Le surf en bois artisanal représente un retour aux sources, une quête de sensations pures et une alternative durable face à la production de masse. Cet article explore les différentes facettes de cette pratique, des techniques de fabrication ancestrales aux initiatives modernes visant à minimiser l'impact environnemental.
L'appel de la vague et du bois : Genèse d'une passion
L'histoire du surf en bois artisanal est souvent celle d'une passion personnelle qui se transforme en projet créatif. L'atelier Cachalot, né à Biscarrosse-plage en 2016, incarne cette démarche. Guidé par une envie insatiable de surfer et de créer des objets reflétant un style de vie proche de l'océan, l'artisan façonne des planches durables, fonctionnelles et esthétiques. Aujourd'hui installé sur l'île de Ré, il perpétue cette tradition en affinant son processus de fabrication, avec l'espoir que ses créations traversent les âges.
La fabrication artisanale de planches de surf en bois est une réponse à la mondialisation et à l'uniformisation des produits. Elle offre une alternative aux planches fabriquées en série avec des matériaux de qualité médiocre et une finition négligée. La fabrication locale, sur mesure, réalisée avec des matériaux nobles et écologiques, par un shaper de confiance, est un gage de qualité et de durabilité.
Techniques de fabrication : Un héritage revisité
Le surf en bois puise ses origines dans cette matière naturelle et renouvelable. Les Polynésiens furent les premiers à dompter les vagues sur des planches sculptées dans des troncs d'arbres massifs. Au fil du temps, différentes techniques ont émergé, chacune ayant ses spécificités :
- Technique évidée ("chambered"): Cette méthode consiste à retirer de la matière à l'intérieur du bois pour alléger la planche tout en conservant sa solidité. Des tunnels ou des canaux sont creusés, créant une structure "osseuse".
- Technique à structure alvéolée ("hollow"): Un assemblage complexe de cavités ou d'alvéoles confère à la planche une légèreté remarquable et une grande résistance mécanique. Certaines planches peuvent même être conçues sans fibre de verre ni résine.
- Technique de plaquage: Un noyau en mousse est enveloppé d'une fine couche de bois, combinant ainsi les qualités esthétiques du bois et la légèreté de la mousse.
L'atelier Cachalot utilise une technique inspirée de celle de Tom Blake dans les années 30 : la construction en balsa creux. Cette méthode permet d'obtenir une planche à la fois solide et légère, avec une flexibilité qui rappelle celle des ailes d'avion. Au fil des années, l'artisan a mis au point une gamme de produits intemporelle, offrant une glisse pure et authentique.
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Fred, de Little Shed, ancien charpentier marin, a développé la méthode "Hollow Eco", qui réduit considérablement l'utilisation d'époxy et privilégie les matériaux écoresponsables tels que le liège, le bois et la fibre de lin.
Les matériaux :
- Le squelette ("Bone"): C'est le cœur de la planche, généralement en paulownia ou en contreplaqué.
- Les peaux: Elles recouvrent le squelette et sont souvent en paulownia ou en balsa.
- Les rails: Les bordures de la planche, qui peuvent être en liège, en lamelles de bois encastrées ou en bandes de paulownia.
- Les blocks: De petits morceaux ajoutés à l'intérieur de la planche, notamment pour l'évent.
La fabrication pas à pas : Un travail d'artisan
Fabriquer sa propre planche de surf en bois est une aventure enrichissante, qui demande patience, habileté et un certain savoir-faire. Voici les principales étapes à suivre :
Dessiner les plans: La première étape consiste à concevoir la planche de ses rêves, en définissant le rocker (profil de la planche) et l'outline (contour vu du dessus). Des logiciels de modélisation 3D peuvent faciliter cette étape.
Choisir les matériaux: Il est important de sélectionner des matériaux de qualité, adaptés à la technique de fabrication choisie. Le bois, la résine, la fibre de verre, les ailerons et le plug de leash sont autant d'éléments à prendre en compte.
Le shape: C'est l'étape cruciale où l'on transforme un bloc de mousse ou de bois en une planche de surf. Elle consiste à former le rocker, à découper l'outline et à poncer la carène, le pont et les rails pour donner à la planche sa forme finale.
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La stratification: Cette étape consiste à recouvrir la planche d'une ou plusieurs couches de fibre de verre et de résine pour la protéger et la renforcer. Il est important de choisir une résine compatible avec le matériau du noyau (polyester pour la mousse PU, époxy pour la mousse EPS).
La pose des boîtiers d'ailerons et du plug de leash: En fonction de la configuration choisie (single, twin, thruster, quad), on découpe la matière pour créer des trous qui accueilleront les boîtiers d'ailerons, puis on les fixe avec de la résine. Le plug de leash est installé de la même manière.
Le glaçage ou hot coat: Une dernière couche de résine est appliquée pour apporter un rendu lisse et uniforme, et pour éviter de poncer directement la fibre de verre. Après séchage, un ponçage méticuleux permet d'éliminer les aspérités restantes.
Où apprendre et fabriquer : Ateliers et stages
Pour ceux qui souhaitent se lancer dans la fabrication de leur propre planche de surf en bois, plusieurs options s'offrent à eux :
- Les salles de shape: Ces espaces mettent à disposition un local et des outils adaptés, permettant de travailler en autonomie tout en bénéficiant de conseils et d'un esprit d'entraide.
- Les stages de shape: Encadrés par des professionnels, ces stages permettent d'acquérir les connaissances et les compétences nécessaires pour fabriquer sa planche de surf, en bénéficiant d'un accompagnement personnalisé.
- Les shapers spécialisés dans le bois: Certains artisans proposent des stages ou des ateliers pour apprendre à fabriquer des planches de surf en bois, en utilisant des techniques traditionnelles ou innovantes.
Impact environnemental et alternatives écologiques
La fabrication des planches de surf traditionnelles, à base de mousse polyuréthane et de résines issues de la pétrochimie, a un impact environnemental significatif. L'extraction du pétrole, la transformation des matières premières, les déchets non recyclables et les émissions de composés organiques volatils (COV) sont autant de sources de pollution.
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Face à ce constat, le surf en bois artisanal offre une alternative plus durable. L'utilisation de matériaux naturels et renouvelables, comme le bois, le lin, le bambou et le liège, permet de réduire considérablement l'empreinte environnementale. De plus, la fabrication locale et artisanale favorise une économie circulaire et responsable.
L'atelier Z-Board, situé sur l'île de Ré, est un exemple de démarche écologique. Zacharie Palito utilise des matériaux naturels et développe des technologies de shape respectueuses de l'environnement. Il privilégie le bambou pour le pont des planches, le liège pour certaines parties et s'engage dans une démarche de longévité et de conscience écologique.
L'Atelier d'Édune, quant à lui, utilise le paulownia, un bois léger, résistant et durable, pour la fabrication de ses planches de surf. L'atelier a même lancé son propre projet de plantation de paulownias, avec l'ambition d'utiliser un jour du bois cultivé localement.