA discipline reine dans le monde du surf. Steudtner se heurte malgré tout à des résistances. Les sponsors se retirent du jour au lendemain. « De l’avis général, un Allemand ne pourrait jamais réussir dans ce sport extrême. » Une fois de plus, il ne se laisse pas détourner de son projet et travaille comme constructeur de piscines pour financer son rêve. Et puis, en 2010, il surfe à Jaws une lame de 20,10 mètres de haut - ce qui lui vaut le XXL Global Big Wave Award pour la plus grosse vague de la saison. Après neuf ans passés à Hawaï, il figure désormais parmi les meilleurs mondiaux dans sa discipline.

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C'est le 29 octobre 2020 qu’il décroche le Graal à Nazaré : un poids de plusieurs centaines de milliers de tonnes et une hauteur de 26,21 mètres, soit l’équivalent d’un immeuble de neuf étages - jamais auparavant un homme n’avait réussi à maîtriser une vague aussi haute. Le surfeur signe alors un record du monde ! Et un exploit qui a longtemps été considéré comme impossible à réaliser par l’homme. Pourtant, Steudtner rêve encore plus grand. Beaucoup plus grand. Selon les estimations, les vagues de Nazaré pourraient atteindre jusqu’à 50 mètres de haut. Même ce pro ne le sait pas exactement car jusqu’à présent les vagues étaient certes mesurées avec précision, mais manuellement et à partir de photos, un processus long et fastidieux. Il a fallu attendre tout aussi longtemps, soit deux ans, pour que son record du monde de 2020 soit homologué.

L'Innovation au Service de l'Extrême

Aujourd’hui, la quête de Sebastian Steudtner s'accompagne de l'innovation technologique. « Nous commençons cependant à mesurer la hauteur des vagues par des méthodes scientifiques », explique-t-il. Depuis peu, un drone de mesure conçu par Porsche Engineering vrombit les grands jours au-dessus de l’Atlantique et fournit des résultats précis en 30 minutes. C’est ainsi que Steudtner poursuit sa quête de la prochaine vague record. Il en a d’ailleurs vu une qui faisait plus de 26,21 mètres de haut. « J’ai eu beau essayer, je n’ai pas réussi à y entrer ». C’est pourquoi il a lancé il y a trois ans, en collaboration avec Porsche Engineering, le premier projet de coopération baptisé « Mission Wave Alpha ». Certaines méthodes scientifiques ont permis d’optimiser le comportement de la planche sur l’eau, autrement dit son hydrodynamisme, de même que son aérodynamisme et celui du surfeur. L’équipement a été perfectionné et Steudtner a amélioré le positionnement de son corps. Des vitesses atteignant les 100 km/h seraient théoriquement possibles maintenant. Sa nouvelle planche porte le nom de « Caçador RS », qui signifie « chasseur » en portugais. Comment se comportera-t-elle ? « Nous le saurons quand nous aurons trouvé la vague adéquate. » Sebastian Steudtner prépare dans sa base la planche de surf conçue en collaboration avec Porsche Engineering et Porsche Brand Management - la « Caçador RS ». Il la remplacera plus tard par son ancienne planche dans le musée aménagé sous le phare.

Nous rencontrons Sebastian Steudtner par une froide journée de décembre au sommet du promontoire, près du phare, dont les images emblématiques font le tour du monde à chaque nouveau record. Un épais brouillard se lève, le vent est cinglant. Les plages sont désertes et il ne faut guère s’attendre à de grosses vagues dans les jours à venir. La marina de Nazaré abrite la base d’où le surfeur se lance à l’assaut des records. Dans l’enceinte du port, Steudtner possède des locaux pour y entreposer son matériel. Comme c’est généralement le cas dans le surf tracté, il quitte alors le port avec un jet-ski, un pilote et sa planche pour se laisser entraîner dans les vagues. La plupart du temps, on ne connaît que quelques jours à l’avance la date d’arrivée du swell (houle) - c’est ainsi que l’on désigne le phénomène par lequel plusieurs petites vagues, loin au large, vont générer un petit nombre de grandes vagues. Si les prévisions sont bonnes, l’équipe, qui compte environ 17 personnes, se prépare. Elle regroupe de nombreux assistants, du mécanicien au médecin urgentiste en passant par plusieurs pilotes de jet-ski. C’est alors que les surfeurs de gros enfilent leurs combinaisons en néoprène pour se protéger d’une eau à environ 15 degrés Celsius et se laissent tracter vers le large. « Les grands jours, il y a peut-être 15 surfeurs en même temps sur l’eau », raconte Steudtner.

Le danger est inhérent à cette discipline. Un jour, il a été arraché de sa planche puis entraîné sous l’eau avec une telle violence qu’il s’est par la suite exercé à la plongée en apnée afin d’être mieux préparé. Aujourd’hui, il est capable de retenir sa respiration jusqu’à six minutes. « Au repos », précise-t-il. « Dans une grosse vague, tout dépendra de la situation générale. » Pourtant, la peur ne fait pas partie de son vocabulaire. « Il faut savoir se préparer », explique-t-il d’un ton décidé. « Les jours qui précèdent une grande vague sont toujours synonymes de stress. A-t-on fait le plein des jet-skis, utilisé les bonnes vis pour la planche, tout le monde a-t-il eu son vol, les médecins sont-ils déjà sur place en cas d’urgence ? Mais dès que nous quittons le port, un grand calme m’envahit. Et lorsque je lâche la corde, et que je surfe sur la vague, c’est un sentiment de liberté absolue. » C'est ce sentiment qu'il cherche inlassablement. « La vague me procure un sentiment de liberté absolue. »

En attendant la houle parfaite, Steudtner s’est confortablement installé à Nazaré. Sa villégiature d’hiver, en haut de la colline, est équipée de tout le nécessaire pour l’entraînement et la récupération. Et s’il en a envie, il peut même être en dix minutes au bord de l’eau. « Nazaré est un peu devenu ma deuxième maison », dit-il en tournant le regard vers le phare. « Je m’y suis fait beaucoup d’amis, j’ai trouvé une salle de boxe thaï où je m’entraîne régulièrement, je découvre sans cesse de nouveaux sentiers de VTT et j’adore passer du temps dans les nombreux excellents restaurants que compte la ville. » Et bien sûr aussi sur l’eau, car c’est là qu’il est vraiment dans son élément. Quand Steudtner s’arrête devant la forteresse au volant de son Porsche Taycan GTS, les employés l’accueillent cordialement. Nous descendons en ville avec Steudtner au volant de son Taycan GTS. « Pour moi, c’est la voiture idéale », nous dit-il en chemin. « Elle accueille sans problème trois planches de surf et deux amis pour aller à la plage la plus proche. Et je ne parle même pas de sa dynamique. »

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Le Phare de Nazaré et le Fort São Miguel Arcanjo : Sentinelles de l'Océan

Le promontoire de Nazaré, couronné par son phare et le Fort São Miguel Arcanjo, est l'observatoire privilégié de ce spectacle naturel. Construite il y a 120 ans, cette structure trône sur le fort São Miguel Arcanjo. Érigée en 1577 sur un plateau rocheux de 110 mètres de haut, la forteresse offre une vue imprenable sur le jeu des vagues. L’intérieur abrite un musée au décor médiéval, où sont exposées de superbes photographies des surfeurs qui ont rendu le site célèbre au cours de la dernière décennie, mais aussi leurs planches de surf. Que les vagues soient fortes ou la mer calme, une excursion au phare s’impose. La vue y est spectaculaire et l’intérieur entièrement dédié au surf. On y trouve un petit musée avec des planches et des photos.

La vue dégagée depuis le Miradouro do Suberco permet d’admirer les toits rouges de la ville. Quand règnent ici le vent et la grisaille, il suffit parfois de parcourir quelques kilomètres vers l’intérieur des terres pour voir changer les couleurs et retrouver un grand soleil et un horizon bleu azur.

Nazaré : L'Âme d'un Village de Pêcheurs et de Pèlerins

Nazaré est une ville qui se déploie en deux secteurs distincts, chacun avec son propre caractère. En haut, sur le massif rocheux, se trouve Sítio, le centre historique. En bas, du côté sud, s’étend la partie moderne où vit aujourd’hui la majorité de la population. Les deux quartiers de la ville sont reliés par un funiculaire. Depuis 1889, le funiculaire de Nazaré, qui gravit allègrement les 318 mètres du parcours et son dénivelé de 42 pour cent, emmène confortablement les passagers jusqu’au sommet de la colline.

Lorsque nous arrivons en bas, c’est une faible animation de basse saison qui nous attend. Nous flânons dans des ruelles aux couleurs vives, admirons les maisons aux façades de faïence typiquement portugaises et savourons au café Augusta le galão et le Pasteis de Nata - café au lait et tartelettes à la crème, les incontournables gastronomiques lors de tout voyage au Portugal. Les rues escarpées rappellent la capitale, Lisbonne, et toutes descendent vers la Praia da Nazaré. Le long de cette promenade de près d’un kilomètre et demi se succèdent glaciers, cafés, boutiques de souvenirs et hôtels.

Sur la plage, des bateaux multicolores renvoient à une tradition que Steudtner ne manque jamais de mettre en avant. « Outre les vagues, le poisson est ce que cet endroit a de mieux à offrir », souligne-t-il. « Le ceviche de la Taverna do 8 ó 80 est absolument délicieux. » On peut aussi observer certains jours comment les poissons sont séchés sur des claies au soleil, sur la plage, avant d’être vendus sur le marché. Aujourd’hui encore, les femmes de pêcheurs en costume traditionnel ne passent pas inaperçues. Autrefois, lorsque leurs maris partaient en mer, elles s’habillaient de sept jupes superposées, une pour chaque jour de la semaine. Elles déambulent le long de la promenade, symboles vivants d’une riche tradition qui perdure encore aujourd’hui à Nazaré, où la pêche a été de tout temps un moyen de subsistance des locaux. Et avec elle, l’Atlantique et le danger qui guette en haute mer. Ce n’est pas un hasard si le banc de sable qui s’étend au large de la côte porte le terrible nom de « Faiseur de veuves. »

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L’après-midi, nous arrivons au port de pêche situé à l’extrémité sud de la promenade. Là, des écoles de surf proposent des cours et louent tout l’équipement nécessaire, Atlantic Safaris organise des sorties en bateau pour observer les dauphins, tandis que de vieux chalutiers au mouillage se balancent nonchalamment. Le vieux port de pêche se trouve à l’extrémité sud du village. Là, les amateurs de sports nautiques trouvent tout le nécessaire pour leur passion : sorties en bateau, location de matériel de surf ou de jet-skis. Sur le versant nord de l’imposant plateau rocheux de Nazaré s’étend sur plusieurs kilomètres la Praia do Norte. Certains jours, les vagues déferlent tout droit sur la plage.

Des Balades sur les Rochers aux Senteurs Botaniques

Au-delà des vagues, Nazaré offre également des opportunités d'exploration de son environnement naturel et de ses falaises. Pour ceux qui souhaitent une approche plus terrestre du paysage, il est possible de passer la barrière et de suivre la route sur 1,5 km, soit environ 30 minutes. Cette route, fermée à la circulation, est quasiment plate. Retour par le même itinéraire. Sur cette randonnée “sentier botanique des senteurs”, se trouvent des bornes explicatives sur l’environnement. Il est possible de prolonger la balade après le rocher sur 2 km aller/retour. C'est une manière différente d'appréhender la puissance de la côte et la proximité des éléments, bien que le mistral puisse parfois rendre l'accès difficile. Soyez prévoyant : l’été, par forte chaleur et mistral, le Massif peut être fermé pour cause de risques incendies. Il convient de se reporter à la rubrique "informations pratiques" pour connaître la situation journalière. Cette exploration des environs, cette "balade sur les rochers", offre une perspective complémentaire au spectacle des surfeurs, permettant de comprendre l'interaction unique entre la géographie locale et la force de l'océan.

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